"On est à la frontière entre la crise politique et la crise de régime" (Benjamin Morel)
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Vous recevez ce matin le politologue et constitutionnaliste Benjamin Morel. Bonjour Benjamin Morel. Bonjour.
Maître de conférence à l'université Paris de Panthéon Assas. Votre dernier ouvrage, le parlement en temple de la République s'est paru aux éditions passées composées. Benjamin Morel, François Bairou est donc tombé hier soir.
C'est la première fois qu'un ministre de la 5e République est renversé sur un vote de confiance à l'Assemblée. Alors c'est un symbole fort. Le moment politique est grave et inédit selon vous.
Benjamin ? Oui, clairement pour plusieurs raisons. La première raison, c'est que bah on a une succession de chute de gouvernement et ça cit ça s'est pas encore produit sous la 5e République.
Le seul ministre qui est premier ministre qui était tombé, c'était George Pompinou. Là, on en a deux en moins d'un an, ce qui évidemment ben est plutôt le signe d'une crise qui est à minima une crise politique. Ensuite, le deuxième élément, c'est qu'on voit pas forcément les perspectives.
On voit que les l'ensemble des députés qui peuvent s'entendre sur le nom d'un gouvernement et d'un budget aujourd'hui bah paraît très minoritaire et donc ça laisse augurer au moins un an et demi encore d'instabilité. Ouais. Vous dites crise à minima politique.
Alors justement, comment vous la qualifieriez la crise actuelle ? Emmanuel Macron dit que c'est une crise parlementaire du fait qu'on arrive pas à trouver de majorité stable à l'Assemblée. D'autres parlent de crise politique voire de crise de régime, crise de société.
Qu'est-ce que vous diriez vous ? Je dirais qu'on est à la frontière entre la crise politique et la crise de régime. Et la frontière est poreuse entre les deux.
Quand on parle de crise de régime, on pense que bah c'est parce que la Constitution est mauvaise. En fait, c'est pas forcément le cas. La consci de la 4e République, elle était pas si mauvaise et si dysfonctionnelle en réalité. seulement à partir de 1956, on a un problème majeur.
On a 25 % de communistes, on a la montée du poujadisme et on a un problème qu'onarrive pas à régler qui s'appelle la guerre d'Algérie. Et dans ce cadre-là, ben on tente des solutions, on fait des gouvernements, les gouvernements tombent toujours et et ben ça ne se réglera pas tant d'ailleurs avec la nouvelle constitution qui est celle de la 5e qu'avec le retour de De Gaul qui règle la question de la guerre d'Algérie et qui fait des élections en 1958, qui voit les communistes s'effondrer et les poujadistes disparaissent. Aujourd'hui, on voit qu'on n' pas de majorité possible à l'assemblée, qu'on a plusieurs problèmes dont celui de la dette et qu'on change de gouvernement, que ça ne règle pas fondamentalement la donne, que demain on peut diss de l'Assemblée nationale, on y viendra peut-être, mais au final ce que montrent les enquêtes, c'est que bah le l'option la plus probable encore, c'est que il y ait toujours pas de majorité.
Et que fait Emmanuel Macron ? Vous parliez tout à l'heure de ses propos concernant plutôt une crise parlementaire. Bah, il essaie de dévier le scut suivant parce que derrière si jamais la stabilité n'est pas à Matignon ni au palis Bourbons, bah tout le monde va se tourner commence à se tourner vers l'Élysée en disant est-ce que le problème au fond bah c'est pas le président de la République.
Voir que le seul contact entre un président et un budget, c'est quand il le promulgue. Il a pas le pouvoir de le déposer, encore moins de le voter. Donc aujourd'hui, même si on changeait de président, ça réglerait pas nos problèmes immédiats.
Voilà, on est quand même, ça donne l'impression, on est dans une impasse totale puisque vous nous dites que a priori en cas de dissolution, on retomberait à peu près sur le même rapport de force politique peut-être avec un centre à maigri parce que quand on regarde les intentions de vote quand même, le bloc macroniste, il est donné à 15 %, c'est quand même historiquement faible pour lui. Et si c'était la démission du président, on retomberait là aussi dans l'impossibilité de dégager une majorité claire. Comment on sort d'une telle configuration ?
Est-ce que la France a déjà connu cela ? Morel. Alors, elle l'a connu encore une fois sous la 4e République, hein.
Ce dont est malade la 4e République, c'est pas d'une mauvaise constitution. Ce dont est malade la 4e République, c'est ce qui nous arrive actuellement d'une certaine façon. C'est une vie politique extrêmement clivée avec l'impossibilité de former des majorités, si ce n'est des majorités de briquet de broc au centre.
On avait considéré que le fait majoritaire est essentiellement la bipolarisation politique, pas tant à partir de 58 mais à partir de 1962, nous avit sorti de ça. Or aujourd'hui, on voit qu'on assiste à nouveau à une tripolarisation qui d'ailleurs est pas franco-française hein. Regardez même en Grande-Bretagne qui a le temple de la bipolarisation.
Aujourd'hui, on a une vie politique tripolaire avec la montée de Nadel Farage et donc dans ce cadre-là et bien on a des effets du mode de scrutin et derrière une stabilité du régime qui euh entraîne euh je dirais cette cette instabilité. Donc dans ce cadre-là, en effet, vous faites une dissolution aujourd'hui. Il y a deux possibilités.
C'est-à-dire que soit et c'est probablement une possibilité qui aujourd'hui existe, vous parliez de l'effondrement du centre. L'effondrement du centre implique qu'on aurait beaucoup de second tours RN gauche et qu'à partir de là, les reports du voix de voie du centre sur la gauche ayant été la dernière fois médiocre. Il peut y avoir une majorité absolue pour le rassemblement national.
Oui. L'autre option c'est qu'on est plus de députés Ren pas beaucoup moins de députés la FI parce qu'au fond les députés la FI ont négocié des circonscriptions en 2022 dans le cadre de la NUP qui sont plutôt des circfs et donc on se retrouve avec un hémicycle encore plus ingouvernable avec un centreigri socialiste qui ne pourrait quoi qu'il arrive pas faire la pointe de même que LR et à ce moment-là bah on fait on prend c'est un cap supplémentaire dans la crise de régime et il est pas sûr qu'à la fin la 5e République il survive. Ouais.
Et pendant ce temps-là, le niveau de la dette continue de monter et on a des urgences budgétaires. Merci beaucoup Benjamin Morel d'être venu ce matin sur l'antenne d'Europe 1. Je rappelle que vous êtes maître de conférence à Paris 2, Panthéon Assas et votre dernier livre, le parlement temple de la République.
Bonne journée à vous. Bon.
François Bayrou