Les propos de Valérie Pécresse sur "le Kärcher", différences avec Macron sur l'Europe... Le "8h30 franceinfo" de Michel Barnier
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Bonjour Michel Barnier. Bonjour et bonne année à vous et aux auditeurs de France Info.
Meilleur vœu, merci d'être sur France Info ce matin pour ce qui est votre première intervention depuis votre défaite au Congrès des Républicains pour la présidentielle il y a un mois maintenant. Est-ce que c'est une défaite ?
Depuis l'élection de Valérie Pécresse. Tout à fait, sa victoire. Dans les choses de manière plus positive, je ne sais pas.
Est-ce que ça a été difficile à encaisser pour vous ?
Non, non, parce que c'était un débat qui a été un vrai débat, démocratique. Je crois qu'on a donné une belle image, dans d'autres familles, contrairement peut-être à d'autres, avec un processus... Comment ? Vous pensez à qui, contrairement à d'autres ? Je pense à ce qui se passe à gauche, par exemple. Et nous avons eu un vrai débat avec tous les candidats qui avaient envie de présenter leur candidature. C'était mon cas. J'ai mené une campagne très active, digne, respectueuse, et avec un résultat dont je remercie encore presque un quart des adhérents de ma famille politique.
Et aujourd'hui, nous sommes, comme nous l'avions dit, derrière et sans problème, vraiment, de manière très sincère et très enthousiaste, derrière Valérie Pécresse, pour porter, pour la première fois, une femme à la tête de l'État. Je pense que c'est l'audace de la droite républicaine.
Non, parce que Michel Barnier, vous y avez cru.
Non, mais j'ai dit ça parce que ça vous concerne comme femme, que pour la première fois, un grand parti de gouvernement soit en mesure de porter, et ça va être notre cas, une femme à la tête de la République.
Pour les Républicains, pour l'UMP, pour la droite, en général. Vous, vous y avez cru, pourtant, vous vouliez incarner le Joe Biden français.
Non, non, non.
Jusqu'où vous y avez cru ?
Non, je n'ai jamais dit que j'étais le Joe Biden français. On m'a souvent posé cette question.
Est-ce que c'est dur de perdre ? C'est ça la question. Humainement, c'est une difficulté à traverser. Comment vous avez reçu tout ça ?
J'ai reçu tout ça au-delà de la déception. Ce qui est important, c'est d'avoir mené une campagne digne, respectueuse, très active, d'avoir engagé des dizaines et des dizaines de parlementaires que je remercie, des militants, beaucoup de citoyens, d'ailleurs, qui m'ont fait ce signal. Mais chacun avait sa personnalité. Moi, je n'ai jamais fait de comparaison avec Joe Biden. J'ai d'ailleurs huit ans de moins que M. Biden. Et les circonstances n'ont rien à voir avec les États-Unis. Donc, franchement, on a beaucoup parlé de ça, mais ce n'était pas le sujet.
Vous savez ce qui a manqué ? Ce qui vous a manqué ?
Je ne sais pas ce qui m'a manqué, ce que les autres ont eu de plus. Vous avez vu qu'on a eu un résultat très équilibré. Donc, c'est une leçon d'humilité pour chacun d'entre nous et une leçon d'unité aussi. Donc, désormais, nous démontrons cette unité. Et nous avons tous, aux côtés de Valérie Pécresse, comme elle s'y était engagée, comme nous nous y étions engagés. Chacun a une place et un rôle pour l'aider à être élu président de la République.
Quel sera le vôtre, justement ? C'est de parler d'Europe ?
Ce qu'elle m'a demandé et ce que j'ai accepté de manière très enthousiaste, c'est de suivre auprès d'elle toutes les questions internationales. La place de la France dans le monde, la place de la France en Europe, la place de l'Europe dans le monde aussi. J'espère qu'on en parlera durant cette campagne, un peu plus qu'on l'a fait dans les mois passés. Parce que le président de la République, c'est le chef des armées. C'est celle qui va nous représenter au Conseil européen. D'ailleurs, dès son élection, il restera encore deux mois pour la présidence française. Elle aura des choses à dire. Elle a déjà commencé à les dire. Et vous n'avez pas de mandat présidentiel.
Vous n'avez pas d'action pour la France sans tenir compte de ce qui se passe autour de nous, d'un monde qui est dangereux, qui est instable, qui est fragile.
Conseiller Europe, conseiller monde auprès de Valérie Pécresse, pour pouvoir espérer devenir ministre des Affaires étrangères si elle est élue ?
Mais pourquoi voulez-vous personnaliser les choses et transformer ce qui est une démarche ? Parce que c'est ce qu'on a souvent vu en politique. Oui, mais méfiez-vous de la logique. Moi, je n'ai pas de plan de carrière. Je n'en avais pas d'ailleurs avant. Et le souci, ce n'est pas de distribuer des postes à l'avance. Ça ne se fait pas. Je veux dire, il faut respecter. J'espère qu'on va dire un mot du respect qu'on doit aux Français et qui manque actuellement à la tête de l'État. Je veux dire qu'une manière de respecter les Français, ce n'est pas de distribuer les postes avant les élections.
Nous avons eu un engagement et une obligation qui est de tout faire pour porter Valérie Pécresse à la tête de la République française.
Du respect, on va en parler tout de suite. Michel Barnier, Valérie Pécresse veut ressortir le karcher de la cave pour nettoyer les quartiers. C'est ce qu'elle a dit hier lors d'un déplacement dans les Bouches-du-Rhône. Franchement, est-ce qu'une candidate à la présidentielle a le droit de dire ça ?
Ce mot a été utilisé par Nicolas Sarkozy en d'autres circonstances.
Il avait déjà fait polémique à l'époque.
Oui, bien sûr. Mais c'est une manière de dire qu'il y a des individus, il y a des quartiers qui sont à la loi dans notre pays. Et ça, c'est une réalité d'aujourd'hui. Et c'est l'échec du président de la République actuelle. Le principal échec, c'est celui de la sécurité. Ce sentiment d'impunité, d'insécurité qui règne partout. Pas seulement dans les quartiers, à Marseille ou dans la région parisienne, mais dans beaucoup de campagnes. Il faut interroger les Français. Et ça, c'est une responsabilité à laquelle le président sortant, M. Macron, n'échappera pas.
Sauf qu'elle utilise des mots comme karcher. Elle a utilisé ce mot pour exprimer une réalité. Est-ce que c'est un problème d'utiliser ces termes-là ? Est-ce que vous, par exemple, vous les auriez utilisés ?
Je n'ai pas de problème avec ce mot. Parce que la situation, il faut bien la comprendre et la regarder les yeux ouverts. Ce sont 2000 agressions par jour. Ce sont 100 agressions directement contre des hommes et des femmes qui ont une autorité publique, des policiers, des gendarmes, des professeurs, des élus locaux, des sapeurs-pompiers. Ça suffit. Ce qu'a voulu dire Valérie Pécresse, c'est qu'elle a décidé de faire une vraie politique pour mettre fin à cette insécurité, rétablir les moyens dont la justice a besoin. On ne peut pas faire le en même temps. On a vu M. Macron afficher un t-shirt contre les violences policières et puis un autre jour défendre les policiers.
On a besoin d'une politique d'autorité. C'est ça qu'a voulu dire Valérie Pécresse. Et je suis à ses côtés pour le dire et pour le faire. Nous allons assumer une politique de droite et une politique d'autorité pour rétablir la sécurité publique.
Rétablir la sécurité, remettre des moyens, c'est ce que vous dites qu'elle fera. C'est aussi ce que disait Nicolas Sarkozy au moment où lui-même a utilisé l'expression Karcher en 2005 et pourtant 12 000 postes supprimés au sein des fonds de l'ordre. Oui, je connais ces chiffres.
La vérité, c'est que nous avons mené une politique qui a été abandonnée ou détricotée depuis. Il n'y a qu'à regarder les chiffres de la délinquance et des agressions. Non, c'est le bilan sécuritaire de Nicolas Sarkozy qui a été pointé du doigt. Non, non, non. Depuis le départ de Nicolas Sarkozy, ça fait maintenant une dizaine d'années, n'effacez pas ces dix ans que Hollande Macron, il y a 10% de plus d'agressions dans notre pays et ça suffit.
Et ce n'est pas le résultat du fait d'avoir supprimé... Non, je ne crois pas que ce soit ce résultat.
On savait l'autorité de Nicolas Sarkozy et tout ce qu'il a fait à la fois sur le plan pénal, sur le plan de la justice, sur le plan de la police. Et nous allons reprendre cette politique et la mener jusqu'au bout et faire, dès le début du quinquennat, on ne va pas attendre la fin. Moi, j'étais très frappé de me trouver à Marseille pendant la campagne des primaires, le jour où M. Macron est venu. Il a annoncé un programme pour les dix ans qui viennent. Moi, j'aurais compris qu'il annonce un bilan des cinq ans passés, puisqu'il est au pouvoir depuis cinq ans. Il n'échappera pas à cette responsabilité.
Le président de la République, pour reprendre un mot qu'il a utilisé, de mon point de vue, de manière assez injuste à l'égard des Français, il est responsable. C'est lui qui est responsable. Il est responsable de l'effondrement de notre commerce extérieur. Il est responsable de l'explosion de notre dette et de notre déficit. Il est responsable du chômage. Il est responsable de l'insécurité. Et il n'échappera pas à cette responsabilité. Ça va être l'objet de la campagne présidentielle, que de souligner cette responsabilité et puis de dire ce que nous allons faire pour rétablir l'autorité de l'État.
Vous faites référence aux propos d'Emmanuel Macron sur les non-vaccinés. On va y revenir dans un instant. Cette vaccination qui pourrait aussi devenir obligatoire. C'est le cas, par exemple, en Italie. D'abord, le fil info à 8h moins 20 avec Diane Ferschit.
Protocole sanitaire allégé à l'école. Depuis lundi, si un élève est positif sous les autres, doivent se faire tester pour revenir en classe, puis se soumettre à deux autotests. Désormais, ce parcours de test est valable pendant 7 jours. Pas besoin sur cette durée de faire à nouveau tester son enfant si un nouvel élève de sa classe attrape le Covid. Et selon le ministre de l'Éducation nationale, il y a environ 8% d'adultes absents dans l'Éducation nationale à ce jour. Le vivier de remplaçant permet, selon lui, de faire face. Le procès des attentats du 13 novembre est salable. Slam toujours positif au Covid. L'audience a repris hier de façon chaotique, avant d'être à nouveau interrompu.
Pas de reprise avant mardi prochain. Le temps de soumettre le principal accusé à une contre-expertise médicale. En Ligue 1 de football, deux matchs sont déjà reportés ce week-end. Lille-Lorient et Angers-Saint-Etienne pour leur Bordeaux-Marseille qui se joue ce soir et maintenu. La Ligue ne reconnaît que 8 cas positifs au Covid dans l'effectif Thurondin. L'organisation des compétitions est remis en question, reconnaît sur France Info la ministre des Sports, Roxana Maracineanu. Elle dit plaider pour la mise en place de jauges proportionnelles dans les stades. France Info.
Le 8.30 France Info. Saria Brachia, Laurent Sénéchal.
Toujours avec Michel Barnier, ancien ministre et conseiller auprès de Valérie Pécresse, la candidate LR à la présidentielle. Est-ce que vous êtes toujours pour la vaccination obligatoire, vous ?
Moi, je pense que la vaccination, pour tout le monde, c'est le moyen de sortir enfin de cette crise sanitaire qui a provoqué tant de morts, tant de malades, tant de solitudes aussi, notamment pour les jeunes. Donc oui, je pense qu'il faut généraliser la vaccination au-delà du nombre très important de Français.
La généraliser, c'est la rendre obligatoire ? Comment vous faites ?
Mais on a ce pass vaccinal désormais, bientôt après le vote pour le Sénat, qu'il faut écouter parce que le Sénat a des choses à dire, comme l'Assemblée nationale. Ce pass vaccinal qui remplace le pass sanitaire est une manière de...
Pour que les gens comprennent bien, c'est qu'il va falloir être vacciné pour avoir un pass sanitaire valide. Voilà.
Le test négatif suffira plus pour aller au restaurant au Sénat. C'est une manière d'encourager ce qui n'existe pas en Italie parce qu'on a vu la mesure que les Italiens viennent de proposer pour une obligation au-delà de 50 ans pour la vaccination. Mais il n'y a pas cette formule de pass vaccinal ou sanitaire. Nous avons cette formule. Si j'avais été député, je l'aurais voté sans aucun problème parce que je pense que la vaccination pour tout le monde, y compris pour les jeunes, avec l'accord de leurs parents, c'est une manière de sortir enfin de cette crise.
Vous dites que vous l'auriez voté au contraire de plusieurs dizaines de vos collègues députés LR qui se sont opposés à ce pass vaccinal. Comment vous l'expliquez, ce déchirement de la famille ?
Non, ce n'est pas un déchirement. Excusez-moi de le dire. D'abord, vous avez des députés qui ont des convictions. Ce n'est pas de hier ou d'avant-hier qu'ils expriment cette conviction, ce doute à propos de la protection des libertés. Notre famille politique, elle gagne quand elle ressemble à la France. Et donc, il y a des sensibilités, il y a des doutes, il y a des questions, il y a des inquiétudes.
Il y avait un clivage, clairement, Michel Barnier. La majorité vote ou s'abstient.
Les deux tiers de mon groupe des Républicains ne s'est pas opposé au pass vaccinal.
Mais le président du groupe Les Républicains à l'Assemblée, Damien Abad, vote contre le texte, alors même que votre candidate, Valérie Fécresse, qui aspire donc à être présidente, elle est pour le vaccin.
Je viens de vous répondre qu'il y a des doutes, des sensibilités, comme dans la société française, elle s'exprime au Parlement. Il faut s'attendre à des frondeurs, donc, si le Républicain arrive au pouvoir ? Non, il y a eu un débat, on en a beaucoup parlé entre nous, on accepte cette diversité. Et je rappelle que deux tiers de notre groupe, entre ceux qui sont abstenus et ceux qui ont voté pour le pass vaccinal, ne sont pas opposés à ce pass vaccinal. C'est ça qui est important. Que les doutes s'expriment, qu'il y ait des sensibilités, c'est normal. Il y a tellement de secousses et de tensions dans notre pays qu'elles s'expriment à l'Assemblée nationale.
Moi, je suis un peu fatigué de voir cette manière de vouloir caporaliser le débat politique français. Mais j'observe, d'ailleurs, du côté du gouvernement, du côté de la majorité, une forme d'arrogance actuellement qui n'est pas nouvelle. Et ça me rappelle un peu l'ancien monde des années 80. Vous étiez beaucoup plus jeune. Mais tout de même, on nous a parlé à l'époque de l'ombre et de la lumière. On a entendu un député de la majorité à l'époque nous dire vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaire. Je pense qu'il y a un problème dans la majorité actuelle, dans le pouvoir actuel, avec la démocratie. Une certaine conception de la démocratie.
Et je pense qu'il faut accepter le débat et la confrontation.
Pardon, Michel Barnier, je me permets de préciser que c'est bien Valérie Pécresse qui a demandé aux députés Les Républicains de voter pour ce pass vaccinal. Ils ne l'ont pas écouté.
Non, je regrette de vous dire que plus de deux tiers du groupe ne s'est pas opposé au pass vaccinal. Une grande partie de ce groupe a bon tir.
Abstenu ou contre. Non, pas voter de texte.
Il y a un tiers qui a voté pour, un tiers qui s'est abstenu, un tiers qui a voté contre. Donc, les deux tiers du groupe ne se sont pas opposés au pass vaccinal. Il faut dire les choses précisément.
Soyons précis. Valérie Pécresse qui a aussi proposé, lors des débats auxquels vous avez assisté, elle avait proposé de reconfiner les non-vaccinés. Est-ce qu'il faut le faire ?
Non, je n'ai pas entendu Valérie Pécresse proposer cela.
Bah si, c'est ce qu'elle a dit. C'était au débat. Non, non, non. C'était le 14 novembre.
Non, non, oui, je me souviens de ce débat parce que j'y participais.
Elle a dit, j'envisagerais le reconfinement uniquement des non-vaccinés. C'est ce qu'elle a dit.
Écoutez, moi, je n'ai pas le souvenir de cette phrase. Et en tout cas, ce n'est pas l'état d'esprit dans lequel on est. Je pense qu'il faut faire confiance aux Français. Ils ont fait preuve de beaucoup de sens civique, beaucoup de responsabilité. La preuve, c'est le nombre de personnes qui se sont vaccinées, malgré les difficultés. Et je pense qu'il faut plutôt faire appel à ce sens civique, à cet esprit de responsabilité, plutôt qu'à des mises en cause, à des tensions supplémentaires. À des gros mots ? Oui, à une forme de vulgarité dont on n'a pas vraiment besoin dans le débat politique français. Quelle est la responsabilité ?
Le président de la République a utilisé le mot de responsabilité. Il a même, ce qui m'a paru le beaucoup plus grave que ce mot un peu vulgaire d'emmerdement, il a dit que ceux qui n'étaient pas responsables n'étaient pas de vrais citoyens. Ça, ça m'a paru le plus grave. Qui est le président de la République ? C'est le citoyen le premier responsable dans notre pays. C'est lui qui a la première responsabilité. Et sa première responsabilité, c'est celle de la cohésion, de l'unité, du respect que l'on doit aux citoyens. Moi, j'avais fait du mot respect un mot important dans ma campagne.
Et je sais que Valérie Pécresse, c'est une des raisons pour lesquelles je suis à ses côtés, va être la présidente du respect. Et quand elle parle de Karcher,
elle parle de respect aussi ?
Oui, elle parle de respect de l'autorité publique. Et ça, c'est une manière de respecter les citoyens. Oui, de respecter. De certains Français au moins. Il s'agit de... Nous parlons, quand elle parle de Karcher, nous parlons de citoyens qui sont hors la loi, qui sont des trafiquants, qui sont des criminels, des gens qui attaquent les policiers. Il n'y a pas de respect pour ces gens-là. Il faut appliquer la loi. Les non-vaccinés, c'est à part. Mais ce n'est pas la même chose. Les non-vaccinés, ils respectent la loi. Sauf ceux qui ont un faux pass sanitaire,
par exemple.
Vous ne parlez pas de la même chose. Il faut parler des choses précisément. Nous sommes dans un débat sérieux. Et Valérie Pécresse va être une présidente très sérieuse. Et je crois que le rôle du président, sa responsabilité, c'est d'entraîner, c'est de convaincre, c'est de respecter les Français, pas d'utiliser des mots qui sont vulgaires.
Il y avait beaucoup d'autres choses dans cette interview d'Emmanuel Macron aux Parisiens aujourd'hui en France dans laquelle il a fustigé les non-vaccinés. Il a aussi parlé du drapeau européen. C'est une polémique qui est née le jour où la France a pris la présidence française de l'Union européenne. Ce drapeau européen qu'on a vu sous l'arc de triomphe qui a notamment choqué Valérie Pécresse. Est-ce que vous aussi, ancien commissaire européen, négociateur du Brexit, ancien ministre des Affaires étrangères, ça vous a choqué ?
D'abord, je n'ai pas attendu M. Macron pour être européen, pour être patriote européen. Et ce qui a choqué Valérie Pécresse, ce qui m'a choqué, ce n'est pas qu'il y ait le drapeau européen, qui est un très beau drapeau, c'est qu'il n'y ait pas le drapeau français à côté. C'est ça le sujet.
Il n'y a pas d'habitude, je précise, le drapeau français.
Excusez-moi, le drapeau français n'y est pas d'habitude, pas plus que le drapeau européen. Et si on doit mettre le drapeau européen parce que la présidence du Conseil de l'Union européenne commence, ce qui est un bon signal à l'égard de nos partenaires et amis et voisins, il faut mettre les deux drapeaux. Ils vont ensemble. La France et l'Europe vont ensemble depuis 1957. Et tous les présidents de la République, ce sera le cas de Valérie Pécresse, sont des présidents européens. Donc les deux drapeaux vont ensemble. La France et l'Europe vont ensemble.
Est-ce que c'était une polémique inutile ?
Je pense qu'on aurait pu l'éviter. Je pense qu'on aurait pu éviter cette polémique comme d'ailleurs M. Macron aurait dû éviter d'être vulgaire en parlant des Français. Il aurait pu éviter cette polémique en mettant, comme Nicolas Sarkozy l'avait fait, les deux drapeaux, le drapeau national, dans un monument qui est chargé d'histoire, qui est un monument symbolique, l'Arc de Triomphe, et le drapeau européen. Ils vont ensemble. Moi je suis patriote européen.
D'ailleurs si vous regardez mon compte Twitter, auquel j'invite d'ailleurs tous vos éditeurs à adhérer pour suivre mon actualité, et celle de Valérie Pécresse, vous vous y verrez depuis très longtemps, depuis le premier jour où j'ai ouvert ce compte Twitter, patriote européen.
Mais pourquoi vous vous sentez obligé de le spécifier, patriote ? Parce qu'on ne peut pas être européen sans être français, sans se sentir français ?
Non, on est européen en plus d'être français, en plus d'être patriote. Ce n'est pas à la place de, comme certains le disent.
Oui, mais vous, vous mettez les deux.
Oui, parce que c'est maligne. Depuis 1958, la France participe, le général de Gaulle, à la mise en oeuvre du traité de Rome qui date d'un an plus tôt, en 1957, et nous sommes convaincus que la force de la France et la force de l'Europe vont ensemble. C'est ce qu'a d'ailleurs dit Valérie Pécresse dans un article il y a quelques jours.
S'il fallait éviter cette polémique, il ne fallait donc pas que Valérie Pécresse fasse ce tweet.
Il fallait surtout que M. Macron et le gouvernement mettent les deux drapeaux et ça aurait évité la polémique. C'était beaucoup plus simple. C'est assez symbolique d'un camp qui ne pense qu'à l'Europe, d'un autre camp qui ne pense qu'à une vision un peu nationaliste.
Elle se retrouve dans le camp des nationalistes, là, aux côtés de Marie-Louise Pécresse.
Non, non, elle dit, excusez-moi, ne faites pas de polémiques inutiles. Elle dit simplement on aurait dû mettre et on mettra les deux drapeaux. Comme les deux drapeaux qui sont derrière le président de la République et qui seront derrière Valérie Pécresse le jour où elle sera élue. La France et l'Europe vont ensemble et c'est ainsi que nous devons affronter les défis, permettez-moi de vous le dire, qui sont extrêmement nombreux autour de nous et j'espère que dans les mois qui viennent on va en parler enfin de ce monde si fragile en raison du défi climatique, de ce monde si dangereux. On le voit encore au Kazakhstan ou on peut le voir en Ukraine.
Autour de nous, il y a tellement de dangers, tellement de défis qu'on ne peut pas les aborder. Pourquoi je suis européen en plus d'être patriote ? C'est qu'il y a des défis, le défi climatique, le défi du terrorisme, le défi de la pauvreté en Afrique, le défi des grandes multinationales du numérique ou de la finance qui sont tellement puissantes qu'elles ignorent les Etats. Comment on se protège ? Comment on défend notre intérêt national ? Comment on défend notre souveraineté nationale si on n'est pas ensemble dans certaines coopérations européennes ?
On va parler d'un certain nombre de ces défis dans un instant. Michel Barnier, juste après un coup d'œil sur le fil info. 9h moins 10, c'est avec Diane Ferchit.
Les tests du Covid n'est plus besoin de faire un PCR pour confirmer un antigénique positif. Objectif, désengorger les laboratoires qui sont littéralement pris d'assaut face au record de contamination. 261 000 nouveaux cas en 24 heures. En revanche, un PCR reste nécessaire après un autotest positif. À l'école, simplification du protocole anti-Covid. La série de tests pour les enfants sera valable 7 jours. Plus question de recommencer le cycle de dépistage à chaque fois qu'un nouvel élève est positif au sein d'une classe durant ce laps de temps. Actuellement, plus de 9200 classes sont fermées. Le Covid qui entraîne des difficultés dans certains secteurs.
Une réunion aura lieu lundi à Bercy avec tous les acteurs de la chaîne alimentaire, annonce du ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie, ce matin sur France 2. Réunion pour s'assurer que la logistique tienne bien. Une mauvaise surprise pour 300 000 clients de la banque en ligne ING. Leurs comptes ont été fermés d'office. La pratique est légale des comptes jugés par Anta, Paris ING qui se prépare à vendre son activité de banque de détails. France Info
Le 8.30 France Info Salia Bracchia Laura Sénéchal
Toujours avec Michel Barnier, ancien ministre et conseiller auprès de Valérie Pécresse, candidate LR à la présidentielle. Depuis le 1er janvier, la France a pris la présidence du Conseil de l'Union Européenne pour 6 mois. Emmanuel Macron a établi ses priorités. La transition numérique, la constitution d'une Europe de la santé pour ne plus dépendre de la Chine ou de la Russie, des Etats-Unis pardon, et refondre Schengen, aussi, pour l'immigration. Sur quoi vous n'êtes pas d'accord avec tout ce qu'a annoncé le président de la République ?
Oui, ou sur quoi il n'est pas d'accord avec nous ? Parce qu'encore une fois, moi j'ai été européen avant lui. C'est lui le président aujourd'hui ? Oui, c'est lui qui est président, mais ce sont des idées que nous défendons, que j'ai défendues. Vous pouvez retrouver plusieurs des livres que j'ai publiés dans les années passées où je défends des idées comparables sur l'indépendance de l'Europe, qui d'ailleurs, de mon point de vue, serait... Il ne faut pas faire parler le général de Gaulle pas plus que Winston Churchill ou Conrad Adenauer. Ce sont de grands hommes d'État que j'ai admirés personnellement.
Mais je crois aujourd'hui qu'ils seraient très engagés sur l'indépendance de notre continent, comment on se protège, comment on évite d'être dépendant, sous-traitant des Chinois et des Américains. C'est ça qui est en cause.
On a du mal à connaître les différences entre votre ligne, la ligne de Valérie Pécresse, la vôtre, et celle d'Emmanuel Macron.
Il y a des différences sur certains sujets que vous n'avez pas cités. Lesquels ? Par exemple, je voudrais dire que l'énergie nucléaire ne soit pas considérée par la Commission européenne qui est aujourd'hui à Paris. D'ailleurs, nous lui souhaitons la bienvenue à tous les commissaires européens qui sont en visite à Paris pour le début de cette présidence. Que la Commission veuille ne pas considérer l'énergie nucléaire comme une énergie propre et ne pas permettre tous les investissements qu'on permet pour les énergies renouvelables. C'est ce que veut Emmanuel Macron, comme vous. Non, non, mais pour l'instant, je vous dis ce que je pense. Vous pouvez trouver des poils communs, tant mieux.
Mais moi, je vous dis que j'aimerais bien que la France soit intransigeante avec cette question d'une énergie nucléaire qui est notre chance parce que c'est la chance de notre autonomie énergétique et électrique pour que la Commission soit juste comme elle l'est à l'égard d'autres pays.
Mais une différence, Michel Barnier ? Entre vous et Emmanuel Macron ? Il ne veut pas non plus
de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne. Il ne veut pas d'une armée européenne. c'est exactement la même chose.
Oui, enfin, bien qu'il ait l'U.M. prononcé le mot d'armée européenne dans d'autres discours plus tôt, il faut être réaliste, on ne va pas faire une armée européenne. En revanche, on doit consolider la coopération. J'y ai beaucoup travaillé lorsque j'étais le conseiller défense de M. Juncker pour dire qu'il faut en effet plus de coopération en matière militaire, industrielle et opérationnelle. Je veux dire par exemple que je ne suis pas d'accord non plus avec une orientation de la Commission qui voudrait la décroissance en matière agricole.
On a besoin de préserver la souveraineté alimentaire de notre continent, la souveraineté alimentaire de notre pays qui est en train d'être perdue actuellement. Il faut affirmer une ligne de production supplémentaire en Europe. Ça n'empêche pas de relever le défi climatique pour les agriculteurs. Pardon, Michel Barnier,
mais vous nous parlez de vos différences avec la Commission alors qu'on vous demande celle avec Emmanuel Macron.
Moi, je ne cherche pas à faire des...
Valérie Pécresse est candidate face à Emmanuel Macron s'il se présente à la présidentielle.
Oui, mais elle s'est exprimée récemment et je trouve qu'il y a des différences dans les sujets sur lesquels mettons l'inflexion, le contrôle des frontières, l'indépendance alimentaire, la réciprocité dans les marchés publics, la réciprocité dans les échanges commerciaux. Je trouve qu'il y a trop de naïveté au niveau européen, notamment au détriment des agriculteurs et des industriels. La taxe carbone, dont je vais savoir... Mais tout ça,
Emmanuel Macron le demande auprès de la Commission. C'est pour ça que je vous pose la question.
Tant mieux s'il le demande. Est-ce qu'il le demande avec la bonne formule ? Est-ce qu'il le demande avec la capacité d'écouter, de convaincre plutôt que de faire des incantations et parfois un peu d'arrogance ? Je n'en suis pas sûr. En tout cas, tant mieux si, pendant ces quelques mois d'influence française, six mois, c'est très court, méfions-nous de l'arrogance et des incantations, c'est beaucoup de travail, beaucoup de conviction. L'influence française, elle ne se décrète pas. Elle se construit. Et je ne se construis pas avec de l'arrogance. Moi, je pense que la France n'est pas grande quand elle est arrogante. Elle n'est pas forte, c'est solitaire. Voilà peut-être ma différence avec M.
Macron.
Elle n'est pas forte, elle est solitaire. Est-ce que justement, la France n'est pas seule face au Royaume-Uni ? C'est vous qui avez négocié le Brexit. On arrive à justement la date anniversaire d'entrée en vigueur du Brexit. Aujourd'hui, le Royaume-Uni...
On est arrivé, on a signé cet accord le 24 décembre, le jour de Noël. On se souvient très bien.
Mais ils ont quitté l'Europe le 31 janvier précisément. Est-ce que la France n'est pas seule, notamment pour défendre ses pêcheurs à qui le Royaume-Uni ?
Vous diriez qu'on s'est fait avoir de cet accord ?
Non, non, on ne s'est pas fait avoir. Je me souviens très bien de cet accord. D'ailleurs, je vous invite à lire le livre que j'ai publié dont je suis venu parler chez vous.
Il est respecté aujourd'hui cet accord par le Royaume-Uni ?
Non, il n'est pas respecté sur la pêche et il risque de ne pas être respecté sur un autre sujet encore plus grave qui est celui de l'Irlande et de la paix en Irlande. Parce que nous avons affaire à un gouvernement britannique qui, dans certains domaines, se comporte comme des flibustiers. Donc ce sont des gens qui ne respectent pas leurs paroles.
Et pourquoi l'Europe ne réagit pas ?
Et l'Europe a réagi. Elle n'a peut-être pas réagi suffisamment fort. Il reste encore 70 licences de pêche puisque vous parlez de ce sujet. Donc on doit à nos pêcheurs, notamment dans la Manche et dans les îles anglo-normandes, autour des îles anglo-normandes, il faut que cet accord soit respecté. Et ça, c'est le rôle de la Commission européenne et des pays. Nous sommes solidaires. Tous les pays ont été solidaires sur l'accord de pêche que j'ai négocié au nom des 27 gouvernements avec le soutien et l'accord des 27 chefs d'État du gouvernement. Je pense qu'il a été négocié correctement. Et d'ailleurs, ça a été dit par le gouvernement actuel. Il faut qu'il soit respecté.
Et nous avons fait un gouvernement qui doit faire attention, M. Johnson, à la qualité de nos relations futures. Parce que c'est ça qui est en cause. Il y a un Premier ministre, un chef d'État, un chef de gouvernement français que j'admirais beaucoup, M. Madès France, sous la Quatrième République, qui disait « Ne jamais sacrifier l'avenir au présent ». Je pense que M. Johnson doit faire attention à ne pas sacrifier l'avenir de nos relations, Europe, Royaume-Uni, France, Royaume-Uni. On a tellement de choses à faire ensemble. Sur les grands défis que j'ai évoqués tout à l'heure, il faut une bonne coopération franco-britannique.
Mais la qualité de cette coopération, elle dépend aussi du respect par les Britanniques de leur signature et de leurs engagements.
Une dernière question, Michel Barnier. la nouvelle carte d'identité bilingue ne plaît pas du tout à l'Académie française. Elle menace de saisir le Conseil d'État pour faire surprimer les traductions en anglais de nom, prénom, etc., comme cela existe déjà sur les passeports. Est-ce que vous, cette nouvelle carte d'identité, elle vous choque ?
Non, elle ne me choque pas. Je comprends la préoccupation de l'Académie française qui est dans son rôle, mais cette carte, elle sert aussi dans beaucoup de pays européens, grâce d'ailleurs à Schengen. Il faut peut-être accepter une conception de la francophonie qui ne soit pas défensive mais qui soit offensive. En revanche, le vrai problème sur lequel l'Académie se bat, et elle a raison, c'est d'abord de lutter contre toutes les formes nouvelles de wokisme, etc., et de dégradation de notre culture. Et je souhaiterais que le gouvernement français soit beaucoup plus déterminé sur cette question, notamment dans l'éducation.
Il y a aussi une manière de défendre notre rôle culturel et la francophonie, la langue française, qui n'est pas seulement la langue des Français, de manière plus offensive dans le monde. Ce sera un des sujets de la stratégie d'influence de Valérie Pécresse dans les cinq ans qui viennent.
Merci Michel Barnier. Je précise que Valérie Pécresse sera justement l'invité de France Info les matins présidentiels de 7h à 9h lundi matin face à la rédaction de France Info. Merci à vous. Bonne journée.
Merci à vous.
Michel Barnier