David Cormand (EELV) veut "reconstruire une offre politique pour convaincre les gens de retourner aux urnes"
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Ce matin, nous avons deux invités pour revenir sur les résultats des élections d'hier. Alexis Corbière pour la France Insoumise sera avec nous dans quelques minutes. Et tout de suite, nous sommes en ligne avec David Cormand. Bonjour. Bonjour Madame Munoz. Vous êtes député européen Europe Écologie-Les Verts. À mes côtés, Yael Ghos, chef du service politique de France Inter. David Cormand, les écologistes n'ont pas gagné de région. Ces élections sont-elles un échec pour votre parti ?
C'est paradoxal. Je ne vais pas vous raconter d'histoire. On aurait préféré gagner des régions. Après, je rappelle que nous n'en avions aucune. Par contre, au-delà de la question de l'abstention, qui est quand même une catastrophe démocratique, au premier tour, on est la seule force politique qui avons progressé en nombre de voix par rapport à 2015, malgré l'abstention record. Donc ça, j'y vois un signe quand même positif. Deuxième élément, on a fait d'excellents scores et on a gagné hier soir de nombreuses et de nombreux conseillères départementales et conseillers départementaux.
Je sais qu'on a du mal à suivre dans la presse nationale la question des départementales, parce qu'il y a beaucoup de départements, mais c'est très significatif d'un ancrage, d'une consolidation d'un ancrage de l'écologie dans les territoires. Donc ça, c'est positif.
Mais vous n'aurez pas d'élus en PACA, puisque les écologistes se sont désistés pour faire barrage au FN. Vous n'avez pas de regrets ?
Il ne faut pas regretter, parce que face au risque de l'extrême droite, il fallait faire ce choix. Et moi, vraiment, j'ai une pensée pour Jean-Laurent Felizia, qui était notre tête de liste, pour les militantes et les militants écolos, et de gauche d'ailleurs, de PACA, qui, c'est la deuxième fois, doivent se sacrifier pour empêcher l'extrême droite de gagner, avec aucune reconnaissance d'aucune sorte de la part de la droite de cette région et de M. Muselier, en réalité, dans la réalité des actes et des politiques qu'il mène. Donc c'est terrible. Mais face à la bête immonde, j'ai envie de vous dire qu'il ne faut pas avoir la main qui tremble et assumer ces choix qui sont difficiles.
Renaud Muselier dit tout de même qu'il s'engage à créer un comité pour que l'opposition soit représentée. On ne sait pas bien de quoi il s'agit au juste. Est-ce que c'est mieux que rien ?
C'est exactement ce qu'il avait dit en 2015. Il ne l'a jamais fait. Donc voilà, on verra ce que ça donne ce coup-ci. Mais si vous voulez, on ne demande pas la charité. Je vais l'avoir un comité, je ne sais pas quoi. Bon, très bien si ça a lieu. Mais le vrai sujet politique, c'est de reconstruire une offre politique écologiste qui convainc les gens de retourner aux urnes, surtout quand ils n'ont pas l'intention de voter à droite ou à l'extrême droite, pour avoir une offre politique dans cette région et d'ailleurs ailleurs, pour redonner le déspoir et retourner au bureau de vote pour voter avec le sourire. Ce qui n'a pas été le cas les deux derniers dimanches.
On voit bien que le climat politique est tendu, les thématiques qui sont abordées sont extrêmement dures. Et d'ailleurs, on voit bien que ça ne mobilise pas l'électorat. Au contraire, ça dégoûte plutôt les gens de la politique. Donc il faut se poser la question, comment on donne un horizon, une offre politique positive qui s'attaque aux vrais enjeux ? C'est ce que les écologistes essayent de faire. Une question d'Yahel Gauze.
On est le jour d'après, David Cormand. Et le jour d'après, maintenant, c'est la présidentielle en ligne de mire, puisque assez régional, elle était le dernier réchauffement ou le dernier test démocratique avant l'élection présidentielle. Et on retrouve la gauche, là, on l'avait laissée. C'est-à-dire que Julien Bayou, votre patron ELV hier soir, dit que l'écologie, c'est la seule force en dynamique. Et de son côté, Olivier Faure, patron du PS, dit que le PS est la seule force motrice. Comment vous vous mettez d'accord maintenant ? Qui est le leader de qui ? Comment vous allez vous accorder vos violons PS et ELV ?
Vous savez, moi, je ne suis pas le bon client pour poser ces questions-là, parce que mon intuition, c'est que je pense qu'effectivement, l'écologie est centrale, qu'en France comme ailleurs, la matrice sociale-démocrate s'est effondrée ou s'effondre, et que ce n'est pas cette matrice-là qui fera retourner les gens aux urnes. Et donc, moi, j'ai toujours défendu l'affirmation de l'écologie, pas dans une logique hégémonique pour écraser les autres, parce que c'est ça, la pensée propulsive, la force propulsive quand on n'est pas de droite au XXIe siècle. Et donc, je pense que c'est ça qu'il faut affirmer.
Et très franchement, le résultat des élections régionales, que ce soit en score ou que ce soit par rapport à l'attitude du Parti Socialiste, qui s'est montré très inamicale, pour ne pas dire autre chose, dans les régions où il était sortant, il a refusé de fusionner avec nous dans plusieurs régions. Notamment l'Occitanie,
la Nouvelle-Aquitaine.
Et la Bretagne, oui. Je vois mal comment il pourrait revendiquer... Voilà, vous savez, le Parti Socialiste a perdu en centralité sur le fond, et il a perdu maintenant aussi en centralité politique, en capacité de rassembler. Donc, c'est un rôle qui désormais nous incombe. Parce qu'en revanche, quand les écologistes étaient devant, ils ont quasiment, dans toutes les situations, su rassembler. Donc, voilà. Par rapport...
Oui ? David Cormand, les socialistes vous répondent que partout où les verts, les écologistes, tiraient les listes, c'est là qu'il y a eu échec. Carole Delga, 58%, la présidente de région sortante la mieux élue de France a fait son alliance, a fait son alliance en vous, oui, pour l'Occitanie ?
Oui, c'est une alliance au sens du Parti Socialiste, c'est une alliance tout seul. Mais vous savez, ce qui est intéressant, c'est que dans les régions où la gauche était sortante, il faut se rappeler qu'en 2015, on s'est pris une tatane. La gauche a perdu beaucoup de régions. Donc, le fait de ne pas en reconquérir ce coup-ci, c'est compliqué de qualifier ça de victoire. En réalité, c'est plutôt la droite qui a gagné hier soir. Je le déplore, mais c'est comme ça. sur Carole Delga et partout où les socialistes sont sortants, vous regarderez, ils ont perdu des voix par rapport à 2015. Donc, on ne peut pas parler de dynamique. Bien sûr, Mme Delga, elle a gagné.
Dans les autres régions, c'est quand même beaucoup plus laborieux. En Bretagne, celui qui est arrivé en tête n'aura même pas de majorité absolue à la région malgré la prime majoritaire. Donc, moi, je crois encore une fois que c'est l'écologie qui est la force motrice et effectivement, heureusement qu'il y avait les écolos dans les régions qui étaient à droite pour proposer une dynamique. Vous savez, moi, je suis en Normandie. C'est la seule région où on était derrière les socialistes. D'ailleurs, ça s'est très bien passé. Je n'ai pas de reproche à faire. Au deuxième tour, on a fait 26 %. Donc, on ne peut pas dire que quand c'est les verts, ça se passe moins bien.
Nous, quand c'est les écolos qui sont devant, on est plutôt en Rhône-Alpes, en Pays de la Loire, en Ile-de-France, on est plutôt autour de 34-35 %. Je ne vous dis pas que c'est formidable. C'est un peu mieux que 26 %. Donc, faire attention avec des règles absolues. Moi, je constate qu'en tout cas, le Parti Socialiste, quand il était en situation de le faire, n'a pas su rassembler. Nous, on a su le faire. Et je constate que par rapport à 2015, nous, on a gagné des électrices et des électeurs et les autres forces dont le Parti Socialiste en a plutôt perdu. Après, il n'y a pas de quoi pavoser avec une abstention pareille. Voilà, c'est compliqué de faire des analyses définitives.
Merci, David Cormand, député européen Europe Écologie-Les Verts. Vous étiez l'invité du 5-7 et nous avons un deuxième invité ce matin, une autre force de la gauche. Bonjour, Alexis Corbière.
Bonjour.
Député de la Seine-Saint-Denis pour la France Insoumise. À l'instant, David Cormand évoquait de nouveau cette abstention à 66 %. Je ne sais pas si vous avez entendu Xavier Bertrand hier soir. Il disait que la politique n'était pas morte à 66 % d'abstention. Vous le pensez, vous aussi ?
Non, mais l'événement majeur, c'est ça. Hier soir, j'ai vu des commentaires qui, très rapidement, c'était le vieux monde qui reprenait la parole et qui se félicitait de tel ou tel résultat qu'ils avaient obtenu, disait-il. Tout le monde était vainqueur à les entendre alors que ce qui s'est passé hier soir est quelque chose qui est fondamental. Deux tiers des gens ne sont pas venus voter. Vous savez, à une époque, on en était à se dire attention, l'abstention, elle était à 30, 40 %, puis après, presque plus de la moitié des gens. Désormais, c'est les deux tiers des gens qui ne vont pas voter. Le souverain, c'est-à-dire le peuple ne vient pas, ça n'est plus vraiment une démocratie.
C'est ça l'élément de fond. Et pour vous,
les abstentionnistes sont des personnes en colère ou des personnes qui s'en fichent ?
C'est d'abord un acte très politique, je pense. C'est-à-dire, c'est des gens qui disent tout ça ne sert à rien. Ces institutions, nous n'y croyons pas. Nous en avons assez d'avoir voté parfois pour des alternatives qui n'ont rien donné, qui donnaient le sentiment de poursuivre exactement la même politique. Nous en avons assez de nombreux élus qui... Nous perdons nos droits civiques nous n'intervenons pas comme acteurs civiques entre deux rendez-vous électoraux. C'est ça qui monte dans le pays. Il y a eu des mobilisations fortes, notamment les Gilets jaunes qui ont produit notamment, par exemple, l'idée d'un référendum d'initiative citoyenne qui a été une revendication forte.
Nous, nous portons l'idée qu'il faut désormais passer en sixième république et c'est le peuple qui doit discuter des conditions de ces nouvelles institutions. Il n'y a plus qu'une seule élection qui intéresse les gens et qui, quelque part, rend dérisoire toutes les autres élections. C'est l'élection présidentielle parce que les gens ont compris que c'était là, qui étaient le pouvoir pour changer et le reste apparaît comme une forme de simulacre de ce que vous et moi, de ce que chaque citoyen en république doit considérer comme étant la démocratie, c'est-à-dire l'expression du peuple. Et le peuple n'est pas venu.
Alors, à partir de là, les résultats sont souvent l'expression du fait de la continuité de ceux qui étaient en place parce qu'ils ont des petits réseaux, parce qu'ils subventionnent, parce qu'effectivement, bon, ils ont été reconduits, mais fondamentalement, c'est pas la photographie juste de ce qu'attend le pays.
Donc, si on ne le voit pas, si on le laisse dans l'angle mort, si aussitôt qu'on a un petit peu fait un tour de piste en disant qu'on regrettait cette abstention, mais qu'on commente de la même façon que par le passé, tel que je le répète, je l'ai vu hier soir dans les médias, qu'on s'auto-congratule, qu'on calcule comment tel ou tel aurait progressé, alors que fondamentalement, quand on le reporte au nombre d'électeurs inscrits, ceux qui gagnent les régions, souvent ne reprennent plus que 10 à 12% des électeurs inscrits, on ne comprend pas ça. Donc, il faut des mesures fortes. Une question d'Yel Gauze.
Et ça doit être au cœur de tout projet de l'élection présidentielle qui vient, sinon, c'est absolument ridicule. Alexis Corbière, revenons à nos moutons assez régionales quand même pour en tirer des leçons. Dans les Hauts-de-France, Pays de la Loire, et en Ile-de-France... Je ne reviens pas à mes moutons, je ne reviens pas à mes moutons. Si vous n'avez pas entendu ce que j'ai dit. Si, j'ai écouté, mais sur hier soir, là où vous étiez unis au sein de l'île d'union de la gauche, que ce soit dans les Hauts-de-France, Pays de la Loire ou Ile-de-France, ça ne donne pas une victoire à la fin. Est-ce que vous en tirez une leçon ?
Est-ce que ça veut dire que, comment dire, les insoumis doivent composer avec toute la gauche en union et ça donne ce que ça a donné hier soir ou au contraire, vous devez reprendre votre propre flambeau avec Jean-Luc Mélenchon pour 2022 ?
Il y a une articulation qui doit être faite entre pas de division inutile si des gens pensent la même chose, c'est-à-dire portent comme nous l'idée qu'il faut des changements d'institutions profondes discutées par le peuple lui-même, notamment dans ce que nous appelons une assemblée constituante, et bien faisons-le avec tout cela, rassemblons-nous, mais à l'inverse, penser qu'on va se rassembler derrière des gens avec lesquels c'est les mêmes institutions qui continuent, c'est aucune mesure de transition écologique, aucune mesure forte de réponse sociale et de partage des richesses, tout ça est ridicule et sera perdant surtout.
On ne battra pas Emmanuel Macron si on ne mobilise pas les ceux qui sont abstentionnistes et qui sont sociologiquement très nettement les milieux populaires, ouvriers, employés, jeunes. Eux, il faut leur dire des choses claires. Et tous ceux qui croient que dans l'arrogance que j'ai pu entendre hier soir, viennent souvent marquées par un sectarien que vient de pointer David Cormand, c'est-à-dire que les socialistes ont démontré dans certaines régions que parce que le jeu institutionnel leur permettait, ils ont chassé des insoumis, ils ont chassé l'Europe écologie. J'ai même entendu des gens avoir un discours d'un mépris vis-à-vis de la France insoumise.
On a quand même entendu dans ce pays que nous étions des ennemis de la République. Qui est venu défendre le fait que c'était quand même fou de revenir à un vocabulaire on avait l'impression des années 80-81 où on attendait que la victoire de la gauche quasiment allait entraîner les chars soviétiques sur les Champs-Elysées. On a entendu ce vocabulaire incroyable vis-à-vis de nous et personne ne nous a défendus, dont acte, mais qui montre bien que de toute manière ce qui va être important, si on veut battre Emmanuel Macron, ce qui est mon objectif, si on veut créer les conditions d'une victoire populaire, c'est précisant de mobiliser ceux qui ne sont pas venus.
Et je le répète, ça n'est pas par des demi-mesures, des rafistolages et le plus petit commun dénominateur entre forces politiques qu'on va y arriver, même si, je répète, je ne souhaite pas qu'il y ait des divisions artificielles, mais il faut, à part les clercs, c'est ce qu'on fait avec Jean-Luc Mélenchon, une campagne longue qui s'adresse à tout le pays, des propositions radicales dans le sens qui vont à la racine des problèmes sur des questions sociales, écologiques, et j'insiste à nouveau, et aussi les questions démocratiques. Pourquoi les gens s'abstiennent ? C'est parce que, notamment, ils ne se sentent dépossédés de leurs droits.
Est-ce qu'on peut mettre en place le droit de révoquer les élus en cours de mandat ? Est-ce qu'on peut prendre en compte le vote blanc, par exemple ? C'est-à-dire que si un nombre d'électeurs trop important vient voter blanc, on refait l'élection. Ce qui devrait être le cas, en vérité, par rapport à cette élection régionale. Alexis Corbière. Est-il normal que des présidents de régions soient élus avec 10 à 15% des électeurs inscrits d'une région d'un point de vue républicain ? La République, vous savez, ce n'est pas un mot qui doit être galvaudé, répété à l'envie par des gens qui font l'électeur républicain. Alexis Corbière, on ne se voit pas vous êtes à distance. C'est le peuple souverain.
Donc, c'est compliqué. Je ne peux pas vous interrompre. Ce n'est pas très poli, mais ce qu'on ne se voit pas. Question. Sondage Ipsos, ce matin, pour France Télévisions et Radio France. Jean-Luc Mélenchon a 7% au premier tour. Derrière Anne Hidalgo à 8 ou 9% sur les hypothèses. Yannick Jadot à 10%. Comment vous sortez de cette malédiction des trois gauches qui se marquent à la culotte et à la fin, personne ne gagne ? Ce sondage est une manipulation. Celui que vous évoquez a une méthodologie différente de tous les autres sondages. Il ne prend en compte que ceux qui sont sûrs d'aller voter. Ce qui n'est le cas dans aucun sondage. C'est un sondage de manipulation méthodologique.
Je le dis clairement. Tous les 11 derniers sondages donnent des chiffres totalement différents. Et comme par hasard, hier soir, on a demandé aux électeurs de se placer sur une échelle de 1 à 10 et on ne prend en compte que ceux qui sont sûrs d'aller voter. Ce qui défend complètement le résultat. ne participeraient pas à commenter ce sondage qui est totalement bidon de toute manière et qui veut créer par le jeu des sondages un climat. Par ailleurs, les sondeurs devraient être modestes parce que ce qu'ils nous ont annoncé il y a une semaine, dix jours, ne s'est vraiment pas trouvé confirmation dans les urnes.
Bref, il faut faire campagne sur des thèmes clairs, pas sur tel ou tel institut de sondage ou tel ou tel média de nous vêt en avant. Sans pour laquelle avec Jean-Luc Pelangeon en avance. Sixième République, le social, l'écologie. Et ceux qui veulent le faire avec nous, nous le ferons.
Merci Alexis Corbière, député de la France Insoumise en Seine-Saint-Denis. Vous étiez l'invité du SAC7. France Inter Sous-titrage Société Radio-Canada
David Cormand