Blocage du détroit d'Ormuz : il serait "totalement excessif de parler de choc pétrolier", selon Philippe Chalmin
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 80 %Défensif 20 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:22InvitéFait
« Le trafic est à l'arrêt. »
- 2:30InvitéChiffre
« Par Hormuz, passent chaque jour une vingtaine de millions de barils. »
- 4:04InvitéChiffre
« On est passé grossièrement de 35, un peu moins de 35 euros le mégawatt-heure, à plus de 44 avec des pointes à 48. »
- 4:33InvitéChiffre
« La hausse, on était vendredi soir à 72 dollars le baril pour le pétrole de référence, le Brent. »
Temps de parole
- Invité73 %
- Présentateur27 %
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France Inter, Kevin Dufresch, le 5-7. 6h21, c'est un petit bras de mer de 95 km de largeur maximale, mais dont l'importance stratégique est immense. Le détroit d'Hormuz qui sépare l'Iran de la péninsule arabique, c'est par là que les pays producteurs font partir leur pétrole par bateau vers le monde entier, sauf que c'est maintenant une zone de guerre. Bonjour Philippe Chalmin.
Bonjour.
Historien, économiste, professeur à l'université Paris-Dauphine, spécialiste des matières premières. Hier, un général iranien des gardiens de la Révolution a menacé, je cite, de brûler tout navire qui tenterait de franchir le détroit. Pas une goutte de pétrole ne quittera la zone, a-t-il dit. Le trafic est à l'arrêt ?
Pratiquement, oui. On ne peut pas dire qu'il y ait un blocage effectif, mais les seules menaces des gardiens de la Révolution font qu'il n'y a pas d'armateurs, il n'y a pas de compagnies d'assurance maritimes qui veuillent prendre le risque de faire glisser un navire par le détroit d'Ormouze. Plus de 150 tanqueurs. Le résultat, tout est à l'arrêt.
Plus de 150 tanqueurs qui sont à l'arrêt.
150 navires. Navires. Il n'y a pas que des tanqueurs, il y a des tanqueurs, il y a des métaniers, il y a des portes-conteneurs. Alors, le détroit d'Ormouze, ça représente quand même une artère vitale, en particulier pour l'énergie, notamment le pétrole et le gaz naturel liquéfié.
Et on est bien d'accord, c'est ce que vous disiez, personne ne peut vraiment fermer le détroit.
Disons qu'il suffit qu'il y ait une menace. C'est vrai qu'on ne sait pas très très bien à l'heure actuelle qui est-ce qui décide en Iran. Le gouvernement, manifestement, essaie de tenir un ton presque raisonnable. Par contre, les gardiens de la Révolution sont beaucoup plus jusqu'au boutiste. Il y a quand même la force maritime américaine dans les parages. Mais il suffit qu'un gardien de la Révolution, quelque peu désespéré, appuie sur un bouton et balance un missile sur un bateau pour que tout s'embrase. Donc, à l'heure actuelle, le trafic est à l'arrêt. Et il faut se rendre compte que par Hormuz, passent chaque jour une vingtaine de millions de barils.
C'est-à-dire, si on fait le calcul sur les super tankers qui transportent chacun deux millions de barils, ça me fait quand même une dizaine de tankers. Et passent aussi tout le gaz naturel liquéfié produit au Qatar, ce qui représente à peu près 20% de, là aussi, de l'offre mondiale.
Ce gaz naturel liquéfié dont on a besoin en Europe et en France, d'ailleurs, il vient chez nous, en théorie, ce GNL du Qatar ?
Non, pas seulement. De toute façon, oui, il y en a un peu qui vient en Europe. Mais le gros du GNL, ce qu'on appelle GNL, part sur l'Asie. C'est plus logique. L'Europe, nous apportons surtout du GNL américain. Mais de toute façon, le marché asiatique et le marché européen sont relativement liés. Et c'est par le biais des prix, bien entendu, que tout se transmet.
Justement, Philippe Chalemin, ça veut dire que les prix vont augmenter. Sur le gaz, en Europe, les prix des contrats de référence ont bondi hier d'environ 50%. Ça va forcément se ressentir sur nos factures, à un moment donné ?
Alors, incontestablement, même si, au niveau des particuliers en particulier, nous avons en général des contrats sur base annuelle. Donc, c'est au moment des renouvellements que tout va se faire. Mais c'est vrai qu'hier, sur le marché européen, on est passé grossièrement de 35, un peu moins de 35 euros le mégawatt-heure, à plus de 44 avec des pointes à 48. Bon, ensuite, on verra. Le marché a toujours été très instable. On est revenu à des niveaux qui étaient ceux que l'on avait au printemps de l'année dernière. Donc, pour l'instant, rien de si dramatique que cela, mais quand même. Et sur le pétrole, là, on n'a été plus mesuré.
La hausse, on était vendredi soir à 72 dollars le baril pour le pétrole de référence, le Brent. On était, hier soir, un petit peu en dessous de 80. Enfin, le problème est de savoir si tout ceci va se prolonger. Quand Donald Trump parlait d'opérations qui pourraient durer quatre semaines, c'est vrai que si pendant quatre semaines, plus aucun navire ne passe par Hormuz, là, ça commencera à poser des problèmes. Et on risque d'avoir des tensions qui montent encore, bien qu'ils soient totalement excessifs, de parler de chocs pétroliers.
En un mot, Philippe Schallmann, vous parliez du pétrole. Les prix à la pompe ont augmenté pas mal déjà ces derniers mois, plus 20 centimes en deux mois à peu près. On en parlait dans le journal de Six Heures. Certains commencent déjà à aller faire leur plein tout de suite pour éviter une hausse. Est-ce que ça, ça ne rajoute pas aussi aux tensions sur le pétrole ?
Il faut se dire qu'on a un dollar le baril égale grossièrement un centime le litre à la pompe. Voilà à peu près à la louche ce qu'on peut calculer. Il est clair que nous allons quand même, probablement, vers des hausses à venir. Déjà, on était aux alentours de, comme vous l'avez dit, au début de l'année, on était aux alentours de 60 dollars le baril. On est aujourd'hui aux alentours de 80. Ça fait donc une vingtaine de centimes. Une partie, d'ailleurs, de cette hausse est à venir encore.
On peut, si Hormuz est bloqué et continue, si aucun navire continue à nous passer, on pourra probablement, pour l'instant, la hausse a été mesurée, mais on peut atteindre les 100 dollars, donc 20 centimes, 20 dollars le baril de plus. Merci. 20 centimes de plus. Ça n'est pas ça qui va changer l'équation du marché mondial. Mais ça peut changer l'équation de nos portefeuilles.
Merci Philippe Chalmin, historien, économiste à l'Université de Paris-Dauphine, président aussi de Cyclope, qui publie chaque année un rapport sur les marchés mondiaux. Merci d'avoir été l'invité de France Inter ce matin. La météo et le journal à suivre. Merci Philippe Chalmin.