Rites, traditions, croyances : l'historien Jean-Pierre Surrault raconte la Toussaint dans l'Indre et le Cher
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Alors qu'est-ce que c'est d'abord pour le Berry Halloween ?
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C'était donc une façon de rendre hommage aux défunts ?
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Jean-Pierre Souraud, vous êtes historien, vous parlez d'eau-bol sous forme d'offrandes, de nourriture, si je comprends bien
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Ça veut dire qu'à l'époque, on n'offrait pas de fleurs ?
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C'était un moment important de l'année, la Toussaint, dans le calendrier des fêtes bérichonnes
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Mais c'était quelque chose de quand même religieux, parce que là, vous parlez de curé, de catholicisme
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« si on veut bien d'abord partir de ce qu'est l'Halloween américaine, qui est une cérémonie d'origine celtique, développée par les Américains d'origine irlandaise »
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« on pense que les morts reviennent. Et certains viennent demander leur dû, il fallait leur faire un cadeau. »
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« dans le Berry ancien, avant le 19e, même jusqu'au cœur du 19e siècle, le jour de la Toussaint était considéré comme le jour où l'on venait dialoguer avec les morts »
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« on faisait des sortes de gestes de repas pris en commun sur les tombes, et on donnait une obole, ou comment dire, on mettait sur la tombe un bol avec de la nourriture symbolique. »
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« Rendre hommage aux défunts parce que dans l'ancienne culture celtique qui a survécu bien, bien plus longtemps qu'on ne le pense, cette saison s'inspire d'une grande fête qui s'appelait Samin »
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« Absolument. D'un point de vue religieux, on a des témoignages, par exemple, d'un curé de la Berthenou du XIXe, qui a dit que la Toussaint est la fête la plus pratiquée des habitants, plus que Noël et plus que Pâques »
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« Oui, ça avait été en quelque sorte christianisé. »
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« L'Église a christianisé cette fête, en transformant la Toussaint. »
Temps de parole
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Demain, c'est Halloween et dimanche, la Toussaint, deux fêtes qui ont leur importance en Berry, historiquement. Pour en parler, nous recevons Jean-Pierre Sureau, historien spécialiste de l'Indre et Duchère. Il répond à vos questions, Gaëlle Fontenay. Bonjour Jean-Pierre Sureau. Bonjour. Alors qu'est-ce que c'est d'abord pour le Berry Halloween ? Ça existait, une forme d'Halloween évidemment qui ne s'appelait pas comme ça ? Oui,
si on veut bien d'abord partir de ce qu'est l'Halloween américaine, qui est une cérémonie d'origine celtique, développée par les Américains d'origine irlandaise, dans laquelle, dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, eh bien, on pense que les morts reviennent. Et certains viennent demander leur dû, il fallait leur faire un cadeau. Et ce cadeau est assez vite passé aux Etats-Unis, des années 1860-1880, à offrir des bonbons pour les enfants.
Alors si on revient au Berry maintenant, dans le Berry ancien, avant le 19e, même jusqu'au cœur du 19e siècle, le jour de la Toussaint était considéré comme le jour où l'on venait dialoguer avec les morts, et plus exactement avec l'esprit des morts et des revenants. Donc là encore, on faisait des sortes de gestes de repas pris en commun sur les tombes, et on donnait une obole, ou comment dire, on mettait sur la tombe un bol avec de la nourriture symbolique. Ça
existe
encore ? Ça existe encore
aujourd'hui ?
Oui, à mes yeux, je suis allé un petit peu, parce que ma famille est originaire de cette région, du côté de l'Ignac, et j'ai observé à la Toussaint qu'il y a encore quelques tombes où on dépose un bol pour la Toussaint. Et puis, je ne le connais pas de visu, mais il paraît que la région de Pouligny-Saint-Pierre, tournant Saint-Martin, connaît aussi encore une certaine survivance de cette pratique ancienne.
C
'était donc une façon de rendre hommage aux défunts ?
Rendre hommage aux défunts parce que dans l'ancienne culture celtique qui a survécu bien, bien plus longtemps qu'on ne le pense, cette saison s'inspire d'une grande fête qui s'appelait Samin, qui est le passage de la saison claire de l'année à la saison noire. Et il y a une sorte de période intermédiaire où morts et vivants cohabitent. Et donc, les morts viennent, si vous voulez, recevoir la reconnaissance pour ce qu'ils ont été, ce qu'ils ont fait des vivants.
Jean-Pierre Souraud,
je
rappelle que vous êtes historien, vous parlez d'eau-bol sous forme d'offrandes, de nourriture, si je comprends bien,
ou
un bol de lait. Ça veut dire qu'à l'époque, on n'offrait pas de fleurs ? Ah non.
Disons que l'apparition des fleurs est un phénomène du milieu du XIXe siècle, au moment où l'individualisation de la tombe est acceptée par les autorités. Et là, on entre dans une période, qui est la note d'ailleurs, où la conservation du corps est la plus importante. On croit moins au retour de l'esprit. Et rendre hommage au corps, c'est donner quelque chose, j'allais dire, qui engage moins que de la nourriture. Donc, les fleurs se répandent à partir du XIXe siècle pour être déposées sur les tombes.
C
'était un moment important de l'année, la Toussaint, dans le calendrier des fêtes bérichonnes
?
Absolument. D'un point de vue religieux, on a des témoignages, par exemple, d'un curé de la Berthenou du XIXe, qui a dit que la Toussaint est la fête la plus pratiquée des habitants, plus que Noël et plus que Pâques, et qu'une partie de la population musarde reste au cimetière toute la journée. Alors, non pas pour y porter des fleurs, mais à l'époque pour déjeuner auprès des tombes. Cette ancienne version de la rencontre des vivants et des morts a longtemps survécu dans les campagnes.
Mais c'était quelque chose de quand même religieux, parce que là, vous parlez de curé, de catholicisme, et avant, vous parliez de tradition plutôt gauloise et celtique. Donc, ça avait quand même
un
sens religieux ? Oui, ça avait été en quelque sorte christianisé. La fête celtique de Sama, elle durait 3-4 jours, et il y avait un premier jour pour exalter les héros de la population, un deuxième jour pour venir, comment dire, en hommage aux morts, les autres jours étaient, à ma connaissance, plus incertains dans leurs manifestations. L'Église a christianisé cette fête, en transformant la Toussaint. Alors, la Toussaint, c'est la fête des saints, donc on honore les héros de l'Église, et le lendemain, c'est la fête des morts. Et donc, on retrouve bien ces deux jours, mais dans l'ensemble, les populations ont préféré honorer les morts, non pas le deux, mais le premier.
Merci beaucoup, Jean-Pierre Sureau, pour toutes ces explications. Bonne journée à vous. Bonjour, merci. Et n'oubliez pas notre opération spéciale, notre grand jeu Halloween. Rendez-vous sur le WhatsApp, ici, Béry, 0254 27 36 36. Vos plus belles photos, les plus mignonnes, les plus gourmandes, les plus effrayantes d'Halloween, vous nous les envoyez tous ce week-end, et vous tentez de remporter deux sacs, non, deux boîtes de bonbons, j'avais perdu le mot, et votre paire de pantoufles du Béry.