La pub en haut de l’affiche - L’Oeil de Pierre Lescure - C à Vous - 12/12/2022
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On va parler de l'art de l'affiche ce soir, ces grands 4x3 ou plus encore, ces affiches créatives, colorées, intelligentes, habiles ou même quelquefois racoleuses qui se font un peu plus rares mais restent quand même dans notre environnement piétonnier et métropolitain. Elle ne date pas d'hier, cet art de l'affiche, on le voit là et on le voit aussi par exemple sur cette marque qui continue de pétiller, qui est synonyme de grande classe mais l'affiche date de 1896. J'ai grandi dans le métro, moi, avec les frères Ripollin qui jouaient déjà au petit train mais cette pause célèbre pour les pots de peinture et les pinceaux, elle est apparue, elle, en 1898.
Après-guerre sont arrivés ces créatifs dessinateurs, illustrateurs dans les années 60 et 70, ils ont été, si j'ose dire, des agences à eux tout seuls. Ces talents ont fait prendre un virage décisif à la publicité murale, c'est ce qu'explique Pascal Grégoire à Myrtille-Serre qui l'a interrogé sur le livre qu'il vient de sortir avec Tanguy Demange, en haut de l'affiche, qui célèbre 100 ans d'affichage en France.
C'était des illustrateurs qui faisaient les campagnes, donc des artistes en fait, qui créaient un message visuel. Il y a eu Capiello, par exemple, qui a fait plus de 3000 affiches, ou d'autres, qui ont commencé à intégrer des mots avec les visuels. Et il y a un afficheur très connu, comme Savignac, par exemple, avec Aspro, avec cette affiche qui est assez intéressante pour illustrer le mal de tête, avec ses voitures qui traversent le crâne du personnage pour illustrer le mal, et qui donne tout de suite la réponse qui est « vite Aspro ».
Je manquerais à tous mes devoirs si je ne citais pas le nom de René Gruau, parmi les grands de la création publicitaire. Une classe folle, une façon dessinée d'un immense talent, ses dessins de mode, de pub ou de spectacle, ses originaux, valent aujourd'hui des fortunes. Pascal Grégoire a raison de mettre l'affiche parmi les éléments importants de la fameuse pop culture des années 60, 70 et 80.
L'affichage, c'est le seul moment où la publicité est vraiment en face des gens. On ne peut pas la zapper. C'est la publicité au milieu du public, dans la vie, dans la cité. Donc il y a ce côté populaire de l'affichage qui est absolument incroyable. C'est pour ça que je pense que c'est la culture pop, en fait. Et c'est pour ça qu'elle rentre dans la mémoire des gens, parce que souvent, il y a eu cette connexion directe. Et du coup, quand le message passe bien, il est imprimé pour longtemps. Tout le monde se souvient des grandes campagnes du Club Med, tout le monde se souvient des grandes campagnes de Rostar, d'Evian, parce qu'elle rencontre le public.
Donc c'est vraiment la publicité la plus intéressante du point de vue populaire, dans le bon sens du terme, c'est qu'elle rencontre les gens et que le public, comme quand c'est du théâtre ou du cinéma, il juge, il applaudit, il déteste, mais en tout cas, il se manifeste.
Les images comme les slogans rentrent ainsi dans le langage courant, dans les expressions qu'on s'échange, des plaisanteries qu'on se lance. C'est vrai pour cet apéritif. Non, ce n'était pas tout de suite, mais bon. Donc il n'y aura pas d'apéritif. Ah oui, sinon voilà. Voilà, alors Ricard, sinon rien. Je l'ai dit du coup. Et puis c'est vrai pour cette campagne dingue de l'agence Avenir en septembre 81, affiche qui vient de connaître, comme Myriam, son icône, un joli clin d'œil il y a quelques semaines, 41 ans après. Les affiches, ce sont des images qu'on chope en une seconde.
On a une seconde pour convaincre la personne, ou en tout cas qu'elle comprenne le message, ou qu'elle apprécie le message. Donc il y a une espèce d'alchimie, une sorte de magie, moi j'appelle ça l'art des raccourcis heureux. Alors Volkswagen, mais ça c'est un exemple extrêmement intéressant de raccourcis heureux, parce que vous avez, on sait tous que Volkswagen ne tombe jamais en panne. Donc là on voit ce type qui a la tête dans le moteur, et elle accroche au-dessus qui est parano. Donc là il y a de l'humour, ça rappelle le message générique de la marque, et là il y a une vraie connexion avec le public. D'ailleurs tout le monde s'en souvient encore, c'est une affiche qui est très célèbre.
Il y a d'autres marques qui sont presque devenues synonymes de créativité. Vous vous souvenez, parce que c'est récent, de Perrier c'est fou, mais découvrez pour la plupart d'entre vous cette affiche somptueuse de Jean Carlu, après-guerre, pour la même marque, déjà folle. J'aimerais bien avoir l'original, mais il doit avoir la peau des fesses. Vous retrouverez tout cela et bien d'autres choses dans ce livre en haut de l'affiche, édité par le Cherchemilly, que je suis heureux de vous offrir, cher Renaud. Merci beaucoup. Merci beaucoup Pierre. Merci beaucoup.
Merci beaucoup.