Le nouveau Front Populaire est constitué - François Ruffin dans Backseat
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Il s'agit de François Ruffin, député LFI sortant et initiateur du Front Populaire. Est-ce que vous ne m'entendez, François Ruffin ?
Je vous entends très bien. Moi, je vous entends.
Eh bien super, je vous entends aussi. Merci beaucoup d'être avec nous, François Ruffin. On l'a appris ce soir au cours de l'émission. Un accord a été trouvé entre les formations de gauche pour un programme commun, un pacte gouvernemental commun et un accord dans les circonscriptions. Quelle est votre réaction ?
Bravo, chapeau. Moi, je veux saluer le chemin qui a été fait depuis dimanche, puisque dimanche, on avait une gauche qui était en miettes et qui était à ramasser à la petite cuillère, dont le moral était dans les limbes. Et en quatre jours, il y a eu quelque chose qui est parti avec la possibilité de gagner. Donc le fait que tous les partis se soient rassemblés et qu'ils aient trouvé un accord à la fois sur le front et un accord électoral me paraît une bonne chose. Je pense que ça redonne un sentiment de fierté à la gauche et ça va aider à faire sortir les gens de gauche le 30 juin et le 7 juillet.
D'autant plus que moi, ce que je vois, c'est que dans le même temps, de mon point de vue, le Rassemblement National commet des erreurs. Alors, ceci dit, ils sont tellement installés dans le pays que ce n'est pas dit que les erreurs à court terme du Front National se payent. Mais je veux quand même les signaler parce que je pense qu'ils rouvrent un vrai espace à une gauche populaire.
Je pense que le démarchage de Ciotti et de Maréchal droitise sur le plan social et économique le Rassemblement National et donc ouvre un espace qui se traduit par deux prises de position, dont une qui peut paraître anecdotique, mais qui est par exemple la déclaration de mon collègue Rassemblement National de la Somme, Jean-Philippe Tanguy, qui dit que plutôt que de payer un service postal, Amazon pourrait très bien faire le boulot. Or, je pense qu'il y a des tas de coins de France, évidemment, dans les petites communes où on est très attaché à la poste et où déjà c'est une blessure d'égalité que de ne plus pouvoir avoir sa poste dans son village.
Et donc je pense que cette déclaration-là, je donne des arguments pour tous les gens qui, j'imagine, vont avoir à aller reconquérir du terrain face au Rassemblement National. Je pense que cette déclaration de Jean-Philippe Tanguy, elle doit être encadrée, elle doit être utilisée face à des électeurs potentiels de Bardella. Et la deuxième déclaration, vous la connaissez tous, mais il faut vraiment s'appuyer dessus, c'est le fait qu'ils disent qu'ils n'abrogeront pas la retraite à 64 ans. Moi, c'est l'un des éléments majeurs que j'ai mis dans ma profession de foi que j'ai rédigé ce matin.
Là, les électeurs ont le choix entre les macronistes qui vont garder la retraite à 64 ans, le Rassemblement National qui va garder la retraite à 64 ans, ou le Front populaire qui lui dit très clairement la première chose qu'on fera, ce sera d'abroger cette mesure. Donc je pense que là, il y a un autre argument qui auprès des classes populaires peut porter, du moins c'est celui que je vais m'appliquer, enfin à utiliser, maintenant, parce que j'ai déjà fait mes 10 000 pas aujourd'hui très largement et j'ai monté des cages d'escalier et ça ne fait que commencer. François Ruffin.
D'ailleurs, j'ai eu une anecdote sur le sport ce matin à France 2, j'ai déclaré que je serais très fier, si j'étais un ministre du Front populaire, d'être l'équivalent de Néo La Manche, qui a donc au moment de 36 donné les congés payés aux ouvriers, les premières fois où ils sont allés voir la mer. Moi, si jamais je peux porter le sport pour tous, j'en serais très content. Et j'ai rencontré à Longo, là, un ancien cheminot, honnêtement, j'espère qu'il ne m'écoute pas, mais un petit peu pour le tripotent, et qu'il m'a dit, franchement, je vais me forcer à porter pour tous, vous, mais j'espère que ce ne sera pas le sport pour tous.
François Ruffin, c'est vous qui avez initié le mot Front populaire dès dimanche soir. Vous avez dégainé extrêmement rapidement. Est-ce que c'était quelque chose que vous prépariez ?
Non, je préparais une réaction à la montée en puissance du Rassemblement national, en tout cas, dans un premier temps, j'ai réagi avant la dissolution en disant, voilà, nous pouvons l'emporter. J'ai dit ce que disent les gens de gauche, soyons unis, arrêtons les conneries. Et j'ai dit au parti, j'ai cité Marine Tondevier, j'ai cité Manuel Vampart, j'ai cité Olivier Faure, j'ai cité Fabien Roussel en leur disant, maintenant, on arrête les conneries. Donc ça, c'était ma première impulsion qui était préparée, parce que le résultat, malheureusement, du Rassemblement national n'a pas été un coup de tonnerre, bien au contraire.
Et dans un coin comme le mien, il frôle les 50%, et je n'en suis malheureusement pas surpris, et on ne s'attendait pas à un sursaut gigantesque. Donc je savais que j'avais une responsabilité à être un homme de ce sursaut possible, parce que le Rassemblement national, je l'ai déjà battu deux fois ici, et je compte bien le faire une troisième fois, et donc je voulais passer le message avec clarté qu'il n'y a pas de fatalité, nous pouvons l'emporter. Donc ça, ça a été le premier réflexe dans un premier temps, en m'appuyant déjà sur trois exemples historiques.
Le premier, c'est 1936, la crise de 1929 qui aboutit au nazisme en Allemagne, mais qui aboutit au New Deal aux États-Unis et au Front populaire en France.
Donc on voit bien que les histoires peuvent, en fonction des hommes et des situations historiques, donner des résultats différents, mais aussi dire que jamais, pas une seule fois dans notre histoire, le Rassemblement national, enfin l'extrême droite est arrivée au pouvoir par les urnes, et elles sont arrivées une seule fois au pouvoir, et ça a été par la défaite de nos armées, et ça n'a pas donné des grands souvenirs joyeux au pays, et le troisième échange que je donnais était très personnel, puisque Marine Le Pen, à pique secours, fait 55% de la présidentielle il y a maintenant deux ans, et c'est moi qui fais 55% législative, donc il n'y a pas de fatalité à ça.
Et puis ensuite est venue la dissolution, et comme on voyait un côté tétanisé, chez tout le monde, et je dois dire que ma première réaction, elle m'a été de me dire qu'elle tarait, et j'ai livré mon analyse à PIF, et j'ai enchaîné en disant, voilà ce qu'il nous faut, c'est un Front populaire, ce qu'il nous faut c'est réussir à refaire ce qu'a fait le Front populaire de 1936.
Si on se souvient, il faut voir quelle était la violence des communistes à l'endroit des socialistes à l'époque, les communistes étaient ultra sectaires, et qu'ils traitaient les socialistes de hyènes, tous les jours dans l'humanité quasiment, et ça paraissait impensable qu'il y ait une alliance et qu'il aille jusqu'au parti radical. Il faut dire ce qui a aidé à l'époque.
Ce qui a aidé à l'époque, c'est que Maurice Thorez a été rappelé à Moscou, et que Staline lui a dit, maintenant tu vas faire l'alliance avec la bourgeoisie, parce qu'on a besoin que la gauche l'emporte, sinon c'est le fascisme qui va l'emporter aussi en France, et on ne pourra pas avoir d'accord militaire pour cerner l'Allemagne. C'était le fonds géostratégique qui a permis l'alliance du Fonds populaire. Alors le problème, c'est qu'on n'a pas de Staline. Je ne veux pas que cette phrase sorte en... Aucun risque.
Ce ne sera pas nous.
Mais voilà, il n'y a personne... Pardon, j'ai une petite question à vous poser. Je permets qu'on me pose des questions. Non, c'était très intéressant. Mais là, on est sur un accord électoral qui a pour l'instant un court terme, c'est-à-dire les législatives anticipées les 30 juin et 7 juillet prochains. Est-ce que vous pensez que ça peut être une base pour une grande union des gauches, peut-être vers 2027, ou pour l'instant, c'est un peu au jour le jour ? Écoutez, moi je vais vous dire la vérité, j'ai du mal à ne pas la dire. Il va falloir mettre de l'amour dans tout ça. Il ne faut pas que ce soit qu'une négociation de circo, il ne faut pas que ce soit seulement un truc d'appareil.
Il va falloir mettre de l'amour dans tout ça. Et il faut de l'amour partout. Il faut de l'amour entre les chefs et il faut de l'amour entre les militants. Il faut de l'amour partout. On n'en est pas à l'étape de l'amour. On n'est pas à l'étape de la fécondation du couple qui va porter un bel enfant. Vous voyez ? Je veux dire la vérité. Donc là, il y a une étape, il y a une rencontre qui est possible. Pour qu'elle dure, il va falloir y mettre de l'amour. Et je pose une autre condition. Moi, quand je dis Front Populaire, je dis que ce n'est pas qu'un accord entre les partis. Ce qui a permis qu'on garde en mémoire le Front Populaire, c'est qu'il n'y a pas eu seulement Léon Thoum à Batignon.
Et c'était déjà pas mal, parce que la première bute était quand même de stopper le fascisme en France. Bon, ça, ça a été réussi. Mais c'est parce qu'il y a eu une émulation, une ébullition populaire. Vous savez très bien, avec les grèves, les occupations d'usines. Et sinon, on n'aurait pas eu les 40 heures et les congés payés. Et donc, aujourd'hui, si jamais il arrivait qu'on ait une victoire du nouveau Front Populaire, il faut absolument que ça soit comme un ressort qui se lâche dans le pays. Vous savez, je considère que le pays, il est écrasé comme un ressort depuis 40 ans. Les salariés, ils vivent dans une forme de peur.
Bon, il faut que si jamais la gauche l'emporte le 30 juin et le 7 juillet, ça détende un ressort, que ça soit des ébullitions partout, qu'il y ait des gilets jaunes sur les péages d'autoroutes. Il faut qu'il y ait un embrasement quelque part du pays, un embrasement positif, un embrasement constructif, mais qui vienne porter une dynamique populaire profonde. Parce que moi, je n'ai jamais cru qu'on arrivait à transformer un pays juste parce qu'on avait l'Élysée, l'Assemblée, les ministères. Ce n'est pas vrai.
Ce soir, on a appris aussi, il était invité du 20h de TF1 ou France 2, je ne sais plus, François Hollande, qui a apporté son soutien au nouveau Front populaire. Est-ce que ça vous surprend ? Est-ce que vous avez de l'amour pour lui ? Vous parliez d'amour.
Écoutez, il faut jeter les rancœurs à la rivière, c'est parfois plus compliqué. Donc, écoutez, ce n'est pas le moment des querelles, d'accord ? Ce n'est pas le moment de revenir sur le passé, mais on n'aurait pas eu Macron. Parce que vous savez, la première chose, quand on tape à une porte à Longo, comme je l'ai fait aujourd'hui, c'est quand même de dire qu'il faut sortir de Macron et c'est ce qui fait consensus. Après, l'issue de la sortie, est-ce que c'est par l'extrême droite ou est-ce que c'est par la gauche ? Elle amène à des débats avec les gens qu'on a en face de nous.
Mais le fait qu'il faille sortir de Macron et qu'il nous amène à la catastrophe, c'est un diagnostic qui est partagé, en tout cas très largement. Bon, on n'aurait quand même pas eu, je ne peux pas m'empêcher de l'oublier, même un jour sain, comme le nôtre, qu'on n'aurait pas eu de Macron à l'Elysée si on n'avait pas eu Hollande pour l'emmener dans ses bagages. J'avais, moi, une petite question, si vous le voulez bien. L'un des points d'achoppement des négociations à gauche aujourd'hui était notamment la nomination de Quatennens, le fait que Quatennens reste et soit désigné pour une circonscription. Savez-vous s'il est, oui ou non, maintenu au sein de ce nouveau Front populaire ?
Alors, moi, je ne sais rien, d'accord ? Je le dis aussi à tous les gens qui m'envoient des messages pour me demander des investitures, d'accord ? Parce que je n'ai pas eu la capacité. Alors, je vous formule la question, peut-être, si vous ne savez pas, est-ce que vous pensez que c'est une bonne ou une mauvaise chose de le maintenir ? Écoutez, moi, je vais vous dire quel était mon raisonnement quand ont été révélées les violences conjugales. Je pense que tout homme a la loi à une rédemption. Maintenant que ça réclame une traversée du désert, que ça réclame un temps de retrait, de retraite, de réflexion, de retour sur soi. Mais pas quand on est un représentant politique, M. Ruffin.
Ce que je regrette, je vous dis, ce que je regrette, c'est que dans le cas d'Adrien Quatennens, il n'y a pas eu ce temps de retrait, de retraite, de recul et de retour sur soi. Il y a eu la volonté immédiate de revenir à l'Assemblée le plus vite possible. Et je crois que ce n'est pas une bonne chose ni pour lui, ni pour la gauche. Et je pense que ce n'est pas une bonne chose pour lui non plus, parce que je pense qu'il y a des épreuves comme ça qui peuvent permettre de se transformer, de se transformer en profondeur en s'appuyant sur elle. Donc là, c'est peut-être l'occasion de sa retraite dans le désert. Vous en tirez cette conclusion. Merci.
Vous le dites, on parle beaucoup des interactions stratégiques entre les différentes formations de gauche justement dans la construction de ce Front populaire. Et le risque, c'est qu'on parle beaucoup justement de ce jeu politique davantage vraiment que des mesures qui vont être mises en place. Pour vous, ce seraient quoi les trois principales mesures que le Front populaire devrait porter dans une campagne aussi courte ? Je vais vous dire d'abord, puisque j'avais déjà réussi l'union des gauches en 2017 sur ma législative. En tout cas, des insoumis, des communistes et des écologistes. Je considérais que c'était l'union des gauches, le partage socialiste de l'époque n'y appartenant plus.
Mais ce que je dis, j'ai toujours dit aux militants, attention, l'union est une condition nécessaire mais non suffisante. Et ça n'est pas un argument de campagne. Vous ne pouvez pas aller taper à la porte des gens en leur disant, c'est super, regardez, on a l'union. Les gens, ils s'en fichent. Ils n'en ont rien à cirer. Donc ça, maintenant, c'est fait, il ne faut plus en parler. Je le dis aux militants qui vont avoir à aller reconquérir du terrain, ce n'est pas en leur disant, regardez, on est unis, ils n'en ont rien affiché. Au contraire, ils considèrent que ça devrait aller de soi. Donc ce n'est pas un argument de campagne. Surtout ne pas en faire un argument de campagne.
Moi, j'ai posé comme mesure, je pense que le Front populaire a transformé les vacances des Français. Je serais favorable à ce que, dès cet été, on ait un acte qui soit posé sur les vacances. Pour les vacances du mois d'août, c'est-à-dire que ce n'est pas les mesures les plus prodigieuses. Je vous dirai qu'est-ce que j'ai mis comme dix mesures dans mon programme, dans mon tract, mais que dès l'été, les gens se disent, ça change. C'est quoi ? C'est pH gratuit. Si vous voulez, je vous explique comment on le fait, mais bon. et c'est le train à 49 euros par mois pour tout le monde, partout, illimité, comme ça a été fait en Allemagne. Vous voyez ?
Je dirais déjà ça, qu'il y ait la possibilité, une facilité à partir en vacances. Et ensuite, comme mesure plus importante, à la rentrée scolaire, je souhaiterais que l'école redevienne vraiment gratuite. Vous savez, normalement, théoriquement, elle est gratuite, laïque et obligatoire. Et aujourd'hui, en vérité, elle n'est plus gratuite. Pour chaque enfant, c'est à peu près 1 500 euros que ça coûte aux parents sur l'année parce qu'il y a à payer la cantine, il y a à payer le centre périscolaire, il y a à payer les fournitures.
Et en fait, quand on rencontre des mamans à la sortie des écoles, très vite, elles en viennent à expliquer qu'elles ne mettent plus d'enfants à la cantine parce qu'il n'y a pas les sous ou alors qu'elles ne mettent plus ce qui est au moins aussi triste pour moi au centre périscolaire le soir que le gamin ne fera pas de basket, ne fera pas de zumba et ainsi de suite et n'aura pas à partager parce que sinon, ça va les mettre à découvert. Et je pense que si on arrivait et qu'au 1er septembre, les gens n'aient plus à payer pour tout ça sur l'école et que l'école redevienne vraiment gratuite, les gens se diraient « Ah ouais, il y a quand même quelque chose qui a changé ».
Et vous savez, moi je ne pense pas que les gens soient aujourd'hui en attente d'un horizon magnifique et magique. Ils n'y croient plus. Donc si jamais on arrivait à changer quelques petites choses en mieux dans la vie des gens, ils en seraient déjà étonnés et c'est quelque part la confiance qui pourrait être restaurée et ça serait parce que ce qu'on a à chasser, vous savez, je répète toujours, mon adversaire, c'est bien sûr la finance. Vous voyez que j'ai un point commun avec François Hollande, enfin dans les mots en tout cas. Mais c'est surtout l'indifférence, c'est la résignation, c'est l'abattement.
Voilà ce à quoi on doit se confronter tout le temps et avec quoi on doit se battre chez les copains, les cousins, les collègues, dans la famille. C'est comme ça. Vous savez, c'est la phrase la plus terrible. C'est comme ça. C'est une tautologie. Le ça renvoie au ça. et c'est comme si ça avait toujours été comme ça, ça serait toujours comme ça et c'était partout comme ça et donc on était enfermé dans ce c'est comme ça. Et nous, on a comme bagarre de dire non, on peut sortir de ce c'est comme ça. Et là, la deuxième bagarre, c'est on peut sortir de ce c'est comme ça mais ce n'est pas par Bardella. Donc ça, c'est notre but qu'il y a à voir.
François Ruffin, j'ai une petite question un peu de petite souris. J'aimerais savoir ce qui s'est passé juste après l'appel de dimanche. Est-ce que vous avez eu des contacts avec Marine Tondelier, des partis ? Ça, c'est pour ma petite question, petite souris. Et ensuite, je partage votre ambition de dépassement des partis politiques. Je pense que ça doit être plus large. Les syndicats, les associations, la sphère de la culture, bref tout le monde. Comment on fait pour parler à tous ces gens-là, pour les unir, pour les mettre en mouvement, pour parler aussi au quartier populaire ? Parce qu'il faut des mesures bien claires et bien fortes parce que les vacances, etc.
Franchement, je vous rejoins, il n'y a pas de débat. Mais en ce moment, il y a des gens qui crèvent la dalle alors qu'ils travaillent. Donc, qu'est-ce qu'on leur dit à tous ces gens-là ?
Vous posez plusieurs questions différentes. Sur qu'est-ce qui s'est passé après dimanche ? Lundi matin, j'ai eu une matinale de France Inter où il n'était pas prévu que je dialogue avec Olivier Faure. Mais il y a eu ce dialogue. Ça s'est bien passé. Et il a dit qu'il rejoignait complètement cette volonté d'union populaire. Et donc, voilà, ça faisait quand même une alliance, un début d'alliance. Et puis ensuite, il y a eu des échanges avec Marine Tondelier. Et puisque très vite, en fait, Fabien Roussel, Marine Tondelier et Olivier Faure ont dit leur accord pour participer à un front populaire. Et dans l'après-midi de lundi, Manuel Bompard a rejoint le mouvement.
Donc, voilà, ça s'est réglé de cette manière-là. Mais ensuite, sur qu'est-ce qu'il faut dire ? Je pense qu'en tout cas, la question sociale est une question clé qu'il s'agisse de la France des bours ou de la France des tours. Et vous en parlez sur « Ils crèvent la dalle », c'est une vérité. Mais je pense que c'est pour ça que je parle des enfants. Parce que souvent, les parents se privent pour leurs enfants. Et c'est par… En fait, ils ont une inquiétude, ils ont une angoisse pour eux. Ça ne va pas bien pour eux. Mais ce qu'ils ont comme pire angoisse, c'est qu'est-ce que ça va être pour mes enfants ? Et je pense que c'est ça qu'il s'agit de chasser.
C'est pour ça que je prends la question par les vacances, certes, pour dire qu'il y a quelque chose qui doit changer assez vite. Vous savez, on a fait une proposition de loi sur les vacances l'année dernière. Et il y avait des socialistes et il y avait des communistes et il y avait des écologistes qui étaient rassemblés, des générations qui étaient rassemblées sur cette proposition. Et donc, bon, voilà. Donc, je pense que rallumer la lumière des vacances c'est quand même quelque chose. Mais ensuite, sur le social, il faut l'indexation des salaires sur l'inflation. Là, quand même, ce qu'a fait gagner Macron au capital est gigantesque.
Il a quand même fait gagner grosso modo cinq points de salaires qui ont été grattés par l'inflation et qui sont quasiment passés au capital. C'est un home-up tranquille, invisible, gigantesque.
On a appris aussi le soutien du nouveau parti anticapitaliste au frau populaire. Ça veut dire que c'est une union de la gauche qui va du NPA à François Hollande. Comment faire en sorte de ne pas décevoir les électeurs une fois qu'elle sera au pouvoir ?
Écoute, moi, je pense que les électeurs, ils n'attendent pas la révolution. Je vous donne mon raisonnement sur ce qui est l'état d'esprit du pays et puis vous pouvez vous dire que je suis bien peu motivé en espérance. Mais ce qu'ils attendent, vous savez, Macron depuis sept ans a mis le pays en instabilité. Il n'a cessé de créer du désordre. Et ça a été du désordre par l'injustice qu'il a produit, par exemple suppression de l'ISF et ensuite on va gratter de la CSG sur les retraités, des appels et ainsi de suite. Une arrogance de l'injustice avec les gens qui ne sont rien.
Et quand les gens n'étaient pas d'accord, on leur tapait dessus comme sur les Gilets jaunes plutôt que de chercher le chemin d'une réconciliation ou sur les retraites, on passait en force y compris sur les syndicats. Je veux parler des syndicats ensuite, mais on passait en force sur huit salariés sur dix qui n'en voulaient pas, tous les syndicats unis et y compris une majorité à l'Assemblée nationale. Donc, y compris un désordre financier, jamais autant de dettes n'a été créées dans notre pays que sous Macron. Vous savez, et si jamais la gauche avait fait la moitié de ce qu'il a fait en matière de dettes, on serait considéré comme les naufrageurs du pays.
Donc, en fait, Emmanuel Macron, et les gens le sentent très bien jusque dans les pénuries de médicaments, sur un peu plus, jusque dans les prix dans les supermarchés, que le pays a été placé en grande instabilité sans que l'État joue son rôle de régulateur. Et je pense que l'esprit qui doit être le nôtre, l'état d'esprit qui doit être le nôtre pour aller parler aux gens, ça doit être un esprit de rassurer, un esprit de donner confiance, un esprit de protection et voilà ce qui est d'apaisement et voilà ce qui doit dominer.
Je pense que c'est par ce chemin-là qu'on s'en sortira et dire que voilà, l'État, sur un certain nombre de points, va jouer son rôle de régulateur et va venir stabiliser le pays alors qu'on a un Emmanuel Macron qui l'appelait c'est en instabilité, qui a le place au sommet du désordre politique et qui se propose comme issue de nous faire basculer dans le chaos.
François Ruffin, vous ne parlez pas du tout de racisme dans cette campagne qui pourtant doit vous opposer au Rassemblement National pour gouverner le pays. Je sais que c'est quelque chose qui intéresse beaucoup notamment les insoumis, les jeunes insoumis qui vous reprochent parfois de ne pas toujours être à l'avant-garde sur la question du racisme.
Écoutez, dans les dix mesures que j'ai proposées, il y en a une qui concerne l'égalité par exemple et qui est sur la fin des contrôles d'identité quand aucun délit n'est constaté. Vous voyez, c'est la quatrième mesure que j'ai posée, c'est-à-dire qu'on n'autorise plus la police à venir contrôler les gens et on sait très bien qu'en France on a un double problème sur ce plan-là dans les contrôles policiers, c'est qu'on pratique beaucoup plus les contrôles policiers que le font les pays alentours et que par ailleurs les contrôles policiers sont beaucoup plus ciblés et ils sont ciblés au faciès.
Donc, voilà la première mesure que je prendrai, non pas faire un récipicer, je n'ai jamais trop cru à cette histoire de distribuer des papiers, mais dire voilà, on gèle, on fait un moratoire sur les contrôles d'identité sans qu'aucun délit ne soit constaté et on voit si la police parmi eux a travaillé sans ça et ma conviction c'est qu'elle travaillera mieux sans ça. Par ailleurs, hier, dans le discours de lancement de campagne que je faisais, j'ai cité l'obsession de Jordan Bardella sur la question du racisme. Je dis que le Front National, le Rassemblement National est au fond le parti des inégalités.
Il faut savoir que dans le programme du Rassemblement National, pas une seule fois le mot égalité n'est prononcé. Et égalité est pourtant évidemment au cœur de notre triptyque républicain et je pense que c'est parce que l'égalité est blessée que depuis 40 ans la France va mal. Mais quand on regarde donc c'est le parti des inégalités de classe, j'en ai déjà parlé, c'est le parti des inégalités de genre, on pourrait y revenir, mais c'est aussi le parti des inégalités évidemment de race comme ils disent ou du moins comme ils pensent puisqu'ils s'appliquent à en dire le moins possible sur ça.
Mais quand on regarde leur programme sur la question des salaires, comment on ne va pas venir avoir de meilleurs salaires en France ? C'est par la maîtrise de l'immigration parce qu'il y aura des effets bénéfiques sur les salaires. Qu'est-ce qu'on va faire en matière d'écologie ? Là, ils revendiquent la complicité avec la nature et comment on va l'avoir ça en réduisant l'émigration ? Qu'est-ce qu'on va faire sur le logement ? Eh bien, on va chasser les logements occupés par les étrangers et ça libérera des places. Qu'est-ce qu'on va faire sur la famille ? Tout ce qu'on va faire sur la famille, c'est supprimer les subventions pour les familles immigrées.
Il est évident qu'il n'y a pas un Français qui croient aujourd'hui que c'est simplement qu'on va résoudre les questions des salaires de l'écologie, du logement et de la famille simplement en tapant. En fait, ils n'ont qu'un seul marteau et ils tapent sur le clou, ils tapent sur un clou, ils tapent sur un clou et ils ne tapent que sur celui-là. Donc, il est évident que ça fait un fossé avec la conviction qui est la nôtre.
Oui ? François Ruffin, dernière question. Est-ce que vous pourriez être Premier ministre de la France dans moins d'un mois ?
En tout cas, je souhaite... J'ai ma place dans l'équipe. J'ai ma place dans l'équipe à décider ensemble si je dois porter le brassard de capitaine ou pas. Maintenant, je veux ajouter deux choses. Je vais vous répondre à votre question. Vous avez cité tout à l'heure les syndicats et je veux dire le rôle admirable joué par les syndicats depuis un an. Ils ont été un modèle et un espoir de se rassembler sur la bataille des retraites malgré les différences et les divergences et de continuer à se tenir unis ensuite. Ça a été un modèle pour le Front populaire et c'est déjà le rôle qu'ils avaient joué en 1936.
Je voulais le saluer et saluer le choix de Maryse Léon et de Sophie Binet et des autres syndicats qui s'y sont associés de rentrer pleinement dans la bataille et de dire voilà, nous sommes partie prenante de ce Front populaire. C'est quelque chose qui n'était pas advenu et vous savez, j'habite Amiens qui est aussi la ville, la charte d'Amiens et c'est un premier pas qui peut permettre de débloquer une situation et de faire qu'on ne reste pas dans l'entre-soi des partis mais que ça déborde dans la société.
Et ensuite, sur le Premier ministre, je me réfère toujours au Front populaire, il faut lire un livre de Jean-Pierre Chabrol qui s'appelle L'embellie et qui raconte l'histoire du Front populaire. C'est un roman et dans les personnages, il y a un personnage qui est Léo Lagrange. Léo Lagrange est ministre des loisirs me semble-t-il à l'époque et quand il entre dans son cabinet en mois de juin 1936, c'est un cabinet, c'est-à-dire que ça ressemble à des chiottes tellement c'est minuscule et ridicule.
Et à partir de ce petit cabinet, il va inventer le billet de train gratuit pour les ouvriers, enfin pour tout le monde, ou peu cher, il va inventer le fait qu'on puisse avoir des auberges de jeunesse, il va stimuler tout un mouvement qui va permettre qu'on ait les vacances. Je vous le dis, si dans le nouveau Front populaire je dois être Léon Blum, j'en serais très fier. Mais si je dois être Léo Lagrange, j'en serais très fier. Si je dois être Jean Zé, j'en serais très fier. Quel que soit le poste qui me sera attribué, je ferai de mon mieux pour transformer la vie des gens un peu en mieux.
Merci beaucoup François Ruffin d'avoir accepté notre invitation.
Merci pour vous.
l'explication. Je vous souhaite une bonne campagne dans votre circonscription de la Somme là où vous êtes à Amiens. Merci d'avoir été avec nous. Merci à vous, au revoir.
Merci.
François Ruffin