Alexia Robin : "Quand vous êtes seul depuis un mois et demi, vous lâchez prise sur un plan de votre vie"
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Chapitres
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Comment répondre à la détresse étudiante ?
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La ministre de l'enseignement supérieur reçoit aujourd'hui les présidents d'universités et les organisations étudiantes.
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2 700 000 jeunes sont toujours cantonnés chez eux à cause de l'épidémie.
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Impossible d'aller dans les amphis.
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Qu'en pensez-vous ? Vous vous dites quoi ? C'est quand même un bon début ?
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Donc vous attendiez hier soir qu'ils vous disent « c'est bon, vous pouvez retourner dans les amphis », c'est ça ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« 2 700 000 jeunes sont toujours cantonnés chez eux à cause de l'épidémie. »
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« Vous êtes étudiante en deuxième année de sciences politiques à Montpellier. »
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« Le Premier ministre a annoncé hier soir le retour des TD en présentiel pour les étudiants de première année. »
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« En toute honnêteté, on a regardé à plusieurs l'intervention de Mme Frédérique Vidal. »
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« On attendait de vraies réponses et des réponses surtout à des questions. »
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« Pourquoi les prépas sont ouverts ? Pourquoi les classes de BTS sont ouvertes ? »
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« Elles n'ont jamais vu un vrai arrêt de leurs cours. »
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« Pour aller en cours, ça fait, je crois que c'était fin octobre, le 30, quelque chose comme ça, depuis que Jean Castex a annoncé le confinement. »
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« Là, ce qu'on est en train de voir, c'est que 10 élèves par promotion de L1, ça ne représente rien du tout. »
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« C'est une goutte d'eau dans l'océan. »
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« Vous aurez quand même, il me semble, un petit moment de présence à partir de la semaine prochaine avec vos partiels, c'est bien ça ? »
- 1:53Invité politiqueFait
« on est plusieurs dans ma promotion à ne pas avoir rédigé de dissertation depuis maintenant janvier dernier »
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« un psychologue pour 30 000 étudiants en France. »
- 5:33Invité politiqueFait
« de mon point de vue, moi ça a été le cumul de devoir me retrouver toute seule »
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« Quand vous êtes là et que vous vous dites « je sais pourquoi je travaille » et que là vous ne savez même pas quand est-ce que vous allez remettre les pieds à la fac »
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Comment répondre à la détresse étudiante ? La ministre de l'enseignement supérieur reçoit aujourd'hui les présidents d'universités et les organisations étudiantes. 2 700 000 jeunes sont toujours cantonnés chez eux à cause de l'épidémie. Impossible d'aller dans les amphis. Et vous en faites partie, Alexia Robin, bonjour.
Bonjour.
Vous êtes étudiante en deuxième année de sciences politiques à Montpellier. Le Premier ministre a annoncé hier soir le retour des TD en présentiel pour les étudiants de première année. Pour le moment, ça ne concerne uniquement que ces étudiants-là. Qu'en pensez-vous ? Vous vous dites quoi ? C'est quand même un bon début ?
En toute honnêteté, on a regardé à plusieurs l'intervention de Mme Frédérique Vidal. Et je peux vous dire que les têtes sont tombées. On attendait de vraies réponses et des réponses surtout à des questions. Pourquoi les prépas sont ouverts ? Pourquoi les classes de BTS sont ouvertes ? Elles n'ont jamais vu un vrai arrêt de leurs cours. Et nous, on doit attendre, encore une fois, attendre, attendre, sans savoir vers vraiment où on va. Depuis quand vous n'avez pas mis les pieds à la fac, vous ? Pour aller en cours, ça fait, je crois que c'était fin octobre, le 30, quelque chose comme ça, depuis que Jean Castex a annoncé le confinement.
Donc vous attendiez hier soir qu'ils vous disent « c'est bon, vous pouvez retourner dans les amphis », c'est ça ?
On s'attendait plus, pas forcément à ça, puisque voilà, il y a des moyens qui doivent être mis en place pour de grosses universités. Mais on s'attendait au moins à des réponses, juste à savoir vers où on va actuellement. Là, ce qu'on est en train de voir, c'est que 10 élèves par promotion de L1, ça ne représente rien du tout. C'est une goutte d'eau dans l'océan. Et honnêtement, tous les élèves de L2 et de M2 ne peuvent pas se contenter de cette réponse-là.
Vous aurez quand même, il me semble, un petit moment de présence à partir de la semaine prochaine avec vos partiels, c'est bien ça ?
C'est bien ça, mais encore une fois, on est plusieurs dans ma promotion à ne pas avoir rédigé de dissertation depuis maintenant janvier dernier, les derniers partiels en présentiel, et on n'est pas sûr de pouvoir répondre aux critères d'évaluation, puisque, encore une fois, il y a un décalage total entre ce que nous réalisons chez nous comme travail, comme qualité de travail, et les attendus de la fac.
Restez avec nous, je vous présente notre deuxième invité qui est en ligne également, Emmanuel Weiss, bonjour.
Bonjour Mathilde Munoz.
Vous êtes psychiatre et membre de l'association des professionnels des bureaux d'aide psychologique universitaire. Il y a alerte rouge sur la situation psychologique des étudiants aujourd'hui ?
Oui, aujourd'hui en particulier, il y avait déjà alerte rouge avant l'épidémie. La population étudiante est une population fragile sur le plan psychologique, étant donné les mutations auxquelles les jeunes de cette tranche d'âge ont affaire. Et effectivement, ce que l'on déplore, ce que l'on déplorait déjà avant la pandémie, et que l'on déplore toujours actuellement, c'est l'insuffisance des moyens de prise en charge de cette souffrance psychologique.
Depuis le premier confinement, vous voyez passer beaucoup plus d'étudiants que d'habitude, et de tout profil ?
Alors, on n'en voit pas passer plus parce qu'on a toujours fonctionné à plein régime. Donc nos capacités d'accueil n'ayant pas augmenté, on en voit toujours autant, on est confronté à davantage de demandes.
Justement, à propos des capacités d'accueil, le gouvernement a annoncé qu'il allait doubler le nombre de psychologues dans les universités. On va les trouver où, ces psychologues ?
C'est une bonne question, je n'en sais rien. Il y a des tas de psychologues qui sont à la recherche de travail, il y a des tas de psychologues qui sont certainement bien formés. Donc j'imagine qu'il n'y aura pas trop de mal à recruter.
Vous êtes combien aujourd'hui ? Est-ce que vous avez des chiffres à l'échelle d'une université ou de la France globale ? Il y a combien de psys pour combien d'élèves ? Est-ce que vous avez ce genre de données ?
Les données qui circulent, ce n'est pas moi qui les collecte. Moi je travaille dans un bureau d'aide psychologique universitaire. Les bureaux d'aide psychologique universitaire sont indépendants des universités, ce sont des établissements médico-sociaux qui relèvent du secteur associatif et qui reçoivent tous les étudiants d'où qu'ils viennent, qui ne sont pas affiliés à un établissement. Mais les chiffres que j'entends, c'est ceux que vous entendez aussi. C'est un psychologue pour 30 000 étudiants en France.
Et c'est clairement insuffisant au vu des coups de fil ou des rendez-vous, des gens qui vous appellent ou qui font appel à vous, c'est ça ?
Bien sûr, bien sûr, puisqu'on est nous dans les bureaux d'aide psychologique universitaire, qui sont donc 18 à peu près sur le territoire national, ce qui est très peu. il y a des tas de grandes villes universitaires où il n'y a pas de bureau d'aide psychologique universitaire, on est contraint de mettre en place des listes d'attente pour pouvoir proposer des suivis aux gens qui nous contactent et qui ont besoin de nos services. Et faire attendre quelqu'un qui a une demande de soins d'aide psychologique, c'est assez violent.
J'imagine bien. Alexia Robin, dites-moi, vous qui n'avez plus de cours à la fac depuis fin octobre, qu'est-ce qui est le plus difficile pour vous ? C'est quoi ? C'est d'apprendre loin de vos enseignants ? C'est le fait d'être toute seule, de tourner en rond chez vous ?
C'est quoi ? C'est un cumul en fait, parce qu'en tant qu'étudiante, je ne pense pas représenter tout le monde, mais de mon point de vue, moi ça a été le cumul de devoir me retrouver toute seule, parce que mes parents n'étaient pas sur place quand moi j'étais 8h, 8h, 18h dans ma chambre, enfermée devant Zoom. Du coup je me suis retrouvée toute seule, loin de toute vie sociale, de devoir communiquer exclusivement avec mon téléphone, c'est-à-dire un écran interposé, alors qu'on ne fait que nous dire que c'est dangereux pour notre santé mentale de continuer à rester sur les réseaux sociaux autant en temps.
Et surtout pour moi, ça a été la perspective d'avenir qui m'est déchirée de seconde après seconde. Quand vous êtes là et que vous vous dites « je sais pourquoi je travaille » et que là vous ne savez même pas quand est-ce que vous allez remettre les pieds à la fac, vous ne savez même pas quand est-ce qu'on va vraiment pouvoir vous aider pour les petits problèmes du quotidien en tant qu'étudiant, vous vous demandez « pourquoi je continue ? » Mais ça, ça arrivait à tous les étudiants de France.
Et comment vous vous organisez ? Vous essayez quand même d'avoir un rythme précis dans vos journées ? Parce que c'est difficile justement quand on n'a plus de rendez-vous, plus de repères. Vous essayez quand même de structurer vos journées ?
On essaye tout. On essaye par exemple, avec un groupe d'amis, on essaye de se donner des réunions hebdomadaires de Zoom pour ne pas essayer de se décrocher socialement parlant. Mais tout le monde ne tient pas forcément la réunion parce qu'on a tous des modes de vie différents. Il y en a qui sont retournés chez leurs parents, il y en a qui ont été obligés de rester sur Montpellier. Du coup, l'organisation, elle ne va pas forcément de soi. Vous la tenez deux semaines. Mais quand ça fait deux mois que vous êtes confinés, quand ça fait un mois et demi que vous vous retrouvez seul, au bout d'un moment, vous lâchez prise sur un plan de votre vie. Si ce n'est pas les cours, ça va être les amis.
Si ce n'est pas les amis, ça va être la famille.
C'est difficile de tout mener de front. Emmanuel Weiss, je reviens vers vous. Je rappelle que vous êtes psychiatre. Le témoignage d'Alexia, c'est ce genre de témoignage que vous recueillez ? On vous fait part de ce genre de choses-là ? Ou il y a autre chose ? Des choses peut-être plus graves, plus douloureuses ?
Oui. Effectivement, je retrouve dans le témoignage d'Alexia Robin quelque chose que je rencontre dans ma pratique et que mes collègues rencontrent dans leur pratique quotidienne. Effectivement, cet isolement social, cette désillusion, ce sentiment de ne plus savoir ce qu'on fait, pourquoi on le fait, quel avenir nous attend, c'est très prégnant en ce moment. Bien sûr, les étudiants qui nous rencontrent sont des étudiants qui ont été fragilisés par la situation de confinement ou par l'isolement social et qui présentent des troubles soit temporaires, soit plus durables qui peuvent être assez sévères.
Et on va suivre...
Anxiété, dépression...
Bien sûr. Et on va suivre avec une grande attention les réunions qui seront organisées aujourd'hui, avec le ministère de l'enseignement supérieur, avec notamment les organisations étudiantes. Merci à tous les deux. Emmanuel Veil, je rappelle que vous êtes psychiatre. Et à vous également, Alexia Robin, étudiante en sciences politiques à Montpellier. Vous étiez les invitées du 5-7. France Inter