Discours du Président Emmanuel Macron à la communauté française résidant en Algérie.
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« nous nous sommes retrouvés avec le ministre des Armées, chef d'état-major des armées et nos grands directeurs, voilà. »
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« Le groupe des jeunes, plusieurs représentants et de deux coprésidents sont là, entre autres, donc beaucoup d'historiens »
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« on va mettre en place une vraie commission mixte d'historiennes et d'historiens »
- 5:46PrésentateurPromesse
« on va ouvrir toutes nos archives de part et d'autre, et on va lui demander de travailler sur toute la période, du début de la colonisation jusqu'à la fin de la guerre. »
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« nous avons déjà 30 000 étudiants algériens en France chaque année. Nous en accueillerons 8 000 de plus cette année »
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« La BPI aura ce rôle clé qui a été annoncé il y a quelques mois, mais qui permettra à beaucoup, en particulier de jeunes ou de moins jeunes de la diaspora, de pouvoir promouvoir des projets »
- 11:27PrésentateurPromesse
« une école 42 sur, justement, le site algérois »
- 12:55PrésentateurPromesse
« la France veut avoir une grande politique en matière de création cinématographique au sens large »
- 13:34PrésentateurPromesse
« que sur ce sujet, nous arrivions à développer des capacités de production communes, mais aussi de la formation et des projets d'échange »
Temps de parole
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Bonjour, mesdames, messieurs. Bien. Mesdames et messieurs les ministres, mesdames et messieurs les parlementaires, mesdames et messieurs les représentants de la communauté française en Algérie, monsieur l'ambassadeur, madame, merci de nous accueillir en ce lieu qui nous est si cher collectivement et qui nous rappelle à chaque fois notre histoire et nos obligations, si je puis dire. Avant toute chose, je vous présente toutes mes excuses, je vous ai fait attendre, c'est un fait, parce que les discussions que nous avons eues avec le président ont été beaucoup plus longues que prévues, c'est bon signe.
Et surtout, nous avons eu des discussions dans un cadre inédit depuis 1962, puisque nous nous sommes retrouvés avec le ministre des Armées, chef d'état-major des armées et nos grands directeurs, voilà. Et donc, dans un cadre qui montre une intimité, une volonté d'avancer sur des questions existentielles, stratégiques, sécuritaires, qui étaient comme un angle mort jusqu'alors de la relation, en tout cas, quelque chose sur lequel nous n'avancions pas ainsi, avec autant de force d'ouverture, ce que nous avons fait pendant plusieurs heures. Donc, je vous présente toutes mes excuses, mais je suis là, heureux de vous retrouver et d'être avec vous toutes et tous.
D'abord, pour dire quelques remerciements et puis simplement dresser à la cavalcade quelques convictions sur l'avenir. Des remerciements à vous, celles et ceux qui font vivre la relation bilatérale au quotidien, ici, en Algérie, mais aussi depuis la France ou parfois d'une rive l'autre de manière fréquente, parce que nous avons besoin de vous et que, quand il y a eu des moments difficiles ou des moments plus tendus, c'est aussi vous qui l'avez maintenu, cette relation avec force et conviction, qui l'avait fait vivre. Et je sais que ces dernières années ont parfois été difficiles.
Je pense à la période du Covid et je veux ici remercier vraiment tout particulièrement notre ambassade, l'ensemble de ses personnels, nos consulats, Air France et l'ensemble de celles et ceux qui ont œuvré pour que les choses se passent au mieux durant une période qui, je le sais, a été parfois complexe et difficile.
Et puis remercier la délégation qui m'accompagne, ministres, parlementaires, femmes et hommes de science, de culture, du monde sportif, la diversité d'ailleurs de notre relation, avec beaucoup de femmes et de hommes qui sont là, parce qu'ils appartiennent à cette diaspora dont nous sommes fiers et qui sont là aussi pour leur part de binationalité ou d'origine, parce qu'ils l'ont portée, vécue et qu'elle nous rend plus forts.
Et je sais qu'il y a d'ailleurs eu, parce que les retards ont toujours une part d'utilité, qui est la liberté qu'ils donnent, beaucoup d'échanges entre les uns et les autres pendant ce temps suspendu qui a permis d'ailleurs aux uns et aux autres d'échanger, de bâtir sur des projets, de continuer d'avancer. Parce que cette relation bilatérale est avant tout un trésor de petits destins d'humanité, de vie croisée, de hasard, de fatalité. Et tout ce qui nous attend aura la même saveur.
Alors, je voulais devant vous dire quelques mots de pourquoi ce voyage, de ce que nous sommes en train de bâtir, avec l'ensemble de cette délégation éminente et très riche qui m'accompagne, de ce que nous voulons faire pour les années qui viennent de cette relation. Et puis ce que vous allez ensuite collectivement inventer. Alors d'abord, il y a le passé. Il y a le passé qui importe, que nous ne voulons pas écarter ou occulter, parce que sinon, il revient toujours. Mais dans lequel, si je puis dire, nous n'avons pas envie de rester enfermés.
Et d'ailleurs, ce qui me frappe quand je regarde la relation, c'est qu'elle a avant tout un besoin d'ouverture temporelle et géographique, et qu'au fond, le risque permanent, c'est le risque de l'enfermement. Et donc le passé, nous l'avons saisi à bras-le-corps, c'est le fruit du travail fait ces dernières années. Plusieurs d'entre vous ici ont contribué, et je veux vous en remercier évidemment, Benjamin, Cécile, plusieurs autres qui sont ici présents. Le groupe des jeunes, plusieurs représentants et de deux coprésidents sont là, entre autres, donc beaucoup d'historiens, parce qu'on a fait un travail, vous avez fait un travail, inédit dans la relation.
Ce travail, nous l'avons fait pour nous-mêmes, d'abord et avant tout. Je le dis parce qu'on a souvent le commentaire qui consiste à dire, vous avez fait tout ce travail de reconnaissance, mais alors que fait la partie algérienne ? On ne l'a pas fait pour qu'il y ait des gestes qui soient faits par ailleurs. On l'a fait parce que c'est essentiel pour nous. C'est notre histoire. Et c'est la condition de possibilité de notre avenir. Et donc nous allons continuer.
Mais nous avons posé ces jalons, on les a présentés, et on a décidé ensemble, un peu hier soir et complètement pendant la nuit avec le président Tebboune, d'une avancée qui, elle, vraiment a un caractère inédit, qui est de dire qu'on va mettre en place une vraie commission mixte d'historiennes et d'historiens, on va ouvrir toutes nos archives de part et d'autre, et on va lui demander de travailler sur toute la période, du début de la colonisation jusqu'à la fin de la guerre. Au bout d'un an, elle nous rendra ce travail, et il y aura sans doute des compléments à faire, d'autres travaux. Cher Benjamin, cher Tous, il faut imaginer s'ils y fureux. Mais ensuite, nous prendrons des gestes.
Et puis, le projet qu'on avait, qu'on avait toujours à Montpellier, de musée de la France et de l'Algérie, essayons de le faire porter par une forme d'institut conjoint, faisons-en quelque chose de plus qu'un musée, mais un lieu de coopération scientifique, académique, culturel, un lieu aussi de rencontre. Réfléchissons si on ne peut pas en construire d'ailleurs plusieurs, en France, peut-être aussi en Algérie. Et donc, nous avons commencé de jeter les bases de quelque chose de nouveau, où la mémoire, déjà, vous le voyez, projette un espace à la fois de recherche, de vérité, sans doute de reconnaissance, mais aussi de création, de culture, de partage. Je crois beaucoup à cette 1re étape.
Alors, elle n'est pas sans risque, mais je peux vous dire une chose ici. Le président Tebboune et moi-même sommes convaincus que c'est une nécessité et nous voulons le faire. Alors, sans doute, de part et d'autre, il y a des gens qui ne trouveront pas que c'est une bonne idée. Et donc, on essaiera de les convaincre. Peut-être qu'on ne réussira pas tout. Peut-être qu'il y aura des moments on trébuchera, parce que c'est très compliqué. Mais nous avons décidé d'avancer, donc de le lancer.
Au-delà de cela, ce que nous voulons faire, et la condition de possibilité de cette aventure est évidemment de pouvoir regarder le passé avec cette honnêteté, cette lucidité, cette volonté d'une vérité établie par les historiennes et les historiens pour pouvoir ensuite reconnaître. C'est évidemment d'avancer, d'ouvrir une page nouvelle de la relation qui aura plusieurs piliers. D'abord, des coopérations nouvelles, bilatérales, régionales, sur des sujets de politique étrangère, de défense, celles que nous venons d'évoquer justement pendant les quelques heures qui viennent de s'écouler.
Et donc, ensemble, de bâtir un chemin nouveau, qu'on s'était en quelque sorte interdit de conduire, ou qu'on faisait semblant de conduire sans vraiment rentrer dans le détail. Et donc, de la coopération maritime au grand dossier sahélien, nous allons travailler ensemble. Ensuite, nous voulons ouvrir un partenariat nouveau pour nos jeunesses et avec nos jeunesses. On l'évoquait ce matin dans cette rencontre avec les entrepreneuses et entrepreneurs, mais c'est un des éléments de cette relation, je dirais, d'ensemble que nous voulons couvrir et qui a commencé à être tressé par les sommets des deux rives et les différentes réunions que nous avons commencé à conduire.
D'abord, c'est évidemment poursuivre, intensifier ce travail d'ouverture, de circulation. Poursuivre cet élan, nous avons déjà 30 000 étudiants algériens en France chaque année. Nous en accueillerons 8 000 de plus cette année, ce qui est une chance pour nos pays. Et donc, ce que nous voulons, c'est assumer cette mobilité choisie et positive des étudiants, des entrepreneurs, des responsables politiques, des chercheurs, des acteurs culturels ou sportifs en étant aussi plus rigoureux dans la lutte contre l'immigration clandestine. Parce qu'au fond, c'est ça, l'impensée de la relation. Et c'est pour ça que tout se grippe à chaque fois.
C'est parce que quand on coopère moins bien sur la partie mergée, tout le monde est victime. Et donc, assumons de manière beaucoup plus forte une mobilité choisie, partagée pour notre jeunesse, nos jeunesses en particulier. Soyons plus rigoureux et coopératifs dans la lutte contre l'immigration clandestine et le démantèlement des réseaux. C'est là aussi un des points de cette feuille de route que nos ministres auront en charge de la charge de mettre en oeuvre.
Mais l'enjeu, véritablement, c'est de faire émerger, à travers ce travail de mobilité, de nos étudiants, de nos artistes, de nos scientifiques, de projets de coopération dans tous les domaines, une nouvelle génération franco-algérienne de connaissances, d'économie, des arts. Et au fond, en assumant aussi que la relation doit passer par une structuration plus forte, mais décidée par vous toutes et tous, entre les sociétés civiles, et pas simplement passer par les structures gouvernementales. Et plusieurs qui étaient avec nous ce matin auront aussi la responsabilité, avec d'autres, de faire vivre cette relation.
Parce que ce que je voudrais ici dire, c'est que nous assumons, en tant que pouvoir public français, que j'ai senti la même chose chez le président Tebboune, le fait que ces diasporas, ces jeunesses, aux destins partagés ou parfois aux intérêts réciproques, sont une chance. Et par ce fait même, elles ont vocation à structurer beaucoup plus la relation. Ensuite, nous voulons avancer sur plusieurs projets, des projets d'innovation. Je ne serai pas exhaustif et je ne couvrirai pas tous les domaines, mais en matière de numérique, nous avons décidé d'abord un fonds important.
La BPI aura ce rôle clé qui a été annoncé il y a quelques mois, mais qui permettra à beaucoup, en particulier de jeunes ou de moins jeunes de la diaspora, de pouvoir promouvoir des projets, les porter sur cette rive de la Méditerranée. Ensuite, cette volonté d'aller plus fort et d'aider à la formation de la jeunesse dans le numérique avec une école 42 sur, justement, le site algérois. Et puis cette volonté de démultiplier la force de propulsion avec cet incubateur commun que nous voulons mener.
Il y a bien d'autres domaines sur lesquels nous voulons avancer, celui de l'alimentation et des céréales, celui des métaux et terres rares, celui de l'énergie et l'innovation, des partenariats de recherche que nous allons aussi structurer avec Institut Pasteur, CNRS, entre autres, des partenariats en matière de transport, très structurant, je ne serai pas exhaustif, mais l'innovation et l'entreprenariat, nous voulons les mettre au coeur, évidemment, de ce pacte d'avenir.
Et puis la culture, enfin, où notre volonté est d'avancer sur des partenariats qu'on connaît déjà en matière archéologique, en matière patrimoniaux, et je l'ai évoqué en particulier sur les cimetières ce matin où je crois que nous avons décidé aussi une nouvelle impulsion qui permet de reprendre ce qui avait été fait au début des années 2000, en matière de résidence d'artistes où nous allons déployer des programmes que nous avons maintenant commencé à consolider dans beaucoup de pays et qui ont vocation ici à se projeter avec beaucoup plus de force, mais aussi en matière de création.
Et pour ne citer qu'un exemple, celui du cinéma, plusieurs sont là qui font vivre depuis des décennies la relation en la matière, mais notre volonté, c'est, comme je le faisais quasiment jour pour jour, je le disais hier à la conférence de presse à Marseille, il y a un an, la France veut avoir une grande politique en matière de création cinématographique au sens large, de création de contenu, d'écriture d'un grand récit et de création, parce que je pense que c'est une bataille culturelle, civilisationnelle, parce que nous avons des talents formidables, scénaristes, décorateurs, réalisateurs, acteurs et actrices, et il y en a sur cette rive aussi, et que nous avons des récits à écrire ensemble.
Et donc je veux qu'au coeur de la relation, il y ait aussi une grande ambition pour le cinéma et les cinémas, et Nigeria est un grand pays de cinéma et de création, et donc je veux, entre autres, que sur ce sujet, nous arrivions à développer des capacités de production communes, mais aussi de la formation et des projets d'échange.
Je ne veux pas être excessivement long, je reviendrai, après au rang où nous allons avec partie de la délégation ce soir et demain, je reviendrai quelques instants à Alger pour saluer le président Tebboune et ses ministres et pour signer une déclaration commune, celle que nous avons décidée hier après-midi et au fond cette nuit, et les choses se font bien quand elles se font toujours avec, en quelque sorte, l'enthousiasme du moment et la force de ces instants. Et ce que je viens là d'esquisser, c'est ce que nous allons écrire. Mais maintenant, ensemble, ce que vous aurez sauront la jouer, il nous faudra le faire.
Il y aura chaque jour des gens qui documenteront méthodiquement à quel point c'est une mauvaise idée et toutes les bonnes raisons de ne pas faire. Parce qu'il y a beaucoup de gens qui voudraient faire croire que l'avenir d'une partie de la France ou de la France serait dans la haine de l'Algérie et il y a une autre partie de gens qui veulent faire croire, y compris à la jeunesse algérienne, que son avenir, ce serait la haine de la France. Ce n'est pas ce que nous croyons avec le président Tebboune, ce n'est pas ce que vous croyez. Et donc, on a un combat à mener. L'optimisme se démontre. Et les idéalistes, contrairement à ce qu'on croit souvent, sont des gens besogneux.
Soyons idéalistes et besogneux. Idéalistes parce que je pense que nous sommes à un moment où nous pouvons bâtir ce nouveau pacte d'avenir, cette nouvelle page pour notre jeunesse, avec elle et par vous. Mais soyons besogneux parce que je lance des choses, je prends des engagements, mais ce qui nous intéresse, c'est que derrière, il y ait autant de projets, que ce soit des réalisations, des emplois créés, des projets culturels conduits, de l'investissement mené, de la sécurité améliorée, des réalisations concrètes de part et d'autre et de nouvelles perspectives. Je crois que c'est possible. Et pour ça, je crois qu'il ne faut pas de la patience, il faut beaucoup de volonté, d'enthousiasme.
Et je sais que vous en avez, en tout cas, croyez-moi, j'en ai. Donc battons-nous ensemble sur chacun de ces sujets, plus tous ceux que je n'ai pas évoqués pour ne pas être trop longs avec vous, mais qui sont au coeur d'une histoire qui n'a jamais été simple, mais qui est et restera, parce que nous le voulons, avant toute chose, une histoire de respect, d'amitié, oserais-je le dire, d'amour. Alors vive l'Algérie, vive la France, vive l'amitié entre l'Algérie et la France. Vive la République, vive la France.