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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous !· 29 avril 2026 24 min

Jean-François Rapin : « La fermeté avec l’Algérie n’empêche pas la diplomatie »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Jean-François Rappin, vous vouliez réagir. On vient d'entendre ce qu'a dit Charles III au Congrès américain. Il les appelle à une détermination sans faille pour défendre l'Ukraine. Vous présidez ici au Sénat la Commission des Affaires Européennes. Comment vous réagissez à ces propos ?

0:23
Jean-françois Rapin

Je vais aller en Angleterre incessamment sous peu avec le président Larcher. Et j'y suis allé moi-même avec une délégation de ma commission rencontrer la Chambre des Lords.

Ce qu'a dit le roi, qu'on ne peut pas qualifier d'opportuniste, c'est quand même quelqu'un qui est sur la scène publique depuis de très nombreuses années, qui a, alors en charge, selon la Constitution anglaise, on ne peut pas parler ainsi, mais en tout cas qui est à la tête d'un très grand royaume, s'exprime devant le Congrès américain, s'est exprimé auprès de Donald Trump, en rappelant aux États-Unis, non pas le passé, parce qu'on ne vit pas que sur le passé, mais en disant que les États-Unis avaient une ligne dans le passé.

Et je crois que ça, c'est important qu'il ait pu le rappeler aux députés américains, parce que ça détermine finalement tous les enjeux géopolitiques des moments actuels et des moments futurs. Les Américains sont des grands cousins, sont des frères, et depuis quelques mois, on se rend compte qu'il y a une distension qui se fait entre les deux continents. Et je crois que ces propos sont vraiment à prendre avec beaucoup d'attention, beaucoup d'intérêt, parce qu'ils vont peut-être permettre, et je l'espère, dans les quelques semaines à venir, à retrouver une forme d'apaisement.

Ce que je souhaitais dire, parce que franchement, ce propos est très très intéressant, je l'ai lu intégralement, et je pense qu'il a raison. Il a raison.

2:01
Présentateur

On va revenir avec vous, je le rappelle, vous présidez ici au Sénat de la Commission des Affaires Européennes. Vous allez auditionner cet après-midi Laurent Munette sur le pacte à l'île et l'immigration. On va en parler, vous êtes également sénateur à l'air du Pas-de-Calais, et on sera chez vous, puisque malheureusement, les drames se multiplient dans la Manche. On va également l'évoquer. D'abord, on regarde, comme tous les jours, les unes de la presse régionale. On a sélectionné trois titres, on les regarde ensemble. D'abord, les unes des dernières nouvelles d'Alsace.

Tension sur l'énergie vers une hausse des prix de l'alimentaire, avec un risque, effectivement, avec la guerre en Iran, des conséquences sur le panier des Français. La deuxième une, c'est celle du Midi Libre. Nouveau maire, RN, un front anticulture. C'est la question à la une du journal, exposition et festival de jazz annulé à Vauvert. Tension à Carcassonne, autour d'une subvention. L'arrivée de maire, RN, met le monde artistique d'Occitanie en ébullition. Dernière une, c'est celle de la montagne. Et cette question, après les municipales, où sont les femmes ? Exemple, dans le Puy-de-Dôme, où quatre mères sur cinq sont des hommes et aucune femme ne préside d'une intercommunalité.

De quelle une avez-vous envie de nous parler ?

3:03
Jean-françois Rapin

J'en aurais deux. La première et la troisième. La troisième, probablement, parce qu'hier, il y a eu une table ronde ici au Sénat, justement, sur la place des femmes dans l'Union européenne, bien sûr, mais aussi dans le monde de la vie publique. Donc, oui, effectivement, plutôt la troisième. Ce constat, je ne l'avais pas.

3:28
Présentateur

Ça veut dire que la loi sur la parité, finalement, elle a encore des failles ? C'est-à-dire qu'il y a autant de candidats, mais quand il s'agit de mettre des personnes à la tête des mairies, c'est beaucoup d'heures.

3:38
Jean-françois Rapin

Oui, c'est ce que nous ont exprimé beaucoup d'élus hier, d'élus féminines, qui nous ont expliqué qu'en fait, oui, elle pouvait être adjointe, elle pouvait être plus difficilement maire ou à des positions d'exécutif. Alors, je ne sais pas si c'est un problème de culture, mais je pense qu'au-delà de lois qui permettent la parité de leur intégration, les dames dans cette vie publique et à des postes clés, même si on voit des femmes à des postes clés, et le problème, c'est que ces femmes qui sont à des postes clés, je pense à Mme Vautrin qui a été aussi entendue hier au Sénat, c'est moins médiatisé. Voilà, c'est ça, c'est vraiment ça la question.

Donc, je ne sais pas si c'est la loi qui doit réguler tout ça, parce que je trouve que, et on le voit, il y a une forme d'échec, parce qu'il y a toujours des impasses. Je pense que c'est plus dans la culture qu'on doit rentrer, c'est la formation à l'école, ça commence à l'école en fait, ça commence à l'école, où on doit comprendre que les dames doivent pouvoir avoir autant que les hommes. En tout cas, moi, j'ai toujours beaucoup de respect, mais j'ai trois collaboratrices, donc je trouve que la rigueur des femmes, aujourd'hui, est peut-être essentielle à la vie publique.

4:57
Présentateur

Dans l'actualité, ce sont ces propos d'Emmanuel Macron, qui a qualifié de maboule les partisans d'une ligne dure avec l'Algérie, visant très probablement, sans le nommer, le président de votre parti, Bruno Retailleau. Il est maboule ?

5:09
Jean-françois Rapin

Oriane, je suis désolé, vous n'avez pas le bon candidat pour vous parler de ces choses-là, non, mais deux réflexions, une sur la forme. Moi, je suis l'antithèse de ce que peut être la petite phrase, le petit mot, qui, à mon avis, sont destructeurs de la vie publique, parce que ça enchaîne des réponses, ça enchaîne sur les réseaux sociaux des commentaires qui sont inadmissibles et qui, finalement, à mon sens, rabaissent la vie publique et la vie politique. Ça, c'est sur la forme. Après, sur le fond, le président a commenté sur un sujet qui est ancien. Je suis médecin, vous le savez. Moi, j'ai toujours travaillé, quand j'étais interne, avec des médecins étrangers.

Ce n'est pas une nouveauté du jour. Mais ce qui est plus inquiétant, c'est que ce qui existait il y a déjà 30 ans, 35 ans, quand j'étais interne, existe toujours aujourd'hui, voire s'est renforcé. Ça veut dire qu'à un certain moment, sur ce sujet même de la santé, on n'a pas été bon. Qui que ce soit, d'ailleurs. Je ne vise personne en disant ça.

6:15
Présentateur

Mais ça veut dire qu'on a besoin d'une immigration algérienne, aujourd'hui.

6:17
Jean-françois Rapin

pour compenser des manques qu'on a depuis 35 ans. Ce n'est pas nouveau, cette affaire-là. Après, la réaction de Bruno Retailleau, qui s'est sentie froissée, en tout cas, telle qu'il l'a exprimée encore sur votre... est tout à fait logique.

6:34
Présentateur

Et vous le dites, il y a le fond et la forme. Sur la forme, on va écouter ce que dit Marine Le Pen, des propos du chef de l'État.

6:41
Invité

Je note la trampisation d'Emmanuel Macron. Il semblerait qu'il prenne modèle sur le président des États-Unis et qui a un langage extrêmement cru. Ça, c'est pour la forme. Pour le fond, je trouve, cette indignation indigne. Parce que la réalité, c'est qu'il est tout à fait naturel que dans d'autres pays, nous fassions passer aux médecins étrangers un examen, au même titre, d'ailleurs, que les médecins français, pour être sûr que les gens qui viennent chercher des soins aient les soins de meilleure qualité possible.

7:16
Jean-françois Rapin

Alors, promis, je n'avais pas entendu Marine Le Pen. Mais vous diriez une trampisation, vous ? Non, je dis que c'est un élément essentiel de la vie publique. Il faut arrêter ces petites phrases. On va rentrer dans un cycle présidentiel, là où on va avoir moult petites phrases comme ça. Vous savez, nos citoyens, sur le terrain, je ne sais pas si le président de la République les entend, mais oui, bien sûr, probablement, mais sur le terrain, ils en ont marre de voir des politiques s'invectiver. Et l'Assemblée nationale, quand même, est un exemple particulier. Et je crois qu'on doit, nous, les uns et les autres, montrer l'exemple. Ici, je trouve qu'au Sénat, l'exemple est assez bon.

On est dans une configuration qui est relativement soft. Les gens se parlent, les gens se croisent, se disent bonjour. Hier, je recevais un groupe et je salue une élue de mon opposition au Sénat. Ils me disent, mais ah oui, vous parlez comme ça. Ben oui, oui, on sait se parler sans s'invite.

8:18
Présentateur

Sur le fond, au-delà de la petite phrase, sur le fond, il y a deux lignes, très claires. Il y a Emmanuel Macron, le cas d'Orsay, maintenant Laurent Nunez, qui veulent des relations diplomatiques avec l'Algérie. Bruno Retailleau, lui, il veut une ligne très ferme. Est-ce que quand on voit…

8:31
Jean-françois Rapin

Mais la fermeté n'empêche pas la diplomatie.

8:34
Présentateur

Mais quand on voit, par exemple, Laurent Nunez, quand il est allé en Algérie en février, depuis, il y a une reprise des OQTF. Est-ce que finalement, ce n'est pas lui qui a la bonne ligne et pas Bruno Retailleau ?

8:43
Jean-françois Rapin

Non, mais je pense que Bruno Retailleau avait montré une forme de fermeté à un moment où on avait quand même la question, qui n'est pas d'ailleurs terminée, de l'incarcération de Boilem sans salle. Donc, il fallait absolument sortir de cette situation. On en est sortis après… Mais à la marché de la fermeté ? Pas dans l'immédiat. Pas dans l'immédiat. Mais à un moment, il faut montrer l'écrou. Il faut montrer que… Je vous dis, la diplomatie n'empêche pas la fermeté. On peut se parler fermement tout en faisant de la diplomatie. et on ne peut pas tout accepter d'un homologue qui n'est pas forcément toujours raisonnable et loyal avec vous-même.

9:22
Présentateur

Est-ce que politiquement, vous voyez dans cette déclaration d'Emmanuel Macron une volonté de tacler Bruno Retailleau et du coup de s'immiscer dans la campagne présidentielle ?

9:31
Jean-françois Rapin

Je ne sais pas. Est-ce que le président veut s'immiscer dans la campagne présidentielle ? D'abord, je n'ai pas la réponse. C'est à lui qu'il faut poser la question.

9:39
Présentateur

Mais vous ne le sentez pas comme ça ?

9:40
Jean-françois Rapin

Tacler Bruno Retailleau ? Non, je pense qu'il apporte un élément politique à un moment où Bruno Retailleau, lui, continue à montrer l'écrou. Et je pense que Bruno a raison d'associer la fermeté dans un contexte diplomatique avec l'Algérie. On n'a pas coupé les ponts avec l'Algérie. On continue à parler aux Algériens. Mais il faut leur parler peut-être plus fermement et peut-être avec plus de volonté de réussite. C'est-à-dire que ça n'est pas que dans un sens.

10:11
Présentateur

Autre tac qui vise Bruno Retailleau. Il est signé Marine Le Pen hier soir dans un entretien à l'AFP. Elle critique le président de votre parti. Ce sera le Zemmour de 2027. Ce sera M. Plus. Il va se radicaliser pendant la campagne comme à chaque fois que quelqu'un se met en concurrence avec le RN.

10:23
Jean-françois Rapin

Voilà l'exemple de petite phrase qu'elle dénonçait. Je trouve qu'on est vraiment dans la petite phrase qui va permettre d'avancer dans la campagne présidentielle. C'est sûr que c'est un vrai sujet.

10:38
Présentateur

On va ouvrir justement une page consacrée à la politique migratoire. Et Bruno Retailleau, vous étiez, vous, en Espagne au début du mois d'avril. Bruno Retailleau, il veut mettre l'Espagne au banc du concert des nations européennes parce qu'il se plaint et critique vivement le plan de régularisation de près d'un demi-million de sans-papiers annoncés par Madrid. Vous êtes sur sa ligne ?

10:59
Jean-françois Rapin

Alors oui, sur le fait qu'une régularisation massive peut poser problème. Ça, c'est clair. La question, c'est que quand on est allé en Espagne et qu'on voit effectivement la droite espagnole s'opposer à cette position qui englobe deux types d'immigration. Une immigration provenant du Maghreb est une immigration qui provient d'Amérique du Sud. Et celle-ci est totalement différente de celle provenant du Maghreb. Pourquoi d'Amérique du Sud ? Parce que les Espagnols en sont très proches, même s'il y a un océan qui les sépare, ils en sont très proches au plan de la religion et au plan de la langue.

Donc il y a une capacité d'intégration plus facile de cette immigration-là que de l'immigration maghrébienne.

11:40
Présentateur

Donc ce n'est pas un motif pour mettre l'Espagne au banc des nations ?

11:43
Jean-françois Rapin

Ça, c'est le premier point. Et puis le deuxième point, l'Espagne développe aujourd'hui des arguments sur cet aspect que nous n'avons pas encore vérifié, sur un problème de démographie, de démographie très importante. Et nous avons rencontré des chefs d'entreprise, etc., qui nous ont dit, nous, notre main d'œuvre, on en a besoin. Alors, je n'ai pas encore expertisé ce volet démographique pour savoir si, effectivement, il y a une si forte baisse de la population qu'elle nécessite qu'on compense. Donc voilà, en France, on n'a pas du tout le même problème.

Mais je suis d'accord avec Bruno Retailleau que le signal envoyé d'une régularisation massive est absolument délétère pour l'Union européenne, surtout dans les discussions qu'on a aujourd'hui.

12:29
Présentateur

Et vous allez auditionner cet après-midi Laurent Lunez sur la politique migratoire. C'est un sujet européen, l'Union européenne durcit. Sa politique migratoire, c'est un sujet national et local, particulièrement pour vous, qui êtes sénateur du Pas-de-Calais. 29 migrants ont perdu la vie l'année dernière dans la traversée de la Manche. On va retrouver dans votre région Aurélien Vurli. Bonjour Aurélien, merci d'être là, journaliste à RCF Hauts-de-France. Une opération de sauvetage d'envergure a eu lieu ce week-end dans la Manche. Près de 120 passagers d'une embarcation de migrants ont été secourus. Comment se sont déroulées ces opérations, Aurélien ?

12:58
Invité

C'est une des conséquences tragiques du retour des beaux jours. La hausse des traversées, Aurélien, au total, c'est donc près de 119 migrants qui tentent de traverser la Manche à bord de petites embarcations secourues samedi dans le détroit du Pas-de-Calais. L'un d'entre eux était inconscient au moment de l'évacuation. C'est en tout début de matinée qu'une embarcation a été repérée au large de la Baie-de-Somme. Six personnes en difficulté à bord ont été secourues, puis débarquées au port de Boulogne-sur-Mer dans le Pas-de-Calais. Une autre embarcation de migrants a été signalée dans la matinée au large de la Seine-Maritime, faisant route vers le Nord.

Cette fois, lors d'un autre embarquement près de Wimreux, plusieurs exilés se sont retrouvés en difficulté et ont été pris en charge directement par les secours, l'un d'eux ayant perdu connaissance, dont la nécessité d'être pris en charge vers l'hôpital de Boulogne-sur-Mer. Des sauvetages qui peuvent impacter psychologiquement les sauveteurs bénévoles de la SNSM, les sauveteurs en mer. La voie du Nord se faisait l'écho de ces difficultés psychologiques des sauveteurs en mer, confrontés à des morts et des détresses terribles.

Pour faire face, Londres et Paris ont signé un nouvel accord pour tenter de lutter contre les tentatives de traversées, un accord qui doit déployer toujours plus de positions, toujours plus de moyens. Mais aujourd'hui, cette hausse des moyens n'a pas indiqué la hausse des traversées. Jean-François Rapin, est-ce la bonne logique ?

14:14
Jean-françois Rapin

Il y a une logique certaine qui est la logique financière des moyens qui sont déployés en France. Et donc, au travers des accords de Sandertz, il y avait eu un déploiement financier du Royaume-Uni pour la France en termes de moyens. Ce dont on se rend compte, c'est que ça n'entrave pas, ça ne ralentit pas les traversées et qu'aujourd'hui, il y a besoin d'autres moyens. Donc, il était nécessaire d'avoir un accord complémentaire de soutien financier à la France pour les moyens développés. Voilà. Ça, c'est le premier point.

Le deuxième point, on va parler aussi du pacte asile-immigration et donc des mesures qui vont être prises et notamment du renforcement aux frontières extérieures de l'Union européenne. Alors, c'est un peu paradoxal parce que là, on les empêcherait de sortir des frontières extérieures de l'Union européenne et de l'autre côté, on va les empêcher de rentrer. Mais la règle, elle est là. Elle est comment on empêche de rentrer une immigration illégale qui n'a qu'une envie, c'est effectivement d'aller au Royaume-Uni mais qui passe par la France et qui revient très souvent en France. Et là, on attend justement du pacte asile-immigration de pouvoir régler tous ces problèmes.

Vous avez parlé d'un sujet qui me sensibilise beaucoup, c'est celui de l'impact sur les sauveteurs de la SNSM. J'ai eu hier au téléphone le président de la station de Berck-sur-Mer, qui est près de chez moi, qui semblait très affecté parce qu'effectivement, ils avaient engagé une procédure de suivi et non pas de sauvetage, mais de suivi, puisque vous savez qu'avec les taxi-boats, on part de la somme, on longe la côte et on ramasse au fur et à mesure. Et donc, ils sont censés accompagner avec le risque. Et là, il me l'a précisé, il m'a dit, c'est la première fois que je vois autant de femmes et d'enfants.

16:11
Présentateur

– Mais justement, Jean-François Rappin, Aurélien, il a une seconde question sur ces taxi-boats.

16:15
Invité

– Oui, la gendarmerie maritime a désormais le droit d'intervenir en mer. Depuis novembre, l'interception est possible pour les autorités, bien que dangereuses, et pour les personnes exilées, et pour les forces de l'ordre, évidemment. Encore une fois, cet allergissement de mesures et des moyens, est-ce qu'il va dans le bon sens ?

16:32
Jean-françois Rapin

– Il faut trouver une solution. C'est-à-dire qu'on ne peut pas critiquer en permanence toutes les solutions qui sont proposées. En l'occurrence, on subit une situation, et donc il faut y pallier avec les moyens, je dirais du bord, sans faire de jeu de mots, mais c'est vraiment le cas. Et donc, permettre aujourd'hui à la gendarmerie maritime d'intervenir en mer, c'est déjà une évolution complémentaire, même si, comme vous le dites, les opérations peuvent être très, très sensibles.

Un peu moins en ce moment, et c'est pour ça qu'il y a beaucoup de traversées, parce que la mer est plus calme, et dès que les conditions météo s'améliorent, c'est une catastrophe, parce que ça engendre des traversées, et sachez que sur les 109 qui ont été sauvées, il y en a tout autant qui sont passées, qui ont réussi à passer. Donc, il faut aussi, voilà, faire le rapport des choses en disant, ne critiquons pas toutes les solutions qui sont proposées, mettons-les en place. Ce dont on est sûr, c'est qu'on a besoin de plus en plus de moyens, et c'est ce que peut-être le sujet suivant va...

17:36
Présentateur

Exactement, Aurélien, merci beaucoup. Merci Aurélien d'avoir été avec nous, et vous parliez de ce traité de Sanders. On va le détailler avec vous, Johan, puisque jeudi dernier, la France et le Royaume-Uni ont saigné un nouvel accord visant à empêcher les traversées clandestines de la Manche, un partenariat que les deux pays ont donc choisi de renouveler.

17:51
Invité

Oui, car ce nouvel accord permet en fait de prolonger pour les trois prochaines années le traité donc de Sanders, un accord bilatéral signé en 2018, avant d'être reconduit une première fois en 2023. Il prévoit que le Royaume-Uni finance une partie des actions menées par la France pour freiner les traversées clandestines vers les côtes britanniques. Ce traité devait expirer cette année. Sa reconduction s'est faite au prix de longues négociations entre les deux pays, car les Britanniques reprochent aux Français de ne pas en faire assez pour empêcher les migrants de traverser la Manche.

18:19
Présentateur

Et avec ce nouvel accord, le Royaume-Uni a donc augmenté ses exigences envers la France.

18:23
Invité

Effectivement, Londres a accepté de renforcer son financement qui pourrait monter jusqu'à 766 millions d'euros sur trois ans. Mais pour la première fois, une partie de cette somme sera conditionnée à l'efficacité des mesures prises par la France. Une efficacité jugée selon plusieurs critères. Explication de Laurent Nunez, le ministre de l'Intérieur. Des critères qui permettront de mesurer le nombre d'interventions qu'on a faites, le nombre d'interpellations, le nombre de traversées empêchées, le nombre de migrants qui ont réussi à traverser. Voilà, on aura des critères quantitatifs et on fera du qualitatif, du retour d'expérience.

Alors la part flexible représente 186 millions d'euros sur une enveloppe potentielle de 766 millions. Ça veut donc dire que seulement 580 millions d'euros sont assurés d'être versés par le Royaume-Uni. Mais c'est quand même plus que le précédent accord pour lequel le financement britannique était de 540 millions d'euros.

19:12
Présentateur

Et l'accord prévoit d'autres nouveautés ?

19:14
Invité

Oui, les forces de l'ordre qui luttent contre l'immigration clandestine vont voir leur nombre augmenter de 50%. Les effectifs seront portés à environ 1 400 agents d'ici 2029. La France financera également une nouvelle unité de CRS. Elle aura à sa disposition un déploiement de drones, d'hélicoptères et de moyens électroniques pour mieux prévenir les traversées illégales.

19:33
Présentateur

Des mesures qui viennent en complément d'un autre accord signé l'été dernier par les deux pays.

19:36
Invité

Oui, un accord censé lui aussi freiner les traversées illégales de la Manche. Il instaure la règle du 1 pour 1. Alors, pour chaque migrant clandestin que le Royaume-Uni renvoie vers la France, il s'engage à accueillir un autre migrant légalement venu d'Hexagone. Mais cet accord est un échec. Jusqu'ici, il ne l'a concerné que quelques centaines de migrants. Et ça, c'est très peu au regard des chiffres officiels de l'immigration clandestine. En 2025, plus de 41 000 migrants ont réussi à rejoindre le Royaume-Uni sur des bateaux de fortune. Au moins 29 personnes ont perdu la vie en mer. Et en 2026, il y a déjà eu au moins 6 morts, selon l'agence France Presse.

Monsieur le sénateur, une petite question d'abord. On a le sentiment que la Grande-Bretagne, en conditionnant son aide financière, a un peu imposé ses vues à la France qui s'est couchée. Vous n'êtes pas d'accord avec cette idée ?

20:25
Jean-françois Rapin

Dire que la France s'est couchée, non. Qu'elle renforce les moyens, oui, c'est certain. Enfin, je l'avais senti de la part des lords quand on s'est déplacé en Angleterre, qu'il y avait une forme d'irritation des Anglais qui pensaient que les Français ne faisaient pas le travail. Ce qui est absolument faux. Moi, je vois les forces de gendarmerie en permanence, ce qu'on appelle la LIC, qui est un outil des forces de gendarmerie et de police qui permet de surveiller la côte. Non, ce qu'ils attendent, c'est effectivement plus de résultats. Et c'est très anglo-saxon, la culture du résultat. C'est-à-dire, et c'est pour ça qu'ils mettent une tranche optionnelle à leur financement.

Ce que je constate aussi, c'est que les moyens évoluent en technologie. C'est-à-dire qu'au moment de la signature des accords de standards, on n'avait pas les moyens technologiques qu'on a aujourd'hui et qu'on va mettre à disposition et qu'on va déployer. Le reste de ces critères,

21:25
Invité

ils ne risquent pas aussi d'engendrer des pratiques polémiques, notamment sur les interpellations ?

21:31
Jean-françois Rapin

L'objectif, il est d'interpeller surtout les réseaux de passeurs. Je pense que dans l'accord, c'est vraiment quelque chose qui ressort peut-être encore plus qu'avant. C'est la lutte contre cette grande criminalité qui est finalement de l'esclavage humain. Je crois que c'est surtout ça. Après, sur les interpellations, il faut voir aussi que quelquefois, le degré de violence augmente sur les plages. Moi, j'ai vu des gendarmes quelquefois très affectés par un degré de violence très poussé parce que la volonté de passer et que vous n'arrêtez pas quelqu'un qui... Vous savez, ils ont traversé, ils ont fait à peu près 6, 7, 8 000 kilomètres quelquefois.

Ils arrivent sur nos plages et ils voient l'Angleterre. Par beau temps, en ce moment, c'est le cas. On voit l'Angleterre. On a l'impression de la toucher. On a l'impression qu'il suffit de faire un pas ou deux. Et c'est peut-être le pas le plus dangereux qui va se produire. Donc, quand ils sont arrivés, ils ont l'impression sur les plages françaises d'être arrivés en Angleterre. Et donc, ça déchaîne quelquefois cette impatience et une violence qui nécessitent une impasse.

22:42
Présentateur

On parlait de Laurent Nunez, le ministre de l'Intérieur. Vous allez l'auditionner cet après-midi sur ce pacte asile et immigration. Qu'est-ce que vous en attendez ? Qu'est-ce que vous allez lui demander ?

22:49
Jean-françois Rapin

D'abord, on va lui dire qu'on est un peu à la bourre. Parce que l'échéance, c'est le 12 juin.

22:58
Présentateur

Elle ne sera pas tenue ?

22:59
Jean-françois Rapin

Si, je pense. Si la stratégie du gouvernement, c'est aujourd'hui de légiférer par ordonnance. Parce qu'il y a effectivement une adaptation aux droits français qui est très, très importante par rapport au pacte asile et immigration.

23:14
Présentateur

– Mais vous la validez, cette stratégie ? On sait que ça ne plaît pas trop aux parlementaires les ordonnances. Là, vous dites nécessité fait loi.

23:21
Jean-françois Rapin

– Non, je ne la valide pas. Je continue à penser que ça nécessitait un débat parlementaire qu'il aurait peut-être fallu engager plus tôt. Mais on sait très bien que le débat parlementaire aujourd'hui, notamment à l'Assemblée nationale, est très, très compliqué à obtenir. Donc voilà, c'est pour ça qu'il y a une stratégie complémentaire. Ce que je regrette, c'est d'avoir alerté, moi, à plusieurs reprises, le gouvernement sur ce sujet il y a plus d'un an en disant il faut peut-être qu'on se mette au boulot pour avancer.

Donc voilà, l'audition, elle est convenue avec la Commission des lois ce soir et avec le ministre de l'Intérieur qui a accepté plutôt que de faire des groupes de travail de venir faire une audition pour savoir quelle est la ligne du gouvernement sur ce sujet.

24:01
Présentateur

– Merci Jean-François Rapin. Merci beaucoup d'avoir été notre invité. – Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat. – Sous-titrage Société Radio-Canada

24:15
Locuteur

– Sous-titrage Société Radio-Canada