Antisémitisme, Retailleau, Algérie… L'interview d'Éric Ciotti en intégralité
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Bonsoir Éric Ciotti. C'est-à-dire l'agression du rabbin d'Orléans, l'âge du suspect numéro 1. Il a 16 ans.
Aujourd'hui, qui nourrit l'antisémitisme en France, selon vous ? Il y a plusieurs sources d'antisémitisme, mais aujourd'hui, l'antisémitisme le plus fréquent, c'est naturellement celui des islamo-gauchistes, c'est celui attisé par l'extrême-gauche, et souvent par LFI, donc soyons clairs, moi j'ose dire clairement les choses. Les actes antisémites ont explosé, c'est une infamie pour notre pays, on ne protège plus les juifs de France, ils sont des cibles, ils sont des victimes, et ces cibles, souvent, ce sont les extrémistes de gauche qui les ont posées.
Les responsables de la France insoumise ont tous condamné l'agression antisémite samedi. Heureusement, mais il ne suffit pas de condamner. Ils sont hypocrites ?
Oui, il y a une hypocrisie très claire, on voit bien les attaques permanentes, récurrentes, la confusion en utilisant l'antisionisme qui frôle l'antisémitisme en permanence, on voit bien ce discours récurrent de certains membres des insoumis qui attisent cette haine, et qui, quelque part, font des juifs notamment une cible. Mais pourquoi ? Quel est l'intérêt d'attiser cette haine ?
L'intérêt, il est très clairement électoral. Ils veulent flatter un électorat qui est exploité, qui est utilisé, un électorat qui est sensible aux thèses islamistes, soyons clairs. Et c'est pour ça qu'il y a ce discours.
Vous êtes allié désormais au Rassemblement National en tant que président du groupe Union des Droites pour la République. Jean-Anne Bardella se rend en Israël. Ça suscite la polémique, on se dit c'est quand même dingue.
Qui a fondé le Front National, qui est devenu ensuite le Rassemblement National, c'est Jean-Marie Le Pen qui a été condamné pour antisémitisme. C'est quand même assez paradoxal de voir aujourd'hui Jean-Anne Bardella en Israël. Pourquoi c'est paradoxal ?
Au contraire, c'est un beau symbole de témoigner aussi la force de ce soutien à un État démocratique. Il n'y a plus d'antisémites au Rassemblement National ? Je ne crois pas, je n'en ai pas rencontré.
Regardez ce que dit Serge Klarsfeld. Qui peut parler le mieux d'antisémitisme que Serge Klarsfeld ? Ce qu'il a dit au moment notamment de la manifestation après le 7 octobre, Marine Le Pen était présente, c'est le président Macron qui n'était pas là.
Ce fut une faute devant l'histoire lorsqu'il y avait ce rassemblement global avec des anciens présidents de la République autour du Sénat de l'Assemblée Nationale. Lorsque le président de la République n'y est pas allé très clairement par peur de l'agitation dans les banlieues, c'était une faute. Oui, mais comment vous expliquez du coup que les institutions juives de France soient gênées, voire prennent leur distance avec ce voyage de Jordan Bardella ?
Notamment parce qu'il va voir en Israël des ministres d'extrême droite, notamment à l'invitation d'un ministre d'extrême droite, et parce qu'avec lui viennent à cette réunion d'autres représentants de l'extrême droite en Europe. Ce n'est pas par hasard. Si le Conseil représentatif des institutions juives prend ses distances justement avec ce voyage de Jordan Bardella, ça n'a pas l'air d'être votre cas.
Le CRIF a un prisme politique très clair, qui est marqué à gauche. Le CRIF ? Oui, absolument.
Dans les élections législatives, le CRIF a pris parti. C'est intéressant parce que Jean-Luc Mélenchon dit exactement le contraire. Il a pris parti au second tour des élections législatives.
Donc moi je parle, vous savez, je parle beaucoup à Nice avec des amis juifs, et je crois que peu aujourd'hui se trompent d'ennemis. C'est-à-dire qu'aujourd'hui le meilleur rempart à l'antisémitisme, c'est le Rassemblement National ? En tout cas, nous formons dans cette alliance des droites, mais d'autres le font aussi.
Je ne fais aucun procès d'intention. Mais notre soutien à l'engagement contre l'antisémitisme est total. Voilà, il n'y a pas d'ambiguïté.
Alors ça n'efface pas certaines périodes du passé, mais je crois que Jordan Bardella a été très clair là-dessus. Donc que le président de la République serbe soit dans ce voyage, que des représentants de l'extrême droite hongrois soient de ce voyage, vous, à titre personnel, ça ne vous dérange absolument pas ? Moi je vois le...
Et si on en parle, c'est que c'est une rupture, c'est nouveau. C'est la première fois qu'un dirigeant, qu'un président...
Quelles que soient les options individuelles de ces gens. Qu'un président du Rassemblement National est présent en Israël. C'est une évolution, et cette évolution, l'État d'Israël la marque, mais moi je la mesure sur le terrain.
Aujourd'hui, les Juifs de France savent qu'ils sont des cibles, savent qu'ils sont attaqués, ils connaissent qui les attaque, l'extrême gauche mélanchoniste, et ils savent qui les défend. Et là, il n'y a pas d'ambiguïté. Alors après, il y a des institutions plus ou moins politisées qui ont mené un combat aux élections législatives.
Je l'ai vécu moi-même avec des attaques, mais ce n'est pas ça l'important. L'important, c'est d'être cohérent avec ce qu'on croit, ce qu'on a toujours dit, la défense d'une certaine vision de la défense d'Israël et la défense des Juifs de France, la protection des Juifs de France. – Pour rétablir l'ordre, puisque vous appelez à rétablir l'ordre en France.
Bruno Retailleau, c'est l'homme de la situation ? – Bruno Retailleau, pour l'instant, ne fait que parler. Moi, j'aimerais qu'il agisse, mais il ne peut pas agir dans ce gouvernement, parce qu'il est prisonnier d'une politique macroniste.
On le voit sur l'exemple algérien. Je ne sais pas si on va en parler, mais M. Retailleau est monté très haut dans les tours. – Il a entamé une riposte graduée. – Il a parlé très fort, et puis vous voyez ce qui se passe ? – C'est une riposte graduée. – La riposte graduée, c'est la visite de M.
Barraud en Algérie, et c'est le président Tebboune qui dit, de toute façon, tous ces personnes ne comptent pas. C'est un peu mon analyse, d'ailleurs. Ce sont des intérimaires du pouvoir.
Le seul qui compte, c'est M. Macron. Finalement, le président Tebboune a dit la réalité de la situation en France. – Néanmoins, Éric Ciotti, les Français, aujourd'hui, ont bien noté les propositions de Bruno Retailleau. – Le plébiscite dans les sondages, il est très haut dans les sondages.
Est-ce qu'il devient un adversaire à même de mettre en danger Marine Le Pen ? – Moi, j'attends des actes. Et sur l'Algérie, quand Tebboune dit, le seul qui compte en France, c'est Macron, quelque part, il n'a pas tort.
Et moi, ce que je reproche à Bruno Retailleau, et on a une divergence de fond, qui s'est traduit par des alliances différentes aux élections législatives. Moi, j'ai voulu une alliance à droite. M.
Retailleau a voulu une alliance avec M. Macron en premier tour. – Non, mais soyons concrets pour les gens qui nous regardent. – Et avec la gauche au second.
Et c'est pour ça qu'il ne peut rien faire. – Très bien, soyons concrets, vous voulez des actes. Si vous étiez au pouvoir, qu'est-ce que vous feriez de plus ou de moins ou de différent de ce que fait Bruno Retailleau pour obliger l'Algérie à reprendre ses ressortissants ? – Sur l'Algérie, si nous étions au pouvoir, si M.
Bardella était Premier ministre, nous aurions coupé l'octroi de tous les visas. L'année dernière, 250 000 visas ont été octroyés aux Algériens. – Donc plus d'étudiants, plus de regroupement familial, plus d'immigration de travail. – Moratoire immédiat sur les visas, tant que nous n'obtenons pas la libération de Boalem Sansal, qui est un prisonnier politique.
Et je suis scandalisé par le fait qu'il n'y ait pas plus de voix, qui s'élève pour la libération de Boalem Sansal, qui est un martyr d'un régime dictatorial. Nous ne donnerions plus aucun visa tant que les OQTF, toutes les OQTF, des criminels, des délinquants, ne sont pas repris. C'est une mesure très simple, très efficace.
Nous interdirions à l'oligarchie algérienne de venir se soigner gratuitement en France. Il y a près de 50 millions d'euros de dettes algériennes dans les hôpitaux français. Nous pourrions bloquer les transferts financiers des ressortissants algériens vers l'Algérie.
C'est une fuite de capitaux. – Ça, il passerait par d'autres pays européens, vous le savez très bien. – La réponse graduée, elle est très différente de celle qu'appelle de ses voeux le gouvernement, ou celle même qu'appelle de ses voeux M.
Darmanin, ici même chez vous. Il parle de faire revenir l'ambassadeur de France à Alger. Bon, je pense que ce n'est pas ça qui va faire très peur aux Algériens. – Pendant que nous parlons, on vient d'apprendre qu'un adolescent de 17 ans avait été mortellement poignardé dans l'Essonne.
Quatre suspects ont été interpellés. Les faits se sont produits devant un lycée, le lycée Louis Armand, à Hier. Le jeune homme a reçu un coup de couteau au thorax.
Il a succombé à ses blessures. Malheureusement, ce n'est pas la première rixe mortelle qui met en cause des adolescents, avec la mort d'un jeune homme, des poignards, des couteaux qui circulent. Il y a une prolifération d'ailleurs de ces armes.
Quelle est votre réaction ? D'abord, un sentiment d'émotion, de soutien à la famille de la victime après cette tragédie, après ce drame, à ses camarades. J'imagine le traumatisme dans ce lycée.
Mais c'est un acte de plus, un acte de trop, d'une extrême violence qui traduit la montée de la violence. La montée de la violence dans notre pays, qui est de plus en plus forte, qui est de plus en plus précoce, qui est présente chez de plus en plus de mineurs. Donc là aussi, on parle beaucoup, mais où est la réponse ?
Quelle réponse pénale pour les mineurs d'électeurs ? La justice pour les mineurs a été revue et corrigée 20 fois. La dernière fois, c'était avec le garde des Sceaux du pont Moretti.
Oui, mais je me suis opposé à cette réforme. Elle introduisait quoi ? Elle introduisait la fameuse césure dans le procès pénal pour les mineurs.
C'est-à-dire, au lieu d'avoir une réponse immédiate, on renvoyait la décision de justice à une année, ou en tout cas plusieurs mois, voire plusieurs années plus tard. Du coup, à l'inverse, vous allez voter le projet de loi de Gabriel Attal sur la délinquance des mineurs ? Il y avait une forme d'impunité, mais dans ce qu'il y avait dans l'esprit du projet de loi de Gabriel Attal, il est très largement insuffisant, mais la réponse plus rapide me convient.
Donc moi, je n'ai pas d'opposition à ce stade. Y compris la comparution immédiate pour les 16 ans et plus ? La comparution immédiate, c'est indispensable.
Moi, j'ai défendu des amendements. D'ailleurs, avec l'opposition de M. Attal à l'époque, on a toujours demandé cette disposition.
Il faut qu'il y ait la comparution immédiate pour les mineurs. Le précédent gouvernement a fait l'inverse. C'est-à-dire qu'on renvoyait au caland grec le procès.
Il faut, si on veut être choisi...
On juge plus vite, mais en revanche, la sanction, elle tombe plusieurs mois plus tard. Et l'excuse de minorité, il faut la faire sauter plus souvent ? Bien sûr.
C'est rarissime qu'elle saute. Elle est plus adaptée à l'aggravation de la violence et à la précocité de la violence. Donc, aujourd'hui, on a à la fois des mineurs qui sont auteurs et des mineurs qui sont victimes.
Vous êtes pour qu'elles soient supprimées ? Oui, et moi, j'ai toujours proposé qu'elles soient ramenées à 16 ans. Donc, vous pensez qu'il faut juger les mineurs comme des adultes ?
En tout cas, à partir de 16 ans, oui. Ils sont mineurs à 16 ans. Et sur des faits très graves, oui.
C'est contraire à tous les traités et à toutes les conventions internationales que la France assigne. Oui, mais ce qui me paraît plus grave que ces traités, c'est l'assassinat, ce sont ces crimes, ce sont ces assassinats qui se multiplient et contre lesquels il faut lutter. Ce qui me paraît plus grave aussi, c'est qu'on ait des gamins qui soient dans des réseaux de drogue.
Vous savez, j'ai fait une tournée de nuit à Nice, dans ma ville, il y a quelques jours, avec les policiers de la BAC. C'était édifiant, ce que j'ai vu. Ils ont interpellé, devant moi, j'étais dans le véhicule de la BAC, un gamin qui avait 15 ans.
Qui avait 15 ans et qui nous disait, qui a crié à ras quand on est arrivé avec le véhicule de police. Deux jours auparavant, dans le même quartier, il y avait eu un assassinat, un règlement de compte. C'est dans le quartier Bon Voyage.
Et les policiers ont demandé devant moi à ce gamin, qu'est-ce qu'il faisait là ? Alors après un peu d'hésitation, disant qu'il rentra à pied trois kilomètres plus loin, chez lui, il a reconnu qu'il était guetteur. Et ils lui ont demandé combien il gagnait.
Il gagnait son chi, sa rémunération était indexée sur le chiffre d'affaires du point de deal, qui pouvait atteindre 40 000 euros la nuit. Et lui, il gagnait entre 50 et 100 euros par nuit. Donc c'est là le cœur du problème.
Et pour ces gamins, il n'y a aucune réponse pénale. Il n'y a aucune réponse pénale. Il n'y a aucune réponse pénale.
La proposition de loi sur le narcotrafic, en tout cas, qui doit vous satisfaire. Elle n'a pas de réponse. Moi, en 2011, j'avais fait voter une loi qui crée un service citoyen, un encadrement de type militaire dans les épides pour les mineurs délinquants.
On avait ouvert 100 places. J'en ai d'ailleurs parlé à Gérald Darmanin, quand je l'ai rencontré sur la consultation narcotrafic, place Vendôme. J'ai dit, mais remettez ça, la loi existe toujours.
C'est Mme Taubira qui l'avait rendue inopérante, parce qu'elle avait coupé les crédits. – Eric Ciotti, il y a 4 400 décisions de justice prononcées par des juges contre des mineurs, contre des mineurs, 4 400 qui ne sont pas appliquées, faute de moyens. – Oui, faute de place.
On avait, pour ces mineurs délinquants, dans les épides, c'était environ 200 places par an. – 4 400 ? – C'est une partie de la réponse. – 4 400 ? – Bien sûr, mais on a une justice qui, aujourd'hui, manque de moyens, manque cruellement de moyens, manque de magistrats.
On a moins de parquetiers, 4 fois moins que la moyenne européenne. On a 2 fois moins de juges du siège, donc c'est une réalité. Et surtout, on a beaucoup moins de structures de placement, notamment pour les mineurs.
Vous savez, un établissement pénitencier pour mineurs, la place, elle est environ à 300 euros par jour. Un centre éducatif fermé. M.
Macron avait promis le doublement des centres éducatifs fermés. Ce fut, là encore, une fausse promesse. C'est 900 euros par jour.
C'est pour ça qu'on avait proposé, c'était à l'époque du président Sarkozy, ces services citoyens avec des anciens militaires dans des établissements où ils portaient l'uniforme, où ils se levaient à 6 heures du matin, où ils apprenaient un métier. – C'est l'époque où les budgets de la justice et de la police ont le plus baissé. – Oui, pas forcément.
Les budgets de la justice étaient proportionnellement plus importants aussi. Il y avait plus de places de prison qu'il y en a aujourd'hui, en tout cas, il y avait sous cette présidence 8 000 places de prison qui avaient été créées depuis 2012. À peine 2 000 places de prison nouvelles, Hollande, Macron.
On est à 82 000 détenus pour 62 000 places. Ce sont les chiffres qu'a rappelé hier le ministre de la justice. – Il y a une image qui a fait le tour des réseaux sociaux que l'on a vu sur les écrans, c'est cette marque Merachi.
Vous savez, c'est une marque éphémère de vêtements dédiés aux femmes musulmanes pour les femmes et qui, dans sa publicité, a voilé la tour Eiffel. Alors, c'est un coup marketing qui a fait énormément de buzz. Ça vous scandalise ? – Oui, j'ai vu que ça avait ému Apolline de Malherbe aussi sur les réseaux.
Moi, ça me scandalise parce qu'on est en train de vouloir installer une contre-culture dans notre pays. Et ce n'est pas conforme à l'histoire de notre nation, à son héritage. On a des racines, on a une culture, on a des modes de vie. – Il y avait du monde pour acheter. – Dans le centre de Paris, c'est dans le Marais, il y a une boutique éphémère.
Regardez, il y a des femmes, effectivement, pour la plupart voilées, viennent acheter dans cette boutique. – Ces images, elles me choquent parce que ce n'est pas la conception de la France que j'ai. – Le voile n'est pas interdit dans les rues. – Le voile n'est pas interdit dans les rues. – Il devrait l'être ? – Contrairement d'ailleurs à ce que disent les promoteurs de cette marque. – Il devrait l'être, en tout cas, ça a été toujours ma proposition. – Souhaiter comme Marine Le Pen que le voile soit interdit dans tous les espaces publics. – Dans nos services publics. – Ah, mais pas comme Marine Le Pen dans la rue. – Et dans certains lieux d'espaces publics. – Mais Jordan Bardella va plus loin et dit qu'à terme, il faudra interdire dans la rue. – Dans un guichet de sécurité sociale, moi je l'ai toujours défendu, à l'hôpital, dans nos services publics. – Et pourquoi pas dans la rue, parce que vous pensez que ce n'est pas possible, ce que souhaite Jordan Bardella ? – Parce que les policiers mettent des amendes. – Il faut qu'il y ait cette laïcité qui, à la fois, respecte les religions, moi je respecte toutes les religions et chacun a la liberté de croire au Dieu qu'il veut et les musulmans peuvent croire au Dieu qu'ils veulent, c'est leur intimité, c'est leur liberté.
On doit garantir à chacun cette liberté, mais on ne doit pas pouvoir imposer aux autres dans des lieux où ils sont obligés d'aller… – Y compris dans le sport alors ? – Absolument, leur appartenance. Donc moi je suis totalement opposé au port de signes religieux, au port du voile dans les manifestations sportives. – Et opposé j'imagine à l'arrêt des matchs de foot pour observer… – Naturellement, naturellement. – La rupture du jeune. – J'ai vu qu'Edouard Philippe considérait que ce n'était pas un problème, le port de signes religieux et de voile islamique dans le sport, ça me rappelait les petits accommodements raisonnables qu'avait prôné Alain Juppé lors de la primaire de 2016.
Je crois que justement, on ne doit pas avoir d'accommodement avec ceux qui testent la République. On a des valeurs, on a des repères, on a une histoire, c'est celle de la République. – Chacun croit, encore une fois, à une liberté de croyance et nous devons garantir cette liberté de croire, de penser, ou de ne pas croire d'ailleurs tout autant, mais nous devons aussi respecter un fait culturel, et qui n'est pas cultuel.
Nous sommes les héritiers d'une civilisation judéo-chrétienne qui a fait ce que nous sommes. Notre calendrier civil, notre architecture, nos modes de vie… – Vous ne croyez pas à la société créole ? – Non, je ne crois pas à la société créole.
Je crois au respect de cette histoire et que nous devons être fidèles à cette histoire et à cette culture. – François Bayrou vient de fêter un anniversaire. – Les 100 jours. – Ça fait 100 jours. – Ça a mal fini les 100 jours dans l'histoire. – Il passera le printemps et l'été ? – Nous verrons bien, mais en tout cas, ce furent 100 jours pour rien. 100 jours pour rien, 100 jours… – Il a fait passer quand même un budget, qui était quand même une mission quasiment impossible. – 100 jours d'immobilisme, 100 jours où on voit bien qu'on va de textes sur le chemsexe à l'Assemblée nationale à des textes tous les plus anodins les uns que les autres.
Donc, c'est pas vrai pour la loi narcotrafic. – Aujourd'hui, François Bayrou est là pour durer, il n'est pas là pour agir. Mais finalement… – Donc on peut durer sans agir ?
C'est parce que… – Oui. – Ah oui, c'est ce qu'il va faire. – C'est un peu toujours ce qu'il a fait d'ailleurs, avec un certain talent, notamment lorsqu'il était au ministère de l'Éducation.
Parce que si vous vous rappelez d'une des mesures qu'il a fait adopter lorsqu'il était 4 ans ministre de l'Éducation nationale… – Il a voulu réformer la loi Fallou, mais… – Je vous invite à déjeuner sur le port de Nice, où vous êtes souvent… – De ce sujet originaire. – Et dont vous êtes originaire. – Oui mais d'accord, mais pardon, d'accord M.
Ciotti, mais dans ce cas-là, pourquoi Marine Le Pen ne décide pas de le censurer ? Pourquoi l'avoir laissé agir ? – Cette opportunité, elle est sur la table aujourd'hui.
Nous avons estimé que le budget Bayrou, parce qu'il avait effacé les pires dangers du budget Barnier, notamment l'augmentation de la taxe sur l'électricité, la désindexation des retraites, c'est des succès que nous avons obtenus. Nous avons estimé qu'il fallait mieux qu'il y ait une forme de stabilité… – Ah bah finalement, donc là c'est contradictoire. – Aujourd'hui… – Vous lui reprochez sur l'immobilisme, vous parliez stabilité maintenant ? – Pour avoir un budget, mais là il peut y avoir des censures hors temps budgétaires, donc rien n'est interdit, rien n'est arrêté à ce stade, mais en tout cas, ce qui se passe, cette espèce d'entre-deux qui peut nous conduire jusqu'à l'élection présidentielle… – Dans le contexte international, on a les moyens d'avoir une instabilité politique ? – J'espère, c'est un élément qui justement appelle à la réflexion, l'instabilité internationale, j'espère qu'elle sera levée d'ici l'été, je le souhaite et je le crois, en tout cas sur le front ukrainien.
Mais de façon, pourquoi on en est là ? Parce qu'il y a eu cette alliance des contraires aux élections législatives, parce que des républicains qui ne m'ont pas suivi, je ne fais pas la même gamme sur tous les républicains, mais ceux qui ont préféré l'alliance avec Emmanuel Macron et l'alliance avec LFI au second tour, ont conduit à cette situation d'absence de majorité et de blocage. Donc à un moment, il faudra clarifier les choses. – Un dernier mot, parce que dans une semaine pile, lundi prochain, 31 mars, sera le jugement pour Marine Le Pen.
Est-ce qu'à votre avis, elle sera déclarée inéligible ? Est-ce qu'il y aura l'exécution immédiate ? – Je n'ai absolument pas d'avis là-dessus, je me porterais bien de prononcer un jugement, simplement… – Elle pourrait être écartée de la course à l'Élysée ? – Si elle devait être écartée de la course politique, ce serait un problème majeur, comme ce fut le cas pour François Fillon, je le dis, parce qu'on donne beaucoup de leçons au monde entier de démocratie. – Et là, on va réclamer plus de fermeté de la part de la justice, puisque quand ça concerne les responsables politiques, là, on la trouve un peu trop dure, la justice. – Ce n'est pas une question de fermeté, c'est une question de justice.
Mais si vous trouvez normal que celui qui devait, selon tous les sondages, être élu président de la République, soit éliminé de la course à cinq semaines de l'élection, et si vous pensez que la même démarche, qui peut toucher celle qui est très largement en tête de tous les sondages, ne pose aucun problème démocratique, ce n'est pas mon avis. – Mais il faut quand même élire des responsables exemplaires. Il faut mieux avoir un président de la République exemplaire. – Bien sûr, mais je crois que dans les deux cas que j'évoque, ils le sont. – Merci Éric Ciotti.
Éric Ciotti