L'interview politique: Maud Bregeon, porte-parole de LREM, soutien d'Emmanuel Macron
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RMC, la matinale week-end, l'interview politique. 8h41, soyez les bienvenus sur RMC. Et bonjour Maude Bréjean. Bonjour. Ingénieur en sûreté nucléaire, porte-parole de La République En Marche, soutien d'Emmanuel Macron. Maude Bréjean, est-ce que vous ne vous sentez pas de plus en plus encombrée ? Encombrée ? Encombrée par tous ces soutiens, Maude Bréjean. Toutes ces tribunes qui appellent à voter Emmanuel Macron contre Marine Le Pen. Est-ce que ça n'est pas encombrant à la longue ?
Je crois que l'objectif d'un candidat, qui qu'il soit sur un second tour, c'est de rassembler le plus largement possible. Rassembler des gens qui viennent de la gauche, des gens qui viennent de la droite, rassembler différents milieux sociaux professionnels. Et moi je constate aujourd'hui qu'Emmanuel Macron rassemble très largement des femmes et des hommes qui se retrouvent dans ces valeurs, qui ont envie que la France continue à être forte dans une Europe qui soit grande, qui ont envie de mener ce combat pour l'écologie, qui ont envie de faire avancer la santé, qui ont envie de faire avancer l'école.
Et donc au contraire, je me réjouis, bien loin de me sentir encombrée, qu'il arrive à agréger autour de lui un ensemble de forces très diverses et variées, représentatives au fond de ce qu'est la France aujourd'hui.
Ce qu'on retient, ce sont surtout aussi les noms. Là ce matin, après les sportifs, en milieu de semaine, il y a 500 artistes. Pierre Arditi, Clara Luchani, Black M, Fabrice Lucchini. Merci. Je voulais vous lire le message de Sidonie, qui nous dit, moi je voulais voter Emmanuel Macron. Elle nous écrit sur l'appli Direct Studio. Toutes ces consignes de vote, tous ces ralliements et cette diabolisation font que finalement, je voterai pour Marine Le Pen. Est-ce que c'est bien aux sportifs, aux artistes de prendre position ?
Mais les sportifs et les artistes sont des citoyens comme les autres. Et de fait, en démocratie, ils ont le droit d'émettre un avis, d'émettre une préférence. Moi, je lisais à une tribune d'universitaires qui ont aussi pris position en faveur d'Emmanuel Macron. Et donc, je crois qu'en démocratie, chacun, quel que soit encore une fois son travail, son territoire, son salaire, a le droit de donner son avis.
Et de donner des consignes de vote ?
D'appeler à voter pour quelqu'un. Il y a des gens qui ont peut-être appelé à voter pour Marine Le Pen et ils ont aussi le droit de le faire.
Vous parliez d'exercice démocratique. Accueillons David depuis les Bouches-du-Rhône. Bonjour David.
Oui, bonjour Mathieu.
Merci d'être avec nous. David, Maude Bréjean vous écoute. Vous dites précisément, non, c'est anti-démocratique toutes ces tribunes. Pourquoi David ?
Ah mais pour moi, ça reste totalement anti-démocratique puisqu'en fait, on est en train d'essayer de faire peur aux gens par rapport à un parti qui est légal en France. Et pour moi, toutes ces choses-là sont qu'on ne respecte pas la démocratie. Je prends simplement l'exemple quand il y a des élections des députés ou autres, où on a des candidats qui refusent de participer au deuxième tour pour faire barrage au Rassemblement National. Qu'est-ce qu'il y a de démocratique là-dedans ? Parce qu'au final, avec toutes ces choses, on a l'impression qu'on ne respecte pas finalement les un tiers de la population qui vote pour le Rassemblement National. C'est des citoyens comme les autres.
Ils ont des droits. Ils n'ont pas à être diabolisés comme ça. Et ils ont surtout envie que la démocratie, elle soit respectée. Parce que, mine de rien, ne pas respecter le choix des votes et se désister quand il y a les départements, les députés, etc., je trouve que c'est purement anti-démocratique. Et malheureusement, la politique prend ce chemin depuis des années et ne respecte pas finalement la voix du peuple. Et c'est là où ça ne va pas. Et finalement, tous ces appels, effectivement, comme le disait l'auditrice juste avant, vous avez lu le message, ça ne donne qu'une envie, c'est d'aller contre le système finalement.
David, Maude Bréjean vous répond.
Alors, sur le caractère démocratique, je me dois de rappeler qu'il y a eu un premier tour qui s'est mené librement, libre à chacun de se rendre dans l'isoloir, de voter pour qui il le veut. Et c'est aujourd'hui la même chose sur le second tour. Chacun, encore une fois, en France, et c'est précisément parce qu'on est une démocratie que chacun a le droit d'émettre un avis, de faire un appel, s'il le souhaite, pour quel candidat qu'il soit. Maintenant, je vous rejoins sur une chose, c'est qu'il ne faut pas diaboliser les femmes et les hommes qui ont fait le choix de voter pour Marine Le Pen au premier tour. Et nous, on n'a pas d'hostilité à l'égard de ces Français.
On a de l'hostilité vis-à-vis du projet qui est porté par Marine Le Pen. Donc, notre responsabilité en tant que femme ou homme politique, c'est d'arriver d'abord à les comprendre en les écoutant. Et je crois que c'est ce qu'a fait Emmanuel Macron quand il se rend à Denain, dans une ville où Marine Le Pen fait plus de 42%, il est dans cette démarche-là, pour ensuite arriver à les convaincre. Et c'est tout le cœur de la démocratie. On vote pour qui on veut et les politiques ont cette liberté et cette envie d'aller convaincre que, en l'occurrence pour nous, Emmanuel Macron porte le meilleur projet pour la France.
Maude Réjean, il y a aussi un autre point qu'a soulevé David et qui est important. Le Rassemblement National, parti légal en France, dans le cadre républicain. Emmanuel Macron, hier, s'est réclamé évidemment du camp républicain, tout en disant que l'extrême droite a plusieurs reprises, a contesté plusieurs valeurs fondamentales sur la manière de réformer la Constitution. Est-ce que, oui ou non, à vos yeux, le Rassemblement National est dans le cadre républicain ?
Le Rassemblement National est un parti d'extrême droite, pour trois raisons, et Emmanuel Macron l'a rappelé depuis notamment le début de ce second tour. Son histoire, les proches de Marine Le Pen, deuxièmement, et troisièmement son programme. Son histoire, l'histoire de Marine Le Pen, elle est fondament créée dans ce qu'a été le Front National. Le Front National, ce n'est pas juste une famille politique, c'est une famille. Il y a eu deux présidents en 50 ans, Jean-Marie Le Pen et elle. Jean-Marie Le Pen, dont on connaît les frasques, elle était son avocate lorsqu'il expliquait que les chambres à gaz étaient un détail de l'histoire. C'est proche ensuite.
Ça fait 50 ans, rien n'a changé chez Marine Le Pen. C'est proche ensuite. Regardons qui est autour de Marine Le Pen. On a toutes les nuances de l'extrême droite, toutes les ramifications de l'extrême droite française. Regardez qui est le trésorier de son micro-parti, un ancien du GUT, proche d'Alain Soral. Qui sont ses amis à l'échelle de l'Union Européenne ? Victor Orban, ce sont des gens d'extrême droite.
Donc elle ne peut pas se réclamer du cadre républicain.
Et pour terminer son programme, parce que c'est quand même peut-être le plus important pour ceux qui nous écoutent, elle entend inscrire dans la Constitution, je me permets de lire pour citer exactement, une disposition interdisant l'installation d'un nombre d'étrangers qui serait de nature à modifier la composition ou l'identité du peuple français.
Ça n'est pas républicain, votre brésilette ?
C'est une allusion directe à une théorie complotiste qui est celle du grand remplacement. Et donc vous pouvez rajouter à ça d'ailleurs...
Ça n'est pas républicain ?
Ça n'est pas républicain.
Marine Le Pen ne fait pas partie du cadre républicain.
De même que vous pouvez rajouter la méfiance à l'égard des élites, le mépris pour les syndicats, la défiance à l'égard de la presse. On l'a vu revenir il y a quelques jours de ça. Ah donc oui, Marine Le Pen est d'extrême droite.
Pas dans le cadre républicain.
Mais elle a le droit de se présenter à des élections aujourd'hui. Personne n'a dit le contraire. Et les électeurs sont libres de voter pour qui ils le veulent.
Maud Bréjohn, Marine Le Pen d'extrême droite, est-ce qu'Emmanuel Macron lui est devenu de gauche ?
Emmanuel Macron a toujours eu cette volonté de s'extraire de ces marqueurs gauche-droite qui ont rythmé traditionnellement la vie politique française avec les alternances qu'on a connu.
Ces dernières heures, nous allons bouger sur l'allocation adulte handicapé, nous allons bouger sur le point d'indice des fonctionnaires, nous allons bouger sur la réforme des retraites. Ça s'appelle comment ? C'est un gauchissement, c'est un infléchissement, c'est une reconquête des voix de Jean-Luc Mélenchon ? Il est en meeting à Marseille cet après-midi.
La démocratie, c'est précisément d'abord entendre ce qui s'est dit au premier tour, et donc l'intégrer, rassembler. Il l'a annoncé dès le soir du premier tour, et on ne peut pas rassembler sans être en capacité d'écouter le message envoyé par l'électorat. Moi je vais vous dire, je préfère une bonne idée de gauche qu'une mauvaise idée de droite, et inversement. Quelles idées ? Quelles idées concrètement ?
On aura le détail dans le meeting de Marseille ?
Bien sûr, il aura l'occasion de s'exprimer, mais il y a des exemples qui ont été donnés. Sur par exemple la question de l'écologie, on en parlera peut-être. C'est le défi.
Quelles mesures précises ? Parce que, enrichir mon programme avec les mesures de Yannick Jadot, de Jean-Luc Mélenchon.
Ce n'est pas moi qui vous dirai ce matin quelles sont les mesures d'enrichissement, c'est lui qui sera...
Inscrire la règle verte dans la Constitution.
Laissons le candidat aller à son rythme, et il va faire un meeting cet après-midi, donc il aura l'occasion de l'expliciter. Maintenant, il est normal, je le redis, qu'on prenne en compte le plus largement possible les avis qui ont été donnés par les Français, et qu'on arrive à trouver un consensus. C'est aussi ça quand on veut être président de tous les Français.
Sortir du nucléaire ?
Sortir du nucléaire, non, ça a toujours été dans nos fondamentaux, et on n'a pas vocation à changer nos fondamentaux. Au fond, quand on parle d'écologie, de quoi on parle ?
La ligne a légèrement bougé durant le quinquennat, Maude Bréjean.
Je ne suis pas d'accord avec vous, on pourrait en débattre longuement.
Fermeture de Fessenheim au début, décidée par François Hollande, mais actée par Emmanuel Macron.
Actée par Emmanuel Macron, parce que les investissements n'avaient pas été réalisés pendant 5 ans, et qu'il était difficilement punable de la maintenir ouverte sur le plan technico-économique. De quoi on parle quand on parle d'écologie ? On parle des émissions de gaz à effet de serre, qui proviennent des énergies fossiles. À l'heure où on se parle, il y a 60% de l'énergie primaire consommée en France, qui vient des énergies fossiles, 85% dans le monde. Ça montre l'ampleur du défi qui est le nôtre collectivement. Donc on y répond avec un budget, 50 milliards sur le prochain quinquennat, et puis avec une stratégie.
Sur le nucléaire ou sur le renouvelable ?
D'abord une stratégie de sobriété, parce qu'on va devoir consommer moins. C'est pour ça qu'on veut installer plus de 500 000 bornes électriques pour les voitures, qu'on veut permettre notamment aux foyers les plus modestes d'avoir accès à ces voitures électriques via des systèmes de leasing, qu'on veut rénover les bâtiments, la rénovation thermique, avec l'objectif de 700 000 000 bornes par an.
Est-ce que c'est bien suffisant pour tous ceux qui ont voté Mélenchon ou Jadot au premier tour ?
Et ensuite, il y a effectivement produire de l'électricité de façon décarbonée, sans émettre de CO2. Et là, on s'appuie sur l'ensemble des travaux qui ont été réalisés, par RTE, par le GIEC, par l'ADEME. Tous les organismes et les techniciens scientifiques sérieux nous disent aujourd'hui qu'on a besoin des énergies renouvelables et du nucléaire. Ils sont complémentaires. Donc il faut utiliser les deux précisément pour, et je cite Emmanuel Macron, faire de la France la première grande nation à sortir des énergies fossiles.
Et la planification concrète, on l'a bien compris avec les annonces dans le meeting de cet après-midi, meeting de Marseille. Maude Bréjean, je voulais revenir sur un autre fait de campagne cette semaine. Hier même, quand Marine Le Pen dit « le voile est un uniforme », c'est une vision radicale de l'islam. Est-ce que vous êtes d'accord ?
Marine Le Pen confond l'islam et l'islamisme. Aujourd'hui, les Français, quelle que soit leur religion, qu'ils en aient ou qu'ils n'en aient pas d'ailleurs, sont tenus de respecter la loi.
On peut porter le voile sans être islamiste ?
On peut porter le voile sans être islamiste, évidemment.
Est-ce qu'on peut porter le voile tout en étant féministe, Maude Bréjean ?
Il ne vous aura pas échappé qu'il y a des musulmanes aujourd'hui qui portent le voile. Est-ce que moi, c'est un symbole, c'est une tenue qui, à titre personnel, me plaît et que je trouve féministe ? Pas forcément. Mais pour autant, elles ont le droit de le faire. Il y a un cadre en France qui est le cadre de la loi. On a le droit de porter le voile dans l'espace public. On n'a pas le droit de le porter à l'école publique. Mais je voudrais vraiment insister sur une chose. Le combat contre l'islamisme, le combat contre le séparatisme, ce n'est pas le combat contre le voile. Et l'ensemble des Français sont tenus de respecter la loi. C'est bien ça, les fondamentaux.
Réécoutons l'échange entre Emmanuel Macron et cette jeune femme voilée à Strasbourg. On s'en souvient, c'était cette semaine.
Est-ce que vous êtes féministe ? Ah oui ! Ah, c'est bon alors, monsieur ! Merci pour le discours européen. Ce qui est beau... Je vous ai écouté. Non, ce qui est beau... Vous êtes féministe ? Oui, moi, je suis féministe. Vous êtes pour l'égalité femmes-hommes ? Je suis pour l'égalité femmes-hommes. Je peux me permettre d'être indiscret ? Oui. Vous portez un voile par choix ou vous vous imposez ? C'est par choix. Totalement par choix, monsieur. Parce qu'il y a les caméras. Non, je vous le dis, parce qu'avoir une jeune fille qui porte le voile à Strasbourg qui dit « Est-ce que vous êtes féministe ? » c'est la meilleure des réponses à toutes les bêtises que j'entends.
Parce que de l'autre côté, il y a Mme Le Pen qui dit « Le vol sera interdit sur la place publique avec moi. »
Emmanuel Macron qui pose cette question indiscrète. Oui, par choix ou imposé. Et c'est bien le problème pour mener ce combat. Comment vous faites la différence dans l'espace public, Maude Bréjon, entre une femme qui porte le voile par choix, par conviction, et une femme pour qui c'est imposé ?
On mène le combat, encore une fois, contre le séparatisme, contre l'islam radical, par la loi. C'est par exemple ce qui a été porté par Gérald Darmanin sur le projet de loi, qui est devenu une loi, contre le séparatisme. Et c'est comme ça qu'on arrive à faire reculer l'obscurantisme. C'est pas en pointant du doigt telle ou telle jeune femme, quand on écoute cette jeune fille, cette jeune femme, je ne sais pas qui elle est là, et qui explique qu'elle se sent féministe et qu'elle porte le voile. Est-ce que pour moi le voile est un élément d'émancipation de la femme ? Je vais être très honnête avec vous, ce n'est pas le cas.
Mais qui suis-je pour faire la morale à cette jeune femme qui est française, autant que moi, et qui se sent féministe et libre en portant le voile ? Elle a le droit de le faire. Encore une fois, moi, ce qui m'importe, c'est le respect du cadre de la loi.
Merci infiniment, Maude Bréjon, d'avoir été avec nous ce matin sur RMC. Je retiens trois grands points de cet échange. D'abord, je me réjouis qu'Emmanuel Macron arrive à rassembler autour de lui toutes ses personnalités. Les sportifs et les artistes sont des citoyens comme les autres, dites-vous à propos de ces tribunes. Marine Le Pen, oui, est d'extrême droite pour trois raisons. Son histoire, ses proches et son programme. Et cette même Marine Le Pen confond l'islam et l'islamisme au sujet du voile. Bonne journée à vous, Maude Bréjon.
Bonne journée.
Merci d'être sur RMC. 9h moins 5. Dans 5 minutes, elles sont là. Les GG du sport. Bonjour Jean-Christophe Drouet. Bonjour Mathieu. Bonjour à tous les grandes gueules du sport. Justement, il y aura un lien avec votre interne politique. Le débat continue. Nous allons parler du rôle des sportifs et de cette tribune, évidemment. Est-ce le rôle des sportifs, les GG ? Pour s'emparer du débat, on parlera aussi de Paris Saint-Germain, Marseille J-1 avec la grève des supporters ou encore de Paris-Roubaix. C'est aussi demain, un gros dimanche. Et on en parle dès ce samedi dans les grandes gueules du sport. Stéphane Brun, Marie Martineau. Et j'oublie qui ? Tu oublies du monde.
Denis Charven, votre team man. Et un invité exceptionnel, c'est le biathlète Émilien Jacquelin. A tout de suite. Nous, on se retrouve pour le journal de 9h. RMC, la matinale week-end. Excellent éveil. Soyez les bienvenus si vous nous rejoignez à l'instant sur RMC. C'est samedi, 16 avril. C'est le début d'un grand week-end. Week-end de Pâques sous un soleil étincelant. Estelle gasse ?
Et oui Mathieu, une journée ensoleillée et lumineuse.
Maud Bregeon