Sabrina Roubache sur l'immigration : "On ne peut pas se satisfaire de la situation actuelle"
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Madame la députée Renaissance, Sabrina Gresti-Roubache, il va falloir expliquer cela ? Comment ça peut donner une solution aux métiers en tension alors qu'il y a beaucoup de chômeurs dans notre pays ? Il y a beaucoup de chômeurs, mais il y a beaucoup d'emplois non pourvus.
Il y a 2,3 millions de chômeurs dans notre pays. Absolument, on a les chiffres. Je pense qu'il va falloir faire bien sûr de la pédagogie, mais on sait très bien que l'intégration se fait par le travail et par la langue.
Ça, c'est la première chose. La deuxième chose, que ce soit du côté de l'extrême droite ou du côté de l'extrême gauche, visiblement, il passe complètement à côté du sujet. Ça ne sera pas une régularisation massive de clandestins.
Ça, c'est Madame Marine Le Pen. Et de l'autre côté, Mathilde Fanon, je pense qu'il faut qu'elle revienne le chiffre. À combien vous estimez ces régularisations si ce n'est pas massif ?
Vous avez un chiffre ? Non, on n'a pas de chiffre, mais par contre, on travaille avec les fédérations. Moi, je suis une enfant de maçon, donc la fédération du BTP, ce sont des métiers qui sont en forte tension.
À un moment donné, ils n'arrivent plus à recruter. Donc, on sait très bien qu'à un moment donné, il y a des gens qui ont envie de travailler, qui viennent chez nous. Vous savez, moi, je combats une idée depuis que je suis toute jeune, c'est que les gens viennent chez nous, l'immigration chez nous, pour faire le mal.
Non, les gens qui immigrent, c'est plutôt pour s'installer, travailler, lever leurs enfants, essayer d'avoir un monde meilleur. Donc ça, et si on ne s'attaque pas au sujet, les métiers en tension, c'est une chose. Et après, en revanche, et je suis complètement en phase avec notre ministre de l'Intérieur, sur reconduire et expulser tous les délinquants, tous ceux qui viennent en France pour faire autre chose que le bien.
Je veux dire, moi, je n'ai pas de problème avec le mal, le bien. Vous prenez son image, les gens avec les méchants, gentils avec les gentils. Non, mais je vous l'avais dit, il avait utilisé ça pour les Chibani, parce que ça, c'était en commission des lois, vraiment.
Non, mais il l'avait reprise hier, ce n'était pas sur les Chibani. Et il a bien fait, c'est peut-être une manière assez simple d'expliquer les choses. Simplice, même.
Simplice, mais...
C'est plutôt ça l'adjectif. Mais à un moment donné, c'est aussi de dire, est-ce que c'est digne dans notre pays d'avoir des vieux de 80 ans, faire des files d'attendre dans des files à la préfecture pendant des heures, alors qu'ils ont travaillé toute leur vie, qu'ils n'ont jamais causé aucun problème ? La discussion partait de là, en réalité, sur les gentils, gentils et méchants, méchants.
Et sur les métiers en tension, à un moment donné, c'est quand même les fédérations de professionnels, que ce soit l'UMI sur les métiers de la restauration ou la fédération du BTP, qui viennent vous dire, on n'arrive plus à recruter. C'est une réalité. Éric Blanc, c'est la solution.
D'abord, moi, j'ai eu beau retourner la phrase de Mathilde Panneau dans tous les sens, on croit s'est chassé sur les terres de l'extrême droite que de régulariser des sans-papiers. Oui, c'est très bizarre. J'avoue qu'il y a un truc, je ne sais pas, ou alors je ne suis pas...
Personne n'a compris. Je ne parle pas assez bien le LFI. Bon, écoutez, ce qui est en train de se passer, c'est qu'on essaie de mettre un peu d'ordre dans une pétaudière qui est le résultat de 50 ans de politique délirante.
Donc les patrons ont une première fois encouragé cette immigration, on le savait très bien, l'exemple des restaurants était tout à fait parlant, on sait très bien que nous avons tous mangé dans des restaurants dont la cuisine ou la plonge étaient faites par des gens. Je mets au défi qui que ce soit. Et maintenant qu'il y a une nouvelle crise, le patronat appelle une nouvelle fois à l'aide l'immigration illégale de manière à la rendre légale.
Bon, on en est là. Après, c'est quand même basé sur...
Moi, je trouve que c'est une mesure de justice au cas par cas parce que ces gens-là travaillent, etc. En revanche, d'un point de vue philosophique, ça me dérange qu'on considère que c'est absolument interchangeable que l'emploi soit occupé par un étranger ou un français. C'est la même chose qu'au fond, c'est la même chose qu'on ait 10% ou 30% d'étrangers.
Il y a quelque chose qui ne va pas. Ça ne peut pas être un projet de société de remplacer tous les emplois massivement par des étrangers qu'on régularise au fur et à mesure. Il y a des implications philosophiques.
Même si, quand vous examinez la situation de ces gens-là, évidemment qu'on a envie de les régulariser. Ces gens-là se tiennent bien, travaillent, font des boulots que nous ne voulons pas faire. Mais si on élargit un peu la perspective, il y a quelque chose qui ne va pas.
Ce qui est intéressant dans la phrase « Être gentil avec les gentils, être méchant avec les méchants », je ne sais pas si M. Darmanin a fait exprès, mais cette phrase existe, c'est presque une citation. On la trouve presque telle qu'elle dans le livre 1 de La République, où Paul Emmer, qui est un mauvais personnage en gros, dit que la définition de la justice, c'est « être gentil avec ceux qui sont gentils avec nous, les amis, les gentils, et être méchant avec ceux qui nous font du mal, les méchants ou les ennemis. » Et alors, ce qui est formidable, c'est que quand on lit La République, évidemment, cette définition, c'est la pire définition qui soit de la justice, parce qu'aucun terme n'est défini.
Et si on l'applique ici à l'immigration, être gentil avec les gentils. Dire à des gens « Venez faire les métiers que les Français ne veulent plus faire », ça ne s'appelle pas être gentil, ça s'appelle être mercantile, premièrement. Et deuxièmement, être méchant avec les méchants.
Estimer que des gens qui sont sous le coup d'une OQTF sont méchants, je rappelle encore une fois qu'il y a une distinction qui est très claire à faire. Un individu qui commet un délit, qui va agresser des gens dans la rue, qui commet des meurtres, etc., ce n'est pas la même chose que quelqu'un qui est sous le coup d'une procédure administrative, c'est-à-dire par exemple un titre de séjour refusé, et qui a encore le moyen de faire un certain nombre de recours en France.
Et, on le rappelle, il y a en France énormément de travailleurs immigrés qui sont sous le coup d'une OQTF. Il y en a, il y en a en nombre. Donc si vous voulez estimer que ces gens-là sont des méchants avec qui il faut être méchant, la phrase, d'abord c'est une mauvaise référence, et ça montre une carence de culture républicaine, ce n'est pas la première fois.
Et deuxièmement, c'est une référence qui ne marche absolument pas dans le cas de l'immigration. – Il ne dit pas venez, ils sont déjà là. – Madame la députée. – Ils sont déjà là, on parle de gens qui sont déjà en France. – Absolument. – Ce n'est pas un appel à venez immigrer en France, pas du tout.
C'est au contraire, c'est de rendre les... – Donc ils travaillent déjà. – Mais il ne faut les remettre dans les cas de l'armée. – Mais quand ils se seront élevés dans l'échelle sociale, vous allez les remplacer par qui ? – Mais ceux qui viennent d'arriver. – Non, mais à un moment donné, le monde a changé. – Qui savent qu'ils vont être régularisés.
Non, mais il y a quand même des implications. – Alors c'est des titres de séjour temporaire, on parle d'un an. – Oui, mais là, on part au plus pressé.
Ça manque de perspectives d'ensemble. On part au plus pressé parce qu'il y a des secteurs en crise. – Vous avez raison, que le débat...
Mais il va y avoir un débat à partir de janvier. Et à mon avis, de tout ça sortira forcément quelque chose de mieux, parce qu'on ne peut pas se satisfaire, en tout cas, de la situation actuelle. On est tous d'accord.
Et ce n'est pas du tout, et vraiment sur les gentils ou les méchants, à un moment donné, ça, vous avez raison, vous faites de très bonnes références philosophiques, sauf qu'à un moment donné, je le redis, on ne peut pas traiter tout et tout le monde de la même manière. Quelqu'un qui vient ici, vous savez, moi je suis à Marseille, et croyez-moi que des choses, j'en vois. Et des chiffres, j'en ai.
Donc, c'est peut-être simple, peut-être simpliste, Laurence. – Non, non, c'était la formule de M. Dormanin. – Oui, oui, voilà. – Mais à un moment donné, de bien traiter ceux qui ont envie de rester en France, de s'intégrer, de devenir français.
Je veux dire, moi, mon père, quand il est venu, il avait envie qu'on soit français. Donc, on est devenus français, on est français. Donc, ce n'est pas aussi philosophique que ce que vous croyez.
C'est plus concret. – Alors, Nuan Usai, du service politique de CNews, ce débat écrante, évidemment, l'opinion publique française. – Oui, mais il faut bien que ceux qui nous regardent et nous écoutent comprennent une chose, c'est que nous sommes en train de parler de quelque chose qui ne sera peut-être pas adopté et qui ne figurera peut-être pas dans le texte adopté au final.
Parce que ce texte, en fait, qui va l'écrire, pardon, mais ce n'est pas le gouvernement, c'est la droite qui va rédiger ce texte. – Non, non, non, c'est pas la droite. – Pourquoi la droite ? – Il va y avoir un débat. – En lui, la droite va en partie réécrire ce texte, à l'évidence, puisque le gouvernement et la majorité auront besoin des républicains pour le faire adopter.
Et il ne vous a pas échappé que le débat va commencer, non pas à l'Assemblée nationale, mais au Sénat, où la droite est majoritaire, donc ce texte sera grandement amendé. Alors après, concernant les quotas, évidemment, le Rassemblement national dit qu'il s'agit d'une régularisation massive. Tout ça est très largement exagéré.
Néanmoins, ce qu'on peut dire aussi, c'est que si le Rassemblement national exagère, l'objectif de ce texte n'est pas de réduire l'immigration. Ça n'est pas ça, l'objectif principal du texte. Il ne s'agit pas de dire qu'on va accueillir deux fois moins de migrants, etc. – C'est de réguler, de régulariser.
À un moment donné, est-ce qu'on pense que de laisser des gens sur notre chambre ? – Non, mais il faut que les gens comprennent bien. – Sans papiers, sans droits, sans rien, c'est mieux. – Non, mais parce que ce texte, on s'appelle « asile et immigration ».
Donc certains pourraient peut-être se dire, tiens, on va réduire l'immigration, etc. Non, l'objectif de ce texte, ça n'est pas de réduire l'immigration. – Si on a structuré, de fait, vous savez ce qui est structuré, de fait, est mieux géré. – Madame la députée. – C'est la structuration, ça s'arrête dans ce texte. – Alors, il y a une c'est quoi l'objectif du texte ?
Si on va réduire l'immigration, c'est de l'augmenter ? – Non, l'objectif principal de ce texte, c'est de reconduire un peu mieux, pas parfaitement, de reconduire un peu mieux ceux qui ne devraient pas se trouver sur le territoire français. – Non, c'est d'éviter l'effondrement de certains secteurs de l'économie, tout simplement parce qu'on ne trouve plus les travailleurs. – Mais c'est à la main, ce sera à la main. – Le porte-parole du gouvernement l'a dit ce matin, il a dit que ça concernera quelques milliers de personnes seulement.
C'est tout à fait marginal. L'objectif de ce texte, l'objectif principal, c'est d'essayer de mieux reconduire à la frontière ceux qui ne devraient pas se trouver ici. Voilà, ça n'est pas de moins que rentrer. – Il y a des millions d'emplois non pourvus et ça va concerner quelques milliers de personnes. – Écoutez, le porte-parole du gouvernement ce matin, le gouvernement a commencé à faire un peu marche arrière là-dessus parce que compte tenu de la polémique qui a lieu depuis 24 heures, ils sentent bien que de toute façon, ce texte en l'État ne pourra pas être voté.
Donc c'est très clair. – Et c'est pour ça qu'on appelle ça un débat. – Bien sûr. – Par exemple, vous, députée Renaissance, vous voteriez ce texte ? – Comme ça ?
Oui. Oui, oui, oui, parce que je vois trop de situations chez moi à Marseille et tellement compliquées, tellement inhumaines. Vous savez, le président de la République l'a dit, mais c'est la réalité.
On accueille mal, on intègre mal tout ce qu'on fait franchement. Celui qui pense qu'on a une politique d'immigration digne, qu'il vienne me l'expliquer. – Mais on pense qu'on n'en a pas. – La plupart des gens pensent qu'il n'y a pas de politique d'immigration. – On est au milieu du guet, il faut dire les choses comme elles sont. – On n'est pas au milieu du guet, on n'a pas vraiment toutes les… – On est peut-être même au-delà, vous avez raison, là je suis mesurée.
Mais à un moment donné, oui, je pense. Et il y a une demande, il y a aussi une demande des Français, moi je le vois, parce que les gens me parlent. Je ne suis pas d'accord avec vous, parce qu'il faut structurer les choses.
Qu'est-ce qu'on fait ? On laisse les choses comme elles sont ? C'est-à-dire, on dit, ben non, finalement… – Oui, je dis que ça n'était pas l'objectif de ce texte, c'est différent. – Et quand vous avez des pans entiers de l'économie, oui, qui a besoin de main-d'œuvre.
Moi, je le redis, mon père est arrivé en 1967, parce que la France avait besoin de main-d'œuvre, et est-ce que je suis l'exemple de ce qui n'a pas marché ? – Non mais d'accord, votre cas c'est une chose, mais est-ce que… – Non mais Eric, c'est important. – Non mais est-ce qu'on accepte la situation, où en fait ces emplois seront pour l'éternité ? – Alors, il faut que les Français se posent des bonnes questions.
Quand vous recrutez quelqu'un… Alors moi, je vous dis, je parle avec des chefs d'entreprise dans le bâtiment. Quand vous recrutez, ils n'arrivent pas à recruter. Les jeunes ne veulent pas, dans la majorité, ils n'arrivent pas à recruter les jeunes. – On ne se résigne pas. – Non, on ne se résigne pas. – Je vous dis ça sans malice, je vous demande. – C'est une réflexion de vie.
Vous savez, post-Covid, vous le savez mieux que moi, l'état d'esprit a changé. Tout le monde pense que le télétravail, c'est fait pour tout le monde. Non, il y a des métiers pénibles, il y a des métiers compliqués qu'il faut accepter de faire.
Mes parents ont accepté de le faire. Et si moi, je devais le faire, je l'aurai. – Est-ce que ça va entrer dans le débat ?
Est-ce qu'on va poser le problème en disant est-ce qu'il y a des moyens que certains emplois soient occupés par des Français ? Ou alors, on se résigne pour l'éternité à ce que les étrangers, ce soit le domaine prolétariale ? – Tous les emplois doivent pouvoir l'être.
Il va falloir accepter, nous, dans notre pays, qu'on n'est pas dans le monde des bisounours. Il y a des métiers compliqués, il y a des métiers plus simples, il y a des métiers qui demandent plus de rigueur, plus de pénibilité. À un moment donné, vous savez, vous ne voyez pas que la jeunesse a changé.
Moi, j'ai grandi sur les plateaux de tournage, je faisais 18 heures par jour. Mais maintenant, allez dire à quelqu'un en production de travailler, mais ça n'existe pas. J'ai recruté un assistant, il sortait de BTS.
Il sortait de BTS, zéro expérience. Vous savez quelle est la question ? Je l'ai gardée trois mois.
Sa question, c'est est-ce que tu as une poubelle de tri sélectif ? C'était ça, sa question. Voilà, donc bonne expérience.
Sabrina Agresti Roubache