Anne-Elisabeth Lemoine (C à vous) : "Réussir, ce n’est pas être la meilleure ou la numéro 1"
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Bonjour à toutes et à tous, je me présente, je suis Alix Girodelin, je travaille au magazine Elle depuis le bas Moyen-Âge à peu près. Et je suis très heureuse d'être parmi vous aujourd'hui parce que j'ai la chance de pouvoir vous présenter une femme épatante. C'est une professionnelle inspirante, une grande bosseuse qui a construit à son rythme une carrière unique dans les médias. Et ce qui ne gâche rien, c'est une fille archi sympathique. Merci d'accueillir Anne-Elisabeth Lemoyne.
Bonjour Anne-Elisabeth, c'était de moi dont tu parlais là ?
Bien sûr, il faut être à la hauteur de son mythe. Anne-Elisabeth, est-ce que vous vous sentez bien au siège du Parti communiste ? Est-ce que c'est un endroit confortable pour vous ? C'est un magnifique endroit. Que vous connaissez déjà, je le sais.
Exactement, et puis je suis mariée à un architecte. Je suis mariée à un communiste ? Pardon, un architecte. Je ne sais pas ce que mon mari vote. Peut-être a-t-il voté Fabien Roussel au premier tour des présidentielles.
Est-ce que vous vous sentez confortable dans le rôle de l'interviewée, d'être de ce côté-là du micro ? Pas du tout. Donc on va essayer de ne pas trop vous glacer avec nos questions.
Vous posez des questions glaçantes ?
Non, non, non, on va essayer. Alors je vais essayer de faire les choses de façon professionnelle. Donc on a trois thèmes à aborder. On a un peu de temps, contrairement à votre émission. D'abord on va parler... On a deux heures tous les soirs, Alex. Mais oui, mais pas avec la même tête. Si, ça nous arrive. Ah, ça vous arrive. Ok, j'ai qu'à regarder plus souvent. Bravo. Et voilà. Donc d'abord on va parler du rapport au travail d'Anne-Elisabeth. Parce que c'était vraiment une immense bosseuse. Et ça, ça a été confirmé par tous les gens que je connais. Dont ma camarade Marion Ruggieri qui a travaillé longtemps avec vous. Elle me dit mais tu ne peux pas savoir ce que cette femme travaille.
D'accord. Ensuite on va parler d'un sujet très simple. Qui est surtout pour les femmes. Qui est l'harmonisation entre la vie perso et la vie pro. C'est vraiment facile. Et on terminera avec des questions d'actu et de société. Donc on attaque avec votre rapport au travail. Je vais déjà préciser pour les gens qui auraient vécu dans une grotte depuis 20 ans. Que Anne-Elisabeth Lemoyne présente une émission qui s'appelle C'est à vous. Et c'est l'un des talk shows qui a le plus de spectateurs. Puisque vous avez 1,3 million de clients en moyenne tous les jours. Alors question très simple. Comment tenez-vous cette pression ?
Le fait de savoir qu'il y a 1,3 million de téléspectateurs tous les soirs devant C'est à vous. Et vous êtes tous les soirs au boulot. Oui. J'y suis tous les soirs jusqu'à 21h. Mais déjà c'est beaucoup de plaisir. J'ai une chance incroyable. Et on ne se le répète pas assez souvent. Je suis heureuse de faire un métier qui me passionne. J'imagine que vous aussi Alix... Oh non, moi j'en ai rien à foutre moi.
Il y a ma rédaction qui est là.
Oh mon dieu. Faute de car. Donc c'est d'abord du plaisir. La chance de pouvoir rencontrer les personnalités, les femmes et les hommes qui font l'actualité, quelles qu'elles soient. C'est passionnant mais c'est beaucoup de travail. Et le meilleur moyen d'arriver sans avoir trop le trac, c'est de savoir à peu près où on va, qui on rencontre, pourquoi on a invité telle et telle personnalité. Et surtout, qu'est-ce qu'on veut leur dire, qu'est-ce qu'on veut leur faire dire. Savoir où on va en fait. Savoir comment on va commencer, comment on va terminer. Et puis vaguement ce qu'il y aura au milieu.
D'accord. Mais pour ce qui est de la pression, les attentes les plus fortes, c'est du côté de la chaîne, des producteurs, des téléspectateurs, des invités. Qu'est-ce qui pèse le plus ?
Un peu tout. Mais c'est surtout, je crois que c'est la pression vis-à-vis de moi en fait. Oui, c'est ça. C'est que je me dis, ok, je veux être contente de l'émission que je vais faire. Et c'est souvent contre moi que je suis le plus en colère quand ça ne va pas. Vous n'êtes pas indulgente avec vous-même ? Non. Jamais ? Pas très souvent. D'accord. Mais je ne suis pas indulgente non plus. Je suis assez exigeante avec moi et beaucoup aussi avec l'équipe qui travaille avec moi. Donc, je ne suis peut-être pas de tout repos.
D'accord. Ça, on en parlera tout à l'heure. On va revenir à vous. Parce que vous avez dit en interview quelque chose que j'ai trouvé assez touchant. Vous dites que vous avez souvent été un numéro 2 ou un joker. Et vous avez presque fait le choix de ne pas vous lancer trop tôt. Comment est-ce que vous avez passé ce cap ? Vous vous jetez dans le grand bain ?
Quand tout d'un coup, j'ai eu la bonne proposition et je n'avais aucun doute là-dessus, en fait. À partir du moment où on se pose des questions, on se dit, voilà. C'est un truc qu'on entend souvent quand on est chroniqueuse. C'est même, mais quand est-ce que tu vas avoir ton émission à toi ? Quand est-ce que tu vas être la numéro 1 ? C'est vrai que du coup, on se dit, ah ben alors, j'aurais réussi quand je serai numéro 1. Mais il y avait au fond de moi une petite voix qui me disait, ben non, ce n'est pas ça réussir. Ce n'est pas être la meilleure, la numéro 1. C'est faire quelque chose qui te plaît et dont tu as envie. Et très longtemps, on m'a fait des propositions pour être la numéro 1.
Mais avec des émissions qui ne me convenaient pas. Et puis tout d'un coup, le producteur Pierre-Antoine Capeton est arrivé avec C'est à vous. En me disant, tu vas rejoindre cette émission. Tu vas travailler avec Anne-Sophie Lapix, que je respecte et que j'admire. Et puis, éventuellement, tu la remplaceras quand elle animera d'autres émissions. Je me suis dit, ok, ça, ça ne se refuse pas. Il n'y a pas de doute là-dessus. C'est une émission où je peux être journaliste et à la fois faire des interviews, ce que je n'avais pas beaucoup fait jusque-là. Puisque j'étais plutôt reporter ou chroniqueuse. Et c'est quand même difficile d'interviewer. C'est un métier que je ne connaissais pas bien.
Donc, il y avait une vraie progression. C'était quelque chose de différent que j'allais faire. Et puis, j'allais porter une émission d'actualité où je pouvais être pleinement journaliste. Ce n'est pas clair ce que je dis là.
Non, non, c'est très clair. Mais est-ce que vous croyez, pour peut-être aider les gens qui sont là, que d'une façon générale, être patient au boulot, c'est très important ? Ou au contraire, l'énergie, aller tout de suite, très vite, c'est ça qui paye ?
Ah ben, chacun fait comme il veut. Moi, je suis un diesel.
Non, il faut dire voiture électrique maintenant, attention. Ah oui, ça démarre. Vous allez être recyclés là, pas du tout.
Je vais certainement être recyclés. C'est 2030, c'est ça, la fin des moteurs thermiques ? Oui. J'aurais en 2030, j'aurais quel âge ? C'est bon.
27. Comment ? Je crois que c'est à peu près ça.
Aïe, aïe. Oui, c'est... Non, non, on va peut-être repousser la fin des moteurs thermiques, ça m'arrangerait. Non, mais j'ai toujours été un peu diesel. Il faut avoir confiance en soi. Ce n'est pas ce qui me caractérise le plus. Et ça a mis du temps. La confiance, elle a mis du temps à venir.
Et la conscience a mis du temps à venir. Et aussi, vous avez travaillé autour du thème, comme pas mal de gens, des échecs. Vous dites qu'au fait, les échecs, parfois quand ça ne marche pas, c'est ça qui nous construit le mieux. Est-ce que vous pouvez nous donner des exemples et nous raconter ? J'ai raté deux fois Sciences Po. Oui, enfin, vous avez eu le Celsa, on va en reparler, c'est quand même vachement bien.
Oui, mais je vais vous expliquer comment je l'ai eu. J'ai compris. J'ai pas triché, j'ai pas triché. Non, non, mais j'ai raté deux fois Sciences Po à l'oral. C'est-à-dire que je réussissais à l'écrit et à chaque fois à l'oral, je me plantais. Et donc, je ne comprenais pas pourquoi. Donc, je suis allée voir l'examinateur parce qu'on pouvait les rencontrer. Je leur dis, je voudrais comprendre pourquoi, ce qui n'allait pas dans ma façon de me présenter, etc. Il m'a dit, j'ai un aveu à vous faire. Je ne me souviens absolument pas de vous. Vous n'avez pas imprimé. C'est-à-dire que je ne peux même pas vous faire de critique. Vous étiez transparente, en fait.
Mais quelle ironie quand on voit votre métier aujourd'hui. Oui. Il est toujours vivant, ce monsieur ? Il regarde la télé ? Je ne sais pas. Mais ce qui est... J'ai oublié qui c'était, moi. Vous voyez ? Je me suis un peu... Lui non plus, il ne vous a pas imprimé. Mais ce genre d'échec, on se dit, c'est des remises en cause qui sont un peu brutales, un peu violentes, mais qui sont saines, en réalité. Je dis, il faut essayer d'être un peu moins transparente. Parce que dans la vie, mes amis, ma famille, ils ne me trouvent pas transparente. Ils aimeraient bien que je sois un peu plus transparente.
Vous dites aussi que pour éviter les déceptions, vous avez toujours préféré vous laisser porter par des rencontres et saisir des opportunités, plutôt de vous fixer un but dès le début.
Ça, c'est ma façon de fonctionner. Je trouve qu'il n'y a rien de pire que la déception. Pour le coup, la confiance en soi. Donc moi, je ne désire jamais quelque chose que je ne peux pas obtenir. Ce qui fait que je ne suis pas très jalouse, je ne suis pas très envieuse. Et ça, je félicite ma nature. Parce que je trouve que c'est difficile d'être envieux, jaloux, de ne pas être content de ce qu'on a. Donc je suis plutôt une bonne nature à me satisfaire de ce que j'ai. Et sans vouloir forcément quelque chose que je ne peux pas avoir. Donc les objectifs, ils se fixent petit à petit. Donc j'avance un pas. Je me dis, bon alors, est-ce que ça, c'est atteignable ? Oui.
Alors on y va, on met un pied devant l'autre au fur et à mesure. J'ai l'impression que n'importe quoi c'est à vous.
Non, non, non, non, pas du tout. C'est beaucoup mieux que ce que vous dites d'habitude, rassurez-vous. Et moi, j'essaie d'être très sérieuse. Vous dites que votre ambition a souvent été de vous imposer face à vous-même et que dans votre métier, vous n'êtes pas toujours sentie légitime. Là, je suis sérieuse, cette histoire de légitimité, c'est quand même crucial. Et pourtant, Anne-Élisabeth, vous êtes diplômée du CELSA. Vous avez fait Hippocane et Cannes. Et le CELSA, je sais, je l'ai moi aussi planté à l'oral. Et pas parce que j'étais transparente, parce que j'étais nulle. Donc quand même, vous avez une sacrée carrière. Vous avez été choisi par des pointures pratiquement vos débuts.
Vous êtes remarqué par Marc-Olivier Fogel, qui n'est quand même pas le stagiaire de base. Après, vous avez travaillé pour France Inter, pour RTL, pour France Info, pour Canal+, pour M6, pour France Télé. Est-ce que ça, ça ne suffit pas à se sentir légitime ?
Ça commence à aller mieux. Ça commence à aller un peu mieux. Mais tous les matins, déjà tous les soirs, quand je sors de l'émission, mon père m'appelle en me disant « C'était bien, c'était pas bien. » On va en parler de votre papa tout à l'heure. Ça a l'air d'être un personnage. C'est un truc de dingue. Et puis, j'ai deux, trois amis qui ne me ménagent pas du tout. Donc, on n'est jamais, c'est pas quelque chose d'absolu et d'éternel, la légitimité. Non, ça se travaille un peu tous les jours, un peu chaque matin. Surtout qu'à la télévision, à 9h01, on a les scores de la veille. Donc, on ne peut pas se reposer sur ses loyeriers. C'est impossible.
Hier, on a fait un score de malade avec Anne Romanoff. Et je lui ai envoyé un texte en lui disant « Bravo, merci, Anne. » Dans le genre, quelqu'un qui est ultra diplômée, ultra intelligente, et qui s'est fait un peu toujours passer pour une fille... Enfin, elle avait un personnage qui s'appelait Bernadette. Un peu nunuche, quoi. Un peu nunuche. Et tout le monde pensait qu'elle était nunuche jusqu'à ce qu'elle soit outée. Comme intelligente. Comme intelligente. Ah, mais vous avez fait Sciences Po, Anne Romanoff. Mais je trouve ça presque mieux de surprendre comme ça.
D'avancer humblement, modestement, sans rouler des mécaniques, ce que beaucoup font, sans avoir forcément les compétences, et qui m'agacent. Et à la fois, moi, je préfère avancer doucement, sûrement, un peu masqué.
Vous avez des conseils pour les femmes qui se sentiraient ? Pardon, je vous ai interpellé. Non, non, je vous en prie. Pour des femmes qui ne se sentiraient pas légitimes, qu'est-ce qu'on peut avoir comme conseils ? Est-ce qu'il faut bien s'entourer, avoir des amis avec qui on travaille, qui vous booste un peu ? Qu'est-ce qu'on peut faire ?
Oui, il faut travailler avec des gens qui ont un regard très bienveillant sur vous. Moi, je suis ultra fidèle professionnellement. Oui, on a vu ça. Par exemple, le journaliste qui m'a embauchée chez Marc-Olivier Fogel, il s'appelle Christian Desplaces, et c'est aujourd'hui le rédacteur en chef de Cet à vous. Ah oui, d'accord. Ça fait 24 ans qu'on se connaît. On a travaillé pas mal de fois ensemble, et quand on m'a demandé de prendre la tête de Cet à vous, je lui ai dit, Christian, l'un de mes objectifs, c'est que tu viennes. Parce que c'est lui qui m'a repérée quand j'étais une jeune journaliste, c'est lui qui a vu qu'il y avait quelque chose éventuellement.
Il refaisait mes sujets quand ils étaient nuls, pour pas que Marc-Olivier Fogel... Vous engueule ? M'engueule. Donc, il a été en soutien, il y croyait. D'accord. Et s'entourer de gens qui... Enfin, faire confiance à ceux qui y croient, et continuer à leur faire confiance, et les écouter, il m'a appris beaucoup, beaucoup de choses. Et aujourd'hui, il me dit, c'est toi qui m'apprends.
Oh, c'est beau. Est-ce que c'est courant, cette gratitude et cette fidélité dans votre milieu ? Dites la vérité, s'il vous plaît.
Ben, je ne sais pas. Moi, je suis plutôt quelqu'un de reconnaissante. Je n'hésite pas à dire merci. À coup de pied dans le derrière, j'ai pas mal appris. Ça n'a pas toujours été facile. Quand je suis arrivée chez Marc-Olivier Fogel, je ne savais pas faire de reportage télé. J'étais nulle. Et j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps dans des salles de montage. Et ma mère voulait aller demander des comptes à Fogel. Non, mais qu'est-ce que tu fais à ma fille ? Et je le remercie vraiment de ça, de m'avoir dit, mais la facilité, le confort, ce n'est pas bien. Donc, c'est pour ça que se sentir légitime, arriver, je pense que ce n'est pas un bon moteur.
Parce qu'on rentre dans une routine, dans un confort. On ne va pas chercher en nous ce qu'il pourrait y avoir de mieux.
Si on avait dit à l'Anne-Elisabeth, le moine de 30 ans, écoute ma cocotte, un jour, tu présenteras le premier tour show en début de soirée de France. Qu'est-ce qu'elle aurait dit ? Elle aurait rigolé. Vous n'y pensiez même pas ?
Non. Après, c'est marrant parce que je crois que je refais un peu l'histoire parce que l'un de mes rédacteurs en chef chez Marc-Olivier Fogel m'arrête pas de me dire, mais toi, la première fois que je t'ai vue, tu m'as dit, je veux faire de l'antenne. Je ne me souviens absolument pas de lui avoir dit ça. Mais peut-être qu'il y avait ce rêve-là, cette idée-là, que je n'assumais pas vraiment. Justement en me disant, parce qu'au fond de moi, je me disais, mais ce n'est pas pour toi. Les filles qu'on voit à la télé, elles ont 20 centimètres de plus que toi. Elles cochent des canons de beauté. Elles sont belles. Voilà, comme il faut être belle, ce n'est pas ton cas.
Moi, on ne m'a jamais dit, tu es belle, tu es jolie, tout ça. C'est des trucs qu'on me dit maintenant. Alors, ça me fait un bien fou. Mais du coup, j'ai développé autre chose. Mais donc, quand il me dit ça, je dis, mais non, je ne te crois pas. Ce n'était pas mon ambition, ce n'est pas vrai. Peut-être que si, en fait. Et que je ne me l'avouais pas, je ne me le disais pas. Parce que j'avais trop peur de ne pas y arriver.
C'était qui, vos idoles à la télé ? C'était surtout des hommes, on en reparlera tout à l'heure, mais ça a quand même beaucoup évolué. Mais est-ce qu'il y avait des femmes qui faisaient le métier que vous faites aujourd'hui ? Il y en avait une.
Il y avait Christine O'Krent, je me souviens, j'avais 15 ans. Qui n'est pas la plus chaleureuse de la bande. Oui, mais qu'est-ce qu'elle était pro ? Oui. Ah oui, donc vous, c'est pro, le déclic, c'est pro. Elle était pro et elle avait la place d'un homme, à l'époque où il y en avait peu. Il y avait Anne Sinclair et Christine O'Krent qui avaient des...
Et Marie-France Kubada pour les gens qui sont nés dans les années 60 comme moi. T'es née dans les années 60 ? Oui, Marie. Il y a du travail, mais bien sûr.
Christine O'Krent, elle était ultra pro et je me disais, tout le monde la prend au sérieux. Et c'est peut-être l'ambition qui, au fond de moi, la plus importante, c'est d'être prise au sérieux. D'accord. C'est qu'on se dise, ok, elle est pro. Elle travaille et ça se voit. Enfin, ça ne se voit pas trop parce que, comme le patinage artistique, il ne faut pas qu'on voit trop qu'il y ait du boulot. Oui. Que ça paraisse naturel. Il faut que ça reste gracieux. Les triples boucles piquées et qu'on ne sente pas les 20 gamelles qu'il y a eu avant d'y arriver. Donc, est-ce qu'on peut extrapoler à mort en disant que votre rêve, ce serait de présenter un JT ? Là, on extrapole. Je ne sais pas si...
On me prend assez au sérieux pour me confier un JT. Parce que... Mais vous aimeriez ça ?
Si on me le proposait, je dirais oui et j'essaierais. Ça reste vraiment la discipline reine quand on est journaliste.
Difficile de refuser un JT. Mais je ne suis pas sûre que je m'y amuserais beaucoup. Oui, c'est ça. Parce que là, on va parler de travail en équipe. Tout ce que je fais, c'est à vous. Je ne pourrais pas le faire. Exactement. On est tout seul face à la caméra dans un journal télévisé.
Comment ça se passe avec votre équipe ? Je sais que ça se passe bien parce qu'on a eu des petites infos à côté. Mais j'aimerais vous l'entendre dire. Comment est-ce que vous choisissez les gens qui vous entourent ? Et comment vous travaillez avec eux ?
À l'antenne ou hors antenne ? Les deux. Alors, à l'antenne, hors antenne, Christian Desplaces, parce qu'il est ultra compétent et il est bienveillant. Et là, depuis le début de l'année, pour la première fois, à la tête de cet avou, ce sont deux femmes qui produisent. C'est une émission qui était présentée par une femme, mais qui était produite par des hommes. Et bien, ça change beaucoup de choses, en réalité. Lesquelles ? Il y a une solidarité qui n'existe pas forcément. Parce qu'à l'antenne, il n'y a pas de temps de femmes, parce qu'on fonctionne. Non, il n'y en a pas de temps. On est deux tout le temps. Il y a Émilie Tran-Guyen et moi, en permanence.
Après, ça, c'est un débat qui ne me convient pas toujours. Patrick Cohen, c'est un homme. Mais s'il s'appelait Patricia Cohen, ça arrangerait tout le monde, parce qu'il faut plus de parité. Et je trouve que c'est très bien. Mais on ne va pas lui demander. Je trouve ça bizarre. C'est sa compétence qu'on vient chercher.
Oui, mais vous pourriez étoffer votre équipe.
On est nombreux, déjà. Et les journalistes qui m'entourent, c'est d'abord leur compétence qui a primé pour leur recrutement. Il se trouve que ce sont des hommes. Et c'est vous qui les avez choisis, ce n'est pas le producteur. Si, c'est en discussion avec le producteur. Après, Patrick Cohen était là avant que j'arrive. Pierre Lescure est arrivé en même temps que moi. Pareil, on n'allait pas lui demander de changer. C'est parce qu'on est allé chercher Pierre Lescure qu'il a eu sa place à Cetavou. Mais au fil des années, effectivement, dans les recrutements, on se disait, à poste égale, à compétence égale, est-ce qu'il y a une fille ou pas ? Mais ce n'est pas toujours le cas.
Je me souviens des casse-tête de Cé dans l'air qui a eu du mal à trouver des expertes pour qu'il y ait une parité autour de la table et que des femmes soient aussi nombreuses que les hommes pour parler des sujets qu'elles maîtrisent. C'est venu avec les années parce que je pense que, on parlait de légitimité, c'est un vrai problème féminin, en fait, de beaucoup s'auto-censurer. Quand on fait des réunions, c'est les hommes qui parlent, même s'ils n'ont pas forcément des choses plus intéressantes à dire que nous. Et c'est quelque chose qui m'a pris du temps aussi. Et de me dire, bon, ce n'est pas grave, ils prennent la parole, mais on ne t'inquiète pas, tu vas trouver le moment où tu...
Et la réunion est terminée, vous n'avez pas parlé. Ça a été longtemps comme ça, mais ça n'est plus. Je n'hésite plus à prendre la parole, même pour dire des choses pas forcément intelligentes. Ce n'est pas grave, on y va, on a autant le droit à la parole que... Mais ça prend du temps. Et donc, cette révolution-là, elle prend du temps, ce qui fait qu'il y a toujours plus d'hommes à la télévision ou même dans les équipes dirigeantes que de femmes. Mais ça change, vous voyez.
Là, pour la première fois, ce sont deux femmes avec lesquelles j'ai travaillé, avec lesquelles je me suis bien entendue, et qui sont ultra bosseuses, ultra sérieuses, parce que ça, c'est typiquement féminin aussi, avec lesquelles on peut s'engueuler sans que... Ça se termine en rupture. Exactement. Il y a un truc où les engueulades, ça passe mieux quand on est entre femmes qu'avec un homme et une femme. Ou il y a une espèce de conflit bizarre, je ne sais pas comment on peut le nommer. Ils ont l'impression qu'on leur dise « je ne t'aime pas » ou « je suis meilleure que toi ». Non, ce n'est pas ça. Ce n'est pas ça qui est en jeu. Il y a ce problème-là qui est réglé.
Il y a peut-être moins d'égo, en fait, dans la gestion quotidienne.
Alors ça, c'est quand ça ne marche pas. Mais pour ce qui marche très bien face qu'on voit à l'antenne, c'est la complicité que vous avez avec eux. On a presque l'impression, quand on vous regarde, vous avez des petits codes entre vous. Est-ce que vous leur faites des petits signes ? Prends la parole. Vous vous appuyez beaucoup sur eux ou vous leur tapez sous la table ? On a envie de savoir, non ?
Ah ben, j'aurais des grandes jambes si j'arrivais à leur taper sur la table. Je n'ai pas les jambes de Julie LaRoberte. Non, mais oui, ils voient bien. C'est marrant parce qu'ils me disent souvent « on voit à ton regard si on a posé une bonne question ou une mauvaise question ». Parce que tout se voit sur mon visage. Donc, j'ai tendance à faire « ça ne va pas ». Oui, je leur parle tout le temps, beaucoup. Et quand c'est à eux, je leur fais « comme ça ».
Je viens d'Angleterre. Oui. Et gestion du fourrir, comment vous faites ? Ils vous aident ?
Ah ben, je gère que dalle. Je gère que dalle, d'accord.
Et ils ne sont pas là, ils peuvent quand même reprendre la parole, être très sérieux ? Non, parce que c'est communicatif.
Ah oui, oui. Donc ça, c'est mort. Mais après, souvent, Pierre Lescure, avant, j'en avais beaucoup plus. J'ai quand même réussi à diminuer leur fréquence. Parce que Pierre n'aime pas quand on a des fourrirs qui peuvent exclure le téléspectateur. Donc, c'est toujours le professionnel de la télé qui est là et qui me regarde et dit « non, non, non, non, on ne s'éternise pas. Il ne faut pas que ça tourne à la private joke. On fait de la télé pour ceux qui nous regardent. » Donc, soit tu leur expliques pourquoi tu ris, soit tu arrêtes de rire.
Oui, c'est ça. Il faut expliquer parce qu'il n'y a rien de plus délectable pour le spectateur de gens qui se marrent. C'est contagieux, c'est merveilleux. Bien sûr, mais il faut qu'il y ait… Alors, des fois, ce n'est pas explicable.
C'est parce que…
Oui, parce que quelqu'un a enlevé son slip, par exemple. Ce qui arrive très souvent à Alex. Maintenant, on va parler un petit peu du côté plus privé, perso de votre vie. Je vais commencer avec votre enfance parce que c'est quand même étonnant, votre parcours. Vous faites partie d'une fratrie de sept enfants. Alors, je voudrais savoir en quoi ça a influencé votre caractère, votre rapport aux autres dans le travail ? Est-ce que quand on a six frères et sœurs, on n'est plus partageurs devenus grands ou au contraire, complètement perso ?
Aïe, aïe, aïe. Est-ce que je vais me faire passer pour Mère Thérésa si je dis que ça rend plus partageurs ? De toute façon, on est obligé de partager, on n'a pas le choix. Donc, c'est quelque chose qui s'apprend. On partage ses parents, on partage les chambres, on partage les habits, on partage une voiture dans laquelle c'est l'émeute sur des trajets interminables.
Sans ceinture ?
Je pense qu'il n'y avait pas de ceinture, pas tout de suite en tout cas. Donc, on est obligé de partager. Et puis après, moi, j'ai tellement voulu partager que j'ai été pensionnaire. Où là, je partageais ma chambre avec 79 autres élèves, parce que c'était des dortoirs.
Donc, le rêve, c'était d'avoir une chambre à vous, non ? Oui, mais je n'ai jamais eu.
Mais là, maintenant, ça va mieux. Je n'ai toujours pas de chambre à moi. Mais vous n'avez pas vos six frères à se faire à la maison, quand même. Non, mais on se retrouve le plus souvent possible.
Vous êtes très unique.
Moi, mes meilleurs amis, c'est mes sœurs. Je sais que... Oui. Ça fait rêver, hein ? Ah ouais ?
Vous êtes fille unique ? Non, non, non. On est une famille de filles, on s'entend très bien. Mais les familles harmonieuses, c'est quand même un doré rare.
Je pense que c'est la grande réussite de mes parents. Celle dont ils sont le plus fiers, c'est qu'on s'entende tous très bien. Et dès qu'il y a la moindre friction, ça les met dans des états de panique. Et donc, c'est l'œuvre de leur vie. C'est l'espace ni meilleur de mes parents. Ils veulent que ce soit préservé à tout prix.
Il doit y avoir aussi une valeur importante chez eux, c'est le travail. Parce que ce sont eux aussi d'énormes bosseurs, comme quoi les chefs n'ont pas des rats. Votre papa est haut fonctionnaire, votre maman inspectrice du trésor public. Ça, c'est un métier qui fait peur, hein ? Oui, oui, c'est les impôts, c'est les impôts. C'est les impôts. Avec quelle vision du travail vous ont-ils élevée ?
Mon père, je le vois toujours travailler. Il a 84 ans. Il fait des dossiers, déjà. Sur vous ? Sur l'actualité. C'est-à-dire que chaque été, quand je rentre, j'ai un dossier de tout ce que j'aurais pu ne pas lire dans la presse, avec les thèmes d'actu. Voilà, Anne-Elisabeth, là, ce qui m'a paru intéressant, c'est le papier du monde, que je l'ai toujours vu lire depuis que je suis née. Donc, il fait des dossiers sur tout, y compris sur les modes d'emploi de l'électroménager.
Donc, je peux vous dire que ça se télécharge sur Internet. Comme ça, il ne gâchera pas. Sinon, il est content de les trouver, c'est ça ? Oui, exactement.
Donc, ils font des dossiers sur tout. Les dîners à la maison, quand on était petits, c'est dès qu'il y avait un mot de vocabulaire qu'on ne comprenait pas, il fallait que l'un d'entre nous aille chercher le dictionnaire. Et donc, on venait à table, il fallait lire la définition. Mais c'était joyeux, tout ça, parce que c'était des concours. Et surtout, ce que j'aimais le plus, c'est qu'il mettait un enregistreur. Et il nous disait, voilà, on est à l'Assemblée nationale. Il y a l'opposition, il y a la majorité. Tout le monde n'a pas eu la même enfance. Thème de débat, on y va, chacun a un temps de parole délimité.
Évidemment, ça s'est terminé en hurlement, personne ne respectait les temps de parole les uns des autres. Et c'est en ça que ça développe la personnalité, parce qu'on apprend parfois à hurler plus fort que son frère ou sa soeur. Mais on apprend à développer vite des arguments, être percutant, avoir beaucoup d'humour et pas mal d'autodérision, parce que ça charrie sec. Donc ça apprend tout ça aussi des familles nombreuses.
Il y a eu dans votre carrière, moi en tant que téléspectatrice, c'est ce que j'ai vu, un moment peut-être de bascule dans cet avou. C'était le moment du Covid, où vous avez décidé de ne pas fermer la boutique, de ne pas arrêter l'émission, alors que tout le monde est évidemment enfermé chez soi. Et vous êtes resté à deux sur le plateau, si je ne dis pas de bêtises. Avec Patrick Cohen. Voilà.
Et j'ai l'impression qu'il y a eu, c'est comme si vous aviez monté une marche, parce que tous les soirs, les gens, dans cette pagaille, cette confusion, cette angoisse, je crois qu'on était très nombreux, vous avez fait des records d'audience, à regarder l'émission et à se dire, là ça va être un endroit où on ne va pas nous raconter n'importe quoi, ne pas nous faire flipper, nous donner des vrais chiffres, on va se poser. Est-ce que vous, vous avez senti comme ça, que c'était un moment d'évolution énorme pour vous, personnellement ?
Moi, je me suis senti utile, à un point. Et c'est ça votre moteur, non ? Oui, oui, oui. Ce n'est pas tellement la légitimité, c'est l'utilité. Et là, vraiment, je me suis dit, ok, notre boulot, il n'est pas... Ce n'est pas que du vent, quoi. Parce que parfois, on peut se dire ça, voilà, les infos passent, on ne sauve pas de vie, quoi. Et bien là, je me suis senti utile pour la première fois. Mais c'est marrant parce que je n'ai pas hésité une demi-seconde, quoi. Je sais que c'est peut-être mon côté, je fonce, je ne me pose pas de questions, je pousse les wagonnets au fond de la mine, je suis un bon petit soldat, en fait. Donc, je ne suis pas trop posée de questions.
Je n'ai pas forcément été non plus la meilleure épouse ou mère de famille puisque ça condamnait quand même tout le monde à rester à Paris, alors que beaucoup décidaient de partir. Mais je suis hyper fière de ce qu'on a fait pendant ces deux mois. Je suis très reconnaissante à Patrick Cohen qui a fait le très bon choix de justement ne pas... Enfin, il se disait beaucoup de choses et il le fait tous les jours dans son métier, mais là, il a fait particulièrement en disant attention... Oui, à ce qu'on vous raconte. A ce qu'on vous raconte. Aux emballements médiatiques autour des personnages un peu... Didier Raoult en l'occurrence. Et on n'était pas...
Il était l'un des premiers quand même à me dire attention. Et on n'a pas invité de rassuriste, on n'a pas invité de complotiste, on a fait extrêmement attention à qui on invitait sur notre plateau. Et très honnêtement, c'est une grande fierté, mais ça, je lui dois beaucoup. Et je lui dois beaucoup tous les jours parce qu'il a une expérience folle, une rigueur extraordinaire. Donc, je suis très reconnaissante des choix qu'il a faits. Et lui, je l'ai poussé à venir parce qu'il a hésité. Il travaillait à l'époque pour Europe 1. Et il a hésité.
Il me dit, moi, si je peux très bien installer un studio et accompagner mes enfants parce que je suis un père de famille, je ne veux pas les laisser tomber, je ne veux pas les obliger à rester à Paris. Et donc, je peux faire de la radio de ma résidence secondaire. Et je lui dis, non, non, non, Patrick. Je ne veux pas être toute seule. Tu restes avec moi. Moi, mon numéro de carte de presse, je ne le sors pas toutes les cinq minutes parce que je ne suis pas une déontologue et dire que je suis journaliste. Mais il a du sens là. Et si on fait du journalisme, c'est pour tenir bon dans ce genre de période de crise et faire notre boulot plus que jamais. Je ne suis pas portaire de guerre.
Je ne prends pas des risques. Je suis au chaud dans mon studio. Mais s'il y a un jour, un moment de ma vie où je dois faire un effort et pas justement me dire, oh là là, je suis décidément bien au chaud dans mon métier, c'est là maintenant. Donc, je suis contente qu'on ait pris ensemble cette décision. Et l'équipe qui est venue sur la base du volontariat pour fabriquer l'émission, on était dix. C'est des jeunes qui n'avaient jamais connu de graves crises dans leur vie professionnelle. Ils étaient là, courageux, sans savoir trop ce qui allait leur arriver, justement à ne pas pouvoir être auprès des leurs, auprès de leurs parents, alors qu'ils avaient peur pour eux.
Ils ont été courageux aussi. Donc, je vous jure, ça me rend hyper, hyper fière.
Vous avez presque des petites larmes. On va prendre un sujet un petit peu plus léger. Vous dites que vous avez commencé dans un métier extrêmement masculin, c'est sûr. Qu'est-ce qui a changé véritablement aujourd'hui ? Est-ce que le problème de la misogynie dans les médias est réglé ? Nous, chez elle, c'est réglé. Chez vous, c'est comment ?
Non, parce qu'il m'arrive d'avoir des invités qui ne me regardent pas, par exemple, et qui regardent Patrick Cohen et Pierre Lescure en face, plutôt que moi. Et vous faites... Maintenant que j'ai des productrices en régie, ça leur saute aux yeux. Je ne dis pas que les hommes sont misogynes, mais ça leur saute peut-être moins aux yeux parce qu'ils l'ont moins vécu que nous. Elles, ça leur saute aux yeux. Et elles disent à Patrick Cohen, ça arrivait encore récemment, regarde Anne-Élisabeth, ça forcera ton invité à la regarder.
Et ça marche. C'est une question de génération, ça, ou même pas ? C'est peut-être de la timidité. C'est peut-être des gars amoureux de vous, Anne-Élisabeth. Et qui n'osent pas en garder.
Bien sûr. Oui, oui, oui. Oui, bien sûr. Il n'y en a pas assez, alors. Non, non, je sais. Oui, je pense que c'est une question de génération ou d'image. Quand vous êtes une jeune... Pas jeune. Quand vous êtes une femme blonde, on ne se dit pas un peu rigolote par ailleurs. On ne se dit pas, attends, elle, c'est... C'est l'experte. J'incarne moins la rigueur que d'autres. J'incarne moins l'expertise. Est-ce qu'on peut en vouloir aux gens d'avoir ces a priori-là ?
Oui, moi, je trouve que c'est insupportable de regarder que des hommes en pensant qu'il n'y a qu'eux qui sont sérieux. Je ne vois rien qui peut s'excuser ça. Est-ce que des femmes font ça aussi ? Regardent plus les hommes que vous ?
Non. Non, d'accord. C'est masculin, oui. Oui, ça, mais c'est une question, oui, ça va changer. Et puis ça a changé. Le regard qu'on porte sur moi, là, ces six dernières années, il a changé. Dans la légitimité, elle est aussi dans le regard des autres et qui porte sur vous. Et le regard qu'on porte sur moi a changé. Quand j'ai pris la suite d'Anne-Sophie Lapique, je pense qu'il y a beaucoup qui n'y croyaient pas.
Incroyable. Qu'est-ce que... Dans les gens qui vous regardent, vous avez plus d'hommes ou de femmes ? Est-ce que c'est plutôt les femmes qui regardent la télé, non ?
Alors, on les appelle les FD, les femmes responsables des achats. C'est comme ça qu'elles sont nommées. Vous êtes en train de vérifier ? Oui, je suis en train de vérifier parce qu'hier, je crois qu'on a fait un carton absolu. Donc, je regarde. Mais...
Tous les matins, vous avez ça ? Vous savez si vous avez bien travaillé la veille ou pas ? À 9h01, oui. C'est une pression terrible.
Vous les regardez toujours ? Après, c'est comme les résultats financiers, c'est comme les ventes de elles. On veut être... Ce boulot-là, on le fait pour être vu, écouté. Pas pour notre égo, mais pour ce qu'on a dit à intéresser, à susciter de l'intérêt ou de la discussion ou du débat. Donc, on a bien fait notre travail. Donc, c'est important. Oui, c'est important. Mais je sais que l'audience s'est féminisée au cours de ces dernières années.
OK. Est-ce que vous avez des souvenirs de moments de l'émission ou d'un autre moment de votre carrière professionnelle où vous vous êtes dit là, ça y est, c'est bon. Je suis dans la bonne piscine. Je suis dans ma bonne ligne de nage. Je vais y arriver. Pardon, Alix ? Est-ce qu'il y a eu des épiphanies, comme disent les Américains, professionnelles, où vous vous êtes dit ça y est, c'est bon. J'ai trouvé ma place.
Je ne me suis jamais dit ça. Mais maintenant que vous me posez la question, je trouve que je suis à ma place. Waouh !
Mais combien d'années pour en arriver là-bas ? 27, on en a parlé tout à l'heure. 52, oui.
Non, mais après, moi, je me sentais à la place dans ma famille, dans mes études, dans mes amours. Je ne me suis jamais dit qu'est-ce que tu fous là ? Et vous n'avez pas eu de regrets non plus ?
Aucun. Aucun. Même des trucs qui auraient moins marché ou des gens avec qui vous êtes moins bien entendus et qui vous avez travaillé ?
Ah non, non, non. Je n'ai aucun regret. Ni remords, d'ailleurs. Donc, j'ai... Ça va, quoi. Donc, qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter ? Continuer cet avou ? Ah, d'essayer de... Ah oui, alors, continuer cet avou, je suis ultra, ultra heureuse, d'ailleurs. Il faut que je me dépêche parce que Michel Polnareff m'attend.
Oh là là ! Non, mais elle se la raconte un peu, quand même. Je me la raconte grave !
Non, mais ça, c'est rigolo, quand même.
Mais ça doit être pas facile à l'interview.
Bonsoir, Meryl Streep, d'Amanks. Bienvenue sur le plateau de cet avou. Mais c'est des kiffes. Là, je me dis pas, je suis à ma place. Je me dis, mais t'as de la chance, quand même. T'es une groupie de base. Et là, c'est limite eux qui sont contents de venir te voir. Vous faites des selfies avec eux ? Vous n'osez pas, quand même ? Non, pas trop. Meryl Streep, il fallait y aller, quand même. Meryl Streep. Meryl Streep, en fait, j'avais l'un de mes amis, Christophe Charrier, qui est maintenant réalisateur de longs métrages. Elle a fait un long métrage sur Arthur, je fais sa pub au passage, là, qui s'appelle Le Patient. Il est venu prendre des photos. Il m'a mis entre Meryl Streep et Tom Hanks.
On a l'impression que c'est papa et maman. Et cette photo, il l'a tirée en grand. Et c'est la seule photo que j'ai de mon métier à la maison. D'accord.
Il est dans votre salle à manger. Vous dînez entre Tom Hanks et Meryl Streep ? En fait, à la base,
c'était dans ma chambre. Et puis comme on a... Ah, dans votre chambre ? D'accord. Oui, c'était pas posé, enfin, emménagé. Parce que moi, je ne suis pas du tout elle déco. C'est une catastrophe. Et là, elle est là parce que ça fait... Comme on a fait des travaux, on a tout mis dans la salle à manger et ça n'a pas bougé depuis. C'est elle qu'elle.
La classe. Eh bien, Anne-Elisabeth, on va vous libérer sur cette belle anecdote quand même. Ça vous a passionné. De victoire. Mais j'adore cette histoire d'avoir Tom Hanks dans sa chambre. Pourquoi pas ? Vous aurez pu essayer Bradley Cooper la prochaine fois. C'est peut-être une inspiration. Vous n'aimez pas Bradley Cooper ? Non. Mais qu'est-ce qui vous arrive ? Regardez. Mais je vous le laisse ! Voilà.
Merci beaucoup. Moi, je suis très... Je voulais quand même remercier elle de m'avoir conviée parce que j'ai toujours l'impression quand même que ce que je raconte n'a aucun intérêt. Donc, merci d'avoir perdu votre temps. Elle n'est pas complètement guérie. Merci beaucoup.