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interviewC à vous· 20 novembre 2025 12 min

Narcotrafic en France : une lutte globale avec la Colombie et le Mexique ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

sur le statut du repenti. S'il n'y a pas de repentis, il n'y a pas de maxi-procès à Palerme. Il faut attendre que ces choses se mettent en place. - A.-E.Lemoine: A l'étranger, le rôle des repentis a été essentiel, notamment en Italie? - B.Monnet: Pas seulement en Italie.

C'est une des façons de faire tomber ou d'essayer de faire imploser ces organisations. Mais je crains que malheureusement...

On voit la situation dramatique dans laquelle on va. A mon avis, la seule solution pour obtenir des résultats probants à moyen terme, c'est de considérer le trafic comme une économie. le transport et la vente.

Avant le transport, il y a la production. Après la vente, il y a la consommation. Il faut blanchir.

Il y a 5 maillons. Les forces de l'Etat français qui sont très déterminées, elles sont là et c'est assez exceptionnel, elles se concentrent sur ces 2 maillons. Ce qui fait exploser le narcotrafic en France, c'est la production de cocaïne. - A.-E.Lemoine: Avec des marges gigantesques. - B.Monnet: Je travaille sur ce sujet avec des narcos mexicains et colombiens.

Les surfaces de coca cultivées, c'est une étendue qui fait plus de 30 % par an. Il y a une offre exceptionnelle. Pour comprendre ce qui arrive ici et l'assassinat odieux de ce jeune homme, bien sûr qu'il faut travailler ici, mais il faut aussi travailler en Colombie.

L'Etat colombien a décidé d'arrêter la guerre aux guérillas qui sont devenues des narco-guérillas. En bout de chaîne...

Il faut agir. - P.Cohen: Le consommateur. - B.Monnet: Mettre la pression sur le consommateur, c'est un non-sens.

En revanche, il faut faire comprendre aux consommateurs...

La coke, ce n'est pas un produit naturel. Il faut faire comprendre la dangerosité. Et puis, il y a le blanchiment.

Il y a des moyens qui sont en place, mais il y a des trous noirs aujourd'hui. Très peu de choses sont faites sur l'usage des cryptomonnaies. Il y a encore des choses à faire qui ne sont pas encore mises en oeuvre. - A.-E.Lemoine: Sur les leçons à retenir de ce qui se passe en Colombie, c'est ce qui est en train de se faire? - P.Lescure: Ecoutons ce que disait J.-N.Barrot quand il est revenu de son voyage en Colombie où il a rencontré les autorités. - J.-N.Barrot: Je propose la création d'un régime européen qui permettra de désigner les narcotrafiquants, des criminels internationaux, pour geler leurs avoirs dans tous les pays de l'UE et interdire toute forme de transaction.

Plus généralement, leur interdire l'accès au territoire européen. - P.Lescure: La lutte contre le blanchiment passe par l'Europe. - B.Monnet: Ca doit aller au-delà de l'échelon européen.

Ces gens blanchissent par tous les moyens possibles. C'est des malades du fric. Ils sont prêts à tuer pour l'argent.

Dès qu'ils voient une porte se fermer...

Ils en ouvrent une autre. Il faut que cette lutte soit globale. Evidemment, à l'échelon européen.

Ca ne suffira pas. Il faut aussi agir sur les outils de blanchiment que sont les cryptoactifs. Les cryptomonnaies sont aujourd'hui utilisées pour ça.

Malheureusement, il y a un obstacle majeur à la régulation, qui est l'inertie américaine. L'administration Trump a décidé de cesser de réguler sur les cryptos. - A.-E.Lemoine: Il faut s'attaquer au porte-monnaie. - B.Monnet: Ces gens ne font ça que pour l'argent. - E.Dupond-Moretti: L'Etat, vous le dites et vous avez raison, a fait un certain nombre de choses.

En termes De confiscation des avoirs criminels saisis...

On a augmenté le volume des biens saisis de 30 %. On a permis notamment de redistribuer des immeubles au profit d'associations caritatives. Sur les consommateurs...

S'agissant du shit festif, consommé par les bourgeois essentiellement, pas que, c'est les mots du président de la République... - A.-E.Lemoine: "Les bourgeois du centre-ville qui financent le narcotrafic". - E.Dupond-Moretti: Le shit, il faut dire 2 ou 3 choses en termes de santé publique.

Le taux de THC, la substance nocive, a été multiplié par 10. C'est plus le pétard des années 70. Il est aujourd'hui avéré que chez un certain nombre de jeunes, ça rend schizophrène, malade mental. - A.-E.Lemoine: Quand il y a une prédisposition génétique. - E.Dupond-Moretti: On a créé l'amende forfaitaire délictuelle.

C'est une création assez récente. J'ai porté ce texte aux côtés de G.Darmanin.

Il faut aussi une forme de suivi des toxicomanes. Beaucoup d'ados fument un pétard. Les parents qui nous entendent, certains d'entre eux vont se reconnaître dans mes propos, il faut aussi les aider à décrocher de ça.

C'est répression, mais c'est aussi une aide médicale, psychologique qu'il faut apporter. Et sur les choses qui ont été faites...

On a essayé d'éradiquer les téléphones portables en détention. On s'est heurtés à différentes difficultés. D'abord une difficulté d'ordre législatif.

Les fouilles à corps étaient interdites. Ca pouvait rentrer en prison. Ensuite, les difficultés techniques.

Il y a des portables entièrement en plastique, indécelables. G.Darmanin a durci le ton.

On espère que dans les prisons de haute sécurité, il n'y a plus un téléphone qui passe. Ca permet d'étouffer le trafic. Il y a des types en prison qui commanditent non seulement le trafic de stups, mais aussi des assassinats.

Ce qui est nouveau, c'est que les pressions, on les connaissait dans le grand banditisme. Dans le narcotrafic, ce qui est nouveau, c'est qu'il y a ce type de pressions, de crimes d'intimidation, et...

Dans le narcotrafic, aujourd'hui, c'est prégnant. - A.-E.Lemoine: Un haut gradé de la police judiciaire a témoigné anonymement dans "Le Parisien". "Tout ça va mal finir.

Un magistrat va être enlevé et tué." Vous alertez aussi dans votre livre sur les menaces proférées contre les avocats qui ont accepté de défendre les trafiquants. - E.Dupond-Moretti: Ca n'existait absolument pas.

Le ministre belge de la Justice a été menacé avec également sa famille. Il a été sous protection policière longtemps. Une princesse de sang royal aux Pays-Bas a été menacée. des salles de torture.

Ce que je veux dire...

Ce combat n'est pas perdu. A.Kessaci est aujourd'hui le visage et l'incarnation de la lutte contre le narcotrafic.

Ca va fédérer du monde. Tous ceux qu'on voit témoigner à la télévision, on ne voit que leurs mains. Ils ne veulent pas montrer leur visage.

Tout ça, c'est susceptible de changer, me semble-t-il. - B.Monnet: Je suis parfaitement d'accord, mais je pense que ça ne suffira pas.

Ce sursaut, c'est nécessaire, mais c'est pas suffisant. Il faut agir ailleurs. Il faut agir en Colombie...

La déclaration du ministre des Affaires étrangères a été faite en Colombie mais ne porte pas sur le problème colombien, sur la lutte contre la production de coke en Colombie. Il y a des moyens qui sont en place mais il faut accélérer sur la lutte anti-blanchiment. Il n'y a pas un narco que je rencontre qui ne blanchisse pas via des trous noirs de la finance internationale que sont les paradis bancaires.

Ils sont connus. - A.-E.Lemoine: Ils sont aussi complices que les consommateurs que vous incriminez? - B.Monnet: Un paradis bancaire n'a rien de criminel dans son modèle législatif, mais ce sont des Etats qui sont utilisés à des fins criminelles par des narcos.

Dubaï, sous la pression du ministre de la Justice...

Dubaï commence petit à petit à collaborer. Mais il n'y a pas que Dubaï. Les narcos vous parlent de Dubaï, du Panama, de Hong Kong.

Tout autour de la France, il y a des paradis bancaires. Il n'y a pas de définition stricto sensu dans "paradis bancaire". C'est un Etat qui protège le secret bancaire et, alors même qu'il prétend collaborer avec les autorités judiciaires étrangères, ne le fait pas.

Dubaï commence à le faire, mais combien d'autres ne le font pas? Ils vont changer. Ce sera Dubaï puis un autre pays...

Là, il y a des choses à faire. - A.-E.Lemoine: Vous revenez du Mexique.

Qu'est-ce qui a été mis concrètement en place là-bas? - B.Monnet: Au Mexique, on est à une échelle qu'heureusement, en France, on n'a pas encore atteinte. - A.-E.Lemoine: On parle parfois de mexicanisation. - B.Monnet: Le trait est impropre et outrancier. - P.Cohen: C'est une différence de nature, de degré? - B.Monnet: Je reviens du siège dans le cartel.

Il y a 15 exécutions par jour. On n'en est pas du tout là. Je ne parle pas de la police fédérale.

La police locale est corrompue. Des ministres ont été corrompus. On n'en est pas là du tout.

Mais il ne faut pas y arriver. Ce que fait aujourd'hui la présidence mexicaine, C.Sheinbaum...

Elle s'oppose à l'intervention militaire des Etats-Unis. Ca ne marcherait pas. Ce qu'elle fait, c'est que le narcotrafic prospère sur l'absence de l'Etat.

Les narcos ont besoin d'avoir cette assise territoriale. - A.-E.Lemoine: Avec les bonnes oeuvres... - B.Monnet: C'est l'argent et la terreur.

On tue quelqu'un qui dénonce ou son proche et on va en même temps essayer d'associer la population. La présidente réinstaure l'Etat dans des régions où il n'était quasiment plus présent. Ca demande d'attirer des entreprises, c'est des années et des années.

Ca demande un vrai courage politique. - A.-E.Lemoine: L'Etat, au fur et à mesure des années, a déserté.

C'est l'un des arguments qu'on entend régulièrement. C'est ce que disait A.Kessaci. - E.Dupond-Moretti: En même temps, on peut constater qu'il y a eu un grand plan pour Marseille et que beaucoup d'argent à été investi.

Je voudrais revenir 2 minutes sur cette question du consommateur. On a des expériences étrangères où on a légalisé. Le Canada, par exemple, a légalisé.

Narcotrafic en France : une lutte globale avec la Colombie et le Mexique ? — Xavier Bertrand · Pourquijevote