Dissolution de l'Assemblée : le député La France insoumise Éric Coquerel "ne voit qu'une solution, l'unité"
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France Inter, Mathilde Munoz, 5-7. Et voici le premier invité de cette matinale spéciale européenne et dissolution. Bonjour Eric Coquerel. Bonjour. Député de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis, président de la Commission des Finances dans la dernière mandature, député sortant donc désormais. Vous partez en campagne dès aujourd'hui ?
En tout cas, il va falloir que très rapidement nous partions en campagne, ça c'est très clair. Ça sera un peu plus simple dans des circonscriptions comme la mienne où nous sommes l'Union Populaire très largement en tête, à peu près partout en Seine-Saint-Denis. Mais maintenant, ce qu'il faut se préparer à faire, c'est éviter que l'extrême droite nous gouverne. Et donc, ça veut dire que c'est à nous qu'il revient d'essayer d'être majorité, de gouverner. C'est la seule solution. La solution ne sera pas d'essayer je ne sais quel accord pour essayer de garder nos postes, nos places de députés dans la tourmente qui pourrait s'annoncer. mais vient d'empêcher l'extrême droite de gouverner.
Et c'est ça le moment historique que nous vivons. Et ça, pour ça, je ne vois qu'une solution. C'est l'unité. Ça a toujours été le cas dans ce genre de moment, mais sur une base de rupture, sur une base claire. Et la base claire, pour moi, elle est assez simple. C'est celle qui nous avait permis au premier tour des élections législatives de 2022 d'être en tête. C'est-à-dire la base du programme de l'Union Populaire.
Donc, s'unir derrière les Insoumis, c'est ça ce que vous dites ?
Il faut que la gauche s'unisse derrière vous, non ? Non, ce n'est pas ce que je vous dis. Je vous dis que nous avons besoin d'avoir un programme. Nous avons besoin de nous juger sur un programme. Le dernier programme qui a été en capacité de l'emporter, c'est le programme de rupture de la NUPES. De toute façon, il n'y a pas d'autre solution face au Rassemblement National que de proposer un programme de rupture qui est, de ce point de vue-là, le programme de la NUPES n'était pas l'alignement derrière France Insoumise. C'était la possibilité pour la gauche de gouverner ce pays. Moi, je reste sur cette vision.
Mais comment refaire en 20 jours seulement un programme commun, un programme cohérent, quand on a vu autant de dissensions pendant les européennes ?
Eh bien, justement, la réponse est dans la question. Nous n'avons que 20 jours. Donc, on ne peut pas réinventer, si vous voulez, un programme en 20 jours. Et le programme que nous avions à disposition était un programme cohérent sur à la fois la planification écologique, sur le partage des richesses, sur des mesures sociales de reconquête telle la retraite à 60 ans. Et puis aussi, il faut évidemment l'actualiser. L'actualiser au moment, par exemple, de la situation à ce que nous vivons.
Donc, on ne peut pas avoir une gauche qui gouverne ce pays, par exemple, sur un côté très guerrier vis-à-vis de la situation entre l'Ukraine et la Russie en décidant quasiment des belligérants dans le conflit. Oui, donc vous dites qu'il faut suivre vos idées, là. Il faut reconnaître de manière unilatérale l'État de Palestine pour pouvoir espérer faire en sorte que le cessez-le-feu s'impose en Palestine. Ça a été un des sujets principaux de cette campagne. Mais je pense qu'on peut y arriver. Je pense qu'on peut y arriver. Parce que chacun doit être responsable de se rassembler, le peuple d'abord. Parce que c'est le peuple qui va être la solution de cette affaire.
Et évidemment, les forces de gauche qui, aujourd'hui, ont su s'unir et qui doivent s'unir demain sous ce programme.
Mais justement, sur ces forces de gauche, le patron du PS, Olivier Faure, souligne quand même que le rapport de force a évolué avec ses européennes. Le PS est à 14%. PS Place Publique, les Insoumis à 10%.
Moi, je ne crois pas qu'il ait évolué. En tout cas, je ne crois pas qu'aujourd'hui, il y ait une force qui serait devenue majoritaire à gauche et qui nécessiterait qu'on revienne à un programme, à un filet tiède de la période de l'Ande et qui a, je vous rappelle, provoqué la défaite, si ce n'est de la gauche, en tout cas du Parti Socialiste. Je ne crois pas. Les élections européennes, on sait que ce n'est pas tout à fait la bonne manière de voir des prochaines élections nationales. Regardez, nous, d'habitude, on fait 6, 6,5. Et puis, à chaque fois, c'est Jean-Luc Mélenchon qui est largement en tête de la gauche depuis maintenant deux élections.
Par contre, moi, ce que je relève dans ce scrutin, c'est qu'on n'a jamais fait un score de ce niveau et qu'on s'est appuyé notamment sur ceux qui vont pouvoir essayer de propulser une majorité dans les 20 jours à venir. C'est même une responsabilité. Les classes populaires, les jeunes qui ont voté massivement pour nous. Je pense que c'est ça dont il est question aujourd'hui. Et je crois qu'Olivier Fort serait bien inspiré de revenir sur ce qui a été son succès dans le Parti Socialiste, c'est-à-dire le fait de renouer avec une gauche de conviction, de rupture. Et de ce point de vue-là, on a fait un programme en sang. Il est disponible. Nous, c'est ce que nous disons.
On ne voit pas, si vous voulez... Éric Cochrane, est-ce que vous pensez vraiment que la gauche peut gouverner la France dans trois semaines ?
Mais il le faut. Il le faut. Il faut que la gauche prenne rendez-vous des grands moments. Vous savez, en 1934, quand l'extrême droite se menaçait après le 6 avril 34, en très peu de temps, la gauche s'est rejointe et elle ne s'est pas rejointe sur un programme tiède. Elle s'est rejointe sur le programme du Front Populaire. Eh bien, nous devons faire la même chose, c'est-à-dire être capables de nous rassembler. Il faut qu'on soit à la hauteur du moment et pour être à la hauteur du moment, c'est l'unité et l'unité sur un programme de rupture. Donc, comprenez qu'il n'y a pas d'autre solution pour empêcher le leg aujourd'hui que nous donne M.
Macron, c'est-à-dire une cohabitation avec le Rassemblement National parce que c'est bien à cela aujourd'hui qu'il réfléchit parce qu'il a toujours été dans l'idée que finalement, mieux vaut l'extrême droite qu'une gauche de rupture. Eh bien, c'est à nous de relever ce gant.
Est-ce que vous trouvez que le chef de l'État a pris une bonne décision justement en décidant cette dissolution hier soir ?
Il aurait dû lui démissionner parce qu'il fait en réalité payer sur l'Assemblée Nationale ses erreurs, son impasse stratégique. Je vous rappelle que toutes les pires mesures ont été imposées avec le 49-3, la réforme des retraites et les budgets d'austérité. Donc, s'il avait été cohérent, il fallait qu'il démissionne. Il n'a plus de majorité, il n'est plus dans cette capacité et donc pas l'Assemblée Nationale. Maintenant, dans une situation qui est celle de son échec où il est incapable de gouverner, c'est toujours le peuple qui est la solution. Il a choisi la dissolution. On n'a pas d'autre choix que de s'y confronter.
Et moi, j'ai confiance dans le peuple français pour arriver à éviter le pire.
Comment vous comprenez, vous, cette décision du chef de l'État ? Parce que ce matin, il y a plusieurs analyses possibles. Il y a ceux qui disent qu'Emmanuel Macron espère carrément pouvoir battre le RN dans trois semaines. Et puis, d'autres qui disent qu'en fait, il joue un jeu dangereux. François Ruffin dit même qu'on a un pyromane à la tête de la République. Macron aurait fait cette décision, aurait pris cette décision pour avoir une cohabitation en espérant que le RN soit disqualifié pour la présidentielle.
On a en tout cas un apprenti sorcier qui compte faire payer l'addition à la France. Ça, c'est sûr. Mais moi, je crois que ce qui explique sa situation, c'est qu'il imagine possible de gouverner avec l'extrême droite. C'est ça la réalité qu'il faut que vous, vous acceptiez, médias. C'est-à-dire, on a quelqu'un, rappelez-vous, qui a accepté de mettre dans une réforme, heureusement, le Conseil Constitution est passé par là, la préférence nationale, qui est le programme du Rassemblement National. On a quelqu'un qui, méthodiquement, par des mesures autoritaires, de plus en plus sécuritaires, de plus en plus racistes, a banalisé le programme du Rassemblement National.
Donc, moi, je pense qu'il est tout à fait prêt à gouverner avec le Rassemblement National pour sauver, en réalité, un, sa présidence et deux, sa politique qui est une politique au fond, si on recherche bien, qui est en faveur tout le temps du capital, qui est en faveur des plus riches et qui impose de ce point de vue-là un monde tellement injuste que les gens réagissent. Ce que je dis aujourd'hui aux Français, c'est que le Rassemblement National, qu'il regarde bien son programme, c'est le racisme, mais économiquement, c'est le même programme que M. Macron.
Il n'y a que donc du côté du Bloc populaire, du côté d'une UPES qui reviendrait en force devant le peuple, qui soit en capacité de l'affronter et de le battre.
Le problème, c'est que cette alliance à gauche, votre chef, Jean-Luc Mélenchon, le dit lui-même, il s'inquiète de palabres sans fin, de phrases qui ne veulent rien dire, de beaucoup de discussions pour arriver difficilement à s'unir.
Mais c'est pour ça qu'en si peu de temps, on a un programme disponible, réactualisé, comme je vous l'ai dit, sur les questions internationales, mais il est disponible. Ce programme, je vous rappelle, nous a donné la majorité au premier tour de 2022, ce n'est pas rien. Donc ce programme peut nous redonner la majorité le fin juin prochain. Et en tout cas, je ne vois pas d'autre solution aujourd'hui que celle-là. Si demain, l'idée, c'était juste une union sans aucun programme et qu'il est juste à sauvegarder nos mandats, je vous assure que c'est la défaite dans le déshonneur. Donc la seule victoire que nous pouvons avoir, c'est sur un programme de rupture.
Merci beaucoup, Éric Coquerel. Donc député sortant La France Insoumise. Vous étiez l'invité du 5-7 et il y en aura plein d'autres des invités politiques tout au long de cette matinale, notamment à 7h50, Laure Lavalette pour le RN. 8h20, Stéphane Séjourné, le ministre des Affaires étrangères et 8h30, Olivier Faure, le patron du PS. Sous-titrage ST' 501
Éric Coquerel