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interviewLa France insoumise (sur YouTube)· 4 septembre 2025 81 minAutoproduit

Luttes antiracistes, décoloniales et féministes : comment notre rapport aux animaux façonne le monde

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Bonjour à toutes et à tous. Donc merci d'être venu. Donc bienvenue dans cette conférence lutte antiraciste décoloniale et féministe.

Comment notre rapport aux animaux façonne le monde ? Donc cette conférence est organisée par le groupe Conditions animale de la France insoumise. Notre groupe fait partie de l'espace programme de la France insoumise.

L'espace programme est composé de tous les groupes thématiques sur les différents sujets et nous élaborons le programme le contenu programmatique pour chaque échéance électorale que ce soit pour les municipales, les présidentielles, les européennes et cetera. Nous organisons des événements un peu partout en France. Nous venons en soutien aux associations.

Euh nous sommes également en soutien au travail des élus, que ce soient les élus locaux, nationaux, européens et euh nous assurons la gestion des réseaux sociaux pour tout ce qui concerne les animaux à la France insoumise. Si vous avez des questions sur notre travail, nous avons un stand au village associatif, donc tout au bout en allant vers le palais des congrès. N'hésitez pas à venir nous voir. seont présents jusqu'à dimanche.

Alors, le sujet de la condition animale, donc c'est un sujet qui malheureusement est souvent considéré comme un sous-sujet. C'est en réalité un sujet qui est transversal, qui est éminemment politique et intersectionnel par essence. Et notre rapport aux autres animaux nous renvoie à nos rapports aux discriminations et aux luttes sociales et elle vient interroger notre vision du monde.

Cette conférence, elle fait suite à la conférence que nous avons réalisée au mois d'avril à Paris avec Kaoutarchi Sandra Guimarez et Emma Fourau, notre eurodéputé qui s'appelait entre colonisation et lutte sociale, comment notre rapport aux animaux impacte le monde ? Cette conférence, elle est disponible sur notre chaîne YouTube, donc Condition Animale, la France insoumise et elle s'inscrit donc dans une continuité de la volonté que nous avons de mise en lumière des similitudes entre tous les processus de domination et d'oppression. Donc pour parler de tout ça, donc j'ai le plaisir donc d'accueillir nos invités donc Florence Delry.

Donc Florence, tu es autrice, illustratrice, vulgarisatrice, militante antispéciste et antifasciste, coéditrice de Laamorce, la revue contre le spécisme et condatrice du projet Méduse, collectif sentiantiste Convergent. Il y a un QR code ici. Si vous avez besoin de plus d'informations, vous pouvez le scanner après la conférence.

Et Victor Durant Le Push. Donc Victor, toi tu es créateur du podcast Comme un poisson dans l'eau, le podcast contre le spécisme qui est aussi un podcast sur la convergence des luttes dans lequel tu as invité de nombreuses personnalités dont nous allons parler lors de la conférence et tu es aussi l'auteur de l'ouvrage En finir avec les idées fausses sur l'antispécisme qui sort le 3 octobre. C'est ça.

Vous pouvez précommander d'ailleurs le livre. Il y a le toutes les informations sur notre stand, n'hésitez pas si vous voulez le recevoir au plus tôt. Et donc tous les deux, vous êtes notamment à l'initiative avec d'autres personnalités de la tribune antispéciste contre l'extrême droite qui a été publiée pendant la campagne des dernières élections législatives et appelant à je cite une mobilisation convergente, massive et sans ambiguïté contre l'extrême droite ainsi qu'à un vote en faveur du Nouveau Front populaire.

Donc pour cette conférence devez nous rejoindre à la base des invités également engagés très fortement dans les luttes antiracistes, décoloniales et féministes, mais qui n'ont pas pu être disponibles aujourd'hui, certaines n'étant pas en France et d'autres pour raison personnelle. Donc c'est le cas notamment de Kaoutarchi qui est sociologue et écrivaine, autrice notamment de l'auteur de l'ouvrage pardon Ainsi l'animal et nous. Sandra Guimarez qui est autrice et militante antispéciste et antifasciste brésilienne et Dalila Awada qui est militante féministe antiraciste et antispéciste québécoise et Fatima Wasc qui est militante antiraciste et écologiste autrice de du l'ouvrage pour une écologie pirate.

Donc tout au long de cette conférence, nous allons quand même relayer leurs paroles euh au par des citations et cetera. On en reparlera. Donc pour débuter, on va commencer par des définitions parce que je pense qu'il y a pas mal de termes.

Alors certains seront très familiers avec et d'autres je pense ne les auront jamais entendu. Comme ça tout le monde aura le même niveau de compréhension de la conférence. D'abord on va commencer avec les termes spécisme anti spécisme éventuellement carnisme.

Donc Victor toi qui tiens un podcast contre le spécisme peux nous expliquer ben en fait en quoi ça consiste tout ça ? Oui, merci beaucoup Galia. Peut-être pour sonder quel est un peu le niveau de connaissance de ces questions dans l'assemblée qui dirait que que enfin est-ce que vous voyez qui qui voit ce que c'est le spécisme et pourrait un peu donner une définition ?

Bah c'est bien, c'est super en fait. Ça veut dire qu'il y a plein de personnes qui vont découvrir des choses et je suis trop content que vous soyez curieuse pour venir assister aussi à des questions sur la question animale du coup et c'est normal aussi parce que spécisme est pas dans le titre donc on s'attend d'autant plus à ce que vous saviez pas sachiez pas ce que c'est. Donc en fait le spécisme c'est le système qui organise la domination des humains sur les autres animaux.

Euh donc c'est ce qui fait qu'on s'approprie leur corps, qu'on les élève, qu'on les enferme, qu'on les tue. Euh voilà et tout ça pour servir en général des intérêts humains. Et donc c'est une oppression parmi les nombreuses oppressions qui traversent nos sociétés euh depuis un sacré bout de temps.

Et c'est une oppression dont on parle trop peu, vraiment très peu. Donc je suis content qu'on puisse en parler. Je trouve c'est vraiment important ici dans cet espace politique aussi de pouvoir porter ces questions-là et surtout là de les porter en lien avec tout un tas d'autres questions tout aussi importantes, tout aussi transversales des autres oppressions dont il sera question pendant pendant cette table ronde.

Donc voilà, le spécisme c'est le système général et disons qu'il se en fait bah du coup l'antispécisme c'est l'opposition à ça comme la plupart des luttes d'émancipation comme la lutte féministe c'est la lutte contre le patriarcat bah la lutte antispéciste c'est la lutte contre le système de domination humaine sur les autres animaux et au sein de ce grand système d'oppression de domination ce qu'on appelle le carnisme c'est un pe on pourrait dire un sous-système c'est l'organisation de l'appropriation directe la la prise en fait sur les corps des animaux Donc c'est notamment l'élevage et le fait de les manger. Ça c'est vraiment assez central dans le carnisme. Et c'est l'idéologie qui l'accompagne, c'est-à-dire l'idée que c'est normal, c'est naturel, c'est nécessaire de manger les autres animaux et qui qui naturalise qui normalise toutes ces pratiques quotidiennes qu'on a à l'échelle collective en fait et individuelle.

Mais enfin voilà, c'est pas chaque individu face à à son petit choix personnel. C'est vraiment extrêmement structurel et structurant dans nos sociétés euh le carnisme euh et notamment le enfin voilà, il y a il y a d'autres violences spécistes qui relèvent pas directement du carniste, mais disons voilà pour ces grandes euh ces grandes distinctions déjà. Est-ce que vous voyez un peu le la différence ?

Ben du coup l'antispécisme je l'ai dit, ouais, c'est la lutte. Euh ouais, je crois l'avoir mais je peux le redire au cas où. Ouais.

L'antispécéisme, c'est du coup la lutte sociale, c'est une lutte sociale pleinement légitime à part entière contre le spécisme qui est pas souvent reconnu comme lutte pleinement légitime, mais çaen est une. Merci. Bah de toute façon Florence, si tu veux compléter ben n'hésite pas.

Et euh moi je voulais te demander également de nous donner les définitions d'autres termes sur la sentiance, le sentiant parce que là je pense qu'effectivement c'est euh encore plus que si on vous demande là entre sillance et sentiantisme qui connaît sûrement encore moins de personnes que le spécisme. Est-ce que vous pouvez lever la main ? Voilà, on en a perdu quelques quelques-uns de plus.

Donc c'est c'est bien de pouvoir resituer également. Donc Florence, est-ce que tu peux nous expliquer tout ça ? Euh oui.

Alors bah déjà, bonjour euh à tous. Euh effectivement, alors le spécisme postule que euh le critère d'espèce, c'est un critère pertinent pour établir la considération morale qu'on accorde à des individus. C'est-à-dire que comme d'autres systèmes oppressifs qui vont déterminer euh que des critères sont euh pertinents pour discriminer, par exemple la couleur de peau, l'origine réelle ou supposée, le genre, l'orientation sexuelle et cetera.

Euh le spécisme est un système qui va déterminer que l'espèce est un critère pertinent aussi pour discriminer. Euh les antispécistes bien sûr se euh vont contre cette idée-là et affirment que l'espèce n'est pas un critère pertinent et que le critère qui serait plutôt pertinent, c'est le critère de sentence. La sentiance c'est un terme que alors on connaît très peu en fait il est même le mot est arrivé dans les dictionnaires courants en France en 2020 pour dire à quel point c'est récent mais c'est un terme qu'on en fait qu'on retrouve dans la littérature scientifique notamment depuis vraiment longtemps mais plutôt dans les pays anglophones.

Le terme il commence à se démocratiser un petit peu en France. Euh il a notamment été adopté dans certaines chartes, même de certains partis politiques. Je pense récemment au NPA qu'il a intégré euh à sa charte qui reconnaît la sentence des animaux non humains.

Euh et euh donc pour détailler ce que de quoi il s'agit, c'est la capacité pour un être à ressentir des expériences subjectives. Donc un être qui est sentiant, il peut ressentir vivre différentes expériences de vie à la première personne. Donc ce qui lui arrive a une importance pour lui.

Très concrètement, ça veut dire qu'un être sentiant peut souffrir, prendre du plaisir et ressentir diverses émotions qui sont variables selon les individus, mais ça peut être de la joie, du désespoir, du stress, de la peur, du bien-être et cetera. Euh ce concept, il est central du coup en éthique animale de la même manière que le spécisme euh parce que euh c'est le critère qui fait que on va prendre en compte les intérêts d'un individu. Euh j'en viens donc au sentiantisme qui euh lui est un courant de pensée ou un projet politique qui postule que les êtres sentiants comptent et que tous les êtres sentiants comptent.

C'est-à-dire qu'à partir du moment où un individu peut souffrir, alors la considération morale qu'on lui accorde ou les traitements qu'on lui inflige ont un effet sur lui et que il faut qu'on prenne en compte cet effet. Euh donc l'idée c'est de rejeter les critères qui sont arbitraires qui ne correspondent pas à la réalité de qu'est-ce que va vivre l'individu si on lui accorde telle ou telle considération morale. Donc comme je disais tout à l'heure, les critères arbitraires, c'est le genre, l'origine et cetera.

Et c'est une remise en question aussi très profonde de l'anthropocentrisme. L'idée c'est de dire qu'il y a pas que les humains qui comptent moralement mais tous les individus qui peuvent souffrir. Voilà pour faire rapide.

Très bien. Ben merci beaucoup. De toute façon, si les concepts ne sont pas totalement clairs, euh on est disponible au stand tout à l'heure pour en reparler et vous serez présent aussi.

Alors, on parlait tout à l'heure donc de Kaoutarchi donc Kautar dans son livre Ainsi l'animal et nous, elle évoque donc les différents rapports de domination et comment ils sont tous articulés entre eux et reliés à la question de notre rapport avec les autres animaux. Elle dit aussi dans le livre Littérature et révolution qu'elle a coécrit avec Joseph Andras qu'être de gauche, c'est ne perdre personne. Et donc c'est quelque chose qu'on retrouve également beaucoup dans ton discours Florence.

Est-ce que tu peux nous expliquer en quoi est souci important à gauche ? Parce que alors effectivement, je pense que quand on se place à gauche, en tout cas dans l'acceptation générale de de ce que veut dire être à gauche ou être progressiste ou agir en faveur des luttes sociales, c'est effectivement l'idée que personne ne doit être mis de côté et particulièrement même les individus les plus vulnérables, les moins considérés doivent être pris en compte comme les autres à partir du moment où ils peuvent souffrir d'un manque d'émancipation, d'un manque de liberté, de divers traitement injustes qui leur sont imposés et cetera et que les animaux en fait s'inscrivent pleinement dans cette catégorie d'individus qui peuvent ressentir les effets de ce qu'on leur fait, qui peuvent souffrir, qui peuvent ressentir la le le manque d'émancipation, de liberté, la contrainte, le fait d'être tué, brutalisé et cetera. et que effectivement être de gauche, si c'est prendre en compte tout le monde n'oublie personne, alors il faut prendre en compte aussi les animaux non humains.

Euh on a euh une vision du monde euh qui pour le coup est beaucoup centrée sur l'humain. On a une vision du monde qui est très centrée sur le l'humanisme aussi, y compris y compris à gauche. Et en fait dans l'histoire, on a des représentations et des conceptions du monde qui sont historiquement basées sur des hiérarchies, des système hiérarchique.

Et pour évoquer une construction du monde qui est archaïque mais qui continue encore d'être mobilisée assez largement, euh je parle de l'échelle de la de la nature qui fait qu'on a cette représentation du monde avec l'humain tout en haut, puis certains mammifères, puis d'autres animaux, puis les plantes, puis les les minéraux et cetera. Euh cette représentation, elle a notamment euh euh par le passé était euh largement mobilisée par rapport à la croyance en Dieu, au fait que Dieu était supérieur, euh que l'humain était euh un être supérieur par rapport aux autres animaux et cetera, jusqu'à l'enfer tout en bas. Euh c'est des vieilles euh des vieilles visions, mais en fait on se rend compte que encore aujourd'hui, on a cette conception que l'humain serait le plus évolué, des individus et cetera.

Euh ce schéma hiérarchique, il a pas seulement concerné les autres animaux, les humains par rapport aux autres animaux, il a aussi été mobilisé pour défendre et tenter de justifier à une époque la supériorité de la race blanche. Donc en fait cette vision, elle est profondément suprémaciste et elle postule qu'il y a un exceptionalisme humain, c'est-à-dire que l'humain serait détaché du reste du vivant et qu'il y aurait une discontinuité évolutive entre Homo sapiens et toutes les autres espèces. Cette vision là, elle a complètement été remise en question par Darwin avec l'origine des espèces.

Mais malgré tout, encore à l'époque contemporaine, on continue d'avoir des visions hiérarchiques comme ça du vivant euh malgré le fait que certains individus puissent en souffrir très largement et pas seulement les animaux non humains mais aussi des groupes humains qui sont infériorisés et animalisés. On en reparlera je pense tout à l'heure euh dans ces dans les différentes mécaniques de domination. Donc on on parlait du fait d'être d'être à gauche, l'idée c'est aussi de reconnaître que il y a des mécaniques qui sont communes entre toutes les oppressions et toutes les discriminations arbitraires.

C'est-à-dire qu'on retrouve dans le spécisme tout ce qui constitue un système oppressif et ça fonctionne de la même façon avec les systèmes qui touchent les humains entre eux. Euh, on retrouve dans le spécisme la notion de suprémisme par exemple, c'est-à-dire le fait de dire il y a un groupe qui est supérieur à un autre et il y a des groupes qui sont inférieurs. On retrouve donc des visions qui sont inégalitaires et un ensemble de préjugés aussi qui sont construits euh pour décrédibiliser, inférioriser les groupes qui sont opprimés.

Euh dans ces stéréotypes et ces préjugés, on va par exemple avoir pour je pense au féminisme euh les stéréotypes qui énoncent que les femmes sont irrationnelles portées par l'instinct ou leurs émotions, contrairement aux hommes qui seraient très rationnels et très posés. He bien sûr le le monde actuel nous le montre chaque jour. Euh donc ce sont des stéréotypes et des préjugés qui sont entretenus pour nourrir un narratif oppressif et un un narratif de domination.

Euh, on a aussi dans toutes ces mécaniques de domination qui sont communes aux oppressions des euh discriminations donc arbitraires. C'est ce que je disais tout à l'heure sur le fait de sélectionner un critère qui n'est pas pertinent mais de sélectionner ce critère et d'en faire un critère de discrimination et de considération morale qui n'a rien à voir pourtant avec la capacité des groupes visés à souffrir. Et on a de l'essentialisme aussi, c'est-à-dire qu'on réduit euh le groupe à une caractéristique particulière, voir on considère que tout le groupe est une espèce d'amalgame de de masse homogène et on nie l'individualité des individus qui composent ce groupe.

Euh c'est typiquement ce qui forme aussi les préjugés et cetera. Et c'est beaucoup le cas pour les animaux non humains. On considère que les animaux n'ont pas de personnalité et que dans un troupeau de mouton, c'est des espèces de clones comme ça et que c'est tous les mêmes ou euh quand on voit des pigeons en ville, on se dit c'est tous les mêmes et cetera.

Or, tous ces individus ont une agentivité, ils ont une personnalité, ils ont des attentes, ils ont pas les mêmes envies, euh y compris les animaux qui sont exploités dans les fermes et qui ont un génome qui est très proche à cause de la sélection génétique et cetera. Ça reste des animaux, des individus à part entière. Euh et enfin dans ces mécaniques aussi d'oppression qui sont communes et qu'on connaît bien à gauche aussi, c'est la notion de conservatisme où on va essayer de conserver un certain modèle du monde, un certain schéma de pensée et on va refuser toute évolution, toute révolution de notre rapport à l'autre.

Et ça c'est peut-être une des choses les plus difficiles avec l'antispécisme, c'est de faire ce pas de côté et d'arriver à bouleverser notre vision des autres animaux. On a une vision de on les considère comme des ressources, comme des marchandises, des animaux de compagnie, des choses qui nous qui nous accompagnent et cetera. Et se sortir de cette vision, c'est euh c'est vrai que c'est compliqué parce que voilà, on a fondé euh notre domination humaine beaucoup là-dessus et tout socialement est construit autour de ça.

Euh donc ces schémas dominants, ils sont voilà conservateurs. Le problème, c'est que euh en étant à gauche, en fait, si on accepte toutes toutes ces mécaniques de domination que je viens d'énoncer, si on les accepte pour les autres animaux, alors on les accepte en fait à la racine. Et tout l'enjeu, c'est de se débarrasser de cette racine non seulement vis-à-vis des animaux, mais aussi parce qu'il y a forcément le risque que si ces racines soient conservées, on ne viennent jamais à bout réellement de ces mécaniques suprémacistes.

Euh, il y a des narratifs aussi qui sont communs euh dans euh ces schémas oppressifs et notamment sur euh euh la minimisation de la souffrance. H la souffrance vécue par euh les animaux non humains est souvent euh euphémisée, minimisée. Moi, j'ai déjà entendu dire des gens que un taureau de Corida, il souffre pas vraiment parce qu'il libère beaucoup d'endorphin pendant le combat.

Euh que les oies et les canards gavés pour le foie gras ne souffraient pas vraiment parce que il y a une certaine méthode qui fait que où il y a à l'abattoir des dispositifs pour les anesthésies ou que on sait pas vraiment si les animaux souffrent parce qu'ils parlent pas alors et cetera et cetera. Et ce ce genre de narratif, on le on le retrouve aussi vis-à-vis de certains groupes humains dont la souffrance est systématiquement niée ou minimisée. Euh c'est le cas pour les femmes aussi, on se dit "Oui, bon, elles tolèrent plus la douleur, on les prend moins sérieux aux urgences ou euh" Et également, c'est le cas des personnes racisées.

Euh donc je je me permets de donc de finir avec euh une citation de Sarah Fravica qui écrivait dans vego vers un véganisme intersectionnel, un livre qui est paru en 2022. Elle disait "Nous mangeons les plus vulnérables." Donc littéralement pour ce qui est des autres animaux, mais aussi au sens figuré concernant les autres groupes opprimés.

Euh c'est l'idée de dire "Les plus forts mangent les plus faibles" en fait. Euh donc voilà pour cette ces mécanismes communs en fait à toutes les dominations. Euh alors on à travers l'histoire, il y a des personnes qui ont fait ces liens qui les ont rappelés et ça date pas d'hier en fait notamment à gauche.

Alors toujours pour répondre à ta question voilà de comment les les mouvements de gauche se sont appropriés cette question qui était largement quand même oubliée notamment dans les mouvements féministes. On en reparlera tout à l'heure, mais il y a des personnalités libertaires anarchistes qui ont développé des discours aussi en faveur des animaux et qui ont largement été effacés. En tout cas, ces discours ont été effacés.

Je pense à Louise Michel par exemple qui au 19e siècle écrivait "C'est que tout va ensemble depuis l'oiseau dont on écrase la couvée jusqu'au nid humain décimé par la guerre. Et le cœur de la bête est comme le cœur humain. Son cerveau est comme le cerveau humain susceptible de sentir et de comprendre." Et là, elle faisait un lien clair entre le spécisme, mot qu'elle n'utilisait pas à l'époque, mais entre le spécisme et euh les oppressions faites aux humains et les souffrances humaines.

Euh de même que Élysée Reclu aussi, militant anarchiste qui disait toujours au 19e si nous devions réaliser le bonheur de tous ceux qui portent figure humaine et destinés à la mort tous nos semblables qui portent museau et ne diffèrent de nous que par un angle facial moins ouvert, nous n'aurions certainement par réalisé notre idéal. Pour ma part, j'embrasse aussi les animaux dans mon aff dans mon affection de solidarité socialiste. Je ne comprends pas le meurtre d'un animal ou d'un homme.

Et ces liens aujourd'hui quand ils sont quand ils sont faits par les militants antispécistes, des militantes antispécistes, parfois on dit c'est des c'est des comparaison, il faut pas comparer, c'est pas tout à fait pareil et cetera, mais on a oublié en fait que historiquement ces liens se sont faits particulièrement dans les milieux féministes et dans les milieux anarchistes et socialistes, donc socialistes libertaires. Donc voilà pour le le les liens un petit peu entre toutes les dominations. J'ai peur de parler trop longtemps comme je n'ai pas l'heure.

Voilà. Merci beaucoup. On y reviendra de de toute façon.

Euh Victor, toi donc à travers ton podcast, les travaux euh des différentes invités que tu as reçu, euh tes recherches pour l'écriture de ton ouvrage également, tu as pu étudier les liens causaux entre les différentes discriminations. Et peux-tu nous parler euh par exemple du concept de dominance sociale qui a été théorisé donc en psychologie sociale ? Oui, tout à fait.

Et c'est absolument en continuité avec ce que tu disais Florence finalement et c'est un peu une autre approche approche qui vient attester et et sourcer finalement et montrer scientifiquement que effectivement toutes ces choses-là, tous ces préjugés, tous ces mécanismes sous-jacents à différentes oppressions, tous ces mécanismes d'essentialisation, de hiérarchisation, en fait, ils sont bel et bien fondés aussi dans notre psychologie. Et donc la psychologie sociale, tu en parlais Galia, c'est cette discipline justement au sein de la psychologie qui étudie comment fonctionne nos croyances, nos perceptions en lien avec les autres en fait. Donc comment on perçoit les autres, qu'est-ce qui nous influence dans nos environnements sociaux.

Et donc ça c'est assez c'est une discipline qui est assez bien située pour pour étudier ces effetsl notamment de hiérarchisation entre des groupes sociaux. Et donc en psychologie sociale, c'est pas très connu, mais en fait je pense que c'est vraiment d'une importance majeure. Il y a eu beaucoup de recherches ces dernières années qui montrent que que ces chos choses-là sont liées, c'est-à-dire que par exemple des préjugés, des croyances euh sexistes, racistes, mais aussi spécistes et enfin voilà tous les traitements, la normalisation des traitements qui sont euh qui sont finalement euh considérés comme normaux découlants de ces préjugés là.

Et ben en fait, il y a il y a des liens qui sont attestés en psychologie sociale entre ces différents entre ces différentes discriminations là. Et ce qui fait le comment dire le rapport causal entre ces différentes discriminations, entre ces préjugés, c'est justement ce que tu disais la la dominance sociale. Enfin, on parle en psychologie sociale d'orientation à la dominance sociale.

Et donc c'est en fait une une catégorie enfin comment dire un une tendance qu'on peut avoir à penser plus ou moins fortement que dans la société c'est normal qu'il y ait des dominants et des dominés, que c'est normal qu'il y a des des hiérarchies naturelles, qu'il y a des groupes qui qui doivent dominer les autres, qui doivent écraser les autres, que certains intérêts comptent moins. Voilà. et que il y a ce tout ce truc hiérarchique finalement de supérieur et d'inférieur.

Donc ça c'est ce truc qu'on qu'on retrouve finalement dans quasiment enfin dans toutes les oppressions en fait qui qui en est très souvent le fondement. C'est le le truc de départ finalement de dire bah il y a un groupe qui a le droit de dominer, qui est supérieur, qui est prééminent et qui donc dont les intérêts comptent plus et qui peut aller écraser tous les autres. que ce groupe soit le groupe enfin la suprématie blanche, la suprématie patriarcale enfin et cetera et la suprématie humaine aussi en fait les le groupe humain considéré comme comme ayant une prééminence et une importance fondamentale et dont les intérêts devraient compter infiniment plus que celui de tous les individus de toutes les autres espèces qui pourtant sont très nombreux et dont les intérêts sont importants parce qu'ils sont sentiants comme tu le disais Florence.

Et donc ce lien qui est attesté finalement la façon dont il est relié à ces différents préjugés, ce qui a été montré dans les études en psychologie sociale, c'est que plus on est haut finalement dans dans ce qui a été établi comme une échelle de cette orientation à la dominance sociale, plus on considère que c'est OK qu'il y a des dominants et des dominés finalement des gens qui sont naturellement opprimés et qui l'ont bien mérité. C'est c'est un peu ça qu'il y a derrière finalement toutes ces représentations là. Ben plus on a ce trucl-là, plus on va avoir des croyances sexistes, racistes, spécistes, globalement discriminatoires en fait.

Et donc c'est ce qu'on ce qu'on pouvait penser intuitivement et ce qui est montré de plein d'autres manières aussi les les liens en fait nombreux entre les différentes oppressions sont aussi attestés dans l'ordre psychologique finalement. Donc mais c'est pas pour dire que c'est quelque chose d'individuel hein, c'est bien justement quelque chose qui est qui est construit socialement, qui est perpétué par un système social. euh par quelque chose euh par l'oppression en fait euh spéc.

J'ai une amie Saranaz qui est qui vient de finir sa thèse, qui doit l'avoir rendu là justement sur le spécisme et sur la santence et qui définit justement le spécisme comme un système social, ce qui ce qui n'avait pas tant été fait jusque-l où le spécisme était plus pensé comme quelque chose d'individuel, comme quelque chose de très moral, enfin voilà, comme discrimination pensé à l'échelle de l'individu. C'est c'est pas inintéressant de le penser comme ça, mais elle elle dit "Mais en fait, il y a il y a 1000 choses que ça rate, que cette définition rate et en fait c'est ça dit pas à quel point l'oppression justement à quel point c'est une oppression, c'est un système social structurant, global, absolument comment dire enfin c'est c'est phénomè c'est phénoménal finalement le fonctionnement et la violence du spécisme c'est pas juste chaque individu derrière ou devant son assiette disons. C'est vraiment il y a des institutions, les États l'appuent, il y a des des puissances économiques très fortes. une idéologie extrêmement puissante et structurante à laquelle on adhère implicitement même si on l'a pas choisi parce qu'en fait on nous le met dans le crâne dès le plus jeune âge que c'est normal que les animaux ils comptent pas que c'est pas des individus que c'est pas des personnes, que c'est les humains d'abord et les intérêts des humains l'emporteront toujours.

Donc voilà, je en en prenant l'angle de la psychologie sociale, je voudrais pas laisser penser que ce soit une chose que qui soit individuelle. Non, c'est c'est pleinement collectif, social et politique. Et c'est comme ça, je pense que on en parle aujourd'hui et qui qu'il faut en parler plus largement quand on le quand on pense que peut être la lutte en en réponse à cette oppression là et en fait à toutes les oppressions dans leur interaction, dans leur coconstitution.

Ça c'est c'est pareil, on on a vraiment des personnes précieuses dans le mouvement antispéciste qui euh qui pensent extrêmement finement les intersections, les coconstitution entre ces différentes oppressions. Tu parlais de chaotarchi plutôt dans son à la fin de son ouvrage l'animal et nous qui est un peu une grande fresque sociohistorique mais aussi autobiographique. Enfin, c'est vraiment c'est un ouvrage brillant si vous devez lire une chose sur la question animale de ces dernières années.

C'est vraiment un style animal et nous de Kaotarchi c'est incroyable, c'est brillant, c'est sourcé, c'est vraiment c'est précieux en fait. On a beaucoup de chance de l'avir. Euh et je suis content de enfin qu'on puisse parler de ses travaux.

Malheureusement, elle a pas pu venir et ça aurait été encore mieux qu'elle vous en parle elle-même évidemment mais à défaut, on peut essayer de vous encourager à aller lire ses travaux. Et à la fin de cet ouvrage, après avoir montré comment le spécisme s'est finalement imbriqué, coconstitué avec des systèmes de suprématie blanche, avec le capitalisme, avec la domination patriarcale, avec tout un tas de systèmes de pouvoir structurant dans nos sociétés, elle en vient à dire bah comment on peut penser finalement cette cette interconnexion entre différents systèmes de domination. et elle parle de l'ordre zoal et pour dire voilà c'est pas d'un côté la question animale et de l'autre les questions qu'on dit sociales et en général on n range pas la question du spécisme dedans.

On pense implicitement question sociale et qu' question humaine. Elle elle dit mais non en fait tout ça va ensemble et c'est un ordre total qui s'est coconstitué historiquement de plein de façons et en fait elle montre comment à plein de tournants finalement de l'histoire à des périodes charnières à chaque fois bah il y a eu encore plus un renforcement et une imbrication entre ces systèmes-là. Et je trouve que c'est précieux d'avoir un concept comme ce qu'elle propose d'ordre zoal pour pour penser justement ces ces intersections là et de dire bah c'est c'est pas des choses qui peuvent être bien pensées séparées et c'est pas d'un côté un système et de l'autre en fait si ils se sont pas mal plus qu'influencés quoi.

Ils se sont vraiment coproduit coconstitués. Oui pardon cheveux. Et donc bah tu citais Kautarchi donc effectivement elle travaille aussi beaucoup sur les questions de d'animalisation et donc Fatima Wass également dans une interview avait déclaré quand j'étais enfant dans les années 80 nous les Arabes on nous qualifiait de rat de d'ailleurs le mot ratonade vient de là.

Alors en effet donc pour celles et ceux qui ne le saurent pas, donc une ratonnade euh donc qui désigne une violence physique exercée à l'encontre d'une minorité ethnique ou d'un groupe social vient en fait du Moraton Petit qui désigne un arabe ou un nord africain en argofançais. Et selon Sylvie Tenu historienne et autrice de l'ouvrage Les Ratonates d'Alger 1956, une histoire de racisme colonial. Le mot, il a été utilisé à l'écrit pour la première fois pour désigner les violences commises en 1956 par les Français d'Algérie sur les Algériens.

Et il sert ensuite à décrire des violences policières sur les Algériens, notamment le massacre du 17 octobre 1961 à Paris que l'on connaît. Et donc cette animalisation des personnes racisées, des habitants et des habitantes des quartiers populaires, on le retrouve à différentes échelles. Ça peut passer donc des adolescents traités de vermin des quartiers. notamment au moment de la mort de Naël euh ou de Joab Galant, l'ancien ministre de la défense israélien qui disait au sujet des Palestiniens "Nous combattons des animaux humains".

Et euh donc selon Kautarchi donc dont on parlait pour elle animaliser c'est rendre tuable, exploitable, négligeable. Donc Florence, là-dessus, pourrais-tu nous parler donc de de cette coupure animale humain et donc de cette animalisation ? Oui.

Alors effectivement, il y a historiquement une construction de la valeur de l'humain qui est fondée sur la distinction avec l'animalité et c'est aussi une partie du phénomène qui fait que il y a eu parfois une difficulté à gauche et dans les luttes sociales à s'approprier les les luttes animalistes, antispécistes et plus largement à défendre les animaux non humains. et que les populations infériorisées encore aujourd'hui ont à se distinguer de l'animalité et à revendiquer leur humanité parce qu'elle n'est pas acquise automatiquement. D'où le slogan qui est commun à certaines luttes féministes, antiraciste et cetera qui consiste à dire "Nous ne sommes pas des animaux pour essayer de revendiquer son humanité et d'être d'avoir d'obtenir la considération morale et politique et sociale qui va avec." Euh donc effectivement, lorsque des groupes humains même sont euh dominés, infériorisés, une des mécaniques qui se met en place, c'est l'animalisation.

Et cette animalisation, elle est centrale dans le narratif raciste, mais en fait, elle est aussi centrale vis-à-vis de beaucoup de groupes opprimés euh et dans une perspective aussi euh sexiste. En fait euh comme je disais tout à l'heure, on on a une catégorie de population qui est considérée comme étant irrationnelle, portée par ses émotions, euh qui agit par instinct, qui n'est pas fiable, qui doit être qui est faible, qui doit être mis sous tutelle, avoir une personne responsable, un propriétaire ou et cetera. Et ces euh facteurs-là sont communs à des groupes dominés euh euh aux esclaves, aux enfants, euh aux personnes handicapées, aux femmes et en fait l'ensemble des groupes minorisés qui euh euh dont on ni l'individualité, la gentivité, le le la gentivité politique notamment et euh et qu'on animalise donc pour pouvoir les inférioriser jusqu'à des points euh qui qui vont extrêmement loin.

C'està-dire qu'il s'agit pas seulement de mettre sous tutelle, on parle de massacre aussi. C'est-à-dire que quand effectivement Johav Galant dit "Nous combattons des animaux humains" en parlant des populations palestiniennes et en disant et nous agirons en conséquence, c'est annonciateur d'un massacre, c'est annonciateur d'une extermination. Euh et tu parlais tout à l'heure des banlieux et la manière dont les jeunes les jeunes hommes notamment sont considérés et régulièrement on a ces narratifs beaucoup à l'extrême droite euh mais dans les droites en général aussi qui consiste à désigner ces personnes comme de la vermine, comme des parasites ou des sauvages aussi.

Il y a beaucoup cette notion de sauvagerie qui qui revient. Et cette déshumanisation, elle est effectivement euh un annonciateur de massacre, de répression à minima et surtout de leur acceptation. C'est-à-dire que cette animalisation, elle sert à faire accepter le fait qu'on s'attaque à ces groupes et qu'on les traite d'une manière extrêmement violente.

Euh je vais évoquer un un point euh d'un discours de de Donald Trump euh en 2024 qui a un petit peu été qui qui a beaucoup été en fait diffusé à la télé quand il disait They eating the dogs. en parlant des populations immigrées de Springfield, euh il accusait ces populations immigrantes de manger les chats et les chiens, de manger les animaux de compagnie euh dans les euh des de du reste de la population. Et cette déclaration, elle a été prise un peu à la légère parce que on s'est beaucoup focalisé sur la désinformation disant "Mais non, c'est pas vrai, les populations immigrantes ne mangent pas, les chats et les chiens." C'est pas juste de la désinformation euh et c'est pas juste un moment sensationnaliste de télé et cetera.

C'est un trop raciste. Et c'est un trop raciste dont la rhtorique ne peut fonctionner que grâce au spécisme. C'est-à-dire que là, Trump est en train de dire "Les populations immigrantes sont sauvages, elles sont barbares, elles ne sont pas comme nous.

Regardez, elles mangent les chats et les chiens. Et nous, on les mange pas parce que les chats et les chiens, c'est des animaux de compagnie qui ne se mangent pas." Donc toute sa rétorique repose sur le fait que il y a une distinction qui est opérée entre les animaux de ferme qui sont massacrables, tuables, mangeables et les animaudits de compagnie qui eux doivent être respectés.

Euh et à ce moment-là, il il est en train de dire que les populations qui mangent les chats et les chiens ont perdu leur humanité parce qu'elle ne fonctionne pas comme un humain normal qui devrait manger les animaux qui sont normalement coincus pour être tués. Donc on perçoit bien avec ce genre de de rhtorique à quel point les narratives spécistes s'entremèlent avec les narratives racistes et leur permettent d'exister de la manière la plus violente qui soit. historiquement euh ce trope raciste de des populations qui mangent des chiens et des chats et des animaux que nous on considère en tant que blanc, en tant qu'occidentaux, occidental comme des animaux de compagnie, euh ça a énormément touché les populations asiatiques et encore aujourd'hui euh il y a des a priori qui sont extrêmement forts par rapport à ça et notamment, je le dis en tant qu'antispéciste, en tant qu'animaliste, des campagnes animalistes qui justement s'attaquent de la manière la plus raciste qui soit à ces populations alors que il y a des pratiques spéc, dans toutes les cultures. et que clairement les pays occidentaux ne font pas exception et sont les les lieux où l'exploitation animale est la plus intense et intensifiée.

Euh je me permets de citer parce que le contexte de cette table ronde est un peu particulier, il devait y avoir des personnes qui n'ont pas pu venir. Alors je vais aussi relayer voilà ces ces paroles. Je pense à Dalila Aada qui est une militante antiraciste féministe et antispéciste québécoise qui écrivait dans la revue Balaste le thème de l'animalité a forgé une grande partie des mythes racistes.

On a décidé au préalable que l'animal est inférieur, qu'il ait l'antithèse de ce que devrait être l'humain. En finir avec cette coupure philosophique, c'est affaiblir le racisme en éliminant un de ses outils les plus puissants. Donc on le voit ici, le refus du spécisme est en fait aussi une arme antiraciste et aussi une arme antoppressive comme on disait tout à l'heure puisque toutes les oppressions sont fonctionnent avec les mêmes mécaniques.

En fait, le la réponse à ça aussi, c'est de considérer les animaux non humains comme des des sujets politiques et non plus comme une masse indifférenciée inférieur, c'est-à-dire d'accepter de dépasser le suprémacisme. Comme le disait tout à l'heure Victor, le spécisme c'est un système, ça touche tous les pans de la société et c'est immense. C'est tellement immense que ça paraît assez infranchissable.

Donc il y a pas de naïveté chez les militants et les militantes antispécistes. On ne se dit pas que le problème va être réglé facilement ou du jour au lendemain ou que tout le monde doit devenir végan et cetera. C'est une vision naïve de ce que propose le projet antispéciste.

Euh on sait que les choses se feront petit à petit, que ça va être extrêmement compliqué. L'idée c'est de dire "Mettons-nous d'accord dans un premier temps pour dire que les individus parmi les plus vulnérables euh sont des individus à part entière et que s'ils souffrent alors leurs intérêts doivent être pris en compte." Je me permets pour terminer de citer Malcolm Ferdinand qui est chercheur en écologie politique et qui travaille beaucoup sur les questions d'écologie et d'antispécisme décolonial qui disait qu'il y a aussi un travail à faire pour que les peuples et les personnes qui ont été déshumanisées puissent nourrir et développer des rapports aux animaux qui ne reproduisent pas ces formes de violence, qui ne reproduisent pas cette domination mais qui voi qu'en fait la maltraitance des animaux et leur maltraitance est liée à une même manière violente, raciste et misogyne d'habiter la terre. et il termine en disant "Les alliances avec les animaux peuvent être une manière de renverser cet habité." C'est-à-dire que il explicite très clairement que le fait de changer de rapport aux animaux affaiblit le racisme, affaiblit les visions violentes qu'on a du monde et permet de s'émanciper de l'ensemble des oppressions et des dominations. [Applaudissements] Bien, tu viens de citer Malcom Ferdinand.

Donc effectivement sur ces questions d'antispécisme décolonial donc on le disait dans le titre donc notre rapport aux animaux façonne le monde et notamment via l'élevage qui est utilisé comme un outil de colonisation et d'expansion coloniale. Victor à ce sujet tu as reçu dans ton podcast Sandra Guimarez donc qui est autrice et militante brésilienne et qui a vécu également en France et en Palestine et elle développe notamment le concept de colonisation par l'assiette. Donc je vais citer Sandra. 60 % du soja qu'on donne aux animaux en France vient du Brésil.

Quasiment tous les poulets en France sont nourris au soja brésilien. Le saumon aussi, les vaches aussi, surtout les vaches laitières. Quand on mange ici en France des produits d'origine animale, on mange un bout de la forêt et c'est ce que j'appelle la colonisation par l'assiette.

Donc ce que vous appelez un régime traditionnel français ou un régime traditionnel européen, moi je l'appelle un régime de colonisation. Il est impossible d'avoir autant de viande, autant d'œuf, autant de produits laitiers dans votre assiette ici en France sans coloniser l'autre partie du monde, la partie sud du monde et surtout le Brésil. Et donc au-delà du Brésil, bah cette utilisation des animaux comme outil d'expansion coloniale, elle est à l'œuvre dans d'autres territoires colonisés.

Et c'est aussi le cas en Palestine. Donc Sandra y a vécu. Donc je la cite à nouveau.

Israël est un pays qui mange énormément de viande. Israël est le pays qui mange le plus de poulet au monde. Les forces d'occupation israéliennes vont confisquer des terres, des terres qui sont pour la plupart des terres agrères, là où le peuple palestinien plante leurs aliments de base, donc de la culture végétale.

Et après avoir volé ces terres, les colons israéliens vont installer des fermes d'élevage industriel, surtout de poulet. Et ce qui est vraiment cruel, c'est que très souvent, c'est les Palestiniens qui ont été dépossédés de leur terre qui vont travailler dans ces fermes. Et ça aussi, ça me fait penser au Brésil.

On a beaucoup d'endroits en Amazonnie où les peuples indigènes ont été chassés de leur terre. Maintenant, il y a des élevages de vaches à la place. Il y a des des abattoirs et très souvent les personnes indigènes sont obligées d'aller travailler dans ces abattoirs pour tuer les vaches qui occupent aujourd'hui leur terre volée.

Dans la 6 Jordanie occupée dans le sud, on voit ce qu'on appelle des avant-postes pastorals. Donc c'est vraiment des colons bergers qui vont s'installer là-bas et qui vont utiliser l'élevage pour prendre de plus en plus de terre au peuple palestinien pour les isoler et pour agrandir les colonies illégales qui sont déjà là-bas. Voilà, donc c'est des mots forts qui sont nécessaires également.

Et donc Victor, dans les échanges que tu as pu avoir donc toi avec Sandra, donc vous avez beaucoup parlé donc de cet antispécisme des coloniales et est-ce que tu peux nous dire ben de voilà de quoi s'agit-il ? Oui. Euh alors moi je je précise quand même que je parle en tant que personne qui est pas activement engagé dans ces lutteslà et qui est plutôt sur le front antispéciste, mais avec une forte volonté notamment avec le podcast de donner à entendre toutes ces voix justement précieuses dans le mouvement qui s'engagent aussi dans plein d'autres luttes et notamment celle de Sandra.

Mais je je peux pas faire mieux que vous inviter à aller écouter directement sa parole à à elle notamment dans le podcast et dans d'autres dans d'autres prise de parole publique qu'elle a eu notamment dans l'intervention que tu avais enregistré, organisé et animé. Enfin voilà vraiment écouter ce que dit notamment Sandra Kimarè, elle est vraiment incroyable. elle le dira forcément 1000 fois mieux que moi et du coup je veux pas prétendre définir la façon don dont elle elle pense l'antispécisme décolonial mais je dirais que c'est une façon d'envisager que le spécisme s'est aussi imbriqué avec la le colonialisme finalement avec plein de dynamiques de pouvoir et que dans ces processus là aussi de domination les animaux étaient là et les animaux étaient opprimés et appropriés de plein de façons différentes et d'une façon qui était aussi mise au service de la prise sur les terres de l'avancée finalement de la colonisation.

Et c'est ce qu'elle décrit parfaitement sur la la question de sur sur la situation brésilienne finalement où historiquement dès l'arrivée en fait des colons euh les animaux ont été déjà des animaux ont été importés en fait des animaux qui n'étaient pas présents dans ces territoires là ont été ce qu'on désigne habituellement d'une façon spéc en en parlant comme du bétail en fait. Voilà, des animaux qu'on élève pour ensuite les abattre et les manger, mais qui pissent aussi et qui donc en fait sont sur des pâturages. Ces animaux-là, notamment les bœu, les vaches ont été en fait importés et forcés de de s'étendre en même temps que l'avancée coloniale finalement et ont été utilisé pour prendre sur les terres finalement notamment des fois c'est ça passe encore aujourd'hui.

Enfin voilà, le la colonisation ce que ce que dit très bien Sandra, c'est qu'elle est encore en cours. Faut pas penser que c'est du passé. C'est-à-dire que ces dynamiques qu'on observe historiquement euh dans plein de pays différents, c'est-à-dire que les animaux étaient utilisés bien malgré eux, hein, évidemment, c'est pas euh c'est pas leur faute, ils étaient aussi tués et et violentés au passage, mais ils devenaient aussi des formes d'auxiliaire finalement de l'avancée euh coloniale, de la prise de l'appropriation des terres, de l'appropriation des cultures, de la destruction des cultures locales en fait aussi le je veux dire les les champs, ce qui était planté pour la subsistence des peuples indigènes, des paysans, enfin aussi des personnes qui habitaient ces territoires et qui avait une agriculture.

En fait, les animaux servaient aussi à venir remplacer finalement cette agriculture là ou détruire carrément ces ces cultures. Donc il y a plein de cultures finalement indigènes qui ont été perdues ou qui existent presque plus tellement l'élevage a pris de la place en même temps que l'avancée de la colonisation. C'est quelque chose don dont parle très bien Sandra pour le Brésil, mais c'est aussi quelque chose qu'on a observé, je tiens à le dire pour la colonisation française.

En fait, on est aussi partie prenante finalement de cette façon dont les animaux ont été appropriés par des pouvoirs coloniaux, en l'occurrence le pouvoir colonial français. enak, c'est quelque chose qui a été documenté par des articles, par des ouvrages, que il y a eu le le même phénomène en fait, il y a eu le le même processus de de prise sur des corps d'animaux qui n'avaient rien demandé et de mise au service finalement de ces corps de façon violente pour servir le la dépossession d'autres personnes en fait et d' et de terre. Donc ça c'est un une des façons dont finalement le spécisme s'imbrique avec les logiques coloniales.

Mais en fait il y en a il y en a vraiment plein d'autres et et je pense que c'est c'est vraiment quelque chose que que nous appelle à beaucoup mieux voir les les antispécistes des des coloniaux, les personnes qui sont présentes sur les territoires en fait qui sont en lutte justement contre des pouvoirs coloniaux. Il y a plein d'activistes en fait en Palestine qui sont des activistes antispécistes et des coloniaux et qui pensent les deux enfin c'est même pas qu'il pensent les deux ensemble, c'est qu'il ne pensent pas que ça puisse ne pas être pensé ensemble. Ils se disent "On observe tellement l'imbation des deux et la lutte pour notre vie, notre subsistence, nos terres, nos territoires, notre indépendance, notre autonomie est tellement imbriquée avec celle des autres animaux et la façon dont eux aussi finalement se retrouvent victimes tout autant que les humains à Gaza en ce moment." Bah les les animaux aussi en fait se font exterminer au passage et ces ces militantes là antispécistes décoloniales du coup appelle finalement appelle à à voir toutes ces imbrications.

J'aimerais vraiment moi j'ai j'ai beaucoup compris et appris des choses en suivant le compte Vegans for Palestine. que faut comprendre l'anglais, mais c'est vraiment un un groupe qui fait énormément voilà, c'est un groupe d'activistes euh animalistes en Palestine qui justement euh montre tous les tous ces liens-là, les dénoncent très fortement et disent et bah en tant que végan, on se positionne aussi de toute évidence et de façon très importante contre les formes de colonisation et notamment contre la colonisation de la Palestine. Et donc c'est vraiment un compte qui fait énormément et en fait un collectif et un groupe de beaucoup de de personnes très engagées sur ces différentes luttes et qui sont pour la plupart présente sur place en Palestine et qui nous informent en fait nous plutôt dans les pays occidentaux finalement qui qui avons aussi des choses à faire dans nos pays et vis-à-vis de nos pouvoirs étatiques pour dénoncer ce qui est en train de se passer.

Et une des choses qui est dénoncé, un lien de plus finalement euh qui est fait, c'est la façon dont la question animale, non seulement les animaux, ils ont été approprié au service de pouvoirs coloniaux, mais en plus la lutte animaliste aussi est appropriée. C'est-à-dire que même le symbole que représentent les animaux qui sont enfin parce que il y a une forme de légitimité toute relative, souvent pas antispécisme mais disons de la lutte animaliste ou éventuellement du véganisme dans certains pays. Et c'est quelque chose qu'on observe très clairement en Israël et que dénonce beaucoup ce collectif Vigens for Palestine que Sandra a aussi beaucoup dénoncé.

Finalement, c'est euh ce qu'on appelle le vegan washing, c'est-à-dire cette idée que en présentant l'image euh donc l'état d'Israël en se présentant sous une image très animal friendly, très nous sommes à l'avancée, nous sommes le premier pays végan du monde avec la plus grande proportion, une très grande attention portée à cette questionlà. Il y a aussi beaucoup d'articles qu'on pourrait dire de propagande finalement dans certains médias israéliens qui décrivaient l'armée comme la première l'armée la plus végane du monde, la première armée végane du monde en parlant de l'armée israélienne. Et tout ça ça a été dénoncé comme une façon finalement de s'approprier la lutte animaliste pour blanchir les crimes de la colonisation, pour blanchir les rapports de pouvoir extrêmement violent, meurtriers, génocidaires de l'État d'Israël et pour dire "Non mais regardez, nous on est tout gentil avec des animaux.

En gros, c'est ça et ça s'appuie sur une une dynamique de plus qui a été décrite dans les dans les processus de colonisation. Souvent, il y a il y a un processus de civilisation morale qui se met en place. C'est quelque chose qui est super bien décrit notamment par la chercheuse Violette Pouillard qui a écrit "L'histoire des eaos par les animaux et c'est aussi décrit dans l'invention du colonialisme vert de l'historien Guillaume Blanc." C'est vraiment deux ouvrages très intéressants et ils décrivent comment finalement les colons non contents de s'approprier les terres et d'aller inventer la race et le racisme pour justifier leurs entreprises coloniales et violentes.

En plus, ils ont prétendu être les les meilleurs sauveurs finalement des animaux, être les personnes les plus sensibles à la question animale, prétendre imposer des interdictions de chasse mais en fait pour pour pouvoir eux-mêmes continuer à chasser et dire bah en fait les populations qui habitent sur ces sur ces terres ne sont pas aptes finalement sont comme tu disais Florence barbares ou incivilisé ou enfin voilà sauvages et donc ne seraient pas aptes à prendre soin de leur territoire et de la préservation des espèces. Donc c'est un discours affreusement raciste, hein, tout simplement. Euh mais en fait c'est un discours qui utilise l'image des animaux euh en disant bah voilà, nous on est euh euh on est les les meilleurs finalement pour prendre soin des animaux.

Et finalement, c'est dans la continuité de ce genre de discours de civilisation morale, d'élévation morale euh supposé en fait euh pas du tout vérifié. dans dans les faits, c'était les les colons et les pouvoirs coloniaux qui détruisaient toutes ces terres, qui détruisaient les animaux, qui faisaient s'éteindre les espèces, qui mettaient en place des filières euh d'extra enfin de d'extorsion de de pillage des corps des animaux pour les pour les exporter vers la métropole et alimenter les les collections scientifiques qui allaient les chasser. Enfin voilà, c'est vraiment c'est c'est les colons qui détruisent tout.

Mais en plus après par-dessus, il y a tout un discours de de légitimation idéologique qui vient dire "Ah mais non, c'est pas nous qui faisons le mal." et même on va on va venir régler les problèmes qu'en fait ils ne disent pas qu'ils étaient en train de créer. Et donc tout ça en fait ça continue de se jouer euh ça se rejoue disons finalement dans l'époque contemporaine en Israël dans toute la l'horreur de ce qui est en train de se passer là-bas.

Il y a aussi en plus un discours de blanchiment moral. C'est quelque chose qui avait été décrit par euh par d'autres activistes dans d'autres luttes sociales. Vous connaissez sûrement le pink washing.

C'est aussi cette cette idée-là, mais c'est cette fois-ci la récupération des luttes LGBT plus pour dire "Ah bah voilà, regardez, nous on est un pays hyper LGBT plus friendly, on a on fait plein de choses pour les droits de ces personnes-là. Donc on peut pas être méchant. En gros, c'est ça l'idée qui est passée.

On peut pas être en train de commettre un génocide si on est si gentil, si si à la pointe de la civilisation, si à la pointe du progressisme sur ces questions-là. Et donc je pense que ce que ce que dit assez clairement euh Sandra et les le collectif Vigens for Palestine et bien d'autres dans le mouvement antispéciste, c'est qu'il faut pas se laisser euh berner et qu'il faut arriver en tant qu'antispéciste à dénoncer ces récupérations-là de notre lutte au service d'autres oppressions et d'autres structures et et de de violence en fait et de de domination pour dire bah non en fait on peut pas utiliser soi-disant une lutte de libération en la dévoyant complètement pour en faire un vernis moral qui va venir blanchir des entreprises d'autres domination. C'est très clair que en fait tout enfin toutes les émancipations doivent aller ensemble et donc il faut savoir en tant qu'antispéciste dénoncer ces récupérations là et ces instrumentalisation finalement de la cause animale.

Parce que ce soi les animaux qui sont directement appropriés au service des pouvoirs coloniaux ou que ce soit leur image, leur symbole, la la symbolique positive et progressiste que peut représenter l'animalisme, dans les deux cas, il y a une instrumentalisation finalement des animaux et et c'est pas à leur c'est pas non plus à leur service et c'est surtout pas au service de l'émancipation globale. Voilà. Moi, c'est la compréhension que j'ai de de ce que peut être un antispécisme décolonial.

Mais peut-être que Sandra te dirait la même chose. En tout cas, écoutezla, elle en parle mieux. Mais voilà, moi c'est c'est comme ça que je le comprends.

En tout cas, [Applaudissements] merci beaucoup. Ben effectivement, donc j'invite tout le monde à aller l'écouter donc sur les trois épisodes de ton podcast. Euh donc Florence, on a parlé tout à l'heure de figures emblématiques de gauche comme Louise Michel.

Alors, on aurait pu parler aussi d'Angela Davis également des femmes engagées politiquement pour les intérêts des animaux. Et il y a un lien fort donc entre les luttes pour les droits des femmes et ceux des animaux non humains. On a tous en tête l'exemple par exemple de la députée Sandrine Rousseau qui parce qu'il est le plus médiatisé mais qui concerne pas seulement elle mais qui croule sous les attaques sexistes et les photos de viande et de barbecue en continu.

C'est le cas de de beaucoup de femmes en politique mais pas que. Euh plusieurs autrices se sont euh penchées sur le rapport entre le sexisme et le carnisme comme Carole J. Adams euh qui a écrit donc la politique sexuelle de la viande ou euh plus récemment Amanda Castillot euh qui a écrit "Tu seras carnivore mon fils." Et euh les études ont également démontré les liens entre les violences intrafamiliales et notamment faites aux femmes et les violentes les violences faites sur les animaux.

Euh donc Florence, est-ce que tu peux nous parler de tout cela ? Oui. Alors, on parlait tout à l'heure de carnisme d'ailleurs et je sais pas si le nom de Mélanie Joy a été cité et je crois pas en fait.

C'est c'est voilà, c'est juste pour préciser que du coup c'est Mélanie Joy qui a introduit la notion de carnisme. Donc ce système de croyance qui soutient la consommation de chair animale. Alors effectivement, il y a un lien global entre la domination spéciste et la domination sexiste qui se joue dans les mécanismes dont je parlais tout à l'heure, tout ce qui est suprémisme, domination, infériorisation et cetera, les inégalités et cetera.

Je vais pas me répéter. Euh mais il y a aussi quelque chose de de spécifique euh par rapport aux femmes. C'est euh une animalisation aussi qui fait que les femmes sont perçues par euh les hommes.

Alors je pense je parle des catégories politiques hein, je parle pas d'individus là. euh sont perçus par les hommes comme des proies, comme des corps qui peuvent être utilisés, exploités, dont on peut tirer du plaisir, qui sont largement euh objectifié euh et qui sont en fait des objets de consommation, des objets de des objets de plaisir. Euh il y a même l'auteur Martin Page qui a écrit le livre il y a quelques années Au-delà de la pénétration dans lequel il remet en question l'hégémonie de la pénétration en tant que acte sexuel par défaut.

C'est un livre qui est extrêmement intéressant, vraiment, je le recommande à tout le monde, au-delà de la pénétration, dans ce livre, il fait le lien entre le fait qu'il est arrêté de pénétrer et le fait qu'il est arrêté de manger de la chair animale. Et effectivement, c'est toute la remise en question de l'appropriation du corps d'autrui en tant qu'objet de plaisir. Euh cette cette relation entre le sexisme et le spécisme, elle est effectivement décrite donc par Carol G.

Adams dans euh la politique sexuelle de la viande qui a d'ailleurs été réédité très récemment en France euh avec une préface de la journaliste Nora Boisuni. Je conseille aussi les travaux de Nora Boisouni. Je crois que tu étais en entretien avec elle il y a pas longtemps aussi.

Donc elle produit un travail justement sur toutes les oppressions qui entourent la consommation de de chair animale et toutes les tous les stéréotypes culturels liés et cetera. Effectivement, pour le cas de Sandrine Rousseau, on voit qu'elle est victime de d'attaque masculiniste extrêmement violente et d'attaque spécolente pour juste avoir rappelé un fait qui est d'une banalité confondante en matière de sociologie, à savoir qu'il y a effectivement un lien entre la consommation carné et la virilité, le masculinisme et cetera. C'est un lieu commun en sociologie. le fait que Sandrine Rousseau l'énonce, elle est déjà victime de cyberharcèlement et de harcèlement par ailleurs à de nombreuses reprises et cetera.

Euh elle effectivement elle a reçu énormément de photos de barbecue et tout ça et régulièrement sur les réseaux sociaux quand elle parle de ce sujet, il y a des hommes qui viennent poster des photos de steak et de côtelettes euh sur les réseaux et euh ça rappelle euh les dickpic que reçoivent des femmes qui s'expriment sur internet où à un moment donné on a des photos de pénis non sollicitées dans nos messages privés et moi je fais le lien et j'appelle ça des meaks, c'est-à-dire des photos de viande qui sont c'est la même mécanique en fait, c'est-à-dire que on reçoit des mypic non sollicités, des images d'animaux morts découpés, cuits, prêts à consommer comme on reçoit des morceaux de chair non sollicité par ailleurs pour les dickpic. Le corolaire de cet attachement entre la viande et la masculinité, c'est aussi que les hommes végétariens véganes sont dévirilisé aussi. Et je pense que tout tous les hommes qui sont végers ou végan qui ont de l'empathie, ne serait-ce qui expriment de l'empathie pour je vois que ça valide dans la dans la salle qui ont de l'empathie pour les les animaux non humains sont régulièrement réduits à l'état de sous-hommes, sont démasculinisés en fait.

Euh et les hommes d'une manière générale, sans être végétarien ou végan he qui ne correspondent pas aux codes sociaux euh attribués à la masculinité en général sont régulièrement qualifiés d'homme soja. Donc c'est l'insulte soy boy ou de garçon soja donc en français. Et ça c'est pareil, c'est une expression qui nous vient de l'extrême droite encore.

Donc on va euh qualifier les hommes qui sont pas assez masculins d'hommes soja sous prétexte que ils mangent des aliments de bonnes femmes euh qui font preuve d'empathie. donc qui sont faibles et cetera. Toutes ces mécaniques-là sont extrêmement puissantes.

Je pense que euh on en a eu un aperçu effectivement avec les débats qui ont entouré le le harcèlement de Sandrine Rousseau, mais je j'encourage vraiment à lire effectivement la politique sexuelle de la viande. Euh je n'ai pas lu Tu sera carnivore mon fils d'Amanda Castillo mais je l'ai entendu en entretien sur Blas et je pense qu'effectivement ces analyses aussi sont pertinentes. Pour revenir sur euh l'histoire de l'engagement des femmes euh et des féministes euh dans la lutte animaliste, c'est effectivement un engagement qui date pas d'hier, à tel point que en fait c'est difficile de parler de la lutte pour les animaux sans parler des luttes féministes.

À la fin du 19e, début 20e, notamment au Royaume-Uni, il y a des associations antivivisection qui se sont créées. La vivisection, c'est le fait d'expérimenter sur des animaux non humains. Et ces associations, elles se sont fondées parce qu'il y a des femmes qui ont reconnu dans ces expérimentations les violences qu'elles subissaient elles-mêmes sur leur propre corps, exercé sur elle par des hommes dominants, par des hommes de pouvoir, y compris leur propre mari.

Et elles ont fait le lien entre les dominations exercées sur les corps des chiens sur lesquels il y avait des expérimentations et sur leur propre leur propre corps. Euh typiquement, il y a une histoire qui a beaucoup marqué cette ce lienlà. Au tout début du du 20e, pardon, il y a un chien qui a été disséqué, visiblement encore conscient pour devant des étudiants en médecine.

Et euh il y a des deux militantes Lidzi, Lindf Hby et Leisa Charto qui ont documenté et dénoncé cette vissection dans un livre en disant qu'elle avait eu lieu sur un animal conscient qui était visiblement extrêmement en souffrance. Euh cette militante Lidzie Lindaf Hebby, elle est citée par le Joseph Andras dont tu as parlé tout à l'heure qui a écrit "Ainsi nous leur faisons la guerre". Ce livre, je le recommande vraiment vraiment à tout le monde.

C'est un petit livre en trois sections. Ainsi nous leur faisons la guerre qui en trois volets montre justement le rapport aux animaux et aux autres luttes sociales et il est extrêmement bien écrit et il bouscule vraiment. Je je le recommande.

Il donc il cite cette militante en euh en disant "Le progrès social, la cause des femmes, le refus de manger de la chair animale et celui d'armer les nations au front. Tout cela marche d'un même pas." Et ces femmes qui ont pris la parole pour dire que euh les violences exercées sur les animaux et sur elles-mêmes étaient du même ordre, euh elles ont été accusées de mettre en péri le genre humain et de mettre en péri.

Et encore actuellement, on a exactement les mêmes rhtoriques, les mêmes accusations qui sont euh proférées envers les antispécistes. Comme quoi, il serait une menace civilisationnelle, c'est les termes de Bardella par exemple, euh de beaucoup de personnalités d'extrême droite qui serait une atteinte à la dignité humaine et cetera. Et comme on parlait tout à l'heure Victor avec tout le volet sur la psychologie sociale, cette idée que les antispécistes détestent l'humanité et que trop considérer les animaux, c'est dégrader l'humanité, c'est faux.

C'est un narratif qui est faux. Mais c'est même pire que ça, c'est que c'est l'inverse en fait qui se produit. C'est que moins on a de considération pour les animaux non humains, moins on a de considération pour tous les autres groupes humains infériorisés.

Donc ce narratif là qui est tréporté par les droites et l'extrême droite est est faux et a des conséquences. gravissime. Alors euh je citais encore non Séverine cette fois Séverine qui disait "Parce que je ne suis qu'une femme, parce que tu n'es qu'un chien, parce qu'à des degrés différents sur l'échelle sociale des êtres, nous représentons des espèces inférieures au sexe masculin si pétri de perfection." Le sentiment de notre mutuelle minorité a créé entre nous plus de solidarité encore, une compréhension davantage parfaite.

Donc ça c'est pareil, c'est au début du au début du 20e. Et aujourd'hui, on constate que dans le mouvement pour les droits des animaux, les mouvements antispécistes, il y a une écrasante majorité majorité de femmes. C'est entre 60 et 90 % des activistes, des personnes bénévoles, des personnes engagées euh selon certaines sources.

Et encore aujourd'hui, on voit qu'il y a beaucoup de travail à faire parce que les luttes féministes ont assez largement abandonné cet engagement et on a un peu oublié cette histoire en fait et ces racines féministes libertaires de la lutte animaliste. Il y a quand même des pistes qui ont été lancées, je pense notamment à la lettre au féministe pour une solidarité interlutte avec l'antispécisme qui est une lettre ouverte que vous pouvez retrouver dans la revue Laamorce, la revue en ligne dont parlait tout à l'heure Galia dans laquelle je suis coéditrice qui est un appel lancé à des collectifs féministes justement pour s'emparer de la question animale comme c'était le cas en fait historiquement et à travailler ensemble et coopérer pour dénoncer toute forme de domination. Et pour finir avec ce que tu disais aussi sur les luttes intrafamiliales, on a effectivement un lien très fort qui est fait entre les luttes les pardon les violences conjugal et les violences commises sur les animaux non humains au sein des foyers.

Donc dans le cadre domestique, c'estàdire que les animaux non humains, de la même manière que peuventêtre les enfants aussi au sein d'un foyer, sont touchés par les violence domestique exercé majoritairement par des hommes, soit directement en tant que victime parce qu'ils sont frappés, parce qu'ils sont violentés, soit en tant que covictime, c'estàdire témoins des violences exercées. Et les violences commises sur les animaux non humains, encore une fois sont prédictives de violences commises sur les membres humains du foyer. De fait, 80 % des mises en cause dans les pour maltraitance animale sont des hommes.

Et dans près de 90 % des foyers dans lesquel il y a des violences sur les enfants, on retrouve également des violences commises sur les animaux non humains. En fait, une femme dont le partenaire maltraite l'animal a cin fois plus de chance de subir elle-même des violences. Sur ce sujet, je recommande très chaudement la formation de du collectif Nous toutes en collaboration avec l'association contre la maltraitance animale et humaine qui s'appelle une seule violence.

C'est une formation nous toutes qui peuvent être qui peut être retrouvée sur leur site et sur YouTube. Elle est en accès libre et elle est extrêmement instructive. C'est pas seulement des statistiques, c'est aussi des solutions, des compréhensions systémiques et cetera.

Je la recommande très chaudement. Voilà. [Applaudissements] Merci beaucoup.

Et donc tu as fait le lien il y a quelques minutes avec notamment Jordan Bardella l'extrême droite. Donc je le disais en introduction donc vous êtes tous les deux donc Florence et Victor parmi les initiatrices et initiateurs donc de la tribune antispéciste contre l'extrême droite. Et donc cette extrême droite il y a une idée reçue alimentée beaucoup par la figure de Brigitte Bardau notamment ou par l'image des chats de Marine Le Pen qui associe la cause animale et l'extrême droite.

Alors pourtant bah c'est totalement faux. On le voit avec les votes concrètement donc des élus du Rassemblement national ou du groupe des patriotes au Parlement européen. En fait c'est pas compliqué.

Systématiquement leurs votes sont toujours contre les intérêts des animaux. Ça ne va jamais du tout dans le bon sens. Pour exemple au Parlement européen, l'extrême droite a voté contre l'interdiction du transport pour les femelles en fin de gestation, contre la fin des subventions des élevages de taureaux destinés au corrida. contre une meilleure protection des aires marines protégées, pour l'autorisation de la chasse dans de futures zones protégées en Europe, pour diminuer le statut de protection du loup, pour le chalutage en eau profonde dans les aires marines protégées.

À l'Assemblée nationale, c'est pareil. Ils ont voté contre un moratoire pour les élevages en cage, contre l'augmentation de l'offre végétérienne en restauration scolaire, pour les amendements bayon, contre les association et lanceur d'aler d'alerte donc 10 amendements L214 donc qui sont pour empêcher d'avoir des vidéos de ce qui se passe entre derrière les murs donc des abattoirs et des et des élevages. Et donc c'est systématiquement des votes contre les intérêts des animaux.

De la même façon, Emmanuel Bler qui est actuellement donc qui est un député du Rassemblement national et qui est actuellement le président du groupe d'étude conditions animale de l'Assemblée nationale. Il a argumenté donc il y a quelques mois pour s'opposer à la proposition de loi visant à interdire l'importation et l'exportation des trophées de chasse d'espèces protégées notamment en Afrique. Et bien, il nous expliquait Emmanuel Blairry que s'il n'y avait euh plus de trophée de chasse, qu'il n'y avait plus de braconnage, et bien les espèces, si elles n'était pas régulé, elle serait tuée par qui ?

Et bien par les terroristes islamistes. Et que du coup, bah c'était embêtant. Donc il valait mieux continuer à avoir des trophées de chasse.

Donc de la même façon, lui-même pour la première réunion donc du groupe Conditions animale donc de l'Assemblée nationale, qui a-t-il invité ? et bien les chasseurs et notamment les chasseurs à cours et aucune association de défense ou de protection des animaux n'a été convié à la réunion qu'il organisait. Donc on voit très bien où sont les les priorités du Rassemblement national concernant les animaux.

Et au-delà des élus, on voit l'instrumentalisation de la cause animale par l'extrême droite également sur les réseaux sociaux avec le cas emblématique de l'abattage sans étourdissement, donc qui est totalement associé sans aucune nuance à l'abattage rituel, sachant qu'il peut y avoir des étourdissements réversibles et cetera et que ce n'est pas la même chose exactement l'abattage rituel et l'abattage sans étourdissement. Mais systématiquement, dès que sur les réseaux sociaux on parle des animaux, euh on a des centaines de commentaires de personnes extrême droite qui nous disent en boucle et l'abattage rituel, vous n'en parlez jamais. Et l'abattage rituel, vous n'en parlez jamais.

Que ce soit sur des vidéos d'214, par exemple, une campagne sur l'abattage sans étourdissement, ils expliquent mais l'abattage rituel, vous n'en parlez jamais. ou bien si l'on parle de n'importe quel sujet sur les animaux ou que nous-même à la France insoumise nous parlions des mesures de notre programme dans lequel nous garantissons euh l'étourdissement préalable de l'abattage de tous les animaux sans exception. Et bien l'extrême droite nous dit aussi "Mais l'abattage rituel vous n'en parlez jamais." Donc on voit bien les priorités du Rassemblement national, l'instrumentalisation qu'ils font des animaux uniquement pour des fins racistes et pour stigmatiser une partie de la population.

Alors que pour reprendre donc les mots desmafouro lors de la dernière conférence que l'on a fait et qui était avec le cœur, c'est l'extrême droite. Ils s'en foutent complètement des animaux. Voilà, tout simplement.

Donc je reviens vers vous Florence et Victor et donc dans cette tribune antispéciste contre l'extrême droite, vous déclariez le spécisme idéologie qui hiérarchise les animaux en fonction de l'espèce à laquelle ils appartiennent se nourrit des idées défendues par l'extrême droite. Donc est-ce que vous pouvez développer ? Donc bah Florence d'abord et ensuite Victor voilà, il reste pas beaucoup de temps donc Oui.

Alors effectivement quand on a écrit cette tribune, alors ça nous paraissais déjà être important de clarifier la position qui consiste à dire que les antispécistes reconnaissent que l'extrême droite est un danger mortel pour des populations particulièrement vulnérables dont on considère que les animaux non humains font partie. Euh cette tribune, on l' écrit dans un contexte très particulier des législatives anticipées et cetera et tous les débats qu'il y a eu récemment là-dessus. Et l'idée c'était effectivement de répéter que les valeurs défendues par l'extrême droite sont exactement l'inverse des valeurs défendues par la lutte antispéciste.

À savoir, c'est un peu ce que je disais tout à l'heure sur les systèmes de domination, c'est que les valeurs profondes de l'extrême droite, c'est le suprémacisme, c'est-à-dire le fait de confirmer qu'il y a des groupes qui sont supérieurs à d'autres, de l'accepter, de l'entériner et cetera. Le l'antispécisme promeut un égalitarisme, c'est-à-dire justement le fait de ne pas considérer qu'il y a des groupes qui sont supérieurs à d'autres. Du côté de l'extrême droite, on a aussi des préjugés, des stéréotypes à l'ex à l'égard pardon, des exogoupes, c'est-àdire des groupes qui ne sont pas soi-mêmes.

Euh l'antispécisme rejette ses préjugés et remet en question justement les stéréotypes qui sont associés en disant "Non, les animaux non humains ne sont pas des êtres d'instinct, stupides, incapable et cetera." et quand bien même ils seraient stupides et incapable, il faudrait quand même prendre en compte leurs intérêts. Mais en tout cas euh on a un refus aussi de de l'anthropocentrisme alors que l'anthropocentrisme est au cœur du projet de l'extrême droite, mais c'est même pire que ça, c'est l'ethnocentrisme en fait qui est au cœur.

On a aussi à l'extrême droite la promotion de l'exceptionalisme humain dont je parlais aussi tout à l'heure alors que cet exceptionalisme est rejeté profondément par l'antispécisme qui compte bien replacer l'humain dans la continuité évolutive du vivant. On a à l'extrême droite aussi la promotion des discriminations arbitraires et l'antispécisme et le rejet de ces discriminations. Précisément à l'extrême droite, on a aussi des politiques inégalitaires et du conservatisme.

Et l'antispécisme, lui accepte, demande, exige de remettre en cause les traditions qui sont délétaires et d'avancer justement pour révolutionner notre rapport aux autres animaux et faire évoluer ces traditions pour euh limiter les souffrances. Et là, je parle pas de déclaratif, hein, parce que les la l'extrême droite peut se dire pro animaux, euh même égalitaire, pro rassemblement, les termes en fait, les mots veulent plus rien dire, hein, avec l'extrême droite. Donc, je parle pas de déclarative, je parle de valeurs profonde et d'ADN, entre guillemets, vraiment des valeurs qui euh constituent euh ces ces mouvements.

Et le spécisme, il est partout, hein, y compris à gauche aussi. Euh mais en fait, il est pas fondamentalement compatible avec toutes les valeurs, il est fondamentalement euh l'antispécisme est fondamentalement incompatible avec l'extrême droite. Tout montre en fait que l'ext droite est ennemi des animaux.

Et effectivement, c'est jamais le spécisme qui est attaqué par l'examite, c'est plutôt les antispécistes en fait, hein. Louis Aliot qui est qui était en 2018 premier vice-président du RN disait "Les antispécistes sont une nébuleuse mal connue d'individus radicalisés. Euh selon eux, la droit de la loi devrait accorder à toutes les créatures vivantes les mêmes droits qu'aux hommes.

Donc selon ce postulat, on veut donner le droit de vote aux plante aussi. Alors apparemment c'est ça le projet des antispécistes. Bon et en fait au-delà de des actions qui sont contre les animaux dont tu parlais, il y a aussi une inaction chronique, c'est-à-dire que dans la vie politique, et Mafouro on parlait aussi, il y a aucune proposition qui est formalisée, qui est formulée par l'extrême droite en faveur des animaux.

Aucune avancée, rien du tout. Euh je vais laisser la parole à Victor parce que tu as dit qu'on a pas beaucoup de temps. Ouais, c'est sûr.

D'accord. Euh juste pour revenir sur cette rhthorique aussi qui vise plus spécifiquement des populations déjà marginalisées. Alors notamment les populations musulmanes et juives par rapport à l'abattage rituel.

Il y a effectivement une hypocrisie terrible. Jordan Bardella disait que l'abattage sans étourdissement était une honte parce que il était question de dignité animale mais effectivement il ne s'est jamais opposé à la corrida, il s'est jamais opposé au combat de coque. Et euh c'est aussi des personnes qui disent que l'antispécisme est une menace civilisationnelle.

Comme je le disais tout à l'heure, en fait, on a la même rhtorique que dans les mouvements pseudo-féministes d'extrême droite qui vont désigner les personnes immigrantes, étrangère comme ou racisé en général comme étant particulièrement en danger pour les femmes et notamment en rattachant cette question à la question des violences sexuelles et sexistes et sexuelles. Et cette rhthorique, elle vise bien sûr à bah établir un bouqu émissaire. On a exactement le le la même relation avec la question des animaux en fait.

Euh et voilà, je sais pas si tu as quelque chose à ajouter. Est-ce qu'il y a un peu de temps ? Peut-être je peux rebondir là-dessus parce que j'ai l'impression qu'il y a une façon de se prévenir, nous c'est ce qu'on voulait faire aussi dans l'intention de de l'écriture de cette tribune, c'était euh de montrer enfin elle a été signée par plus de 600 personnalités et collectifs antispécistes, des gens qui se qui s'engagent très clairement en disant "Nous, on a rien à voir avec l'extrême droite et on doit la combattre de toutes nos forces et c'est la priorité politique du moment.

Euh enfin ça l'it tout le temps et ça va ça l' ça le devient de plus en plus parce que c'est une énorme menace évidemment et je pense que tout le monde avait pas forcément cette idée que 600 euh collectifs et personnalités antispécistes pouvaient se réunir en quelques jours et euh se motiver et euh et s'engager fortement sur la question. Alors certes, juste dans dans le cas d'une tribune, mais en fait les gens, ils étaient aussi engagés sur le terrain. Euh pas toujours en tant qu'antispéciiste, mais en fait nous qui les connaissons, on sait à quel point c'est un sujet qui nous préoccupe aussi dans nos luttes.

Et je pense que c'est c'était important pour nous de dire la lutte antispéciste, elle doit pas prêter le flanc à des interprétations et à des récupérations politiques justement et typiquement des récupérations islamophobes ou antisémites quand on nous sort en permanence la question de l'abattage rituel. En fait, c'est vraiment si c'est pour revéhuler des dynamiques racistes et euh une fois de plus, comme les dynamiques coloniales dont je dont dont je parlais plus tôt, finalement venir convoquer euh une certaine représentation de ce que doit être l'animalisme en fait, un un animalisme complètement dépolitisé, vidé de ces valeurs politiques, vidé toute l'analyse de fonds qui est fait dans le mouvement antispéciste, d'à quel point c'est imbriqué avec plein d'autres systèmes de domination. Et donc bah c'est de toute évidence, on va pas venir utiliser l'animalisme pour aller défendre quelque chose de raciste à côté.

C'est pas ça qu'il faut faire. Ça pour nous ça nous paraît évident mais en fait ça ça demande de porter euh une version de l'antispécisme qui soit justement politisée de c de cette façon-là qui qui donne toujours à comprendre que le spécisme est pas déconnecté de du reste de bah pour reprendre les les mots très justes de de chaotérarchie de de l'ordre de l'ordre zéosocial finalement et on est engagé je pense que on peut le dire contre tout c enfin cet ordre complet finalement de toutes les dominations et de la façon dont ça s'imbrique aussi avec d'autres. On n'est pas juste pour un animalisme vidé toute substance et qui laisserait penser que finalement dans une vision un peu apolitique qu'il y a que la question animale ou qu'elle peut être complètement détachée, vidée de substances politiques et qu'on peut lutter pour l'animalisme sans penser toutes les intersections multiples avec ces questionsl.

Je pense que c'est quand on les pense pas bien ou quand on prétend ne faire sans finalement qu'on prête le flanc qu'il y a des trous dans la raquette finalement et que c'est d'autant plus facile après de venir récupérer cette version dépolitisée de l'animalisme pour dire "Ah ben elle est parfaitement compatible avec nos valeurs d'extrême droite." c'est c'est le risque et c'est ce qu'on voulait prévenir euh d'avance et pour le futur et faut le faire encore plus et de façon plus claire. Mais voilà, c'est c'était aussi dans cette directionlà qu'on voulait aller avec la tribune.

Je pense. Juste une toute petite précision si je peux. Ouais.

C'est aussi que je pense que on a une manière dont les luttes antispécies sont envisagées ou connues du grand public entre guillemets, y compris d'un public un peu militant et engagé qui est un peu déformé par les personnalités qu'on peut penser être animaliste ou antispéciiste. En l'occurrence, quand on parle d'antispécisme ou de d'intérêt des animaux non humains et cetera et de ces luttes là, on pense souvent en fait à Brigitte Bardau, en tout cas dans le grand public, c'est beaucoup ce qui revient, ou à Hugo Clément et en fait des des personnalités qui par ailleurs ont pu avoir des accoenances fâcheuses ou des propos carrément racistes, homophobes, misogynes et cetera. Et en ce qui concerne Bidite Bardau, elle est elle est pas elle a jamais été végane.

Elle est antivégane en fait. Elle n'a jamais été antispéciste. Jamais.

Elle a jamais parlé de spécisme non plus. Et en ce qui concerne Hugo Clément, c'est pareil, il est pas végan et euh il a jamais été antispéciste non plus. Donc en fait, si on veut s'intéresser à la question du spécisme et de l'antispécisme euh au sentiantme, vraiment, il vaut mieux aller voir du côté de Coutarchie.

Il vaut mieux aller voir de voilà du côté des personnes qu'on a mentionné ici parce que c'est pas forcément les personnes les plus visibles. Je pense qu'il y a un intérêt très fort à gauche justement à visibiliser ces personnalités et à un peu moins rebondir sur toutes les paniques autour de Hugo Clément et Brigitte Bardau. Je pense qu'il faut les laisser là où ils sont.

Euh voilà donc euh je pense qu'il faut se Ouais. se méfier des personnalités les plus mises en valeur sur ces thématiques-là. Merci.

Ben donc euh juste quelques mots pour conclure. Donc il nous reste vraiment pas beaucoup de temps. Donc en deux mots, quelles sont vos conclusions à cette conférence ?

Donc Victor puis Florence. Du coup, je vais je vais pas faire long mais juste bah rappeler d'aller lire et et d'aller lire les travaux et mettre en visibilité tous les personnes toutes les personnes dont on a cité. Enfin, on s'appuie beaucoup sur sur les travaux de plein d'autres personnes en fait.

Moi c'est pas du tout mes idées dont je parlais là, c'était c'est le travail militant et de recherche qui est fait par plein d'autres personnes activement engagées dans ces luttes et c'est ces personnes-là qu'il faut aller suivre et et mettre en valeur notamment sur les réseaux. Mais voilà, c'est et elles vous donneront encore beaucoup plus d'informations et ce sera beaucoup plus pertinent. Et aussi se dire que on n pas du tout pu le faire le tour enfin en fait là on a fait qu'efleurer la la vaste en fait le vaste champ de connaissance et de compréhension de d'à quel point le spécisme est est coproduit avec plein d'autres systèmes de domination. il y aurait beaucoup plus à dire que ce qu'on a eu le temps là en 1hure et3 de de d'envisager, mais que si le sujet vous intéresse et que si ça a aiguisé votre curiosité, euh il y a vraiment plein de choses à aller à aller creuser et à aller comprendre sur ces sujets-là et plein de contenus qu'on peut vous recommander mais que du coup on va peut-être recommander ensuite.

Euh oui, moi le le mot de la fin ce serait peut-être que euh il y a peut-être personnes, beaucoup de personnes ici qui sont au courant, mais militer c'est difficile et on peut pas tout savoir. Donc c'est très très long de se renseigner sur des sujets, sur les luttes, de comprendre les mécanismes, les revendications et cetera. Euh cette difficulté, je pense que toutes les personnes qui militent l'ont à l'esprit et euh d'autant plus c'est d'autant plus difficile de s'intéresser à une lutte quand on est en situation de domination et c'est très exactement notre cas en tant qu'humain par rapport aux autres animaux euh comme ça peut être le cas quand on est hétéro face aux luttes LGBTQA+ comme et cetera et cetera et que il y a une précaution particulière du coup à adopter. une position pour moi qui est une bonne position, c'est une posture d'humilité en se disant qu'on peut pas tout savoir et que c'est important de se renseigner, d'apprendre et de prendre le temps d'apprendre avant de de juger des revendications qui sont portées, d'essayer de bien les comprendre et cetera.

Et du coup, je terminerai avec les mots de Dalila Awada que j'ai déjà cité tout à l'heure qui parle justement des luttes racistes et euh des luttes antiracistes, pardon, et antispécistes en disant "Une des approches qui peut être euh adoptée est celle de la non agression". On ne peut pas on peut ne pas adhérer et ne pas vouloir y consacrer du temps sans pour autant miner les efforts de celles et ceux qui travaillent dans d'autres mouvements. Et je pense que cette posture est une bonne posture à savoir que si on a pas le temps de se renseigner et effectivement ça demande de gros efforts, alors on peut au moins être dans une posture de non agression avec des camarades qui défendent aussi les populations les plus vulnérables.

Merci. [Applaudissements] Merci beaucoup. Alors euh il est 55 donc ça va couper enfin on va nous dire gentiment de partir dans moins de 5 minutes.

Donc c'est compliqué je pense pour vous faire passer le micro parce que le temps simplement de poser la question on aura pas le temps d'y répondre. Mais ce qu'on vous propose c'est de venir nous poser les questions sur le stand donc du groupe Condition Animale. Florence et Victor pourront y être pendant un petit temps là juste après la conférence.

Euh on a également des militants du groupe, donc euh des ouvrages qui sont présents. Euh alors on l'ouvrage l'animal et nous donc de Kautarchi n'y est pas mais par contre il est à l'espace livre à l'entrée là où il y a toutes les toutes les librairies qui sont présentes. Euh mais euh pas mal de livres dont on a parlé aujourd'hui y sont.

Vous pouvez retrouver le la revue La Morce dans lequel donc Victor et Florence ont coécrit. Euh vous avez le lien pour commander précommander l'ouvrage de Victor. Donc ça sera voilà plus simple de pouvoir échanger sur le stand.

Donc merci beaucoup ben à vous toutes et tous d'être venu. Merci à Florence et à Victor euh pour nous retrouver également à l'issue des amphis. Donc nous sommes sur les réseaux sociaux, le groupe Condition animale, la France insoumise ou animaux insoumis pour notre petit pseudo.

Nous sommes sur X, sur Blue Sky, sur Trade, sur Instagram, sur Facebook et sur YouTube. Donc vous n'avez aucune excuse pour ne pas nous trouver. Donc je veux voir les nombres d'abonnés augmenter tout à l'heure.

Merci et on se retrouve donc très vite au stand et à très bientôt. Et merci à toutes et à tous. [Applaudissements]