Bertrand est le seul survivant dans l’affaire du « tueur de DRH »
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Chapitres
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:54Fait
« il m'a juste demandé est-ce que c'est vous Bertrand Mchelle ? »
- 2:37Fait
« il a utilisé le pistolet qui était équipé d'un silencieux. C'est pour ça que j'ai pris pour un pétard »
- 5:18Fait
« on a cherché à me tuer puisque j'étais déjà tireur sportif à l'époque »
- 8:52Fait
« l'affaire du DRH d'Airfance, c'est malheureusement un précédent par rapport à ce que Bertrand a vécu »
- 10:08Fait
« c'était un salarié qui avait été embauché juste un peu avant que je prenne ce poste de DRH Europe à Galardon en 2006 »
- 14:16Fait
« il comptait s'attaquer au procureur ? Est-ce que c'était prémédité ? »
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Le le jour de l'agression, c'était le le 26 janvier euh 2021. Euh ce jour-là, j'étais al j'étais au bureau la journée et puis j'avais un trou dans le poids du temps. J'avais profité pour rentrer chez moi parce qu'il neigeait et j'avais encore une conférence téléphonique le soir avec les avec les États-Unis et on était en train de travailler dans cette conférence téléphonique lorsque ben j'ai vu euh très peu de circulation là où j'habite et j'ai vu une voiture qui se garait un endroit qui est tout à fait inhabituel. Je suis allé jeter un petit œil par la fenêtre à ce qui se passait. Bon, puis je suis retourné dans ma conférence téléphonique et puis
euh 2 minutes après, ça a sonné à la porte. Je dis à mes interlocuteurs, "Ben attendez, ça sonne, je vais je vais aller jeter un œil." Et en allumant la lumière, je vois quelqu'un qui carton en pizza. Je me dis "Bon, il va me demander le nom d'un voisin parce que j'ai pas commandé de pizza." Et euh lorsque j'ouvre la porte, il me demande si je suis bien Bertr à ce moment-là, j'entends comme un pétard. Je comprends pas trop ce qui se passe. Il est masqué, il est Oui, oui. Enfin, alors [raclement de gorge] on était en demi-confinement à ce moment-là, donc il a un mascoïde, des lunettes, une casquette, il fait froidin, il y a de la neige dehors, euh un gros
zorac. Euh et puis je je le vois qui reste comme étonné pendant 2 3 secondes. Ça ça m'interpelle. Et tout d'un coup, il t'étale comme un lapin. Et il a une voix agressive, il a une voix enfin vous sentez vous entendez un pétard mais est-ce que vous sentez que cet homme est agressif, qu'il est là pour vous faire du mal ? Non, je l'ai pas senti. Surtout que il m'a juste demandé est-ce que c'est vous Bertrand Mchelle ? Euh non, j'ai pas senti de d'agressivité particulière. Et là, vous sentez donc vous entendez un pétard ? Ouais. Et après quoi ? Et bah après lui euh il part en
courant et euh je me dis mais euh qu'est-ce qui se passe ? Et donc euh je lui cours après euh dans la neige en chaussette mais bon ça c'est un détail et euh je le plaque au sol pour essayer de comprendre. À ce moment-là, je pensais que c un copain qui me faisait qui me faisait une blague. Et puis vous êtes blessé au moment où vous entendez le pétard ? Est-ce que vous êtes blessé ? Vous en rendez pas compte ? Non non non. La balle est passée juste juste ici là 10 parce que c'était parce que c'est important de le dire, c'était une balle, c'est-à-dire qu'il vous a tiré dessus. Oui, il m'a tiré dessus. Euh alors je je l'ai pris pour un pétard parce que il y avait un silencieux sur le sur le revolver euh pardon sur le pistolet. Mais euh mais j'avais pas je
je n'ai pas vu l'arbre, il était caché sous le carton pizza. Ah c'était caché sous le carton. D'accord. Et donc vous lui avez couru après. Ouais, cour après je l'ai plaqué et puis là on a commencé à se battre et notamment il a utilisé il a utilisé le pistolet qui était équipé d'un silencieux. C'est pour ça que j'ai pris pour un pétard et pour me pour me frapper à la tête. Donc là, je voyais bien que c'était pas quelqu'un qui m une mauvaise [raclement de gorge] blague et euh il est donc lui essaie de se dégager pour pour réussir à partir. Moi, je voulais comprendre donc j'essaie de le bloquer sur place. Pourquoi vous lui avez couru après ? Pardon Bertrand, est-ce que vous me dites vous pensiez que c'est un copain mais vous êtes retrouvé à vous battre pour cette
ou enfin vous savez dans ces cas-là c'est juste un réflexe he vous avez pas le temps de réfléchir et et de dérouler la procédure et d'aller chercher dans le catalogue des procédures ISO ce que quel comportement vous devez avoir. Donc oui, j'avais simplement besoin de comprendre ce qui se passait et euh et vous vous avez été blessé quand vous êtes battu avec lui vous a tapé avec la cross oui. Il m'a tapé avec la crosse du pistolet. Donc oui, j'avais des blessures quand même assez graves un peu partout autour de la tête. Et il vous disait quelque chose pendant que vous vous battiez dans la neige ? Non, strictement rien. Elle est un peu un peu incroyable cette scène Bertrand parce que je vous imagine en train de vous battre dans la neige en chaussette avec cet homme qui vous
agressé. Vous savez même pas pourquoi. Oui, il vous dit rien quoi. Non, il dit rien. Et un moment la tirette de sonorac s'ouvre. il arrive à se dégager, il part se réfugier euh dans la fameuse voiture. Euh, il s'enferme dans la voiture. Moi, j'arrive, j'essaie de récupérer mes lunettes, je vois qu'elles sont en morceau. Euh, j'arrive, je vois qu' la voiture est fermée à clé. Je commence à taper sur les vitres pour essayer de casser les vitres et puis le sortir de la voiture pour comprendre ce qui se passe, quoi. Et la voiture était garée en pente à ce moment-là. il essait de mettre la clé dans le contacteur, il y arrivait pas parce que je tapais trop fort. Et donc soit
il a passé le point mort, soit il a déverrouiller le frein à main et la voiture a commencé à prendre la vitesse dans la descente et moi j'ai dû lâcher l'affaire. Chez nous, on sale pas, on met des gravions, donc sur lorsqu'il neige et donc dans chaussette, ça faisait trop mal au pied. J'ai dû j'ai dû lâcher. J'ai encore couru un peu un peu derrière la voiture pour essayer de lire la plaque. J'ai pas réussi à lire parce que j'avais du sang dans les yeux. J'ai plus les lunettes et puis euh et puis voilà, il a réussi il a réussi à partir. Donc je suis rentré chez moi, j'ai pu récupérer un certain nombre d'indices hein. Le fameux carton en pizza, le masque le masque Covid, la cas une dextérité. Je suis très impressionné parce que dans la violence de ce que vous vivez,
dans l'incompréhension totale, parce qu'encore une fois à ce moment-là, vous ne savez pas du tout qui est cet homme, vous pensez à récupérer tout alors que vous êtes en sang. Oui oui. Bah oui, c'est un réflexe hein. Et puis euh alors je veux je rentre chez moi pour faire le 17 effectivement et c'est en rentrant chez moi que je vois le que je vois l'impact dans la porte d'entrée. Et c'est là que je comprends qu'en fait on a cherché à me tuer puisque j'étais déjà tireur sportif à l'époque et je vois que là on est sur de gros calibres ou du 9 ou du 38 spécial ou du 357 Magnum. Euh et est-ce que vous vous dites "J'étais au mauvais endroit, au mauvais moment où vous comprenez que vous êtes
visé ?" Non non, là euh [raclement de gorge] je déroule simplement une procédure hein. Protéger, alerter, secourir, tac tac tac. Le but du jeu là, c'était de prendre le téléphone, appeler le 17, expliquer factuellement ce qui s'était passé et puis la gendarme que j'avais me garde me garde en ligne. Elle tenait absolument me garder en ligne jusqu'à ce que ses collègues arrivent. Ils sont arrivés très vite. Une première équipe de gendarme et puis une deuxième. Les pompiers arrivent pour me soigner. une troisème équipe de gendarme, les pompiers qui s'énervent parce que ben j'étais en train de mettre du sang partout chez moi et qu'il fallait me recoudre quand même assez rapidement.
Euh s'il faut recoudre dans les 2 heures dans les 2hes qui suivent euh ils arrivent à me mettre sur la civière. Euh je pars dans l'ambulance et puis juste au moment où l'ambulance démarre, il y a un gendarme qui court derrière l'ambulance qui frappe à la porte. Alors, je demande au chauffeur d'arrêter et c'est là qui me demande [raclement de gorge] un DRH à Volkens, ça vous dit quelque chose ? Et je savais que la salle DRH à Valzan c'était Estelle. C'est là que j'ai compris que c'était grave quoi. Et bon, puis à partir de là, je suis je suis parti à l'hôpital. Euh les enquêteurs enfin les gendarmes m'ont suivi à l'hôpital. Bertrand,
pour que tout le monde comprenne bien, il vous dit juste cette femme Estelle, ça vous dit quelque chose ? Et ils vous dit ce qui est arrivé à Estelle. Non, non, non, non, non. Et ils ont Non, non, sont des professionnels et ils ont Non, non, ils ont rien lâché. Pourtant, je peux vous assurer euh que j'ai tenté de j'ai tenté de savoir mais ils ont [raclement de gorge] strictement rien lâché. Euh en fait, lorsque je suis sorti euh de la radio à 11h30, on est resté ensemble dans une chambre d'hôpital euh où ça a été euh alors un interrogatoire, c'est peut-être pas le terme qui convient, mais euh j'essayie de leur passer un maximum d'information. Ça a duré jusqu'à 3h
ou 3h30 du matin, mais pendant tout ce tempslà, ils ne m'ont pas expliqué ce qui s'était passé. Et vous dans toute cette journée complètement incroyable que vous nous racontez à quel moment vous allez vous dire que votre profession a peut-être un lien que c'est aussi parce que la Estelle dont vous nous parlez cette jeune femme aussi était des RH. À quel moment le puzzle va commencer à se mettre en place ? Ouais ça très rapidement à partir du moment où il m'avait posé la question et que l'ambulance est repartie. Et vous aviez pensé que peut-être un jour on puisse essayer de vous tuer ? Non quand même pas ce point-là. Bien que l'affaire du DRH d'Air France nous avait quand même avait quand même secoué toute la profession mais pas pas à ce pointlà.
Vous pouvez me dire un mot sur cette affaire peut-être ? Ben l'affaire du DRH d'Airfance, c'est malheureusement un précédent par rapport à ce que Bertrand a vécu. C'est-à-dire que une directrice des ressources humaines d'Airfance avait licencié quelqu'un. Juste, je veux rappeler que le directeur des relations humaines, c'est pas le patron, il il exécute les directives qui lui sont données, quoi. C'est c'est pas lui qui prend la décision de faire ça ou de licencier quelqu'un. Et bah cette femme a été tuée par la personne qu'elle que qu'elle avait qu'elle avait licencié à la demande de sa direction quoi, tout simplement. Quand est-ce que vous avez su qu'il y avait d'autres victimes ? Ben, je m'en
suis douté euh tout de suite pour Estelle et euh bah le surlendemain, il était à Valence et euh là, il a tué une autre DRH et euh une conseillère pour l'emploi euh qui ne l'avait jamais vu d'ailleurs et qui ne s'était jamais occupé de lui, hein. Donc euh elle elle a eu la malchance d'être dans le dernier bureau à droite avant la sortie de secours où il avait garé sa voiture pour pouvoir s'enfuir après. et il a été arrêté par la police au moment où il se rendait au tribunal de grande instance pour pour tuer le procureur de la République. Mon dieu ! Alors qui était cet homme ? Alors, quel était votre lien avec lui ? Bah, mon lien avec lui, c'est que c'était un salarié
qui avait été embauché juste un peu avant que je prenne ce poste de DRH Europe à Galardon en 2006. Et lorsque je suis arrivé, on m'a tout de suite parlé de lui en me disant "Bah, on a un problème. Il il n'écoute pas, il n'implique pas ce que son responsable hiérarchique lui demande. Euh il est il arrive pas à travailler avec ses collègues dans l'équipe. Vous vous souveniez de lui ? Ah oui oui oui oui oui oui oui. Très bien. Très très bien. Donc on vous avait demandé de le licencier cet homme ? Bah, lorsque lorsque j'étais arrivé, on j'avais eu une longue discussion avec
lui. On avait mis un certain nombre de choses euh remis sur les rails et euh normalement les choses auraient dû se passer euh auraient dû se passer correctement. Or euh ben il n'y a pas eu d'amélioration et euh oui, quelques temps plus tard, on en est arrivé à la conclusion qu'il fallait qu'on se sépare parce que ça ça ne collait pas, quoi. Et vous et Estelle à ce moment-là était votre stagiaire quand vous travaillez. était était stagiaire euh stagiaire en DSS de droit social aujourd'hui, on dirait master 2 et euh elle m'avait demandé si elle pouvait euh observer, regarder comment se passe l'entretien préalable parce que ben l'apprendre en théorie avec tous
les articles du code du travail, c'est une chose. Euh le vivre, l'expérimenter dans le vécu, çaen est une autre. Et donc j'avais posé la question à Fortin si ça lui posait un problème ou pas. Si s'il m'avait dit non, on il avait il avait accepté. Quelle quelle impression ! Oui, donc elle était évidemment liée à travers cet homme. Enfin, elle était liée aussi à cette histoire et c'est ce qui lui a coûté la vie. Enfin, elle lié euh elle était là quoi. Oui, elle est juste ça. C'est son visage était là au moment où il a été licencié. Elle était là mais je veux dire, elle n'a rien fait de concret. C'est moi qui ai l'entretien préalable. C'est moi qui ai signé la lettre de convocation à l'entretien préalable. C'est moi qui ai signé la lettre de licenci Simon.
C'est moi qui ai mené l'entretien préalable. Euh juste quelle impression il vous avait faite à l'époque cet homme ? Alors à l'époque c'était quelqu'un qui m'avait laissé une impression d'être décalé par rapport à la réalité. Euh mais c'est quelqu'un de tenace et de combatif, pas forcément têtu hein, tenace. Et sur certains aspects, oui, j'étais un peu admiratif de sa combativité. Euh bah il n'empêche que bah un moment c'est pas c'est pas simple de qu'un salarié puisse s'adapter à une culture d'entreprise ou une culture d'équipe. Donc bah il y a des moments
où malheureusement faut constater que ça ne fonctionne pas. Pour faire mon métier, je pense qu'il faut bah d'une part profondément aimer les gens. Ça c'est une conditioné quanon si on peut pas tenir 38 ans comme moi. Et et puis il faut accepter le fait qu'il y a pas de mauvais salariés. Il y a des salariés adaptés à certains types d'entreprises, des salariés adaptés à d'autres types d'entreprises et le mariage n'est pas toujours n'est pas toujours très simple. Il avait il avait rien enfin c'était 15 ans plus tard, c'est-à-dire que lui avait évidemment rien oublié. Vous ne l'avez pas reconnu ? Non. Derrière son derrière, il avait pris au moins 40 kg et euh avec [raclement de gorge] le masque,
la casquette. Euh puis j'avais la tête dans ma conférence téléphonique, hein. À l'époque, j'avais une usine de 600 personnes qui était en grève. On voulait éviter que la deuxième usine, là il y en avait 800 se mettent également en grève. Et en 15 ans, vous n'aviez pas une nouvelle de cet homme ? Non, j'en ai eu un petit peu après puisque il avait euh il avait attaqué le licenciement au Conseil des Prudomes et puis on n' jamais réussi à passer en bureau de jugement. Il a changé d'avocat entre-temps. Euh nous, on avait réussi à répondre à ses conclusions euh juste après euh la conciliation et puis on n'est jamais passé en bureau de jugement puisque le dossier n'est jamais allé au bout, hein. Est-ce que [raclement de gorge] vous m'avez dit il a été arrêté alors
qu'il comptait s'attaquer au procureur ? Est-ce que c'était prémédité ? Est-ce que cet homme a eu, pardon pour ce texte, pour ce pour cette expression, mais un coup de sang. Voilà, il a pété un plomb ou est-ce que il avait tout tissé ? [souffle coupé] J'allais vous retourner à la question. La personne tue euh enfin tente tue Estelle me tue après. On a su que quelques jours après qu'il avait tenté enfin qu'il avait pour projet de tuer trois personnes à Paris le lendemain et puis il en tue encore deux autres le surlendemain. Si avec ça on n pas de préméditation. Après les enquêteurs ont retrouvé euh des éléments, des preuves,
des fichiers, plus de 4 millions de fichiers sur son ordinateur. Il notait tout. Euh il notait quoi ? Il notait quoi ? Pardon ? Il notait quoi ? Votre vie, ce que vous faisiez monter jusqu'à vous ? Ou élément. Oui. Des éléments de ce genre-là, le temps qu'il fallait pour aller de là où habitait Estelle à chez moi, de là où elle travaillait à chez moi ou à chez Estelle. Euh, il notait le temps qu'il mettait pour aller de chez lui jusqu'à là-bas. Il notait combien l'autoroute, l'essence lui avait coûté. Euh, Ah oui, c'était. Et il avait été chez elle juste avant d'aller chez vous. Euh plusieurs années déjà avant, il avait suivi euh ses filles euh jusqu'à l'école,
il savait où elles étaient scolarisées. Euh enfin, un vrai travail de d'enquêteur, hein. Je voudrais qu'on regarde une photo d'Estelle. Évidemment, ça n'est pas la seule victime et on pense très fort au aux deux autres, mais cette jeune femme qui avait travaillé comme stagiaire à vos côtés au moment où vous avez croisé la route macabre de cet homme, je sais à quel point c'était important pour vous de qu'on voit son image et qu'on pense très très fort très fort à elle. Yeah.
Xavier Bertrand