Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewyoutube.com

Sur les gilets Jaunes, Juan Branco face à BFM TV et un député de Macron

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

direct avec nous, référent gilet jaune de la Côte-Bleue. Donc, vous avez entendu ce que nous disait M. Dechaume, c'est une répression du pouvoir politique, Jean Garrigue, vous êtes d'accord ?

Non, franchement, avec un regard d'historien, un peu de recul, entendre des mots comme répression, abus de pouvoir, comme l'a employé Jean-Luc Mélenchon, ça fait un tout petit peu sourire. Ou arrestation politique, comme l'a dit Rue Drouet aussi. De manière objective, il y a eu quand même, depuis le début du mouvement, beaucoup de contournements, on va dire ça tranquillement, de la loi par les gilets jaunes, des manifestations qui n'étaient pas autorisées, des occupations qui n'étaient pas autorisées, des provocations, des paroles qui pouvaient être sous le coup de la loi.

Donc, moi, je n'ai pas l'impression qu'on soit là dans un excès de répression. Il y a certainement des postures du côté du pouvoir, comme il y en a eu beaucoup du côté des gilets jaunes, parce que dans ce type d'affrontement social, il y a toujours un jeu de posture vis-à-vis de l'opinion publique. On imagine par exemple qu'Éric Rouet pouvait avoir l'idée de s'ériger un peu en figure de martyr avec son arrestation.

Il semblerait...

Il avait annoncé qu'il allait faire une action qui voulait choquer. Il l'avait dit dans une vidéo. Ça, ça fait partie du jeu.

Mais je pense que, franchement, il faut raison garder et rappeler quand même que l'ordre républicain, ça existe. Et l'ordre républicain, il s'applique à tous les citoyens. Juan Branco ?

Écoutez, pour moi, l'ordre républicain, ce n'est pas arrêter quelqu'un à le mettre en garde de vue pendant 20 heures parce qu'il a posé des bougies sur le sol pour rendre hommage à des morts. Je suis désolé, il n'y a aucune justification possible. C'est un truc très simpliste des choses.

Non, exactement, factuellement, ce qui s'est passé. Il n'y a pas de simplisme, il y a des faits qui doivent être rappelés. Sur aussi le manque d'excès du pouvoir, quand vous avez 1 400 blessés contre une révolte citoyenne, une mobilisation sociale, 1 400 blessés, excusez-moi, si vous ne trouvez pas que c'est excessif, je pense que dans n'importe quel pays où ce serait passé, où ce n'était pas la France, vous auriez été choqués qu'il y ait 10 morts et 1 400 blessés, que ce soit du fait de violences de manifestants qui étaient quand même minoritaires ou de la répression policière.

Dans les deux cas, dès le moment qu'un pouvoir se retrouve dans une situation qu'il nourrit, parce que M. Macron aurait très bien pu, très rapidement, comprendre ce qui se passait...

Non, mais c'est la même chose, c'est lié. C'est la gestion d'une mobilisation sociale. Des moments où vous poussez au pourrissement, jusqu'au point où un mois et demi après, vous en êtes encore à mettre en garde à vue des personnes qui posent des bougies sur le sol, pour rendre hommage à des morts, après avoir provoqué la blessure et la mort de 1 400 personnes et de 10 personnes, respectivement...

Ce sont les gilets jaunes qui ont provoqué la mort de ces personnes. Ce sont des accidents de la route à des barrages. Non, ce n'est pas 10 personnes.

Quand il y a quelqu'un qui se prend une flash-ball dans la tête alors qu'elle ferme ses volets, ce n'est pas les accidents de la route. Non, mais les 10 morts, il y a aussi...

Il y a des morts à des barrages, des accidents de la circulation. Est-ce qu'on est d'accord que la personne aujourd'hui qui a la responsabilité de la situation politique et sociale de ce pays, c'est le président de la République ? Oui ou non ?

Ah oui, ça c'est factuel. Est-ce que c'est sa responsabilité de s'assurer qu'il y a de l'ordre dans ce pays ? L'accident de la circulation, c'est le barrage, c'est Emmanuel Macron, c'est pas le barrage.

Pourquoi est-ce que des personnes se sont retrouvées à ce point acculées qu'elles en sont arrivées à provoquer des barrages ? Non. C'est une responsabilité politique ou pas ?

Oui, mais enfin, quand vous voyez arriver un camion face à vous, il y a aussi une responsabilité de la personne de ne pas se pousser. Non, oui. Mais est-ce que vous pensez que...

Enfin, on va pouvoir continuer longtemps comme ça ? Non, non, non. Le point d'arrêt, c'est la responsabilité du pouvoir politique en place de créer des situations de détresse qui arrivent à ce genre de mobilisation.

À moins que vous pensiez que ces personnes-là avaient la volonté de se mobiliser pour blesser des gens ou en tuer. Non, je ne pense pas. Donc à partir de là, la responsabilité politique, si on est démocrate, si on est réplicate, on dit, bah oui, en effet, j'attends toujours des excuses ou une reconnaissance de la malgestion de la situation, que ce soit par M.

Macron, par M. Philippe ou par M. Kastner, de dire, en effet, nous avons provoqué une situation qui n'aurait jamais dû exister.

Parce que dès le départ, nous n'aurions pas dû créer cette taxe, et nous nous excusons, et nous rendons hommage à ces personnes qui sont mortes et blessées. Il me semble que si vous êtes un homme responsable, un responsable politique, vous devriez inciter au contraire au calme et à la discussion. Maintenant, on est dans une phase de coproduction démocratique.

Avec le débat qui a été lancé. Avec le débat qui a été lancé. Et franchement, on ne comprend pas.

On ne comprend pas pourquoi ce jusqu'au boutisme...

Je comprends. En revanche, qu'une pression politique et sociale continue à s'exercer. C'est tout à fait légitime.

Le monde des gilets jaunes représente quelque chose de très profond dans la société française. Et dans le rapport de force, il faut être là. Et vous avez raison de le soutenir.

En revanche, comme ça, excusez toute forme de violence comme vous le faites. Mais quelle violence ? Justifiez cette violence physique.

Mais des bougies posées de la concorde. Non mais si vous ne me laissez pas...

Mais non mais pardon, mais quelle violence ? On parle de la...

On parle de...

Vous n'êtes pas capable de...

Mais non, parce que là, je suis désolé, il n'y a pas eu...

Vous essayez d'enverser le premier. Non, je renverse pas du...

Quelle violence ? Il a posé des bougies sur l'aise de la concorde. C'est son témoin.

Alors, Dominique Rizet, du service de la justice de BFM, c'est bon. En cause, juste sur l'aspect judiciaire, il y a souvent deux versions dans un dossier judiciaire. Donc, la version d'Éric Drouet et de son avocat.

Et la vôtre, c'est de dire, voilà, il venait déposer des bougies. La version du parquet, du parquet de Paris, de la justice, c'est de dire que des investigations conduites, communiquées du parquet de Paris, du procureur. Donc, je lis, les investigations conduites tant sur l'effet du 22 décembre, manif du 22, que celle du 2, donc celle d'hier, où la réunion, on va parler de manifestation, voilà, font apparaître qu'Éric Drouet était l'un des organisateurs des rassemblements.

Ça, c'est pour les tweets et pour son appel à rejoindre les Champs-Elysées. Voilà, donc, le parquet dit, ça, c'est un appel à se retrouver, c'est un appel à manifester. Et les manifestations ne sont pas déclarées, donc il y a toujours deux versions.

On ne va pas faire le nombre de manifestations, mais on veut choquer l'opinion publique. Je ne sais pas s'il y en aura qui seront avec nous sur les Champs-Elysées, mais on va tous y aller sans gilet. C'était la vidéo de M.

Drouet, oui. Pour ça, le parquet retient, donc, l'organisation de manifestations sans déclaration préalable. Et tant pour le 22 décembre que pour hier, le 2 décembre, M.

Drouet est convoqué devant le tribunal de Paris. On a joint les deux procédures et il comparaît, donc, le 15 février prochain, 9h, 24h. C'est qui est hiérarchiquement dépendant, le parquet ?

Bien sûr, le parquet est hiérarchiquement. Du ministère de la Justice ? Du ministère de la Justice, puisque les parquetiers, enfin, les procureurs de la République sont nommés par le ministère de la Justice.

Vous le rappelez, vous le rappelez. C'est quand même important, non ? Ensuite, il aura une deuxième convocation, M.

Drouet, cette fois-ci, le 5 juin, donc, devant toujours le tribunal de Paris, pour, on a dit ceci, les deux procédures, participation à un groupement vu de commettre des violences ou dégradations. Ça, c'est pour le 22 décembre. Et, port d'armes de catégorie D2, le parquet dit, une matraque en bois qui avait été retrouvée avec une lanière accrochée de façon artisanale, comme pour l'accrocher au poignet.

On cible un des principaux responsables d'un mouvement politique très important, un mouvement social très important. On le cible sur instruction, c'est évident, gouvernemental. On peut y penser ce qu'on veut, la chose est évidente.

Et on décide de le mettre en garde à vue. Pourquoi ? Ça, c'est quand même la question la plus intéressante.

Qu'est-ce que cherche à faire le gouvernement aujourd'hui ? Est-ce qu'il cherche à centraliser le débat sur M. Drouet, qui est un des porte-parole de ce mouvement, qui n'est pas le seul ?

Est-ce qu'il cherche à partir de là, parce qu'il considère que ce serait peut-être le point faible des gilets jaunes, à essayer de...

C'est une instrumentalisation politique, c'est évident. Je ne sais pas si c'est un point faible. Jean-Luc Mélenchon le voit plutôt comme un révolutionnaire.

Et comme un mou, et comme une figure centrale. Du coup, embraye sur le gouvernement pour essayer de prendre le contrepoint, pour s'attaquer au gouvernement à travers cette figure. Vous voyez bien que cette polarisation arrange tout le monde dans les forces politiques.

Maître Bronco, Éric Drouet dit lui-même, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, à la sortie de la conférence de presse, accompagnée de son avocat, Kéops Lara, donc dit lui-même, comme je vous l'ai dit, je ne suis pas un représentant des gilets jaunes, donc avec ou sans moi, ça continuera. C'est vrai quand même que là, on donne un exemple. Clairement, clairement, le pouvoir donne un exemple et dit stop à Éric Drouet, stop aux gilets jaunes sur les ronds-points, vous avez raison là-dessus.

Après, on l'interprète...

Sauf que ça remet peut-être de l'huile sur le feu avec une interpellation qui n'était pas forcément justifiée. C'est une stratégie du pourrissement, maître Jean Garry. Non, mais ce n'est pas forcément un calcul profitable au gouvernement, puisque ça met l'accent, au fond, sur quelque chose qui, à mon sens, est presque un épiphénomène par rapport à ce que représente profondément le mouvement des gilets jaunes.

Et d'ailleurs, on sait bien qu'Éric Drouet lui-même est plutôt isolé, en tout cas critiqué par d'autres courants des gilets jaunes. Un isolé, ce n'est peut-être pas le mot, parce qu'il a beaucoup de soutien. Mais il est quand même critiqué par d'autres courants.

Sa ligne est une ligne dure, il faut l'admettre, qui a provoqué à la violence politique, ce qui est quand même quelque chose d'assez grave. Mais c'est vrai aussi que la focalisation sur le cas d'Éric Drouet peut aussi se retourner contre le gouvernement. Est-ce que là, on arrive à un point qui peut être un vrai point de rupture, selon vous, dans ce conflit des gilets jaunes, comme vous le rappeliez, qui aurait pu être désamorcée assez rapidement et qui, malheureusement, maintenant, s'est ankylosée, encristée, avec des...

On a dû sortir des factieux aussi de ce mouvement, des vraies révoltées populaires. Et là, on arrive à un point de rupture, selon vous ? Je ne pense pas que ce soit un point de rupture.

Moi, j'ai toujours pensé que le mouvement des gilets jaunes n'allait pas s'arrêter, avec les concessions, avec même le lancement de la grande consultation nationale. J'allais dire, c'est souhaitable que ce mouvement ne s'arrête pas, parce qu'il doit faire partie de cette grande consultation. En revanche, c'est vrai que là, on est dans quelque chose qui va jouer par rapport à ce qui est le plus important, c'est-à-dire l'opinion publique.

Comment est-ce que l'opinion publique va, justement, s'emparer de cette question ? Il y a sympathie et soutien pour plus de 70% des gens, là, aujourd'hui. Alors, est-ce qu'ils vont continuer à soutenir un mouvement ?

Qu'est-ce qu'ils pensent d'Éric Drouet ? Ça, c'est une autre affaire. Et c'est vrai que c'est dommage, parce qu'à mon sens, ça pollue véritablement le débat majeur sur ce grand espace démocratique à refaire.

Je pense que la nature du pouvoir ne va pas changer, que ce pouvoir a peur. Ils savent très bien que les réformes qui vont venir sur l'assurance chômage et autres sont extrêmement dures, socialement parlant, et donc ne répondent pas du tout aux attentes de ce mouvement, qui est justement, au contraire, une attente de réconciliation, de reconstruction, notamment d'une dignité. C'est-à-dire que M.

Macron a fait un discours, celui qui a été vu par un témoignage français, dans lequel on a senti qu'il y avait peut-être éventuellement un pacte de décembre, sauf que dès qu'on voit son allocution qui est faite pour le nouvel an, il y a tout de suite la description des foules haineuses, c'est-à-dire qu'il y a quelque chose qui semble revenir de sa nature profonde, de son rapport aux politiques profondes, qui ne supporte pas ce mouvement. Et en fait, ce mépris qui est dénoncé, qui a été si mal vécu par les Français depuis son élection, depuis le début de son mandat, va revenir, j'en suis convaincu. Et donc à partir de là… – Mais ça, c'est un procès d'intention. – Non, ce n'est pas un procès d'intention dans le sens où je pense vraiment, c'est vraiment une pensée sincère, dans le sens où je pense que ça va revenir et le programme profond de Macron n'a pas changé.

Et donc entre ça et la crise de la représentativité vis-à-vis des médias, des représentants, des forces politiques, il n'a pas changé. C'est-à-dire que si on faisait une dissolution demain, les gens n'iraient pas voter. Personne ne croit que c'est ça la solution.

Ce n'est pas ça le problème aujourd'hui. Il y a une vraie crise qui est bien plus profonde. Et si ce n'est pas Édouard Philippe, mais Édouard Macron qui est centré, ciblé par ce mouvement, c'est bien qu'il y ait une raison.

Ce n'est pas qu'on proteste contre la République en marche en soi. C'est vraiment quelque chose qui va bien au-delà, qui touche aux institutions. Aujourd'hui, ça ne profite pas aux forces populaires de gauche, ça profite aux rassemblements nationales aujourd'hui.

Ce sont des seuls qui n'ont jamais exercé de responsabilité politique en France, donc on les considère comme étant hors système. Encore une fois, c'est la preuve que c'est bien le système qui est remis en question, le système représentatif tel qu'il existe aujourd'hui. Et donc sans remise à plat profonde de ce système, la chose va...

Je ne dis pas qu'elle va continuer dans cette forme actuelle. Il n'y a pas de raison pour jeter le bébé à l'eau du bain. Je veux dire que la démocratie représentative, c'est aussi ce qui nous a construit, ce qui a construit notre citoyenneté.

Attention qu'ils mettent de la démocratie participative. Oui, bien sûr. Mais moi, je pense que ce n'est pas la...

Mais attention, attention, parce que quand vous mettez à mal la démocratie représentative, vous avez précisément...

Moi, je dirais juste un mot là-dessus. Attention au maintien de l'étang. Il y a une étude de l'Inserm qui est sortie il y a quelques années, qui dit qu'il y a 15 000 morts chaque année du fait du chômage, donc sans compter à précarité, etc. 15 000 morts chaque année depuis 30 ans qu'il y a du chômage de masse, ça fait plus de 500 000 personnes qui sont morts du fait de l'incurie de nos politiques.

Donc attention au fait de penser que la situation actuelle, parce que nous, nous sommes dans une situation plutôt confortable et privilégiée à chacun d'entre nous au sein de la société, attention à penser que l'on peut encore faire tenir longtemps la situation telle qu'elle existe aujourd'hui. Est-ce qu'il va y avoir un acte 8, selon vous ? Il faut redouter ce que les policiers y pensent ?

L'acte 8, il est déjà en marche. Tous les jours, sur tous les ronds-points de France, l'acte 8, il est déjà en marche. Ça ne s'est jamais arrêté.

Alors donc, on attend samedi une manifestation qui pourrait se tenir à Bourges. À l'hôtel de ville. À Bourges.

Oui, il y a Bourges, Nice, Toulouse et l'hôtel de ville aussi, à Paris. Sans doute quelque chose à Paris, mais c'est la preuve aussi que ça ne s'arrête pas et que, comme le dit le maître Branco, il y a un malaise profond dans la société, qui est bien au-delà des gilets jaunes. C'est-à-dire que les gilets jaunes ont ouvert une brèche et ne sont pas les seuls à penser qu'il n'y a pas tous ceux qui manifestent et qui sont des gilets jaunes, qui pensent qu'effectivement, il y a quelque chose à changer fondamentalement dans cette société.

Mais qui ne passent plus avant, ont changé avec les élections. Sauf qu'aujourd'hui, ça ne passe plus par le processus électoral. En tout cas, ça n'est pas suffisant pour toute cette France-là qui s'est révélée au moment des gilets jaunes, enfin qui a pris la parole au moment des gilets jaunes, qui les soutient aussi.

Ça n'est plus suffisant. Il faut rajouter de la démocratie citoyenne, du participatif. Il faut qu'entre les élections, il se passe d'autres choses.

Ça, c'est très clair. C'est ce que les gilets jaunes ont montré. Pardon, mais le processus électoral, il est usé.

Il est usé, la preuve. La plupart des personnes ne sont pas les votées. Ceux qui ont voté sont quantités infimes.

Donc, il y a tout un tas de personnes qui ne sont pas d'accord avec le système et qui manifestent sans aller voter. Et peut-être que dans les gilets jaunes, il y a des gens comme ça. Merci, messieurs.

Sur les gilets Jaunes, Juan Branco face à BFM TV et un député de Macron — Juan Branco · Pourquijevote