L'interview éco. "Si l’immigration est bien gérée, l’impact économique est positif"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 90 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 92 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:38OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il y a une solution pour Calais, Jean-Christophe Dumont ?
- 1:08OuverteRéponse directe
Pourquoi est-ce que le Royaume-Uni attire tant ces hommes et ces femmes ?
- 2:26OuverteRéponse partielle
Vous êtes en train de dire que ces hommes et ces femmes devraient davantage s'installer en France ?
- 3:05OuverteRéponse directe
Où avez-vous regardé les conséquences locales lorsque des immigrés arrivent quelque part et qu'ils sont nombreux ?
- 4:37OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui est positif dans l'économie ?
- 6:12OuverteRéponse directe
Donc il faut de la concertation ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 5:37Locuteur 1Chiffre
« on va répartir 10 000 personnes dans des centres d'accueil et d'orientation »
- 6:43Locuteur 1Chiffre
« 25 000 personnes environ qui auront obtenu le statut de réfugiés dans l'ensemble de l'année 2015 en France »
- 6:57Locuteur 1Chiffre
« 250 personnes par département, moins d'une personne par commune française »
Temps de parole
- Locuteur 181 %
- Invité15 %
- Présentateur2 %
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L'invité éco du 17-20, Jean Lémarie, vous recevez un expert de l'OCDE.
Bonsoir Jean-Christophe Dumont. Bonsoir. Comme chaque année, vous publiez une grande étude sur les migrations internationales, autrement dit sur ceux qui y migrent, ceux qui les accueillent, la manière dont ça se passe, les conséquences économiques aussi.
En
France, en ce moment, je dis en ce moment, mais ça fait longtemps maintenant, il y a un symbole, c'est Calais, la jungle de Calais,
et
ces milliers de personnes dans la misère, entourées par des habitants qui, eux, se sentent souvent abandonnés.
Est
-ce qu'il y
a
une solution pour Calais, Jean-Christophe Dumont ?
C
'est la question à un million de dollars, mais...
Même pour un spécialiste, hein ?
C'est une question bien complexe et qui, effectivement, perdure depuis plus de dix ans. Je crois qu'il y a un travail de fond qui a été fait sur cette question, notamment pour inciter les gens à déposer l'asile en France, parce que c'est une partie de la solution. Le problème, vous le savez, c'est que les gens souhaitent aller au Royaume-Uni et ne veulent pas, ne veulent pas, jusqu'à présent, déposer l'asile en France.
Pourquoi est-ce que le Royaume-Uni, vous qui étudiez les flux tout au long de l'année, pourquoi est-ce que nos voisins britanniques attirent tant ces hommes et ces femmes
?
Bon, il y a certains pays en Europe, effectivement, qui sont attractifs pour les migrants, pour tous les migrants. C'est-à-dire pour les migrants européens, en premier lieu. Le Royaume-Uni est un des principaux pays d'accueil de ces ressortissants européens. Pour les migrants ressortissants de pays tiers, pour ceux qui viennent d'en dehors de l'Union européenne, là aussi, l'économie britannique est attractive.
Et également pour ceux qui sont, disons, en recherche d'asile, soit parce qu'effectivement, ils parlent plutôt anglais, plus que français, parce qu'ils ont des liens familiaux en Angleterre, ou parce qu'ils ont une image, simplement, des opportunités d'emploi, de la facilité de l'accès au travail dans ce pays, qui d'ailleurs n'est pas forcément en relation avec la réalité. Donc, les réseaux de trafiquants jouent un rôle extrêmement important en termes de désinformation et de maintien de cet idéal britannique. Je crois qu'il faut, effectivement, lutter contre ces réseaux, faire comprendre aux gens qu'ils peuvent avoir un avenir en Europe, ailleurs qu'au Royaume-Uni, et notamment en France.
Vous
êtes en train de dire que ces hommes et ces femmes devraient davantage s'installer en France, Jean-Christophe Dumont ?
Ils
sont en France. Donc, la question n'est pas clairement de savoir s'ils devraient y venir. Ils sont là. Ils peuvent faire une demande d'asile. Elle sera examinée en bonne et due forme. S'ils sont éligibles, ils obtiendront le statut de réfugiés. Et s'ils ne le sont pas, ils auront vocation à être renvoyés dans leur pays d'origine. Ils sont soumis exactement au même traitement au Royaume-Uni qu'ils le seront en France.
Cette année, c'est un point intéressant. Vous avez regardé plus particulièrement les conséquences locales lorsque des immigrés arrivent quelque part et qu'ils sont nombreux. Où avez-vous regardé
? Alors,
cette question-là, elle nous est apparue essentielle, notamment sous l'angle économique. Vous savez, les travaux de l'OCDE qui concernent l'impact fiscal de la migration, l'impact de la migration sur la croissance de la force de travail, sur les compétences. Tous ces travaux montrent que si l'immigration est bien gérée, et ainsi quand même, l'immigration sera bénéfique pour les pays de l'OCDE. Ça fait des années de multiples rapports qu'on produit. Mais finalement, cet argument-là ne semble pas complètement convaincre ou suffire pour convaincre les gens.
Il
est totalement inaudible, Jean-Christophe Dumont. On peut dire les choses comme ça.
Je pense que vous vous sous-estimez. Je pense qu'il y a beaucoup de gens qui ont cette approche de la question. Dans le cas de la France, dans les enquêtes d'opinion, c'est entre 20 et 30% des gens qui pensent que l'immigration est une bonne chose. Mais évidemment, ils sont peut-être moins actifs à faire ce point que ceux qui sont inquiets. Donc il faut aussi écouter cela et comprendre d'où viennent ces inquiétudes qui ont trait au phénomène migratoire, en dépit du fait que les résultats en termes économiques soient relativement clairs. Si on prend le cas du Royaume-Uni ou éventuellement même celui de la Suisse, ce sont des pays où l'impact économique est le plus positif au sein de l'OCDE.
Par
exemple, quand on parle
de choses concrètes, qu'est-ce
qui est
positif dans l'économie ? Alors pourquoi les gens ne perçoivent pas ces bénéfices potentiels ? Parce que les bénéfices dont on parle sont au niveau macroéconomique, ils sont au niveau agrégé, ils sont en termes fiscaux, en termes de points de croissance. Évidemment, tout cela ne dit pas aux gens qu'est-ce que peut leur apporter à eux, dans leur communauté, dans leur village, dans leur environnement proche, l'immigration.
Alors que les immigrés contribuent, par exemple, à pouvoir des emplois qui ne seraient pas pourvus, par ailleurs, dans la construction, dans les services aux ménages, dans tout un tas de secteurs où les besoins de main-d'oeuvre ne sont pas pourvus par la main-d'oeuvre nationale. Mais également, il faut le reconnaître, l'afflux de population peut contribuer à créer des effets de congestion dans certains services publics, la santé, l'éducation, dans les transports, par exemple. C'est-à-dire que, si on prend l'exemple de Calais, que vous avez utilisé dans votre introduction, où on va répartir 10 000 personnes dans des centres d'accueil et d'orientation.
C'est une démarche tout à fait souhaitable dans l'esprit dans lequel je répondais précédemment. Mais il faut, évidemment, construire le dialogue avec les autorités locales pour voir, disons, quelles sont les contraintes au niveau local, en quoi il va falloir mettre des moyens supplémentaires, par exemple dans les classes, à certains endroits, quel est l'accès aux services publics auxquels
ces
migrants vont avoir.
Donc il faut de la concertation ? Il faut de la
concertation, il faut construire les institutions d'accueil au niveau local. Et dans ces conditions-là, effectivement, je pense que, comme au Canada, comme aux États-Unis, comme en Allemagne aujourd'hui, les communautés locales accueillent les migrants et on n'a pas le type de tension qu'on peut retrouver dans d'autres pays.
Et
ça n'est pas insurmontable, y compris économiquement, donc
?
Non, le nombre de personnes dont on parle, 10 000 personnes, vous voyez, dans le cas de la dispersion de la zone de Calais, on parle de 25 000 personnes environ qui auront obtenu le statut de réfugiés dans l'ensemble de l'année 2015 en France.
Bon,
250 personnes par département, moins d'une personne par commune française. Écoutez, je ne pense pas que ce soit insurmontable.
Jean-Christophe Dumont de l'OCDE pour cette enquête annuelle, grande étude sur les migrations internationales.
L'invité écho du 17-20 avec Jean Lémarie sur France Info et sur franceinfo.fr.