Contre-matinale #25 | Hôpital public : l'heure de la grande colère
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 6:44OuverteRéponse directe
Bonjour Arnaud Chiche, merci d'être avec nous. Pouvez-vous nous expliquer la situation actuelle de l'hôpital public ?
- 9:56OuverteRéponse directe
On rappelle que près d'un lit sur cinq serait fermé faute de personnel. Comment expliquez-vous cette situation ?
- 30:38OuverteÉludée
Quelles actions dures votre collectif envisage-t-il dans les prochains jours ?
- 33:53OuverteRéponse directe
Peux-tu nous expliquer le buzz autour de l'émission d'Éric Zemmour sur CNews ?
- 36:04OuverteRéponse partielle
Mais toi, dans tout ça ?
- 37:57OuverteRéponse directe
Pourquoi appeler à boycotter CNews, Zemmour et compagnie, et à tes yeux, une idée contre-productive ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:46PrésentateurChiffre
« Selon le Conseil scientifique, près d'un lit sur cinq serait fermé dans les grands hôpitaux publics de France, faute de personnel soignant. »
- 6:27PrésentateurChiffre
« Selon le ministère de la Solidarité et de la Santé, Olivier Véran, 5 % de lits sont temporairement fermés, faute de personnel soignant. »
- 10:38InvitéChiffre
« On pourrait rappeler aussi le chiffre de 800 millions d'euros d'économies sur le budget de la santé et de l'hôpital l'année dernière. »
- 10:45InvitéChiffre
« Et dans le même temps, un budget en hausse de la police de 900 millions. »
- 13:21InvitéFait
« Vous savez qu'en France, vous pouvez vous faire opérer jour et nuit. Mais les tarifs de nuit, les tarifs de travail de nuit pour les médecins, les paramédicaux, ils sont juste insultants, indécents. »
- 13:50InvitéFait
« Si vous voulez, il y a des gros syndicats qui avaient quitté la table du Ségur et d'autres petits syndicats qui, pour se faire bien voir auprès du ministre, ont signé. »
- 15:01InvitéFait
« Les aidantes à domicile, celles qui permettent à nos personnes âgées de rester chez elles avec des soins et d'éviter de venir à l'hôpital. Vous savez qu'aujourd'hui, heureusement qu'elles sont là, parce que sinon, on aurait encore plus de monde qui viendraient à l'hôpital. »
- 16:57InvitéChiffre
« On a encore rappelé tout à l'heure un budget de la santé qui a diminué de 800 millions, qui même si on ne le touchait pas, ne suffirait pas, puisque chaque année, la population vieillit, grandit, a besoin de plus de soins. »
- 33:55InvitéFait
« Éric Zemmour sur lundi sur CNews où le polémiste était mis en scène avec une femme présentée comme musulmane et voilée. »
- 34:22InvitéFait
« Éric Zemmour demande à une femme de prouver qu'elle est libre en lui annonçant l'injonction d'enlever son tissu. »
- 38:09InvitéFait
« La chaîne est à l'extrême droite, il faut le dire, il faut dire ce qu'il y a. »
- 38:15InvitéChiffre
« Il atteindra bientôt les 2 millions de personnes qui suivent ce compte. »
- 38:36InvitéFait
« L'extrême droite est plus forte que jamais. »
- 38:41InvitéFait
« Les idées fascisantes sont compatibles avec les attentes du capitalisme. »
- 39:05InvitéChiffre
« Sur TF1 comme sur CNews, un spot publicitaire peut coûter plusieurs centaines de milliers d'euros la seconde. »
- 39:50InvitéFait
« Vivendi, lui-même possédé majoritairement et donc contrôlé par Vincent Bolloré. »
- 40:00InvitéChiffre
« Sept ou huit autres milliardaires qui possèdent à eux seuls 90% des médias français. »
- 41:25InvitéFait
« Non, le racisme n'est pas une opinion, le racisme est un délit justifié. »
- 41:45InvitéFait
« L'enquête de l'institut Harris Interactive fait cet été réalisé sur 42 mesures issues du programme des insoumis. »
- 43:56Locuteur non identifiéFait
« En juin 2020, il va avoir un accident avec son bus. »
- 44:08Locuteur non identifiéFait
« Un défaut de frein. »
- 44:15Locuteur non identifiéFait
« Il a eu un accident de travail. Il a eu une hernie discale. »
- 45:07Locuteur non identifiéFait
« C'est vraiment l'arbre qui cache la fourrée parce que beaucoup de collègues sont dans ce cas-là. »
- 45:31Locuteur non identifiéFait
« La direction a jugé nécessaire de fournir tous les éléments, notamment la vidéo de l'accident de Hassan pour retirer sa responsabilité de cet accident. »
- 45:51Locuteur non identifiéFait
« Il doit y avoir un compte-rendu écrit qui stipule clairement qu'Hassan criait « j'ai plus de frein au moment de l'accident ». »
Temps de parole
- Invité32 %
- Présentateur24 %
- Invité 219 %
- Locuteur non identifié13 %
- Locuteur non identifié 26 %
- Locuteur non identifié 34 %
≈ 3,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonjour, chers matinaux, j'ai le plaisir de vous retrouver pour la dernière contre-matinale de la semaine aux côtés de Jemil, qui signe un nouvel édito mordant et mélodieux à la fois. Alors, tu as choisi de revenir sur le buzz de la semaine, le hashtag j'ai bloqué ces news. Je n'en dis pas plus, mais on sait déjà qu'Éric Zemmour n'est pas bien loin. Nous recevrons Arnaud Chiche, fondateur du collectif Santé en danger, ce médecin anesthésiste réanimateur fustige une politique de santé dramatique. Austérité, coupe budgétaire, mépris. Selon le Conseil scientifique, près d'un lit sur cinq serait fermé dans les grands hôpitaux publics de France, faute de personnel soignant.
Une situation catastrophique qui mène Arnaud Chiche et son collectif à envisager des actions dures dans les prochains jours. En fin d'émission, notre confrère et camarade Taha Bouhafs nous retrouvera, pour évoquer le cas d'Assane, en conflit avec la direction de la RATP suite à un accident de la route. Depuis, le conducteur de bus en Ile-de-France dénonce le harcèlement patronal qu'il subit, au point de le pousser à entamer une grève de la faim. Mais comme tous les matins, on commence avec la titrologie de Théophile, qui passe en revue les unes de la presse française, qu'elles soient mainstream ou alternatives. Il est 7h16.
C'est la sixième conférence de l'ONU sur le climat, autrement appelée COP26, qui s'ouvre ce dimanche à Glasgow, en Écosse, est omniprésente à la une de la presse quotidienne nationale aujourd'hui. Climat, l'heure des comptes, titre le quotidien catholique, la croix, pour lequel l'enjeu de la COP26 est de passer des intentions aux actes, accentuant la dramaturgie, le quotidien économique, les échos, contrôlés par le milliardaire Bernard Arnault, titre climat, un sommet quitte ou double. Les engagements des États les plus pollueurs restent très insuffisants pour limiter le réchauffement à 1,5 degré, précise le quotidien.
En parlant des États les plus pollueurs ou des États que la mondialisation assigne au rôle de production, donc de pollution, l'opinion pose la question qui fâche. Peut-on sauver le climat sans la Chine ? S'interroge le quotidien pro-business qui dénonce un jeu non coopératif dans la même tonalité. Le monde titre Chine, la tentation du grand isolement, le quotidien du soir, contrôlé notamment par le mania des télécoms, Xavier Niel, pointe le fait que Xi Jinping, le dirigeant chinois, n'est pas sorti de son pays depuis deux ans et ne se déplacera pas pour aller à la COP26 ou au sommet du G20 à Rome, qui commence demain.
Le monde note que tout cela se déroule dans un contexte de regain, de nationalisme en Chine et de contentieux autour de Taïwan, mais il n'y a pas que la COP26 dans la vie. Le Figaro et Libération consacrent leur grand titre à la politique politicienne et aux échéances électorales à venir. Le plan secret de Macron pour la campagne de 2022, écrit Le Figaro, qui évoque des sujets comme l'association de soutien montée en vue de la campagne, la chasse au parrainage et la budgétisation des meetings. Libération de ce côté compile des paroles d'électeurs de droite. On n'a plus de leader digne de ce nom. Cette citation résume, selon Libé, le désenchantement du peuple de la droite.
Est-ce pour cette raison qu'il est tenté par le vote de Zemmour, ce fameux peuple de droite, le débat est lancé ? Du côté des médias indépendants en ligne, un article que je soumets à votre sagacité, il est de l'excellent titre qui couvre le mouvement social, Rapport de force. Le titre de cet article va droit au but. Chômage, déficit d'entreprise, petit mensonge macroniste avant la présidentielle. De quel mensonge s'agit-il ? D'un élément de communication qui affirme que le taux de chômage en France, descendu à 7,6, est au plus bas depuis 13 ans.
Rapport de force explique que ce taux était déjà descendu plus bas, à 7,1 %, une baisse purement mécanique liée à des raisons administratives relatives au confinement. Plus profondément, Rapport de force relativise la baisse de chômage actuelle, qualifiée de spectaculaire par le Figaro et les échos d'hier. Et je cite « s'il est vrai que l'on observe une relative prise de l'emploi en cette fin de quinquennat, on assiste également à un retour de la précarité ».
En effet, les récents chiffres du ministre du Travail montrent que le nombre de demandeurs d'emploi de la catégorie C, celle des chômeurs ayant travaillé plus de 78 heures dans le mois, augmente de 6,5 % au troisième trimestre 2021 et progresse de 7,4 % sur un an. Tout comme celle de la catégorie B, les personnes ayant travaillé moins de 78 heures dans le mois, qui est stable ce trimestre, mais en hausse de 3,3 % sur un an. Un simple effet de vase communiquant entre différentes catégories de précaires.
Toujours pour nuancer la prouesse, Rapport de force indique, et je cite, Emmanuel Macron n'a pas réussi à inverser une tendance lourde de l'économie française, à savoir que la grande majorité des emplois créés chaque mois sont des CDD de moins d'un mois. Au troisième trimestre 2021, c'est ainsi le cas de 63 % des 6,62 millions de nouvelles embauches, détaille l'URSSAF. Alors on poursuit avec les petits mensonges macronistes, pour reprendre l'expression de Rapport de force. Cette fois, c'est en matière de santé que le gouvernement édulcore la réalité. Selon le ministère de la Solidarité et de la Santé, Olivier Véran, 5 % de lits sont temporairement fermés, faute de personnel soignant.
Eh bien, on est bien loin des 20 % annoncés par le Conseil scientifique. Arnaud Chiche, bonjour. Bonjour. Vous êtes médecin anesthésiste, réanimateur et fondateur du collectif Santé en danger. Merci infiniment d'avoir accepté l'invitation.
Bonjour, c'est moi qui vous remercie.
Avant de commencer l'interview, je vous propose d'écouter un petit récap de la situation.
C'est un chiffre au choc révélé par nos confrères de Libération. 20 % des lits des hôpitaux ne seraient pas utilisés, faute de personnel soignant pour les ouvrir. Ce chiffre vient d'une enquête flash réalisée par le professeur Delfraissy, qui est à la tête du Conseil scientifique chargé de proposer des solutions à l'exécutif pendant la crise du Covid. Olivier Véran, le ministre de la Santé, ne nie pas l'ampleur du phénomène, mais jure de tout faire pour y pallier et rappelle les hausses de salaire décidées lors du Ségur de la Santé. Beaucoup de nos soignants sont épuisés par la charge mentale et le rythme de travail de la crise. Avec un Ségur, je leur donne un cap et des raisons de tenir.
De l'autre côté, j'active tout ce qui peut pallier le manque d'effectifs. Aux urgences de l'hôpital Necker à Paris, Patrick Pelou le constate, chaque jour, il est de plus en plus difficile de trouver des lits pour les patients. Moi, je travaille au SAMU de Paris, vous passez une demi-heure, une heure, pour trouver un lit pour un malade qui a une pathologie aiguë grave. On sait que plus les gens attendent sur des brancards aux urgences, plus on aggrave leur espérance de vie. La colère, elle monte chez les soignants. Alors, qu'est-ce que ça veut dire que la colère, elle monte ? Souvent, vous savez, on nous compare à la SNCF, ou à Air France, ou aux routiers.
Les soignants, de toute façon, quand ils sont en Grèce, ils vont mettre un banc de noir. Mais vous savez, des gens comme moi, on est très en colère. Je suis en train de réunir tous les syndicats, et on est en train de réfléchir à des actions nationales, dures, illimitées. Et je peux vous dire que ce ne sera pas un banc de noir. Et le problème, si vous voulez, c'est qu'on va en arriver là, parce qu'à force de faire les sourds, nous, qui sommes les garants de la sécurité des patients, on en a marre d'être l'assurance low-cost, et d'apporter une garantie low-cost à la santé des Français, parce que nos tutelles ne nous écoutent pas. Monsieur, si vous êtes journaliste, vous êtes journaliste.
Demain, on vous dit, écoutez, normalement, vous allez vendre dix caméras. Ce soir, on ne va vous en donner qu'une. Mais vous allez râler. Et puis après, vous allez dire, je ne peux pas faire un journal de qualité. Nous, c'est pareil. On ne peut pas travailler sans infirmière.
Alors, le ministère de l'Intérieur nous a habitués à recenser deux à quatre fois moins de manifestants que les organisateurs. Mais là, c'est le ministère des Solidarités et de la Santé qui crée la surprise en contestant les chiffres du Conseil scientifique, une organisation consultative qui réunit d'éminents experts et qui l'a lui-même fondée. Alors, pour Olivier Véran, l'heure ne semble pas si grave. Les Françaises et les Français ont besoin de savoir. Qui dit la vérité ? Arnaud Chiche.
Oui, c'est un peu...
Ah, Arnaud Chiche, on vous a perdu. Est-ce que vous m'entendez ?
Oui, je vous entends bien.
Voilà, parfait. Je vous en prie.
Je vous entends. Vous m'entendez ?
Oui, oui, c'est parfait. Je vous remercie.
Vous m'entendez ? Oui.
N'importe quel souci de connexion ou de réseau. Bon. On va essayer de reprendre l'appel. On fait une nouvelle tentative. Alors, on rappelle que Arnaud Chiche est médecin anesthésiste, réanimateur et fondateur du collectif Santé en danger. Ils ont prévu de mener des actions dures les prochains jours pour contester, dénoncer, finalement, le démantèlement de l'hôpital public, puisque c'est bien de cela dont il s'agit.
Et qui n'est pas nouveau, par ailleurs.
Et qui n'est pas nouveau, effectivement. C'est un processus très long, qui date de plusieurs années.
Qui est organisé par le gouvernement.
Exactement. Et que ce soit les gouvernements plus de gauche ou de droite, qui visent finalement à privatiser la santé.
Tout à fait. On pourrait rappeler aussi le chiffre de 800 millions d'euros d'économies sur le budget de la santé et de l'hôpital l'année dernière. Et dans le même temps, un budget en hausse de la police de 900 millions. Donc, de là à avoir un petit transfert d'argent, il est facile de le voir.
On constate bien que c'est une absence d'une volonté politique manifeste.
Exactement. Il y a une volonté politique, mais pas celle-ci. Une volonté de la sécurité, une volonté de l'économie et pas de la santé publique. Donc, on fait des économies sur la santé des Français. Et je pense que notre invité nous confirmera cela. Si on arrive à le avoir...
Oui. Est-ce qu'on arrive à avoir Arnaud Chiche ? Je suis là, je suis là. Ah, parfait ! Mais vous nous avez manqué !
Je ne sais pas, il y a eu un trou noir de réseau. C'est l'exemple. J'étais en train de vous dire que, en fait, c'est vrai que quand on écoute votre reportage, un truc qui fait mieux déjà, c'est contester, finalement contester une analyse du conseil scientifique. Ça, ça me paraît un peu fou. Et, en fait, bon, le conseil scientifique, il est proche du président, mais forcément, le ministre de la Santé, il ne doit pas être très loin non plus du conseil scientifique. Et c'est très perturbant, je trouve, d'entendre que, finalement, le ministre conteste les chiffres d'un travail fait, demandé par le professeur Delfraissy.
Alors, après, il est très intelligent et pertinent et scientifique, aussi, de dire qu'on va faire quand même une contre-étude pour vérifier, parce que, si vous voulez, c'est vrai que l'ampleur est tellement énorme que, finalement, vous savez, en science et en médecine, on essaye de confirmer les choses. Bon, toujours est-il, madame, que dans le cadre de mon collectif, moi, de toute façon, je reçois les lits qui ferment, les services qui ferment, les témoignages de soignants. Ils ne les inventent pas. Et puis, je vais vous dire quelque chose. Hier, le ministre, il était à Blois pour visiter l'hôpital de Blois.
Et il y a des gens de Blois qui m'ont appelé, qui m'ont dit qu'en fait, à Blois, ils étaient en grande souffrance, également, mais que le directeur de l'hôpital de Blois avait fait en sorte de visiter un service qui était bien pourvu en infirmière. Je me doutais bien qu'il y avait quelque chose. Bon, alors là, j'ai un élément de réponse. La situation en France, elle est catastrophique, parce qu'en fait, il y a un processus qui est amorcé, qui va être difficile à enrayer. Il est là, le problème. Mon collectif, il y a 18 mois. Mais vous savez, les syndicats, ça fait 10 ans qu'ils hurlent partout dans leur combat.
Jeunes médecins, SNFAR, les autres collectifs, collectifs interhôpitaux, interurgence. Nous, on est un peu les derniers-nés, si vous voulez, parce que moi, je ne me prédestinais pas du tout à ça. Et moi, c'est le Ségur qui m'a fait bondir. Parce qu'en fait, quand le Ségur de la santé est sorti, contrairement à ce que dit le ministre aujourd'hui, je me suis rendu compte de la catastrophe à venir. Parce qu'en fait, le Ségur, il est insuffisant, il a fractionné la santé, il a oublié des professions, il a oublié, madame, quelque chose de dingue. Vous savez qu'en France, vous pouvez vous faire opérer jour et nuit.
Mais les tarifs de nuit, les tarifs de travail de nuit pour les médecins, les paramédicaux, ils sont juste insultants, indécents. Eh bien, le Ségur, initialement, avait prévu de revaloriser le travail de nuit. Et puis, finalement, les syndicats qui ont signé le Ségur, qui ne sont absolument pas représentatifs réellement des soignants, parce que ça, c'est aussi un sujet. Si vous voulez, il y a des gros syndicats qui avaient quitté la table du Ségur et d'autres petits syndicats qui, pour se faire bien voir auprès du ministre, ont signé.
Eh bien, justement, peut-être qu'au passage, on pourrait parler du monsieur du Ségur, qui a permis 1,5 million de professionnels de pouvoir s'exprimer, etc., qui représente un peu ça, à raccorder ces personnes-là, 183 euros nets par mois. Est-ce que, pour vous, c'était suffisant comme chose mise sur la table ou pas du tout ? Mais non. Regardez, je vais vous donner un exemple très concret. Parce que, si vous voulez, je ne connais pas trop. Si vous voulez, aujourd'hui, les infirmières, par exemple, qui travaillent dans des grands CHU de grandes villes, je vais vous prendre l'exemple de Bordeaux, parce que j'ai eu au téléphone le chef de service de la réanimation de Bordeaux.
Les infirmières n'ont plus les moyens de loger dans le centre-ville de Bordeaux, en tout cas à proximité du gros hôpital. Résultat, elles s'éloignent. Résultat, elles font du kilomètre et elles s'éloignent pour aller habiter plus loin, parce qu'elles n'ont pas les moyens de payer les loyers. Alors, je vous laisse répondre. Est-ce que vous pensez qu'avec 180 balles de plus, on va pouvoir payer un loyer ? Autre exemple. Les aidantes à domicile, celles qui permettent à nos personnes âgées de rester chez elles avec des soins et d'éviter de venir à l'hôpital. Vous savez qu'aujourd'hui, heureusement qu'elles sont là, parce que sinon, on aurait encore plus de monde qui viendraient à l'hôpital.
On n'aurait pas les moyens de s'occuper d'eux. Donc, les aidantes à domicile aujourd'hui, qui sont les héroïnes de la société, je vous le dis, elles gagnent en moyenne entre 600 et 800 euros. Bon, elles, elles n'ont pas été concernées par le Ségur. Ou en tout cas, quand bien même certaines ont été concernées, pas toutes, est-ce qu'avec 180 balles, on peut s'acheter une voiture ? La réponse est non. Quand vous gagnez 183 euros de plus, après, vous allez à la pompe faire un plein, comme tout le monde, parce que c'est bien gentil les voitures électriques, mais qui a les moyens de s'en acheter aujourd'hui ? Pas les soignants, assurément.
Ben, 183, vous enlevez 100 euros de plein, il ne reste plus que 80 euros. Bon, si vous voulez, c'est bon. Donc, en fait, ce qu'il faut comprendre, c'est qu'entamer une procédure type Ségur, la démarche est bonne, et nous la saluons, mais intellectuellement et scientifiquement, il faut regarder ce qui se passe après le Ségur. Moi, je le savais, parce que moi, je suis un devin, je savais que ce serait la catastrophe. 18 mois après, c'est la catastrophe. Pourquoi les tutelles ne se remettent un petit peu pas en question ? Les soignants, ils ont besoin d'entendre un truc aujourd'hui. Ils ont besoin d'entendre un truc. On va prendre soin de ceux qui sont en place.
Premièrement, pour les fidéliser, pour arrêter l'hémorragie. Vous comprenez ? Il faut arrêter l'hémorragie. Tout le monde arrête, tout le monde change de métier. Il faut arrêter l'hémorragie. Ça, c'est le premier point. Pour une action immédiate. Ensuite, action moyen terme, parce que vous savez, il ne faut pas être bête non plus. On sait très bien que les choses, elles ne vont pas mettre six mois à changer. Mais les soignants, le monde de la santé et les Français ont besoin d'entendre qu'on va démarrer un New Deal, un plan Marshall de la santé. Un peu comme certains le disent. Oui, mais il faut le faire sur cinq ou dix ans pour faire en sorte que tout cela n'arrive plus jamais.
Vous comprenez ? Parce que le souci, c'est qu'écouter les informations... Est-ce qu'il n'est pas un peu trop tard aujourd'hui, pardon monsieur, de dire cela ? On comprend bien tout ça, mais là, il y a quand même quelque chose de pas nouveau. On le disait quand vous avez perdu au téléphone tout à l'heure, que ce ne sont pas des choses qui arrivent par hasard. Tout cela est politique. Des budgets sont votés chaque année. On a encore rappelé tout à l'heure un budget de la santé qui a diminué de 800 millions, qui même si on ne le touchait pas, ne suffirait pas, puisque chaque année, la population vieillit, grandit, a besoin de plus de soins. Est-ce que ce n'est pas déjà...
Je me fais l'avocat du diable, mais trop tard ? Ou alors vous avez encore de l'espoir de changer les choses ? Est-ce qu'il ne faudrait pas un sursaut de tous les personnels de soins et des Français, en fait, derrière, et pas que des applaudissements ? Alors oui, mais vous avez raison, monsieur. Oui, il est trop tard. Il est trop tard. Et c'est en fait le constat d'échec de négociations syndicales politiques qui ont échoué pendant 20 ans. C'est pour ça que les collectifs et les associations comme la mienne ont une place, parce qu'en fait, moi, si vous voulez, je suis une interface entre les syndicats et les politiques.
Vous savez, j'ai eu le ministre de la Santé hier au téléphone, j'ai le ministère de la Santé régulièrement, en ligne régulièrement. Si vous voulez, nous, on est là pour... Qu'est-ce qu'il vous dit d'ailleurs ? Qu'est-ce qu'il vous dit quand vous l'avez... Mais en fait, vous avez raison, c'est pour ça que j'ai annoncé dans les médias cette semaine que j'étais en train de réunir toutes les corporations de soignants, toutes les corporations syndicales, toutes les corporations associatives. Je les réunis toutes et on va voir ensemble ce qu'on fait.
Mais il est bien évident que ce ne sera pas les empujanciers seuls, les manipulateurs radio seuls, les techniciens de laboratoire seuls ou les aidantes à domicile seuls. Je pense que la seule manière d'être écouté par le président Macron aujourd'hui, c'est de lui montrer qu'on est plus fort que lui. Alors, la SNCF, effectivement, il bloque tout, les routiers bloquent tout. Je vous laisse imaginer ce que les soignants peuvent bloquer. Et s'il faut le faire, on va le faire. Vous savez, c'est nouveau dans mon discours. Je n'ai jamais dit ça.
Parce que vous, vous avez créé le collectif Santé en danger, on le rappelle, en juillet 2020, alors que les conclusions du Ségur de la santé sont annoncées, qu'un protocole d'accord a été signé par certains syndicats. Et parmi vos nombreuses revendications, vous demandez la réouverture immédiate des négociations trop vite entérinées du Ségur de la santé. En fait, vous réclamez un Ségur 2. Vous nous disiez que vous aviez assez régulièrement le ministère des Solidarités et de la Santé. Est-ce qu'ils sont ouverts à cette proposition ? Un Ségur 2 ?
En fait, vous savez, si on veut être sérieux, il faut, si vous voulez, une approche pragmatique des choses. Moi, je ne suis pas politique et je ne suis pas un syndicat. Je suis un médecin lambda. Je pourrais être boulanger. Je suis un médecin. Donc, je me dis pourquoi ça ne marche pas. Donc, j'essaye de comprendre le système. Mais j'ai compris le système. Et votre interlocuteur, il l'a dit juste avant. À chaque fois que j'ai le ministère au téléphone et que les sages-femmes, elles sont dans la rue, je leur dis, vous ne pouvez pas ne rien faire pour les sages-femmes. Ces filles-là, ces hommes, il y a des hommes sages-femmes, méritent qu'on fasse plus pour elles.
Et vous savez ce qu'on me répond à chaque fois ? Vous avez raison. Vous avez raison. Mes demandes sont validées à chaque fois. Oui, mais comment ça se passe ? Olivier Véran, ministre de tutelle, il va négocier avec Jean Castex. Et c'est Jean Castex qui donne les millions ou les milliards. Vous comprenez ? Et en fait, Olivier Véran, il va voir Jean Castex, mais tous les ministres vont voir Jean Castex. Donc en fait, là, je mets le doigt sur la priorité à accorder les budgets. Alors maintenant, on va un tout petit peu dézoomer. Moi, je peux très bien comprendre que si vous voulez, par exemple, l'éducation ou la justice, elle a aussi besoin d'argent. Je ne suis pas idiot.
Il n'y a pas que la santé dans la vie. Oui, mais madame, ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi la fiscalité des grandes entreprises, elle est si avantageuse. Pourquoi on permet à des grandes entreprises de ne pas payer de l'impôt par milliard ? Et il est là, le problème. Donc moi, Google, Facebook, Amazon, même si je les utilise régulièrement comme tout le monde, ces gens-là, je ne les plains pas. D'accord ? Ces gens-là, je ne les plains pas. Et moi, ma vie, demain, elle peut vivre, moi, je peux vivre sans Google, Amazon et Facebook. Par contre, je sais que vous, madame, vous ne pourrez pas vivre sans hôpital et sans médecin.
Donc en fait, là, je mets le doigt sur la priorisation à faire dans l'analyse des choses essentielles à la vie. Et ça, c'est aux Français de le faire. Parce que c'est bien gentil de voter Macron. Évidemment, en plus, on risque d'être encore cocu, parce que si Macron est face à une extrême, évidemment qu'on va tous essayer d'éviter l'extrême. Mais l'enjeu aujourd'hui, c'est que Macron soit en face d'un candidat qui ne soit pas une extrême pour qu'on puisse changer le logiciel. Vous comprenez ? Et en fait, ce qui me fout hors de moi, c'est que peut-être, comme certains auditeurs, j'ai des enfants, ils vont à l'école, ils ont besoin de manger et ils ont besoin d'être en bonne santé.
Mais est-ce que la situation, justement, n'est pas déjà... Vous parlez d'extrême, là. Est-ce que la situation, pour vous et pour vos collègues, n'est pas déjà extrême d'avoir des budgets qui réduisent chaque année, de ne pas être écoutés, d'être trahis ? Est-ce que ce n'est déjà pas dans l'extrême ? Je ne devrais pas vous le dire. Je ne devrais pas vous le dire. Là, vous avez au téléphone un médecin qui a travaillé non-stop, écoutez bien, de mardi matin à jeudi après-midi, jour et nuit compris. Pourquoi j'ai fait ça ? Je n'ai pas fait ça de gaieté de cœur. Je n'ai pas fait ça, je n'ai pas mis en danger les malades, parce que du coup, j'ai modifié mon activité.
C'est-à-dire que mes activités de jour, je n'ai pas fait d'actes techniques, je n'ai pas fait de... Parce que je n'ai pas le droit de faire ça. Mais j'ai fait ça, pourquoi ? Parce que dans la nuit de mardi à mercredi, dans un smur de ma région, il n'y avait pas de médecin. Donc, j'ai été prendre la garde. Ensuite, j'ai repris mon travail mercredi. Et mercredi soir, j'ai voulu mettre au repos un médecin urgentiste qui était de garde aux urgences, parce que la semaine d'avant, il avait fait quatre gardes. Et je l'avais croisé dimanche soir, parce que dimanche dernier, j'étais d'attente tout le week-end. Et je l'avais vu, et je le trouvais transparent, livide.
Sauf qu'en fait, il a dix ans de moins que moi. Il a 35 ans, et c'est un jeune médecin motivé qui a accepté d'être chef des urgences de mon établissement. Et quand je l'ai vu, je suis quand même docteur. Bon, alors, j'ai un peu d'empathie pour les gens en général, mais je suis avant tout docteur. Et quand je l'ai vu, je me suis dit, ce garçon, il va tomber malade. Donc, je lui ai dit, mercredi soir, tu ne bosses pas. Donc, j'ai fait aussi la nuit de mercredi à jeudi. Et puis ensuite, j'ai essayé de faire face à ma retraite très vite et jeudi pour essayer de rentrer pas trop tard jeudi après-midi et faire une petite sieste et puis ensuite passer la soirée avec ma fille qui est étudiante.
Bon, ben voilà, madame et monsieur. Voilà les conséquences aujourd'hui de la situation dans les hôpitaux. Alors oui, vous avez raison. C'est déjà trop tard. Mais bon, on ne va pas, encore une fois, on ne va pas laisser mourir les gens. Mais on ne va pas mourir les gens, on ne va pas laisser mourir les gens aujourd'hui.
Par contre, on se doit, moi, c'est mon obligation de professionnel, et c'est pour ça que je suis en ligne avec vous ce matin, on se doit de prendre une plaque de marbre, de quoi graver dedans et on se doit avec les associations, les syndicats, éventuellement ceux qui ont signé le figure s'ils demandent pardon, les syndicats, les associations, les collectifs, on se doit de manière indispensable de décrire un système de santé innovant, réformé, intelligent, éco-responsable, avec de la prévention pour le XXIe siècle. Parce que là, on vit dans un système qui n'est plus viable. Voilà, c'est tout.
À quelques mois des présidentielles, est-ce que vous pensez vraiment qu'on puisse complètement rénover, justement, le système de santé et même le révolutionner ?
Oui. Alors, écoutez, je vais vous répondre sans vouloir défendre ma chapelle, madame, parce que vous avez compris que je ne suis pas dans le narcissisme et moi, j'appelle à l'union de tous et donc mon cas personnel n'est pas bon. Vous savez, il y a un an, moi, j'ai juste ouvert une page Facebook et j'étais tout seul dessus. Un an après, on est 210 000. Je suis en contact avec l'Elysée, avec le ministre de la Santé, avec tous les sénateurs, tous les députés. Je rencontre François Ruffin la semaine prochaine. Je rencontre François Hollande dans 10 jours. Alors, qu'est-ce que ça veut dire, ça ? Ça veut dire que quand on se mobilise pour des combats justes, on peut faire de grandes choses.
Et en parlant de grandes choses, justement, vous dites... Si on raisonne par l'impossibilité de faire des choses, on reste dans son canapé le soir, on s'ouvre une bière et on pleure. Bon, ce n'est pas ma cam. Et je ne sais pas si on va y arriver. Mais en tout cas, je vais tout faire pour. Et vous savez, quand j'ai ouvert mon collectif, bon, c'était une idée de ma femme à l'époque qui, aujourd'hui, s'en mord les doigts. C'est une idée de ma femme. D'ailleurs, elle refuse... Elle conteste cette réalité-là. À l'époque, quand elle m'a dit que tu dois faire un collectif, je lui ai dit, écoute, si tu me demandes de faire ça, après, c'est une histoire de personnalité, de caractère.
Je lui ai dit, tu sais, j'irai au bout. Et madame, j'irai au bout. Au bout du bout. Bon, je ne vais pas me... Je ne vais pas... Je ne vais pas faire de conneries, mais j'irai au bout du bout dans le combat.
Notre santé est éclopée. Notre santé est gravement malade. Ce constat que vous faites, c'est celui d'un hôpital public confronté à un démantèlement féroce qui profite à la privatisation de la santé. La privatisation de la clinique privée, elle se porte à merveille, on imagine.
Non, non, ce n'est pas vrai. Ce n'est pas vrai. Vous ne me dites pas ça. Ce n'est pas vrai. Moi, par exemple, je travaille dans une clinique privée d'intérêt général. Pour les gens, c'est comme un hôpital. Ce n'est pas vrai, madame. Les problématiques... Clinique privée d'intérêt général. Non, non, il ne faut pas fantasmer là-dessus. Il y a effectivement des médecins qui quittent l'hôpital public pour aller en clinique pour mieux gagner leur vie. C'est vrai. Mais il y en a aussi beaucoup qui ne sont pas à la noce. Non, non, il ne faut pas fantasmer là-dessus. Il ne faut pas opposer les uns aux autres parce que ce n'est pas constructif et ce n'est pas la vraie vie.
C'est juste d'écrire une réalité et un état de fait. C'est qu'on démantèle l'hôpital public, on réduit les effectifs et les budgets. Et on favorise le privé.
C'est documenté. En fait, là où vous avez raison, si vous voulez, là où vous avez raison, c'est que là, il y avait déjà une hémorragie. Vous savez, le collectif interhôpitaux, SNFAR, Jeunes médecins, les syndicats. Vous entendez souvent Jérôme Marty, le collectif interbloc, le collectif interréanimation. Bon, tous ces gens-là, ça fait longtemps qu'ils se disent attention, il y a une fuite dans le système. Bon, le problème, c'est que le... a ouvert la brèche, a ouvert la plaie, en gros. Bon, et du coup, avec le Covid, tout s'est accéléré. Pourquoi ? Parce que pour les soignants, ça a été l'enfer. Et en fait, ceux qui étaient déjà pas très motivés, ils se sont dit, on arrête.
Bon, ça, c'est le premier point. Le deuxième point, c'est que le scandale sanitaire, il n'est pas qu'aujourd'hui, madame. Et ça, il faut quand même le reconnaître. Alors, vous allez me répondre, oui, mais enfin, ceux qui sont dans le gouvernement aujourd'hui, ils étaient dans les gouvernements précédents. C'est pas faux. La Macronie, ça n'est quand même qu'un rassemblement de républicains, de socialistes, etc. Donc, il ne faut pas nous prendre pour des cons. C'était les mêmes qu'avant. Mais qu'est-ce qui s'est passé avant ? Jean Castex, la T2A, etc. En fait, pour, ils ont essayé de faire un hôpital rentable. Mais qu'est-ce qu'on fait dans une entreprise pour qu'elle soit rentable ?
On essaye de limiter les investissements. On fait les économies. Tout ça, on le connaît. On le connaît. Et donc là, on est au bout du bout du raisonnement. On est au bout du bout. Alors là, aujourd'hui, Olivier Véran, je ne veux pas faire du Véran bashing. Bon, même si vous vous doutez bien que je ne suis pas en phase avec lui. Mais Olivier Véran me disait au téléphone, voilà, on a prévu des millions pour acheter des pèses personnes, pour acheter du matériel. Mais j'écoutais ça et je me suis assis. Et on doit applaudir aujourd'hui parce qu'on achète un lève-personne, un lève-malade dans un service avec des gens qui ne sont pas capables de bouger.
Aujourd'hui, en octobre 2021, on doit se réjouir quand on est français, quand on paye l'impôt qu'on paye. Parce que des infirmières ont pu acheter un lève-malade. Non, mais on est où, là ? Effectivement, on comprend bien votre colère et on imagine que... Dans un système low-cost. On imagine bien que c'est partagé par le plus grand nombre autour de vous. Peut-être que tu veux rajouter quelque chose ?
Justement, ce système low-cost, parce que vous disiez on a basculé vers un système low-cost, mais finalement, on n'était pas déjà depuis 10, 15 ans dans ce système low-cost. On s'enfonce dans ce système low-cost. Ça fait quelques années
que je commence un peu à voyager de temps en temps. Vous prenez l'avion comme moi. Bien sûr. Vous avez bien vu que quand on est sur du low-cost, on n'a pas de petit-déj, on n'a pas de repas et si jamais on veut une bière, on doit la payer. C'est pareil. Or, on a été habitués à prendre l'avion il y a 10 ans, 15 ans, 20 ans où en fait, dès qu'on faisait un petit voyage en avion, on avait un plateau repas et c'était sympa. Et puis voilà. Moi, j'ai connu ça. C'est pareil. Maintenant, c'est du low-cost. Ça fait 15 ans que c'est du low-cost. La bouffe, elle n'est pas très bonne. Ça veut dire qu'il y a du délai d'attente pour se faire opérer. Ça veut dire qu'il n'y a plus de radiologue.
Ça veut dire que... Vous avez entendu le neurologue de l'hôpital de Bichayère. Il n'a plus d'infirmière. Il n'a plus de lit pour hospitaliser les gens qui font des AVC. Ça veut dire qu'en fait, même les filières très spécifiques, cardiologie, prise en charge des infarctus, gastro-entérologie, neurologie, des filières que parfois les Français connaissent un petit peu moins, mais qui permettent de soigner des patients tout de suite de complications graves. Et bien, même ces filières-là, en fait, elles n'ont plus d'infirmière.
C'est parce qu'en fait, si vous voulez, le peu d'infirmières qui restent, eh bien, le peu d'infirmières qui restent, eh bien, si vous voulez, il n'y a pas assez d'infirmières et donc, forcément, on est dans de la pénurie et de la carotte. Moi, j'ai dit au ministre, par exemple, il me semble urgent de faire un grand recensement des forces en présence. Ce à quoi il m'a répondu, ne vous inquiétez pas, on le fait déjà. Bon, d'accord, très bien.
Austérité, coupes budgétaires, austérité, coupes budgétaires, mépris, votre collectif santé en danger, dénoncent une politique de santé catastrophique et annoncent des actions dures dans les prochains jours. Quelles sont-elles, Arnaud Chiche, ces actions ?
Madame, vous comprendrez bien que pour la sécurité de ces actions-là qui sont en cours de programmation, je ne sais pas, je ne peux pas les révéler ce matin, je dois obtenir d'abord l'accord des partenaires, l'accord des partenaires, ça veut dire se rencontrer, la rencontre est prévue, la date est organisée, la rencontre est prévue avec tous les partenaires.
Mais vous savez, c'est un monde délicat, ces gens-là, tous les partenaires que j'essaie de rassembler, il faut bien comprendre que ça fait 30 ans que chacun lutte de son côté parce qu'en fait, si vous voulez, on s'est amusé à séparer les différents maillons de la chaîne de la santé et donc chaque maillon se défend un peu pour sa paroisse et il n'est pas habitué à se dire venez tous ensemble.
Alors ce que j'essaye de faire très vite, c'est-à-dire rassembler tout le monde, n'est pas une chose aisée mais j'y vais doucement, j'y vais avec mes moyens, j'essaye d'y aller avec ma force de persuasion et assurément, quand bien même il manque du monde, je peux vous dire qu'il y aura les ambulanciers, les sages-femmes, les hiades, les e-bots, les médecins, les infirmiers libéraux, il y aura les aides à domicile, il y aura les techniciens de labo, il y aura les manipulateurs de radio. Bon ben écoutez, s'il n'y a que ces gens-là, ça ira.
Merci Arnaud Chiche, en tout cas nous on va suivre tout ça de très près et on espère qu'on pourra poursuivre cet échange avec vous après avoir lancé ces actions.
En tout cas madame, je voudrais juste que vous notiez une chose et vous savez, je ne suis pas dans l'autosatisfaction, pas du tout. Mais il y a une chose fondamentale, c'est que la désunion, le gouvernement et les tutelles se nourrissent de la désunion des acteurs. C'est-à-dire que les gens qui se battent par corporation, ça ne marchera pas. Je respecte les syndicats des corporations mais ça ne marchera pas. La seule manière de leur tordre le cou, c'est d'être unis. Et ce qu'on essaye de faire, et ce qu'on essaye de faire, ce n'est pas une bannière.
Vous savez, nous on ne demande pas aux gens de venir dans le collectif, on demande aux soignants mais ceux qui sont structurés, les autres collectifs, les syndicats, on ne leur dit pas venez chez nous. Non, on leur dit venez à côté de nous. Venez à côté de nous. Et ça, dans l'histoire de la santé et de la lutte et du militantisme dans la santé, ça ne s'est jamais fait dans l'histoire. Alors, je ne sais pas si on y arrivera mais en tout cas, on essaye. Et on doit ça à nos enfants, à nos parents et à nos grands-parents et on doit ça aux générations de demain.
Merci, merci Arnaud d'avoir répondu à nos questions et on vous souhaite une excellente journée et une fois de plus, on suit de très près tous les travaux, les actions et les réflexions que vous menez autour de cette réforme de l'hôpital public. On a parlé du drame du démantèlement de l'hôpital public. Alors avec toi, Jemil, on va parler d'un autre drame. Eh bien, le règne de la médiocrité soutenu par ces vassaux dénommés clash et buzz.
Effectivement. Alors comme toute chronique, je commence par te redire bonjour. Bonjour Nadia, bonjour à toutes et à tous.
Ça fait tellement longtemps.
Mais oui, avec grand plaisir de te retrouver. C'est rare qu'on se voit sur ce plateau.
C'est vrai, mais c'est toujours un plaisir.
C'est toujours un plaisir. Alors aujourd'hui, je vous dis de revenir sur un buzz internet qui s'est déroulé en début de semaine et qui est loin d'être anodin. C'est d'ailleurs comme trop souvent le cas. Ça a commencé par ce coup d'état médiatique par une séquence télévisée, celle d'Éric Zemmour. Éric Zemmour sur lundi sur CNews où le polémiste était mis en scène avec une femme présentée comme musulmane et voilée. Ouais, Zemmour, femme voilée, CNews, Islam, tout ça, le grand chelème, toutes les cases sont cochées pour faire un max de bruit. Ça n'a pas manqué. L'émission est toute nouvelle. Son nom est face à la rue, promet donc de la confrontation et du spectacle. Les caméras tournent.
Éric Zemmour demande à une femme de prouver qu'elle est libre en lui annonçant l'injonction d'enlever son tissu. Elle s'exécute. L'image fait sensation et le tour des réseaux, c'est le fameux buzz. Tu l'as sans doute vu. On l'a tous vu. On apprendra plus tard, peu importe qu'on apprendra plus tard que cette femme n'était pas du tout ce qu'elle prétendait d'être. Elle n'était pas habitante lambda croisée dans les rues de Dancy comme le vendait l'émission, le prince d'émission. Non, mais une personne choisie par la production portant tout récemment le voile et ayant travaillé des années pour le compte du groupe Bolloré, lui, principal actionnaire de la chaîne.
Mais peu importe, peu importe, même s'il faut mentir, manipuler et mettre en scène. Le buzz est fait, quoi qu'il en coûte. La suite est comme toujours sur Twitter et c'est là que ça devient intéressant. Ça se passe donc sur les réseaux sociaux et sur Twitter où les hashtags mot dièse en français, c'est le signe du truc, tu vois, flambent. Pendant des heures, comme à chaque fois, c'est la boucherie entre anti et pro. Des milliers et des milliers de personnes s'écharpent à coups de violences au bout des pouces à taper des petits mots et des noms d'oiseaux sur des claviers et autant d'écrans tactiles.
Puis, de ce brouhaha, de ce bourdonnement, comme on dit buzz en français, engendré par du coup ces tweets dont son régal Zemmour et CNews, un nouvel hashtag est né. Ça ne finit jamais. Ça continue. Alors, cette fois-ci, enfanté par le camp des anti, le hashtag j'ai bloqué CNews invite alors à bloquer le compte Twitter de CNews. Bon, c'est assez simple à comprendre. Le mot dièse grimpe très vite en tendance, utilisé par des milliers d'internautes qui, du coup, mettent en scène leur propre blocage, capture d'écrans à la pluie, ce qui alimente la machine infernale des échanges polarisés entre anti et pro encore et encore, comme une guéguerre bête et méchante d'une cour d'école.
Bon, voilà pour le décor anxiogène.
Mais toi, dans tout ça ?
Eh bien, moi, dans tout ça. Moi, devant, je suis là et je regarde le spectacle, tu vois, j'essaie de comprendre le sens de toute cette énergie investie, de décortiquer, si tu veux, la stratégie opérée. Alors, je relis le hashtag j'ai bloqué ces news. L'objectif, même si symbolique, on verra pourquoi juste après, est de boycotter la chaîne, la chaîne sur Twitter, de la faire sortir de nos files d'actualité, de l'extraire de notre champ de vision. OK, pourquoi pas ? Alors, avant de vous expliquer pourquoi je trouve cette chose contre-productive, un mot sur l'aspect symbolique, donc sans conséquence, de l'action sur Twitter.
Alors, il faut comprendre le truc, c'est que sur Twitter, un compte, bloquer un compte, n'a de sens que si ce compte vous suivait déjà préalablement, ce qui n'est pas le cas avec CNews, qui ne suivait pas les milliers d'internautes en colère juste avant. Donc, que ces derniers viennent bloquer le compte du premier n'a aucun intérêt ni sens particulier. Et puis, quelques milliers de tweets énervés contre un géant médiatique agressif et omniprésent à la télévision, sur Internet et physiquement distribués chaque matin, tu sais, les trucs gratuits, ça n'a pas tellement de sens en fait, sérieusement.
Bon, l'opération apparaît alors comme un coup d'épée dans l'eau et devient évidemment objet de moquerie sur Internet. Alors, quelques exemples de tweets, celui-ci. Ceux qui pensent que bloquer CNews leur permettra de faire oublier les idées nationalistes, vous êtes mignons, tweet une internaute agacée, plutôt de gauche. Un autre dit le monde d'après, le monde d'après le hashtag j'ai bloqué CNews, vous faites pitié les gauchos, écrit un autre, lui plutôt réac et partageant du contenu raciste. J'ai vérifié.
Et le troisième nous dit, enfin à tout le monde parce que Twitter c'est ouvert à tout le monde, tant mieux que vous bloquiez CNews, c'est intéressant, il y aura moins de commentaires imbéciles de gauchistes sous leur tweet, ajoute cette jeune fan assumée de Zemmour. Elle n'a pas vraiment tort puisque déserter le terrain et laisser leur champ libre, est-ce que c'est vraiment pertinent ?
Mais au fond, pourquoi appeler à boycotter CNews, Zemmour et compagnie, et à tes yeux, une idée contre-productive ?
Eh bien c'est simple, j'ai suivi l'évolution du nombre d'abonnés du compte Twitter de la chaîne qui était visée là. La chaîne est à l'extrême droite, il faut le dire, il faut dire ce qu'il y a. Et tout au long de cette période, le compteur n'a cessé de croître. Il atteindra bientôt les 2 millions de personnes qui suivent ce compte. C'est désespérant mais en rien étonnant et je vais expliquer pourquoi. Car à quel moment faire l'autruche regarder ailleurs a-t-il fait disparaître le problème en question ? Jamais. Et pourtant, c'est une stratégie commune depuis des lustres en fait. faire comme si le monstre n'existait pas et miser sur le fait qu'il allait se détruire par lui-même.
Mais c'est tout le contraire qui s'est produit. L'extrême droite est plus forte que jamais. Là aussi, pas que dans les urnes mais dans l'espace médiatique. Et rien d'étonnant, là encore, tant les idées fascisantes sont compatibles avec les attentes du capitalisme. Ce modèle promeut l'instantané, le clash, l'émotion car cela génère finalement de l'attention à bas coût et qui rapporte gros. Alors comment ? C'est simple. Plus le scandale est sale, plus il attire de l'audience, plus celle-ci est vendue chère aux annonceurs. Un peu comme sur YouTube d'ailleurs. Sur TF1 comme sur CNews, un spot publicitaire peut coûter plusieurs centaines de milliers d'euros la seconde.
Et plus le buzz est gros, plus l'attention est forte, plus la seconde vaut de l'or. Voilà où réside finalement le nerf de la guerre, le socle justificatif de la création d'un monstre comme Éric Zemmour.
Donc c'est finalement positif de boycotter ces canaux, non ?
Eh bien non, je ne le pense pas. Sans remettre totalement en question le pouvoir du boycott, organisé avec sérieux et de manière massive. Par exemple, sur un produit de consommation dans un magasin. Mais ce n'est pas la même chose là en fait avec les médias et la politique. On ne peut pas faire comme si quelques milliers de gauchos justement en colère pouvaient faire le poids face à une grosse machine comme CNews. Détenu par le groupe Canal. Lui propriété du groupe Vivendi. Lui-même possédé majoritairement et donc contrôlé par Vincent Bolloré. Voilà. Voilà, voilà, voilà l'ennemi. Lui et cet autre sept ou huit autres milliardaires qui possèdent à eux seuls 90% des médias français.
C'est énorme. Média, pour la plupart, pas du tout rentable financièrement. Donc, c'est que l'intérêt réside ailleurs dans la fabrication et le contrôle de l'opinion publique. Et nous, là, en face, on fait des hashtags. On appelle nos semblables à regarder ailleurs. On croit quoi en fait ? Au juste, je ne comprends pas. Que CNews et Zemmour vont bouder, se taire d'eux-mêmes si la gauche la plus radicale refuse de les écouter ou se suffit de les insulter pour ce qu'ils sont, des racistes, des xénophobes, tout ce qu'on connaît et que le problème va ainsi se réduire à néant et puis se résoudre par le même nom. Mais en même temps, la question aussi, elle est là.
Comment combattre le court, le facile, le médiocre, le spectacle démagogique qui brille de mille faits sur les plateaux ? C'est ça la question. Il faut du temps, de l'énergie et de l'intelligence pour combattre ce que représentent ces gens. C'est exactement ce que le capitalisme, je pense que c'est ce que tu as voulu dire. Le capitalisme nous interdit finalement. Et voilà ce qui semblait n'être qu'un énième et un anodin hashtag sur Twitter qui n'en est pas un, qui pose de véritables sujets de société sur la table.
L'indépendance, le financement, le contrôle des médias, le rôle dans la construction du débat public et donc de l'orientation des décisions politiques du pays, l'absence de pluralisme sur les plateaux, de pluralisme politique réel et la prolifération des propos fascistes sous couvert de liberté d'expression. Comme à chaque fois, tu le sais. Non, le racisme n'est pas une opinion, le racisme est un délit justifié. Bref, les sujets les plus sérieux sont ceux-ci, ils sont nombreux et ne manquent pas d'intérêt.
Bien au contraire, je pense d'ailleurs que sincèrement que l'abstention massive trouve aussi sa source là dans le nivellement par le bas du débat public, gangréné par la haine et la culture du ressentiment. D'ailleurs, un exemple, l'enquête de l'institut Harris Interactive fait cet été réalisé sur 42 mesures issues du programme des insoumis, dont certaines de ces mesures qu'on retrouve aussi ailleurs à gauche, montrent bien que le peuple français est bien plus intéressé par la justice sociale et écologique qu'à aller faire contrôler les prénoms et la longueur des jupes des femmes, etc.
Non, c'est là en fait qu'est notre rôle à nous, éditorialistes, journalistes, chroniqueurs, acteurs et actrices de la vie médiatique, de faire écho à d'autres récits politiques en phase avec la réalité vécue par la majorité écrasante d'entre nous, des Françaises et Français dans le pays, sans nier bien sûr l'existence de problématiques plus localisées, mais à traiter avec sérieux, pas avec démagogie. Mais aussi, c'est aussi votre rôle, à vous qui nous regardez derrière votre écran, là, à cet instant, de ne pas tomber dans le piège de la surréaction du brouhaha continu. Non, non.
Soutenez plutôt les médias et journalistes indépendants, soutenez les choix éditoriaux des voix dissonantes, coucou, c'est nous les voix dissonantes, aux yeux des puissants, bien évidemment, qui s'efforcent, ces puissants, à nous faire taire, à faire taire partout ceux qui parlent, comme s'y a-t-elle violemment Vincent Bolloré. Et en attendant de pouvoir le faire taire, lui, et le virer à son tour, bonne journée quand même.
Merci Djamil, bonne journée à toi aussi, mais on va essayer de passer plutôt une bonne après-midi, un peu loupé là. C'est vrai. Bon, au rappel, vous pouvez soutenir les médias. Mais oui, mais oui, on parlait de médias indépendants, on parlait de soutien et donc vous savez que vous pouvez retrouver la cagnotte en description de la vidéo. D'ailleurs, il faudrait peut-être penser à prévoir une chronique « Cui cuis les petits oiseaux » parce que l'actu, elle est un peu déprimante en ce moment.
Gardons le sourire quand même.
Et surtout qu'on va poursuivre avec la chronique de Taha qui n'est pas forcément aussi très gaie. C'est sûr. Voilà.
C'était bien.
Dans la discrétion, c'était top. Salut, comment vas-tu ?
Ça va bien. Et toi, Nadia ?
Ça va. Toi, tu vas nous parler de lutte sociale et ça se passe à la RATP.
Oui. Alors, Hassan est conducteur de bus RATP. En juin 2020, il va avoir un accident avec son bus. Lui dit que c'est un accident qui est dû à un défaut, à une défaillance de son bus qui avait été signalé par les conducteurs avant lui. Un défaut de frein. La RATP, elle, de son côté, dit que c'est de la responsabilité de Hassan. Il se trouve que, voilà, il a eu un accident de travail. Il a eu une hernie discale. Et donc, la RATP lui demande de revenir travailler. Alors que son médecin, lui, de son côté, dit qu'il n'est pas apte à revenir au travail. Et donc, ça fait 15 jours qu'il est sans salaire, qu'il n'est pas payé par la RATP. Et donc, il a entamé une grève de la faim.
Et on est allé voir du côté de son dépôt dans le 18e arrondissement, le dépôt de Béliard. Il est soutenu par les délégués du personnel. Écoutez. Oui, je soutiens Hassan depuis le début de l'histoire qui date d'il y a maintenant 15 mois. Je soutiens parce que, déjà d'une, c'est un agent qui fait partie de mon centre bus. Et deuxièmement, voilà, l'injustice qu'il a subie suite à l'accident, c'est pas anodin parce que c'est... Aujourd'hui, on parle d'Hassan, mais c'est pas un cas isolé.
C'est vraiment l'arbre qui cache la fourrée parce que beaucoup de collègues sont dans ce cas-là où, derrière, des indices de responsabilité lors d'accidents sont attribués aux agents à tort et que l'agent, lui, derrière, il n'a pas beaucoup, on va dire, de possibilités pour contester hormis 15 jours. Mais le problème, c'est que c'est le service juridique qui décide et que la direction a une influence aussi sur l'indice de responsabilité quand il y a un accident. La direction a jugé nécessaire de fournir tous les éléments, notamment la vidéo de l'accident de Hassan pour retirer sa responsabilité de cet accident. Cette vidéo-là a pourtant été vue.
Il doit y avoir un compte-rendu écrit qui stipule clairement qu'Hassan criait « j'ai plus de frein au moment de l'accident ». À l'instant T où il y a eu l'accident, Hassan criait clairement qu'il n'y avait plus de frein. On peut comprendre qu'il y avait une défaillance au niveau du système de freinage à ce moment-là. Malheureusement, à l'heure d'aujourd'hui, on n'a toujours pas le compte-rendu écrit du visionnage de cette vidéo. La direction a caché ces éléments-là, notamment le visionnage, ce qui a permis derrière au service juridique de rendre responsable Hassan pour l'accident.
Aujourd'hui, Hassan, lui, ce qu'il veut, c'est que la justice soit rendue, que tout simplement sa responsabilité soit dégagée de cet accident-là. car bien au contraire, par ses manœuvres, il a réussi à sauver des voyageurs qui étaient dans le bus, qui n'aient pas eu de blessés. Malheureusement, lui a été blessé suite à cet accident. Il a eu des problèmes au niveau du dos, au niveau des lombaires. Et aujourd'hui, au lieu de récompenser l'agent pour son professionnalisme et les manœuvres qu'il a utilisées pour éviter un accident, pour éviter de rentrer frontalement sur un autre véhicule, il a fait une manœuvre en déviant à droite pour revenir à gauche, pour ne pas arriver frontalement.
Et aujourd'hui, Hassan se retrouve tout simplement responsable de cet accident. Il est sans salaire, effectivement, ça fait depuis le 15 octobre qu'il est sans salaire. Donc aujourd'hui, il se bat pour qu'il récupère ses droits, que ses indemnités journalières soient rétablies pour pouvoir tout simplement assumer ses charges et sa vie de famille parce qu'il a quand même deux enfants.
Donc on vient d'entendre Annie, qui est le délégué du personnel.
au dépôt de Béliard. Et on a Hassan qui est en ligne avec nous pour nous expliquer un peu la situation parce qu'en fait, il a eu un entretien avec la direction, avec la CCAS et il va nous tenir un peu au courant. Hassan, est-ce que tu nous entends ? Oui, bonjour à tous. Vous m'entendez bien ? Bonjour Hassan.
Bonjour Hassan. Déjà, comment allez-vous ? Comment vous sentez-vous ?
Ça peut aller, ça peut aller. Toujours un petit peu... On va dire, ça peut aller. Est-ce que tu peux nous expliquer ce qui s'est passé ? Tu as fait une grève de la faim, tu as été emmené à l'hôpital, c'est un combat là que tu mènes depuis quelques jours. Est-ce que tu peux nous expliquer ce qui s'est passé ? Alors déjà, il faut savoir que lundi 18, je me suis rendu au dépôt pour entamer ma grève de la faim et suite à ça, le lundi, on m'a fait des propositions afin de discuter avec eux. Je n'étais pas accompagné, malheureusement, peur que je sois seul face à eux. Donc, j'ai demandé que ça soit reposé à mardi 19. Mardi 19, à 9h, j'ai été...
Juste, est-ce que tu peux revenir d'abord sur l'accident qui te reproche ? Oui. Alors, ce qui me reproche, c'est l'entière responsabilité. Ils me disent que c'est moi qui ai commis en vérité. Cet accident, je l'ai voulu moi-même. Quand j'ai pris le but, je l'ai renforcé contre des véhicules volontairement d'après eux. Mais maintenant, c'est une autre version qui a été donnée le 19. Donc ça, c'était tout au début. Ta version, c'est quoi ? Pendant 15 mois, on m'a fait croire que c'était moi. Oui ? Ta version, c'est quoi ? Alors, ma version à moi ? Oui. Alors moi, il y a eu un défaut de freinage. Donc, j'ai essayé d'appuyer sur la pédale. La pédale était dure.
Donc du coup, elle ne répondait plus. J'ai crié à plusieurs reprises pour que les clients se tiennent et s'accrochent que je n'avais plus de frein. Les choses qu'ils ont faites, malheureusement, grâce à ça, les gens n'ont rien eu. Moi, j'étais tellement crispé qu'au moment du choc, ça m'a créé une hernie discale. Et aujourd'hui, je suis suivi par le kiné et par des médicaments. Au niveau psychologique, c'est pareil. Je ne dors plus. Depuis cet accident-là, je suis dans un état où je ne dors plus. Je fais des cauchemars. Et c'est mon premier accident, à savoir qu'en 11 ans de régie, bientôt 12, je n'ai jamais eu d'accident, jamais eu de constat, ni de rapport.
Et j'étais pendant 7 ans à Créteil. Je n'ai jamais eu de problème ni avec la direction ni avec les collègues. Et aujourd'hui, bon, un petit accident que je ne suis pas du tout responsable, je me retrouve accusé. Ça implique quoi, justement ? Ça implique quoi, justement, pour toi, dans ton travail, dans ta carrière, le fait que tu portes la responsabilité de cet accident ? Cette responsabilité me freine simplement dans mon dossier. C'est noté que j'ai eu un accident. Moi, j'ai essayé d'être propre depuis le début de mon entrée à la régie.
Aujourd'hui, avec cet indice de responsabilité, déjà, premièrement, on perd les primes d'accident, on perd la crédibilité pour pouvoir partir au métro, pour pouvoir faire plusieurs choses. Même si, aujourd'hui, la direction de la RATP, je parle bien du dépôt de Béliard, m'ont fait un courrier me disant que je n'ai rien commis et que, par rapport à tous les documents qu'ils ont en leur position, ils disent que je n'ai fait aucune faute professionnelle. Mais le problème, c'est qu'eux aussi, ils disent qu'il n'y a pas eu de problème dans leur véhicule. Donc, en fait, eux, ils ne sont pas responsables. Je ne suis pas responsable. Mais dans ce cas-là, qui est le responsable ?
Alors, justement, Hassan, pourquoi est-ce que, selon toi, la direction de la RATP veut te faire porter la responsabilité de cet accident ? Alors, je dis bien la direction, pas la RATP en général, je dis bien que c'est le dépôt de Béliard. Ils veulent me faire porter le chapeau. Étant donné que, déjà, il faut savoir qu'en 2019, enfin, huit mois avant mon accident, il y a eu un contrôle de la CSSCT qui a été effectué au dépôt de Béliard. Et ce qui s'est passé, c'est qu'il y a eu plus de la moitié des véhicules qui étaient non conformes à la remise en circulation. Donc, il y a beaucoup de véhicules au dépôt de Béliard qui ne sont vraiment pas entretenus.
Donc, moi, ce qu'ils ont peur aujourd'hui, je pense, c'est que simplement que les gens, que les médias... Ils veulent masquer la faute de l'employeur, quoi. Exactement. Donc, à partir de là, il vaut mieux mettre la faute sur un petit comme moi que de la mettre sur eux, quoi.
Mais Hassan, j'imagine qu'une expertise est possible et on peut très vite déterminer l'origine de l'accident.
Tout à fait. Mais le problème, c'est que toutes ces choses-là se font en interne. Donc, moi, j'ai un véhicule. Si je veux que le véhicule passe au contrôle technique, je l'emmène chez un ami ou bien un frère. Et c'est ce qui se passe. Ils l'emmènent... Ils le font par eux-mêmes. Donc, moi, si je l'emmène chez un inconnu, il est sûr que le véhicule ne va pas passer. Je sais déjà qu'il y a des défauts dessus. Donc, voilà ce qui se passe aujourd'hui. Il y a une vidéo aussi dont tu m'avais parlé. Tu sais, Nadia, dans ces véhicules, c'est ce qu'on appelle une alarme... Oui, tout à fait. On peut faire une alarme discrète. Il y a une alarme discrète et donc c'est une vidéo qui...
On appuie sur le bouton et à ce moment-là, ça enregistre tout ce qui s'est passé dans le véhicule. Et toi, tu l'as activée, cette vidéo ? Au départ, pendant 15 mois, ils me disaient que la vidéo a été écrasée sous 72 heures après mon accident. Donc, chose que je n'avais pas comprise vu qu'il y avait eu un corporel. Et maintenant, depuis que j'ai entamé ma grève de la faim, là, on me dit tout le contraire. Donc, c'est 15 jours après 15 jours qu'elle a été écrasée mais qu'elle a bien été visualisée. Donc, ce jour-là, j'étais en compagnie de Annie ainsi que Fatma.
Donc, lorsqu'on s'est rendu à l'entretien avec le patron, ils nous disent qu'ils ont bien visualisé à la caméra que je n'ai commis aucune faute professionnelle. Donc, tout ce que j'ai mis dans mon rapport ressort bien au niveau de la caméra. Et quand je leur dis mais pourquoi dans ce cas-là vous n'avez pas communiqué ces documents auprès de jurs, ceux qui vaut n'hommes responsables ou non responsables, ils ont dit qu'ils n'envoyaient pas l'utilité. À partir de là, j'ai vu flou. Pourquoi dans ce cas-là, ça pouvait me couvrir ? Pourquoi vous ne l'envoyez pas ? Et là, ils n'ont pas répondu à mes questions. Et aujourd'hui, ils attendent toujours le rapport de cette vidéo-là que je n'ai pas.
Donc, je l'ai demandé à plusieurs reprises mais on ne l'a pas fourni. En 15 mois, on ne l'a jamais fourni. C'est quoi les prochaines échéances pour toi ? Les prochaines échéances, malheureusement, avec le dépôt, je pense que ça va aller au tribunal, au pénal et voir prud'homme. Parce que franchement, aujourd'hui, ils m'ont sali. Ils m'ont sali. Clairement, ils m'ont sali face à mes collègues. Je me suis affiché face à mes collègues. J'ai laissé ma famille. J'ai perdu toute ma dignité face à ce problème-là. C'est une accusation qui est très grave pour moi, à mon sens. Même si pour eux, c'est banal. Ils reprennent une vie normale.
Mais aujourd'hui, moi, je suis très, très, très touché par tout ça. C'est quoi le message que tu voudrais faire passer à la direction ? Comment ? C'est quoi le message aujourd'hui que tu voudrais faire passer à la direction ? Moi, le message, c'est que je souhaiterais simplement que tous les véhicules soient bien entretenus et conformes pour que la sécurité et des conducteurs et des voyageurs soit un confort total. Car on ne transporte pas des sacs de plantes de terre, on transporte des clients. Et ça, il faut qu'ils le sachent. L'entretien, il faut que ce soit obligatoire.
Même s'ils disent que ça a été effectué, on sait très, très bien que vous allez poser la question à tous les machinistes de Béliard. Ils vont vous répondre la même chose. À 99%, ils vont vous répondre que l'entretien n'est plus effectué dans ces véhicules. Je ne sais pas si c'est par rapport à l'ouverture à la concurrence ou autre, mais en tout cas, nous, on a tendance et nous qui subissons.
J'ai une dernière petite question. Est-ce que vous avez des collègues dans d'autres dépôts qui ont un peu la même expérience que la vôtre ? Alors, peut-être pas un accident comme celui-là de la route, mais des dysfonctionnements qui ont été observés et une responsabilité qu'on voudrait faire reposer sur leurs épaules à eux. Est-ce que c'est finalement quelque part un peu un système au sein de la RATP où pour se dédouaner, on impute complètement les responsabilités aux machinistes ?
À vrai dire, moi, j'ai entendu beaucoup de choses, mais j'ai toujours dit que tant que ça ne nous arrive pas, en fait, on pense toujours que les collègues peut-être ont commis une faute. Donc moi, j'ai été un petit peu naïf, mais c'est vrai que j'avais déjà entendu beaucoup de choses par rapport à ça dans d'autres dépôts. Sauf que moi, le dépôt de Créteil où j'étais, franchement, je n'ai jamais entendu ce genre de pratiques. Mais bon, à Créteil, à Béliard, apparemment, ça a été déjà... J'ai été suivi par Annie ainsi que Fatma et toute l'équipe de FO et de la CSSCT. Ils me disent qu'il y a déjà eu ce genre de problèmes, donc je ne suis pas le premier et j'espère être le dernier, simplement.
En tout cas, on suivra ça et puis on suivra avec vous vos différentes expériences avec la RATP. et on viendra sur le dépôt de Béliard s'il faut.
On vous souhaite beaucoup de courage.
C'est super. En tout cas, merci à toute votre équipe d'avoir quand même soutenu et d'avoir essayé de faire un petit peu savoir la vérité.
Merci à vous, Hassan. On vous souhaite aussi beaucoup de repos et un prompt rétablissement. On espère, vous avez en tout cas tout le soutien de l'équipe du Média. Taha, est-ce que tu veux le mot de la fin ?
Non,
c'est Hassan qui va avoir le mot de la fin. On vous écoute, Hassan.
Merci à toute votre équipe. Merci à Taha qui a cru en moi dès le début. Merci à toute l'équipe de la CSSCT qui a cru en moi ainsi que l'EFO et les collègues du métro, les collègues du bus et tous les autres dépôts qui ont été solidaires. Et merci à Naza et aussi à Mathieu qui ont dormi avec moi pendant toutes ces nuits passés au dépôt. Et franchement, pour moi, c'est vraiment... Et désolé encore et vraiment désolé pour tous les collègues que j'ai pu choquer par cette manière de m'exprimer. Mais malheureusement, je n'avais pas le choix. Et si j'avais le choix, je ne l'aurais pas fait. Je l'aurais fait autrement. Mais ils ne m'ont pas laissé le choix.
Donc, je m'en excuse pour ceux que j'ai choqués. Voilà, c'est le mot de la fin. C'est vraiment, je m'en excuse à tous ceux que j'ai choqués. Je m'excuse auprès d'eux.
Écoutez, on espère que ce sera la RATP et la direction qui finiront par vous présenter des excuses plutôt dans ce sens-là. Hassan, merci d'avoir mené cette investigation et de mettre la lumière sur des histoires qui sont silenciées. Oui,
parce que c'est aussi vraiment important. Peut-être ce genre d'histoires, elles peuvent paraître minimes, elles peuvent paraître... Mais souvent, on est désarmé quand on est face à une direction, face à un patron, face à un responsable hiérarchique. Et en fait, rien que de savoir qu'il y a de la solidarité, il y a du soutien, comme l'a dit Hassan qui est des gens, qui viennent avec lui, qui le soutiennent dans son action, des gens qui sont de la RATP mais pas forcément de son service et aussi des gens qui ne sont pas de la RATP du tout.
Ça peut être des auditeurs, des sociaux, ça peut être des journalistes et dire aux salariés, aux ouvriers, en fait, vous n'êtes pas seuls et si un jour, vous avez un pépin et je passe le message ici, si là, il y a des sociaux ou des auditeurs ou des spectateurs qui nous écoutent qui un jour, voilà, ont une difficulté par rapport avec leur patron, il y a une injustice au travail, n'hésitez pas à nous contacter.
Nous, on est aussi là pour donner de la voix, même si le combat peut paraître minime, en fait, c'est déjà ça de gagner face au patron et voilà, donc je passe ce message, n'hésitez pas à nous contacter, contact.media.tv.fr si vous avez une injustice à mettre en lumière dans le monde du travail, même si elle peut paraître ridicule, ça reste quand même important.
Non, et elle raconte aussi beaucoup de choses, on a parlé du démantèlement du service de l'hôpital public, je fais tout de suite, et la transition se fait très bien, c'est effectivement ce service public qui est complètement affaibli, qui n'est plus au service précisément du public et qui va plutôt même d'ailleurs servir des intérêts privés et là, on le voit aujourd'hui avec la RATP, on le vit même au quotidien, je veux dire, au-delà de l'affaire de Hassan, on voit bien la dégradation
des transports ici. Bien sûr, et puis en fait finalement on peut faire le lien avec tout, que ce soit les services publics du transport mais aussi du soin, en fait finalement tout est géré comme une entreprise depuis un moment et finalement toutes ces histoires se recoupent et c'est très bien qu'on puisse ici en faire l'écho donc effectivement je soutiens ce que Taha vient de dire à l'instant, contactez-nous si vous avez des choses à raconter. Finalement les gens peuvent aussi créer l'agenda médiatique avec nous, c'est cet ensemble qu'on est plus fort.
Et il est préférable que ce soit même dans ce sens.
Exactement.
Merci de nous avoir suivis là c'est le week-end tenez bon enfin encore enfin quoi que la journée commence en vérité il est 8h14 exactement écoutez vous pouvez retrouver bien évidemment cette émission comme toutes les contre-matinales en replay le podcast est également disponible messieurs vous voulez dire quelque chose non d'accord ok oui j'ai refait la parole donc vous me disiez vraiment le média est un média indépendant alternatif on essaie vraiment justement de faire porter d'autres narratifs comme tu le disais d'autres récits
dépendant de vous
et voilà exactement vos soutiens sont notre unique source de financement et nous permettent d'innover au quotidien pour une information toujours plus qualitative très bon week-end à vous et merci de nous avoir suivis à très bientôt