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speechyoutube.com· 22 juillet 2016

75 ans du Musée de l’Homme - Discours de Delphine Batho

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Je vais m'exprimer devant vous avec beaucoup d'humilité au regard de la belle histoire qui vient d'être rappelée, qui est une histoire chargée de valeurs qui me sont chères. Nous fêtons aujourd'hui les 75 ans du Musée de l'Homme, partie intégrante du Muséum National d'Histoire Naturelle, et que le premier soit une partie du second symbolise déjà toute l'interdépendance des relations entre l'homme et la nature, la nécessité de les comprendre dans une perspective historique, universaliste et humaniste. C'est un honneur pour moi de représenter auprès de vous aujourd'hui le Premier ministre Jean-Marc Ayrault.

L'histoire du Musée plonge ses racines jusqu'à la Révolution française. En 1793, un décret de la Canale avait réorganisé l'ancien Jardin Royal des Plantes et créé le Muséum d'Histoire Naturelle doté d'une chaire d'anatomie humaine. Au XIXe siècle, alors même que l'ethnologie commençait à se constituer en science, c'est l'anthropologie physique classique qui continuait de prévaloir en France.

Dans une France marquée par son histoire coloniale, des collections ethnographiques commençaient à se constituer et elles attiraient la curiosité des foules lors des expositions internationales. En 1892, un musée d'ethnographie ouvre ses portes au Trocadéro, marqué par les préjugés de l'époque. Et puis tout change avec l'arrivée à sa tête de Paul Rivet.

Il en obtient d'abord le rattachement au Muséum d'Histoire Naturelle. Surtout, il est le promoteur d'une conception élargie de l'anthropologie pour qui l'humanité est indivisible, qui intègre l'étude des phénomènes sociaux et culturels, des langues, des religions. Il veut faire de l'établissement un musée laboratoire qui associe dans un même lieu un laboratoire de recherche, une bibliothèque, des enseignements, des espaces d'exposition.

C'est la même ambition qui préside à la création du Musée de l'Homme à partir de 1937. En choisissant ce titre, Paul Rivet dit lui-même qu'il a voulu signaler, je cite, « que tout ce qui concerne l'être humain, sous ses multiples aspects, devait et pouvait trouver sa place dans les collections. Il fallait rassembler en une vaste synthèse tous les résultats acquis par les spécialistes, les obliger ainsi à confronter leurs conclusions, à les contrôler et à les épauler l'une par l'autre.

L'humanité est un tout indivisible, non seulement dans l'espace, mais aussi dans le temps. » Pour mener à bien ce projet, Paul Rivet a pu compter sur des pionniers, des ethnologues, notamment Claude Lévi-Strauss et tous ceux dont les noms ont été rappelés tout à l'heure. Il a reçu aussi l'aide de Jean Zay, ministre de l'Éducation nationale et des Beaux-Arts du Front populaire.

Permettez-moi de rendre hommage à cette grande, belle figure emblématique de la République française. Élu plus jeune député de France à 27 ans en 1932, nommé ministre du gouvernement du Front populaire par Léon Blum en 1936 à l'âge de 31 ans, Jean Zay a mis toute son intelligence, sa force de conviction au service de la démocratie et de l'éducation de tous les citoyens. C'est le sens de son soutien au Musée de l'Homme.

Ce sens de la démocratisation, de l'accès au savoir, à la science, à la culture, à l'école. En quelques années, le Musée de l'Homme devient l'un des hauts lieux de la recherche française où des savants de renommée internationale installent leur laboratoire. Et Jean Zay, comme de nombreux chercheurs du Musée de l'Homme, s'engageront dans la résistance au prix de leur vie en luttant contre le nazisme et leur nom est rappelé sur une plaque à l'entrée du musée.

C'est ensuite le début après-guerre d'une longue histoire au cours de laquelle le Musée de l'Homme n'a pas cessé d'être à la pointe de la recherche anthropologique ni d'accueillir des visiteurs attirés par ces collections exceptionnelles. Cette histoire, j'en citerai quelques jalons. La création en 1953 du Comité du Film Ethnographique, l'inauguration du Salon de Musique en 1959, qui rassemble plus de 400 instruments venus du monde entier, la création de chaires de préhistoire et d'ethnologie dans les années 60 et 70 et enfin la réalisation au cours des années 90 de grandes expositions permanentes dont l'objet est d'apporter des réponses à quelques questions fondamentales que nous nous posons tous.

Les années 2000 ont été, pour le Musée de l'Homme, des années de bouleversement avec le transfert d'une partie des collections au Quai Branly et aussi au Musème. Et cette histoire, et je le sais, encore douloureuse. Mais ça a été l'occasion de repenser l'émission, l'organisation du Musée de l'Homme pour en construire un Musée de l'Homme pour le XXIe siècle.

Un important travail a été entamé de rénovation et je veux en souligner l'importance et l'originalité en même temps que je veux saluer tous ceux qui participent, qui participent à ce projet de refondation qui est fidèle à l'ambition humaniste qui avait présidé à la création du Musée de l'Homme. Cette rénovation s'inscrit dans un mouvement plus global de réhabilitation des espaces d'exposition du Muséum National d'Histoire Naturelle qui concerne plusieurs galeries du Jardin des Plantes, qui concerne aussi le Zoo de Vincennes. Et je remercie les dirigeants du Muséum de s'y être engagés, tout particulièrement son président, M.

Gilles Buss, et son directeur, M. Thomas Grenon. Et je remercie aussi tous les membres du Comité d'orientation du Musée de l'Homme de leur implication.

Au cœur de ce projet, il y a une réflexion, j'allais dire écologique, dans toutes les dimensions de ce terme et de ce que doit être une compréhension globale de l'humain. Comment l'espèce humaine est-elle apparue sur Terre ? Comment s'est-elle adaptée à son environnement ?

Quel rapport symbolique et pratique les hommes entretiennent-ils avec la nature et en particulier avec les autres êtres vivants ? Quelles sont les incidences de la présence humaine sur la planète et quelles responsabilités cela nous confère-t-il ? Nous savons désormais que notre influence sur la planète se mesure à l'échelle des temps géologiques.

L'action de l'homme est en effet à l'origine de ce que certains qualifient, à juste titre, de sixième extinction d'espèces animales et végétales. Elle est aussi à l'origine d'une modification radicale de la composition de l'atmosphère alors que le climat était resté relativement stable les 10 000 dernières années. Pour reprendre le titre d'un ouvrage collectif récemment publié sous la direction de Gilles Boeuf, le musée de l'homme doit nous aider à répondre positivement à la question « Parviendrons-nous à nous adapter à nous-mêmes ? » Il faut effectivement se pencher sur le futur de l'espèce humaine avec en même temps optimisme, avec confiance dans la capacité justement de l'espèce humaine d'apporter des solutions au travers de la science notamment à tous ses défis.

Pour y parvenir, le musée de l'homme continuera à être un musée laboratoire hébergeant d'abord des collections uniques au monde, des équipes de recherche sur la préhistoire, en ethnobiologie, en anthropologie sociale et culturelle, en histoire des sciences et des techniques. Ce sera aussi un lieu de débat et d'échange où les visiteurs pourront se familiariser avec les avancées les plus récentes de la science. Cette double ambition est servie par un projet architectural vraiment très impressionnant qui vise à la fois à préserver un monument chargé d'histoire et à en fluidifier le parcours entre les différents espaces, à faire entrer la lumière à trium, galeries, salles de conférences, auditoriums.

Et puisque ce lieu sera consacré à l'homme dans son environnement naturel, Olivier Brochet et Emmanuel Neboux ont voulu mettre en valeur l'exceptionnelle situation géographique du palais de Chaillot et ils ont bien fait. Mesdames et Messieurs, j'ai hâte, comme vous tous, d'être en avril 2015, lorsque le musée de l'homme rouvrira ses portes. Je tiens à vous dire l'admiration et le soutien du gouvernement tout entier.

Vous montrez que les institutions culturelles les plus vénérables peuvent se transformer sans rien perdre de leur rigueur scientifique, mais aussi de leur fidélité à des valeurs fondamentales, de liberté, de dignité humaine, d'égalité, des valeurs qui sont profondément modernes. Le musée de l'homme de demain sera digne des vers de Paul Valéry qui ornent depuis toujours son fronton. Choses rares ou choses belles, ici savamment assemblées, instruisent l'œil à regarder, comme jamais encore vu, toutes choses qui sont au monde.

Vive le musée de l'homme, vive la République et vive la France. Sous-titrage Société Radio-Canada