Cancers, diabète : les soupçons sanitaires s'accentuent sur plusieurs conservateurs alimentaires
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Est-ce qu'on peut dire avec précision, par exemple, si quelqu'un mange toute sa vie des pizzas surgelées industrielles, il développera forcément un cancer ? Est-ce qu'on peut aller jusque-là ou ça va trop vite ?
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« Et donc ce que l'on observait lorsqu'on classait la population en trois groupes, les pas consommateurs, moyens ou plus forts consommateurs, c'était des augmentations de risques dans le groupe le plus fortement exposé par rapport à ceux qui ne consommaient pas ces additifs. »
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Et les 6h21, encore la preuve qu'il faut faire ultra attention à ce que l'on mange. Des chercheurs français ont réussi à montrer que certains additifs alimentaires, les additifs conservateurs, favorisent les cancers et les diabètes de type 2. Leurs résultats sont publiés ce matin, des études que vous avez coordonnées Mathilde Touvier. Bonjour. Oui, bonjour. Vous êtes directrice de recherche à l'Inserm en épidémiologie nutritionnelle. C'est la première fois qu'un tel lien est établi entre conservateurs et cancers et diabètes ?
Oui, c'est la première fois qu'on arrive à quantifier finalement les milligrammes par jour qu'on consomme de tous ces additifs conservateurs qu'on trouve dans notre alimentation. Et donc première fois qu'on arrive à explorer le lien qui peut exister avec le risque de cancer et de diabète.
Alors vous avez travaillé sur les données de plus de 100 000 adultes qui pendant 15 ans ont déclaré est-ce qu'ils mangeaient, est-ce qu'ils faisaient du sport ou pas, leurs antécédents médicaux, leur mode de vie, leur état de santé, etc. Et le résultat, alors je vais arrondir, on va dire 4 200 participants sur ces plus de 100 000 qui ont reçu un diagnostic de cancer et 1 000, donc toujours parmi plus de 100 000, des cas de diabète de type 2. Pour vous, ces résultats sont significatifs ? Parce que quand on n'est pas spécialiste, ça semble faible finalement comme proportion.
Alors oui, on a travaillé dans le cadre de la cohorte NutriNet Santé. Et donc là, ces proportions, ce sont simplement le nombre de cas de personnes qui ont reçu un diagnostic de cancer ou de diabète au fil du temps. Ensuite, ce qui était intéressant, c'est de corréler ce risque de développer un diabète ou un cancer avec la consommation plus ou moins importante de ces conservateurs. Et donc ce que l'on observait lorsqu'on classait la population en trois groupes, les pas consommateurs, moyens ou plus forts consommateurs, c'était des augmentations de risques dans le groupe le plus fortement exposé par rapport à ceux qui ne consommaient pas ces additifs.
Et donc ces augmentations de risques, selon les conservateurs particuliers, pouvaient être de 10%, 12%, voire un peu plus de 20% pour certains conservateurs.
Mais est-ce qu'on peut dire avec précision, par exemple, si quelqu'un mange toute sa vie des pizzas surgelées industrielles, il développera forcément un cancer ? Est-ce qu'on peut aller jusque-là ou ça va trop vite ?
Non, alors déjà, ça va trop vite, effectivement, puisque comme c'est la première étude, il faut quand même être très prudent sur ces résultats. Il faut les confirmer dans d'autres travaux. Ils sont quand même cohérents avec ce qu'on peut observer, ce qui a été observé par d'autres collègues sur des modèles cellulaires ou animaux, sur des pistes d'effet délétère de ces substances. Mais il faut être très prudent, on ne peut pas dire ça comme ça. Et la bonne nouvelle, quand même, c'est qu'en matière d'alimentation, quand vous disiez toute une vie, c'est ça qui est important aussi.
C'est-à-dire que si de temps en temps, on va consommer un aliment qui contient des conservateurs ou un aliment ultra transformé, ce n'est pas pour ça qu'on aura tout de suite un cancer ou un diabète. C'est vraiment une consommation régulière, quotidienne, sur une longue période qui peut apporter des problèmes pour la santé.
Donc vous n'allez pas jusqu'à réclamer l'interdiction de ces conservateurs ?
Alors nous, de toute façon, on n'a pas la juridiction pour faire ça en tant que chercheur. Par contre, on espère que ces travaux vont être pris en compte dans la réévaluation de la sécurité de ces additifs. Pour la France et l'Europe, c'est l'autorité européenne de sécurité des aliments, l'EFSA, qui a juridiction pour cela. Et donc, il faut que soit réévaluée la sécurité de ces additifs à l'aune de ces nouvelles recherches, celles-ci et celles que d'autres collègues conduisent sur le microbiote intestinal
ou d'autres problèmes de santé. Donc réévaluer, ça veut dire potentiellement en interdire certains si on se rend compte qu'il y en a certains qui sont plus dangereux que d'autres ? Oui, exactement. Une réponse réglementaire pourrait être l'interdiction ou l'abaissement des doses maximales autorisées. Et ces additifs, alors on les trouve dans quoi ? Je citais les pizzas surgelées par exemple, mais il y a plein d'autres nourritures transformées. C'est uniquement la nourriture transformée ou une simple tranche de jambon, c'est aussi dangereux ?
Une tranche de jambon, pour la plupart en tout cas, contient notamment des additifs de type nitrite qui sont des conservateurs pour lesquels l'ANSES a d'ailleurs statué sur le caractère cancérigène. Donc oui, ça fait partie des aliments qu'il ne faut pas consommer trop en excès. On trouve aussi ces conservateurs dans, par exemple, les boissons alcoolisées, qui d'ailleurs posent aussi d'autres problèmes pour l'alcool. Les sulfites, par exemple, on en trouve dans les sauces, dans certaines pâtisseries industrielles, certaines crèmes glacées ou plats tout près. Donc ils sont assez ubiquitaires dans notre alimentation, ces conservateurs.
Et comment nous, consommateurs, on peut les éviter ? Est-ce qu'on peut voir leur nom sur les étiquettes ? Les repérer pour se dire, bon, j'ai peut-être évité d'en acheter ou alors une fois vraiment de temps en temps ?
Oui, donc là, les conservateurs peuvent être soit notés dans la liste d'ingrédients avec des codes E, quelque chose, donc entre E200 et E299 pour tout ce qui est conservateurs et antioxydants. Et puis, sinon, il y a le nom complet qui est marqué dans la liste d'ingrédients. Ça, c'est plus compliqué. Et ritorbat de sodium, voilà, effectivement.
Si on enlève tous les E200, déjà, c'est plus facile. Mais c'est vrai que les industriels, finalement, maintenant, contournent réussissent en donnant le nom scientifique entier. Et là, on ne les connaît pas tous, pour nos consommateurs.
Oui, exactement. Et donc, là, il peut y avoir intérêt à regarder, par exemple, l'application Open Food Facts. Lorsqu'on scanne le code barre du produit avec cette application gratuite et vraiment à but non lucratif, c'est vraiment... Ça va donner, bon, déjà, le Nutri-Score des produits pour tous ceux qui ne le mettent pas. Donc, c'est quand même déjà aussi intéressant. Et puis, ça donne le caractère ultra transformé ou non du produit. Ça donne la liste d'additifs avec l'équivalence du code E quelque chose et le nom complet.
Donc, on a toute l'information grâce à cette application. Ce qui est compliqué, quand même, dans cette histoire, Mathilde Ouvier, c'est que ces conservateurs, ils rendent un vrai service. Ils permettent aux aliments de ne pas devenir rapidement immangeables. C'est compliqué de s'en passer.
Oui, c'est une très bonne remarque. C'est-à-dire que sur les à peu près 330 additifs autorisés en France, en Europe, il y en a beaucoup qui sont des additifs qu'on dit purement cosmétiques. C'est-à-dire des colorants, des émulsifiants, des édulcorants. On pourrait vraiment complètement s'en passer. Pour la santé, il n'y a pas vraiment de bénéfice. Pour les conservateurs, il y a quand même un ratio bénéfice-risque à avoir en tête. Et pour certains, oui, effectivement, ça va nous protéger contre des contaminations de bactéries ou une oxydation du produit. Donc, dans la réévaluation de ces additifs, il y a vraiment ce ratio bénéfice-risque à prendre en compte.
Mais ceci dit, là, par principe de précaution par rapport à ces travaux et par rapport aux travaux expérimentaux qu'il y a, on peut quand même se dire qu'à chaque fois qu'on a le choix, on peut essayer de trouver des alternatives qui ne contiennent pas ces conservateurs. On peut, par exemple, pour se faire de la cuisine, même en gagnant du temps, utiliser soit des fruits et légumes frais ou surgelés, ce qui va éviter le fait qu'il y ait des conservateurs quand on trouve des plateaux près au rayon frais. Donc, il y a quand même des astuces au quotidien qui permettent de limiter le risque d'ores et déjà.
Voilà, tous en cuisine. Merci Mathilde Touvier, directrice de recherche à l'Inserm en épidémiologie nutritionnelle.