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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 23 juillet 2024 40 minComplaisantDivertissementCulture, médias & sport

Centenaire de Sabine Weiss : vers la couleur, aux périphéries de son œuvre

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 88 %Attaque 4 %Défensif 8 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 98 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:52OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que cela représente, Sabine Weiss, dans l'histoire de l'art contemporain ?

  • 1:50OuverteRéponse directe

    Elle n'a pas défendu elle-même son œuvre et la mémoire qui est en train de se constituer aujourd'hui ?

  • 2:39OuverteRéponse directe

    Est-ce que l'attrait aujourd'hui pour Sabine Weiss est aussi l'attrait pour une certaine nostalgie ?

  • 4:26OuverteRéponse directe

    Concrètement, qu'est-ce que c'est que d'être l'assistante d'une photographe comme Sabine Weiss ?

  • 5:20FerméeRéponse directe

    Il date de quand votre arrivée auprès d'elle ?

  • 6:10OuverteRéponse directe

    On associe souvent Sabine Weiss au courant humaniste de la photographie. Qu'est-ce que ça veut dire ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:03InvitéFait
    « Sabine Weiss, c'est une photographe un peu particulière, parce qu'elle est à la fois très connue et pas du tout. »
  • 1:55InvitéFait
    « Non, comme beaucoup de femmes photographes, d'ailleurs. Ce sont souvent l'entourage qui s'est occupé de ça. »
  • 4:32InvitéFait
    « Sabine Weiss était une personnalité assez hors du commun, très travailleuse et attachante à la fois. »
  • 8:54InvitéFait
    « D'abord, les films étaient lents. Ils avaient des dominantes. Ils n'étaient pas toujours très bons, les films couleurs. »
  • 9:34InvitéFait
    « En fait, dès le début, elle fait de la couleur. On retrouve des diapositives, des hectachromes des années 50. »
  • 11:33InvitéFait
    « Sabine Weiss c'est avant tout une technicienne. La photographie, c'est pour elle un réel métier. »
  • 14:26InvitéFait
    « Oui, oui, oui, et Hélène a raison, enfin, les clients l'adoraient. En fait, elle avait énormément de travail parce qu'elle était aussi très appréciée. »
  • 16:56InvitéFait
    « J'ai choisi la difficulté puisque j'en ai choisi non pas une mais quatre qui font partie d'une série sur les réfrigérateurs. »
  • 18:36InvitéFait
    « La couleur, ça détruit en fait plusieurs couches et il faut savoir exactement calculer où, quoi, quand, comment. »
  • 22:17InvitéFait
    « Effectivement, dans les dernières années de sa vie, Sabine Weiss était très consciente de l'importance de son travail mais aussi du travail que cela représente de conserver un fonds photographique et de le valoriser. »
  • 23:32InvitéChiffre
    « Officiellement aujourd'hui dans ce fond on compte 200 000 négatifs, 7000 planches contact, 2700 tirages vintage. »
  • 29:28InvitéFait
    « Alors elle distinguait son travail en couleur et son travail en noir et blanc. »
  • 30:42InvitéFait
    « Oui c'est normal puisqu'elle n'a pas fait vraiment de travail personnel en couleur. »
  • 33:47InvitéFait
    « C'est très classique en fait. Souvent on en connait quelques images, quand je dis quelques ça peut aller de dizaines à des centaines. »
  • 33:37InvitéFait
    « c'est très classique »
  • 33:50InvitéChiffre
    « Souvent on en connait quelques images, quand je dis quelques ça peut aller de dizaines à des centaines. »
  • 33:56InvitéFait
    « Sabine Weiss, on sait très bien que ce qu'on connait c'est le haut de l'iceberg et qu'il y a sûrement des milliers d'autres images. »
  • 34:03InvitéChiffre
    « Sabine Weiss, c'est une particularité aussi presque sept décennies de photographie. »
  • 36:14InvitéFait
    « On voit tous ses carnets de notes, toute sa façon dont elle a méticuleusement gardé les choses. »
  • 36:59InvitéFait
    « Elle numérotait effectivement et chaque sujet chaque portrait a sa référence à son numéro. »
  • 38:33InvitéFait
    « Sabine Weiss n'est pas cantonnée à la photographie humaniste. »
  • 38:39InvitéFait
    « Elle a eu une carrière comme on l'a dit tout à l'heure longue, riche et variée. »
  • 38:48InvitéFait
    « Elle considérait vraiment la photographie comme un métier et photoélisée depuis sa création. »

Temps de parole

  • Invité34 %
  • Invité 224 %
  • Présentateur22 %
  • Invité 316 %
  • Invité 44 %

1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

France Culture, les matins d'été, Quentin l'a fait. Hommage ce matin à Sabine Weiss, la photographe décédée en 2021, aurait eu 100 ans aujourd'hui. Exactement, à leur voyage ce matin vers les périphéries de son oeuvre, les marges méconnues, les photographies en couleurs, son travail pour la publicité, les archives non identifiées, avec trois invités. Hélène Aurin, bonjour.

0:24
Locuteur

Bonjour.

0:24
Présentateur

Très heureux de vous retrouver ici dans ce studio, vous êtes docteur en histoire de l'art spécialisé en photographie. A vos côtés, à distance, Fanny Brulhardt, bonjour. Fanny Brulhardt, bonjour. Bonjour. Vous êtes conservatrice, directrice des collections du Photo-Elysée et en studio, Laure Augustin, bonjour. Bonjour. Vous êtes l'ancienne assistante de Sabine Weiss, vous nous direz en quoi cela consistait, cette décennie de photographie pratiquement. Qu'est-ce que cela représente, Sabine Weiss, dans l'histoire de l'art contemporain ? Au-delà de ses photos, quelle marque et quelle trace, au regard des techniques, a-t-elle laissé, Hélène Aurin ?

1:03
Invité

Alors, Sabine Weiss, c'est une photographe un peu particulière, parce qu'elle est à la fois très connue et pas du tout. Alors, Laure Augustin va me dire, non, pas du tout. Mais, en fait, c'est des photographies qu'on a l'habitude de voir, mais sur lesquelles on n'est pas toujours capable de mettre un nom de photographe. C'est des photographies qui circulent souvent dans des expositions qui ont été collectives, notamment à côté de noms qui sont souvent plus connus, comme Robert Doineau, Willy Ronis, des photographes qui ont donné beaucoup de photographies dans les années 50.

Et souvent, par exemple, les jeunes étudiants qui commencent la photographie découvrent ces images avec beaucoup d'aulerie, de gentillesse. Enfin, ils ont un peu cette envie de faire ça. Et en même temps, aujourd'hui, souvent, ce n'est pas forcément le premier nom qui sort, parce qu'elle n'a pas elle-même œuvré à avoir une grande notoriété.

1:50
Présentateur

Elle n'a pas défendu elle-même son œuvre et la mémoire qui est en train de se constituer aujourd'hui ?

1:55
Invité

Non, comme beaucoup de femmes photographes, d'ailleurs. Ce sont souvent l'entourage qui s'est occupé de ça. Hier, je suis à la fondation, ou avant-hier, à la fondation Cartier-Bresson. Et justement, c'était assez drôle parce qu'on voyait à quel point Henri Cartier-Bresson s'était occupé de ça lui-même en faisant un livre qui s'appelle « Images à la sauvette ». Et c'est vraiment l'introduction, le texte introductif de cette partie de l'exposition dit ça clairement. Et Sabine Weiss, on n'a pas du tout, du tout l'équivalent. Et en fait, Sabine Weiss bénéficie aujourd'hui de cette envie de voir les femmes photographes un peu plus émerger.

Elle ressort en fait avec des monographies, des expositions qui lui sont consacrées qu'à elle. Mais si on regarde des catalogues des années 50, on voit son nom quand même apparaître régulièrement, mais de façon beaucoup plus sporadique.

2:39
Présentateur

Fanny Brulard, on vient d'entendre deux autres noms de photographes, Douano, Ronis. Et c'est vrai qu'on associe souvent le travail de Sabine Weiss à ces deux hommes, à ces deux photographes. Est-ce que l'attrait aujourd'hui pour Sabine Weiss est aussi l'attrait pour une certaine nostalgie, pour des photographies d'après-guerre, pour des photos en noir et blanc qui racontent peut-être un passé et une France peut-être elle aussi passée ?

3:04
Invité

Oui, tout à fait. Je pense qu'on peut dire ça. Je pense qu'on peut retrouver effectivement ces caractéristiques dans ces photographies des années 50, dans ces photographies effectivement qu'on connaît très bien, qui sont présentes dans l'imaginaire collectif. Donc ces photographies en noir et blanc de Paris, des terrains vagues de Paris, du Paris la nuit. Mais Sabine Weiss, en fait, ce n'est pas que ça. Et c'est justement là l'importance d'avoir un fond photographique comme ça, son archive photographique en entier dans une institution publique, donc en l'occurrence ici le musée photo-élysée à Lausanne.

Et en fait, ce que permet de la conservation de ces archives photographiques, c'est maintenant de développer des nouveaux regards sur cette œuvre, d'ouvrir des parties du fond qui ont jusqu'alors été peu explorées. Et c'est ce que le musée photo-élysée s'attèle à faire depuis le début de l'année, ce qui est initié dans l'exposition qu'on présente en ce moment et jusqu'en janvier prochain à Lausanne.

4:18
Présentateur

On va y venir, on va plonger avec vous dans ce fond d'archives. Avant cela, Laure Augustin, vous étiez, je le disais, l'assistante de Sabine Weiss. Concrètement, qu'est-ce que c'est que d'être l'assistante d'abord d'une photographe, d'un photographe et de Sabine Weiss en particulier ?

4:32
Invité

Déjà, c'est une grande chance, il faut le dire. Sabine Weiss était une personnalité assez hors du commun, très travailleuse et attachante à la fois. Et cette rencontre s'est faite un petit peu par hasard. J'ai travaillé à l'agence RAFO, c'est comme ça qu'on s'est connus. Et comme disait Hélène, ce n'est pas quelqu'un qui prenait le temps de se retourner sur son travail. Elle était tellement occupée, on en reviendra, notamment sur la photographie couleur qui était son quotidien pour la commande, la publicité. Le noir et blanc, c'était sa détente. Et toujours dans l'action, finalement, toutes ces boîtes qui s'accumulaient dans son atelier, elle n'avait jamais pris le temps de les réouvrir.

Et mon arrivée a marqué un petit peu. Ce deuxième temps, elle a posé ses appareils photos et elle a pris le temps de reparcourir, finalement, ses 70 ans de photographie.

5:20
Présentateur

Il date de quand votre arrivée auprès d'elle ? 2011. Et dans quel but, à l'origine ? Pourquoi elle vous embauche ? Je ne sais pas si c'est le bon terme.

5:28
Invité

C'est vraiment une exposition sur laquelle je travaillais à l'agence RAFO. L'agence RAFO avait connu encore un dépôt de bilan. Malheureusement, la vie des agents s'était aussi compliquée à cette époque-là. J'ai continué à travailler sur cette exposition avec elle. Et de fil en aiguille, à 87 ans, elle s'est rendue compte que finalement, se faire accompagner, se faire aider au quotidien, ce n'était pas si mal. Et on a vraiment démarré cette collaboration à ce moment-là. Et c'est vrai, donner un petit coup d'accélérateur aussi à son œuvre, qu'elle-même, en tant qu'artiste, n'allait pas mener ce que disait Hélène.

Trop occupée, et puis peut-être aussi pas se dire « je mérite ça » ou « je suis artiste ». Ça, jamais elle ne pouvait le dire.

6:13
Présentateur

Avant de plonger dans l'œuvre en couleur, je voudrais déconstruire avec vous, Hélène, un autre terme, en tout cas le mettre en perspective. On associe souvent Sabine Weiss au courant humaniste de la photographie. Qu'est-ce que ça veut dire, le courant humaniste ? Parce que j'ai l'impression qu'on y met beaucoup de monde, beaucoup de photographes, à beaucoup d'époques différentes.

6:30
Invité

Oui, c'est un peu ça. Il y a eu une très bonne exposition à la BNF là-dessus, qui date un peu, c'est plus d'une décennie. Et en fait, c'est un terme qui a été donné a posteriori. Alors Sabine Weiss, ce n'est pas contre ce terme-là. Elle trouve que c'est un terme qui convient plutôt bien à sa photographie, à elle.

6:46
Présentateur

Elle le revendiquait ou elle l'assumait ?

6:47
Invité

Non, je pense que de ce que moi j'ai entendu dans les interviews, elle dit plutôt, oui, c'est un joli terme, ça fonctionne plutôt bien. Je suis en train de photographier des gens et c'est très humain. Donc, elle trouve que ça correspond un peu littéralement à ce qu'elle fait. Mais en fait, c'est un terme qu'on donne souvent pour définir une photographie, notamment en France après-guerre. Mais si vous regardez, des fois, on considère que ça commence dans les années 30, donc avant. Et on considère souvent que c'est Brassaï qui démarre un peu ce mouvement. Et en fait, c'est un mouvement qui regroupe surtout des photographes qui ont été payés, qui sont professionnels.

Ce qui est le cas aussi de Sabine Weiss. Parce qu'en fait, après-guerre, il y a l'émergence des grands, grands magazines qui payent du coup des photographes pour avoir tout d'un coup des reportages illustrés. Les gens sont très friands de ça, en fait, les lecteurs. Et puis, on commence à avoir les moyens d'imprimer ça. Et donc, on va caler un peu tous ces gens qui sont payés. Et une des photographies les plus connues, pour nous actuellement, qui ne l'est pas à l'époque, c'est le baiser de l'hôtel de ville de Douano. Et en fait, ça, c'est par exemple, c'est dans un reportage, c'est une toute petite image. Et donc, on va mettre ça.

Mais vous pouvez avoir aussi des photographies qui sont très tristes. Ce qu'on peut trouver aussi chez Sabine Weiss, où on a des mendiants. Fanny Brulhardt parlait des terrains vagues. Et vraiment, c'est ce moment d'après-guerre où la France se reconstruit, où il y a vraiment deux Frances à deux vitesses. Plutôt la joie et en même temps, voilà, un moment de misère. Et ça va être des photographies. Nous, on voit dans les expositions plutôt des images en noir et blanc. Mais dans les magazines, c'est plutôt des photographies qui sont en couleur. Parce qu'on peut se permettre d'avoir ça.

8:18
Présentateur

Alors justement, il est temps d'entrer dans la couleur avec la voix de Sabine Weiss.

8:21
Invité

Pourquoi toujours du noir et blanc ? Parce que je faisais beaucoup que des couleurs. Pour tout ce qui était pour vivre, qui était mon travail, que je ne refusais pas, j'étais toujours contente. Quoi qu'il arrive, j'étais contente qu'on me demandait des choses, même si c'était très loin de ce que j'aime. C'était un défi technique presque. Ça s'adapte plus à toutes les lumières qu'on pouvait rencontrer dans la journée. Et là, il faut dire qu'au début, la couleur aussi était très différente. D'abord, les films étaient lents. Ils avaient des dominantes. Ils n'étaient pas toujours très bons, les films couleurs. Donc, il fallait mettre beaucoup de filtres.

Et puis, on avait des objectifs très différents de diamètre. Pour travailler, il fallait transporter des tas de filtres de grandeur différentes. Ils étaient en vert, ils étaient lourds. Tandis que pour faire des choses à l'improviste comme ça, en noir, c'était une liberté.

9:22
Présentateur

Sabine Weiss, invitée de Laura Adler sur France Inter. Laura Augustin, comment Sabine Weiss est-elle arrivée à la couleur pas à pas, par contrainte ou par attrait ?

9:34
Invité

En fait, dès le début, elle fait de la couleur. On retrouve des diapositives, des hectachromes des années 50, mais pas pour son travail personnel. Donc, elle y arrive. D'abord, elle a un apprentissage de photographe pendant trois ans à Genève. Donc, elle est vraiment formée à la technique. Elle arrive à Paris en 1946. Elle est assistante d'un photographe qui s'appelle Willy Maywald. En 50, elle se met à son compte. Et là, finalement, elle touche à tout. Tout le type d'appareil. Dans une même journée, elle pouvait faire tout un tas de choses. Un portrait de Giacometti et une publicité pour Krilor, une marque de tissu. Elle aime la technique.

Elle aime donc vraiment, vraiment, elle touche à tout. Et simplement, la couleur n'a pas été, elle n'a pas fait de travail personnel en couleur.

10:22
Présentateur

Fanny Brulhardt, quand vous êtes face à cet immense fond d'archives, on va y revenir bien sûr. Est-ce que la couleur occupe une place importante ? Ou c'est d'abord et avant tout le noir et blanc que l'on connaît à travers l'œuvre de Sabine Weiss qui occupe la place la plus prédominante dans ses archives ?

10:40
Invité

Je trouve que c'est une question très intéressante. Parce qu'en fait, la réponse n'est pas si évidente. Dans le sens où, oui, cette couleur, elle est présente. Et quand on ouvre les boîtes, elle jaillit. Mais ça dépend effectivement des boîtes qu'on va ouvrir. Parce que comme la photographie en noir et blanc et cette photographie qu'on qualifie d'humaniste est celle qui a été la plus présentée, la plus valorisée, et bien en fait, c'est celle-là qui est le plus mise en valeur également au sein du fond. Et tout le travail aujourd'hui, ça va être de reprendre en fait ces boîtes dans lesquelles jaillissent la couleur.

Alors, j'allais dire de remettre un peu d'ordre, mais ce n'est pas ça exactement ce que je veux dire. Parce que ce travail quand même sur le fond photographique, sur l'organisation de ce fond, Sabine Weiss l'a mené déjà au préalable avec l'Auro Augustin. Mais il va s'agir effectivement de faire ressurgir, de mieux comprendre comment elle a pu travailler cette couleur. Comme le disait l'Auro Augustin, Sabine Weiss c'est avant tout une technicienne. La photographie, c'est pour elle un réel métier.

Et donc, il y a énormément de subtilité technique en fait dans sa pratique photographique, avec l'utilisation de beaucoup d'appareils photos différents, allant de la chambre 20-25 cm pour l'utilisation de plans films hectachromes, à des appareils plus légers, plus pratiques qu'elle va utiliser pour faire la photographie dans la rue.

12:21
Présentateur

Qu'est-ce qui caractérise Hélène Horin ? Le style, la patte de Sabine Weiss en matière de photographie couleur, en matière de noir et blanc, on voit un peu plus, on voit un peu mieux. Est-ce que les photographies commerciales, de publicité, qui elles sont en couleur, ont permis tout de même à Sabine Weiss de laisser une marque ?

12:42
Invité

Alors la marque, elle va se faire à partir de maintenant, puisqu'on est en train de les découvrir en fait. Alors peut-être certaines personnes ont déjà eu ça dans les années 50-60, 70, même dans les mains. Mais en fait, ce qu'il y a dans l'exposition à photo-liser, c'est vraiment toute cette partie où on voit, et c'est assez joli de voir justement ce passage du noir et blanc à la couleur, et de ces deux pratiques qui pourraient être différentes de la rue, et puis finalement d'être dans un studio, dans un endroit clos, où elle déroule en fait des papiers derrière pour renforcer aussi la couleur, parce qu'elle travaille ses fonds pour que, par exemple, les vêtements ressortent mieux.

Et en fait, il y a un truc qui est très similaire dans toutes les images, enfin en tout cas, moi, c'est ce qui m'a frappée, c'est vraiment ce côté où tous les gens sont très expressifs. On a vraiment une sorte de joie, si j'ose dire, dans une sorte de, on sent un plaisir de la photographie, d'un côté et de l'autre. Autant dans la façon de faire de la photographie que la personne qui est photographiée. On sent un lien très, très fin. Et du coup, quand on regarde ces images, qui sont un peu nostalgiques, qui sont un peu drôles, on s'en amuse assez vite, parce qu'on a l'impression en fait que les gens se sont beaucoup amusés.

Et ce qui est aussi très chouette dans l'exposition, je trouve, c'est qu'il y a les images, ils ont vraiment sorti les archives, c'est-à-dire on voit aussi la prise de vue avec les images successives. Nous, quand on voit des images, souvent on en voit une, et on voit la finale et celle qui est choisie, on ne sait pas très bien pourquoi, où, quoi, comment. Et en fait, dans cette exposition, il y a vraiment les planches où on voit comment elle s'est amusée et comment est-ce qu'on choisit. Et on se dit à la fin, mais comment ils ont pu choisir cette image-là ? Parce qu'en fait, il y en a plein qui sont assez drôles.

14:17
Présentateur

Vous êtes d'accord, je voyais opiner du chef, Laure Augustin. Dans le fond, quand on observe ces photographies en couleurs, quand on les regarde avec attention, on reconnaît immédiatement Sabine Weiss ?

14:26
Invité

Oui, oui, oui, et Hélène a raison, enfin, les clients l'adoraient. En fait, elle avait énormément de travail parce qu'elle était aussi très appréciée. On a retrouvé des photos de ce qu'elle appelait la dernière séance, c'est-à-dire qu'à la fin des prises de vue pour les maisons de couture, des collections chaque saison, se regrouper à un même endroit, la mannequin, l'assistant, son mari qui l'accompagnait toujours, You Weiss, une bouteille de champagne. Et on a comme ça toute une série de dernières photos. Et la joie est là, et le travail, énormément de travail, bien sûr de rigueur, mais voilà.

14:58
Présentateur

Quand vous dites que les clients l'aimaient bien, c'est peut-être ça aussi le trait commun de l'ensemble de ces photographies, c'est que les personnes qu'elles rencontraient, les personnes qu'elles souhaitaient photographier, l'aimaient bien parce qu'elles faisaient ce pas vers eux, ce chemin vers eux, elles savaient se faire aimer d'eux.

15:12
Invité

Tout à fait. Sans faux... Voilà, de façon vraiment sincère. On disait toujours que Sabine Weiss était petite. Et envers des enfants qu'elle photographiait beaucoup. Et envers tout sujet, finalement, elle était à leur portée.

15:29
Présentateur

On va poursuivre cette discussion avec vous trois. À partir de 8h20, on va continuer de cheminer dans les périphéries de l'œuvre de Sabine Weiss. Avec vous trois, Hélène Aurin, je rappelle que vous êtes docteur en histoire de l'art spécialisée en photographie. Fanny Brulart, conservatrice, directrice des collections du Photo-Elysée. Et Laure-Augustin, ancienne assistante de Sabine Weiss. 7h09, les matins d'été. Quentin l'a fait. Suite de notre discussion sur Sabine Weiss, la photographe décédée en 2021, aurait eu 100 ans aujourd'hui exactement.

Alors voyage ce matin vers les périphéries de son œuvre, les marges inconnues, les photographies en couleur, son travail pour la publicité, les archives non identifiées, avec trois invités. Hélène Aurin, elle est docteure en histoire de l'art spécialisée en photographie. Avec Fanny Brulart, elle est conservatrice, directrice des collections du Photo-Elysée. Et avec Laure-Augustin, elle est son ancienne assistante, l'assistante de Sabine Weiss. Hélène Aurin, je vois votre regard inquiet parce que je vais vous poser ma question favorite.

On connaît les photographies de Sabine Weiss, celles qui se passent sur des terrains vagues, celles qui sont en noir et blanc, celles qui photographient la France d'après-guerre. Mais décrivez-nous les photographies, une photographie en couleur, celles peut-être qui vous touchent le plus dans cette exposition qui se tient présentement à Lausanne.

16:53
Invité

Alors j'ai choisi la difficulté puisque j'en ai choisi non pas une mais quatre qui font partie d'une série sur les réfrigérateurs. Et je trouve que ça montre à quel point Sabine Weiss a un jeu avec la couleur et un jeu avec les modèles et un jeu aussi avec ce qu'elle doit montrer. Alors pour nous, cette série, elle paraît un peu absurde. Ça montre un réfrigérateur qui est sur les quatre images toujours ouvert. Et sur trois images, il est totalement plein. Donc ça montre la capacité de contenance de ce réfrigérateur. Pour nous, un peu absurde. On a l'impression que c'est un petit réfrigérateur presque demi-portion. Vous ne pouvez mettre que trois bouteilles.

Et en fait, dans la première image, vous avez... Ce n'est pas du tout un réfrigérateur qui est dans une cuisine. Vous avez deux fonds colorés. Alors sur deux images, vous en avez un rose, un vert. Et vous avez deux autres images où c'est un fond bleu. Donc on voit qu'en plus, elle change ses fonds pour renforcer en fait la blancheur de cette nouvelle électroménager. Et en fait, elle s'amuse avec les modèles. Donc vous avez une première image. Vous avez un chien qui regarde sa maîtresse alors qu'elle-même est cachée derrière la porte du réfrigérateur ouvert. C'est totalement votre façon d'ouvrir votre réfrigérateur chez vous, j'imagine. Et donc le chien est très alléché par tout ce qu'il y a.

Et en fait, dans cette image, on voit à quel point... Alors c'est difficile de faire de la couleur. On ne se rend pas compte à quel point nous, avec nos téléphones, on fait ça, mais on est toujours déçus des fois du résultat de la couleur. Quand on voit notamment un très beau coucher de soleil et vous êtes là, ça ne fonctionne pas.

18:20
Présentateur

On l'entendait d'ailleurs tout à l'heure, Sabine Weiss, elle a expliqué que c'était compliqué pour elle la couleur d'un point de vue strictement technique même. Il faut nous expliquer pourquoi.

18:27
Invité

En fait, quand on développe du noir et blanc, vous n'avez qu'une seule couche. Je vais être très schématique, mais il y a une seule couche vraiment à gérer au moment du révélateur, alors que la couleur, ça détruit en fait plusieurs couches et il faut savoir exactement calculer où, quoi, quand, comment. Donc si vous choisissez des couleurs très différentes, plus vous choisissez des couleurs différentes, plus le tirage va être difficile. Et d'ailleurs, il n'y a pratiquement personne qui ne tire des couleurs chez soi. C'est pratiquement impossible, alors qu'il est hyper facile d'installer trois bacs chez soi et de tirer ces images en noir et blanc.

On est capable de faire ça quand on est presque enfant, quoi, en fait.

19:04
Présentateur

On en revient à cette série de quatre photographies et à vos réfrigérateurs. Elle est en orin. Qu'est-ce que ça raconte de la couleur, de son utilisation de la couleur ?

19:12
Invité

En fait, ce qui est fou, c'est qu'elle va photographier à la fois un réfrigérateur qui est blanc, des aliments qui sont totalement colorés. Elle les met en scène, en plus. Alors là, je vais m'amuser parce que Laure Augustin me racontait en plus une anecdote sur cette série que je ne connaissais pas. C'est qu'en fait, le client des réfrigérateurs voulait absolument que la série se finisse très vite parce qu'il avait un dîner derrière et il voulait partir avec tout ce qui était dans le réfrigérateur. Et donc, elle a fait en sorte, et ça se voit maintenant quand vous verrez les images, mais ça se voit, elle a tout sorti.

Elle a fait en sorte que les aliments, en fait, soient presque non consommables pour, en fait, complètement détruire la soirée de ce client qui ne devait pas être très agréable. Et ça montre aussi, c'est peut-être un terme qui revient très souvent sur Sabine Weiss, mais la malice qu'elle avait, elle était très facétieuse, elle était très joueuse avec ça. Et là, l'usage de la couleur, c'est qu'en fait, elle va utiliser des couleurs qui sont très fortes en fond, donc le blanc va ressortir très bien. Et en même temps, elle utilise au sol quelque chose de très graphique. Si vous regardez, il y a des lignes qui se dessinent comme une sorte de chemin.

Et en fait, ça va à la fois ouvrir la photographie, ça ouvre presque un hors-champ de ailleurs que la cuisine. Finalement, il y a peut-être un dîner qui se passe ailleurs. Et en même temps, ça correspond complètement aux années 50 où on a une montée du graphisme, des affiches et presque du graphisme suisse avec souvent l'idée de la grille. Donc, on sent qu'elle est complètement dans l'air de son temps et en même temps qu'elle joue avec.

20:31
Présentateur

Et on discerne déjà, même quand on observe ces photos aujourd'hui, un semblant de nostalgie. Leur Augustin, ce même exercice, la description d'une photographie. Vous avez choisi, vous aussi, une photo de publicité.

20:45
Invité

Alors, ce n'est pas vraiment une photo de publicité. Alors, qu'est-ce que c'est ? Pour le coup, il s'agit en fait de la première collection de Saint-Laurent quand il arrive chez Dior en 58. Cette photo, elle a été faite pour le magazine Life. C'est un défi. Il y a 13 mannequins qui posent en pyramide avec Saint-Laurent au milieu. Et cette photographie, elle a été exposée pour la première fois en très grand format en 2016 dans une rétrospective au jeu de paume dont la commissaire était Virginie Chardin qui avait elle aussi commencé à plonger dans les archives de Sabine Weiss. Peu de photos ont été exposées un peu par manque de temps aussi par rapport à la photo Élysée actuellement.

Mais voilà, cette photographie, je pense, pour Sabine Weiss, c'était aussi une prouesse.

21:33
Présentateur

Pourquoi une prouesse ?

21:35
Invité

Effectivement, pour faire poser ses mannequins au cordeau comme elle arrivait à le faire. Je pense que ce n'était pas une mince affaire et en 1958, déjà être aussi publié dans Life, je pense que ça a aussi contribué à faire sa reconnaissance en tout cas à l'époque comme photographe. Pas que mode ni publicité mais de reportage aussi.

21:57
Présentateur

Fanny Brulhardt, je voudrais que vous nous parliez du fonds exceptionnel qui vous a été confié par Sabine Weiss elle-même en 2017 consciente de l'importance de préserver son travail. Est-ce que vous savez les motifs, les raisons qui l'ont poussé à vous confier ce fonds d'archives exceptionnel ?

22:17
Invité

Effectivement, dans les dernières années de sa vie, Sabine Weiss était très consciente de l'importance de son travail mais aussi du travail que cela représente de conserver un fonds photographique et de le valoriser. Et je pense que c'est avec cette idée en tête qu'elle a à la fois préparé ses archives à l'aide de l'Augustin et pris contact avec l'institution donc le musée photo-élysée et je pense que ce choix de photo-élysée et elle le dit d'ailleurs c'était la volonté aussi de revenir symboliquement dans son pays natal donc la Suisse.

et il y a eu donc très rapidement une collaboration forte qui s'est établie entre Sabine Weiss l'Augustin et photo-élysée pour travailler donc dans ses archives photographiques pour faire ce qu'on appelle une cartographie du fond donc c'est-à-dire faire un tour d'horizon de tout ce que contient ce fond et pour vous donner quelques chiffres donc aujourd'hui officiellement et je dis bien officiellement parce que maintenant il va s'agir de faire un catalogage plus minutieux de tout ce qu'elles font et potentiellement donc les chiffres que je vais vous donner pourraient un peu fluctuer mais donc officiellement aujourd'hui dans ce fond on compte 200 000 négatifs 7000 planches contact 2700 tirages vintage vintage c'est-à-dire donc d'époque tiré au moment de la prise de vue 1300 tirages plus tardifs 4000 tirages de travail et tout cela c'est sans compter toutes les archives documentaires c'est-à-dire la correspondance des carnets de notes des contrats également toutes les revues tous les magazines toutes les couvertures de magazines qu'elle a pu réaliser mais également les maquettes de ses publications parce que comme l'a dit Hélène Horin en décrivant donc la série de photographies des frigos il y a vraiment cet attachement au graphisme et Sabine Weiss à l'époque je pense que dans la photographie de commande elle avait une grande liberté créative et je pense que c'est aussi pour ça qu'on ressent en fait cet amusement dans ses photographies le plaisir de vivre le moment de faire ce travail parce qu'elle avait cette liberté créative parce que son implication dans dans une couverture de magazine ne se limitait pas à chaque fois juste à la réalisation de la photographie mais pouvait aller jusqu'à effectivement la réalisation de montage voire même mais ça des études plus poussées du fond nous permettront de le comprendre exactement mais voire même effectivement un travail sur le texte sur la typographie sur l'agencement en fait de la publication

25:27
Présentateur

Hélène Aurin comment est-ce que vous expliquez quelques années après la mort de Sabine Weiss que son oeuvre en noir et blanc ait été beaucoup plus valorisée médiatisée diffusée que son oeuvre en couleur est-ce que c'était sa volonté propre dans le fond ou les choses se sont faites ainsi

25:45
Invité

alors sa volonté propre ça ce sera plus l'heure Augustin qui va répondre et je pense que je passe la parole juste après mais contextuellement de toute façon la couleur c'est quelque chose qui met du temps à s'installer en termes de photographie artistique et là en l'occurrence elle a fait surtout de la couleur pour la publicité et pour de la mode et ça c'est des images qui commencent à sortir enfin qui commencent j'exagère un peu mais qui sortent de plus en plus dans les expositions on a un peu un mépris pour ce type d'image là en considérant que c'est pas forcément de la photographie artistique et d'ailleurs Sabine Weiss se disait plus artisane qu'artiste elle considérait que c'était vraiment l'idée du métier et donc ça c'est un peu logique qu'on ait vu plus des photographies en noir et blanc surtout tout à l'heure vous parliez de nostalgie on aime bien ce vieux Paris c'est vraiment tout le fantasme que peuvent avoir les touristes sur ce qu'est Paris ils attendent un peu ça d'ailleurs ils doivent être un petit peu déçus on s'embrasse pas avec une baguette sous bras et un béret sur la tête mais et on court pas non plus comme dans les images de Sabine Weiss qui sont des images qu'elle provoque notamment une de ces images les plus connues qui est en noir et blanc et d'ailleurs c'est son mari qui a fait ça elle a trouvé l'atmosphère assez belle dans une sorte de bouche de métro enfin un escalier et il court tout d'un coup avec son c'est pas son mari du coup je vois Laure Augustin allez-y continue

27:04
Présentateur

mais en gros vous avez un homme

27:06
Invité

qui court comme ça dans une atmosphère très fumeuse comme ça très très brumeuse dans un escalier avec un contraste très fort et en fait ces images là souvent on considère que c'est des images qui sont plus authentiques qui ressemblent plus ça a de la photographie donc ce sont des images qui sont beaucoup plus valorisées notamment dans des publications que finalement des images qui sont de la publicité

27:26
Présentateur

mais on a du mal quand même à comprendre pourquoi la couleur est méprisée vous nous avez expliqué que c'était plus dur techniquement donc plus difficile d'accès par ailleurs la couleur c'est aussi une étendue plus vaste en termes de possibilités photographiques en tout cas c'est comme ça qu'on peut l'imaginer pourquoi c'est méprisé à ce point là et pourquoi ça met du temps à émerger comme photographie considérée comme artistique

27:47
Invité

c'est ce que Sabine Weiss dit un peu dans son extrait en fait c'est très compliqué techniquement et en plus les chimies ne sont pas très stables pendant longtemps donc les images se déprécient en fait avec le temps elles s'affadissent d'ailleurs ça se voit un petit peu nous on a ce côté nos salgistes on dit ah c'est les couleurs du temps ancien ça veut rien dire les couleurs du temps ancien parce qu'en fait ils vivent dans les mêmes couleurs que nous et en fait on a cette idée un peu c'est un peu des couleurs qui vont être très vite dépassées alors que le noir et blanc c'est beaucoup plus stable ça reste plus longtemps c'est plus fort c'est plus facile à reproduire donc souvent nous ce qu'on aime bien comme images photographiques couleurs ce sont des couleurs qui sont très contemporaines qui sont beaucoup plus fortes beaucoup plus denses ce qu'on trouve pas forcément dans la publicité et la publicité n'avait pas besoin de couleurs fortes puisque c'est des images qui sont éphémères destinées à être dans des journaux et qui vont être finalement qui vont partir à la poubelle après donc on n'a pas besoin de ça

28:39
Présentateur

La voix de Sabine Weiss

28:41
Invité

Par exemple j'ai travaillé 9 ans à Vogue je faisais de la mode je faisais de l'architecture beaucoup de choses très très variées et c'était un peu difficile parce que suivant les travaux les appareils étaient très différents et quelquefois très lourds parce que je travaillais aussi en grand format c'est à dire des plaques de 20-25 et tout et puis les flashs et puis les lampes et les choses très très lourds mais enfin ça ne me décourageait pas du tout

29:13
Présentateur

Sabine Weiss dans l'or bleu en 2018 l'or bleu de Laura Adler sur France Inter l'or Augustin est-ce que Sabine Weiss distinguait son travail en noir et blanc et son travail en couleur ou c'était pour elle une oeuvre entière complète et uniforme ?

29:28
Invité

alors elle distinguait son travail en couleur et son travail en noir et blanc le travail en noir et blanc elle l'a archivé dès ses débuts on trouve des premiers albums on trouve ensuite un négatif qui correspond à une planche contact qui a un numéro le numéro on le retrouve sur le tirage vintage le tirage d'époque puis sur le tirage moderne qu'elle fait à partir de la fin des années 70 ces fameux tirages 30-40 qu'on retrouve dans ses expositions la couleur on est vraiment à l'état d'hecta de diapositive il n'est pas classé elle n'a pas le temps elle le considère vraiment de toute autre façon et le fait de ne pas avoir de tirage on met la petite boîte de côté on n'a pas la même approche et puis vraiment pour elle ça c'était le travail de commande le noir et blanc c'était vraiment la détente et sur le vif la liberté donc il y a ces deux champs mais elle aurait rêvé de voir cette exposition à photo élisée en fait elle avait envie de parler souvent dans les interviews de son travail de couleur de commande elle en était tellement fière et très souvent les journalistes la balayaient en disant non mais attendez qu'est-ce que c'est vraiment le travail en noir et blanc parlez-nous des émotions l'humain

30:37
Présentateur

c'est-à-dire qu'elle était elle-même étiquetée elle-même reléguée à ce pan en noir et blanc de son oeuvre

30:42
Invité

oui c'est normal puisqu'elle n'a pas fait vraiment de travail personnel en couleur donc pour elle elle considérait ça un petit peu comme de l'alimentaire c'est vrai mais elle en était fière et il a été montré dans un film en 2014 mais un film c'est pas une exposition comme on peut l'avoir aujourd'hui à photo élisée sur le mur mais voilà vraiment elle ne rejetait pas du tout ce travail il est plus difficile à exposer effectivement et ce qu'a fait photo élisée est vraiment vraiment intéressant

31:10
Présentateur

Fanny Brulhardt vous nous avez parlé du fond qui vous a été confié en 2017 de son ampleur des dizaines et des dizaines de milliers de négatifs de planches contacts de tirages de diapositives de divers matériels comment quand on reçoit cela comment est-ce qu'on commence à travailler comment est-ce qu'on commence à traiter à hiérarchiser ce que l'on reçoit au fond à faire ce travail d'archivage

31:35
Invité

et bien la chance qu'on a avec le fond Sabine Weiss c'est que ce travail il a déjà comme je l'ai dit tout à l'heure il a déjà été entrepris en amont par Sabine Weiss et par Laure Augustin et puis ce qu'il faut savoir c'est que durant les dernières années de sa vie Sabine Weiss valorisait également donc une certaine partie de ses photographies à l'aide de Laure Augustin et donc il y a déjà tout un travail qui est réalisé notamment de numérisation pour justement des besoins de reproduction pour des besoins de publication dans le cadre de la valorisation donc on part avec le fond Sabine Weiss on part je dirais avec une bonne base qui nous permet quand même de s'orienter dans ce fond maintenant pour nous il s'agit d'affiner en fait ce travail c'est-à-dire de reprendre toutes les boîtes donc on est face à des dizaines des centaines de boîtes c'est de les reprendre les unes après les autres et de voir le détail contenu dans ces boîtes de le cataloguer donc de l'inventorier de référencer tout ça sur une base de données d'en réaliser des reproductions qui nous permettront à la fois de communiquer sur ce fond dans le cadre d'exposition dans le cadre de publication mais qui nous permettront aussi d'accueillir des chercheurs qui pourront venir explorer le travail de Sam & Weiss explorer des aspects moins connus se plonger dans ses archives comprendre des caractéristiques qu'on n'aurait encore pas tout à fait compris comme je l'ai dit tout à l'heure notamment sur la question de son investissement dans la création de ses travaux de commande de ses publicités ou de ses couvertures de magazines

33:29
Présentateur

Hélénora on est frappé quand même de découvrir l'étendue d'une oeuvre qu'on ne connaissait pas d'autant plus lorsqu'il s'agit de Sabine Weiss d'un grand nom de la photographie est-ce que c'est commun dans le fond qu'il y ait des pans entiers de photographes célèbres connus confirmés dont on méconnait des pans entiers de l'oeuvre

33:47
Invité

c'est très classique en fait souvent on en connait quelques images quand je dis quelques ça peut aller de dizaines à des centaines donc Sabine Weiss on sait très bien que ce qu'on connait c'est le haut de l'iceberg et qu'il y a sûrement des milliers d'autres images parce qu'elle a forcément en plus elle a une carrière très longue Sabine Weiss c'est une particularité aussi presque sept décennies

34:06
Présentateur

de photographie

34:07
Invité

vous imaginez en termes même d'avancée technique elle parle souvent de la lenteur des pellicules dans ses interviews mais en fait au fur et à mesure ça s'améliore donc il faut qu'elle se réadapte en permanence donc on se doute aussi qu'il y a énormément de choses en dessous mais c'est un classique il y a beaucoup d'expositions où tout d'un coup on a des nouvelles images qu'on découvre tout un fond et c'est justement la chance quand on fait des expositions Fanny Brulard était en train de l'expliquer c'est en fait on est vraiment devant des boîtes opaques et tout d'un coup il faut sortir ça et les images n'existent que quand on les voit vraiment visuellement souvent en plus grand format Laure Augustin se parlait tout à l'heure voilà la version hectachrome c'est difficile d'appréhender toute une oeuvre quand on a ça et c'est le cas de pratiquement tous les photographes d'avoir des images quand on commence une exposition on en a pour deux ans

34:57
Présentateur

Donnez-nous quelques exemples justement de photographes célèbres et confirmés dont on découvre seulement une part de l'oeuvre entière

35:04
Invité

Moi ça fait quatre ans que je travaille sur Jacques-Henri Lartig et je découvre tout le temps des nouvelles choses et je suis assez surprise de toutes ces nouvelles images en permanence que je peux découvrir et notamment par exemple lui aussi on a découvert il y a un peu moins de dix ans qu'il avait tout un pan de son travail qui était en couleur qu'on connaissait pas du tout en fait où on avait très très peu vu ces images-là mais je pense aussi il y a un petit bout de temps il y avait on me donnait au jeu de peau où ils avaient montré l'oeuvre de Gary Winogrand et la deuxième partie de l'exposition c'était des images que personne n'avait jamais vues auparavant donc on a ça tout le temps en permanence mais même sur des photographes qui peuvent être extrêmement contemporains où tout d'un coup on a quelque chose où on comprend un peu leur travail leurs archives et je trouve que dans les expositions qui sont plus contemporaines actuellement il y a cette capacité à montrer des archives à montrer aussi comment est-ce que je vais utiliser un mot que je n'ai pas forcément adéquat mais qu'on fabrique aussi ces images-là c'est-à-dire comment est-ce qu'on y pense comment est-ce qu'on fait des carnets de recherche et Sabine Weiss notamment je trouve que ça c'est vraiment une partie qui est vraiment très pertinente dans sa façon d'avoir constitué ses archives c'est qu'on voit tous ses carnets de notes toute sa façon dont elle a méticuleusement gardé les choses qu'est-ce qui fait qu'elle a eu de la créativité la créativité ce n'est pas un truc qui arrive comme ça même chez les photographes on parle d'un œil elle parle du fait qu'elle compose en permanence tout le temps dès qu'elle voit quelque chose mais c'est aussi parce qu'elle cultive ce regard en permanence et ça c'est ce qu'on a dans les fonds très cachés en fait des photographes

36:38
Présentateur

Laure Augustin pour explorer continuer d'explorer l'œuvre de Sabine Weiss il faut aussi parler de son journal de bord elle en a écrit un il était régulièrement écrit à quoi sert-il qu'est-ce qu'il nous apprend aujourd'hui sur ce journal de bord est-ce que vous le savez même vous-même

36:53
Invité

pas vraiment de journal de bord il y a des carnets dans lesquels elle numérotait effectivement et chaque sujet chaque portrait a sa référence à son numéro mais sinon c'était pas franchement quelqu'un qui écrivait vous voulez dire comme une sorte de journal intime

37:12
Présentateur

ou dans laquelle elle recensait l'ensemble des photographies qu'elle prenait

37:16
Invité

effectivement ce sont ses carnets

37:17
Présentateur

et comment sont-ils utilisés aujourd'hui alors à quoi servent-ils pour mieux comprendre justement cette œuvre qui ne cesse de s'agrandir au moins du point de vue de la connaissance

37:26
Invité

oui c'est vrai que chaque numéro comme je vous le disais tout à l'heure renvoie à un négatif renvoie à une planche contact renvoie à un tirage et ce numéro renvoie à la scène photographier et sans ses carnets on serait vraiment perdu enfin le musée serait perdu effectivement c'est très précieux

37:42
Présentateur

Fanny Brullard vous avez monté une exposition autour de l'œuvre de Sabine Weiss qui se tient présentement à Lausanne quel est votre parti pris dans cette exposition comment vous faites découvrir ces nouvelles facettes de l'œuvre de Sabine Weiss

37:57
Invité

alors je tiens tout d'abord à préciser que ce n'est pas moi personnellement travaillé sur cette exposition Sabine Weiss les commissaires sont mes collègues Mélanie Brétrizet et Julie Daillère mais effectivement donc en tant que responsable des collections c'était important effectivement pour moi aussi de voir ce projet se faire ce projet se faire rapidement et de montrer en fait effectivement que Sabine Weiss n'est pas cantonnée à la photographie humaniste qu'elle a eu une carrière comme on l'a dit tout à l'heure longue riche et variée et pardon que voilà elle considérait vraiment la photographie comme un métier et photoélisée depuis sa création depuis la création du musée en 1985 ça a toujours été important en fait de montrer la photographie dans toute sa diversité sans hiérarchie entre les genres que ça soit effectivement la photographie professionnelle de mode ou de publicité ou la photographie qu'on considère comme artistique et c'est pour ça que pour nous c'était important en fait de montrer ça chez Sabine Weiss

39:19
Présentateur

Merci beaucoup à toutes les trois Hélène Norin vous êtes docteure en histoire de l'art spécialisée en photographie Fanny Brulart conservatrice directrice des collections du Photo-Elysée Laure Augustin l'ancienne assistante de Sabine Weiss merci d'être venue éclairer de nouvelles facettes de l'oeuvre de Sabine Weiss qui aurait eu 100 ans aujourd'hui exactement à tous

39:40
Locuteur

pour la voie de Sabine Weiss qui aident la voie de Sabine Weiss et la voie de Sabine Weiss qui aident au revoir à tous