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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 13 janvier 2026 25 min

Iran : "Les mots ne suffisent plus", l'Europe doit "agir", alerte Raphaël Glucksmann

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Ce matin, dans le grand entretien avec Benjamin Duhamel, nous recevons l'eurodéputé et fondateur de Place Publique, Raphaël Glucksmann. Vos questions et réactions, chers auditeurs, au 01-45-24-7000 et sur l'application Radio France. Bonjour Raphaël Glucksmann. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin dans ce studio en plein tourbillon géopolitique. C'est la contestation en Iran, la toute-puissance de Donald Trump, l'Europe mise à l'épreuve. On va évidemment parler de tout ça, comme on se penchera sur le rôle que vous entendez jouer en France, candidat ou pas à la présidentielle l'an prochain.

Mais d'abord, Raphaël Glucksmann, c'est aujourd'hui que s'ouvre le procès en appel de Marine Le Pen dans l'affaire des assistants parlementaires du Front National au Parlement européen. Elle a été condamnée en première instance à quatre ans de prison, dont deux fermes sous bracelet électronique. Mais aussi et surtout à cette peine d'inéligibilité avec exécution provisoire. Si elle est confirmée, cette peine, Marine Le Pen ne pourra pas être candidate en 2027, selon Jordan Bardella, président du Rassemblement National. Ce serait très inquiétant pour la démocratie. Est-ce que vous faites la même analyse ?

1:13
Raphaël Glucksmann

Écoutez, moi je vais vous surprendre. Sans doute je suis un peu vieux jeu, mais moi j'ai confiance dans la justice de mon pays. Et je fais confiance à l'état de droit. Et les juges appliquent les lois. Donc que ce soit Marine Le Pen ou Jordan Bardella, nous assumerons le combat politique contre le Rassemblement National en 2027. Et ce qui m'inquiète, c'est pas tant la force du Rassemblement National que cette tendance que je vois à l'œuvre absolument partout, et en particulier parmi les élites françaises, cette tendance à la résignation. Comme si désormais l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite était devenue inéluctable. Eh bien non, moi je n'y résoudrai pas. Nous ne nous y résoudrons pas.

1:56
Présentateur

Mais si Marine Le Pen est empêchée de se présenter, est-ce que c'est un problème pour la démocratie ?

2:01
Raphaël Glucksmann

Mais si les juges appliquent la loi, en quoi est-ce un problème pour la démocratie ? Si vous n'aimez pas cette loi, changez cette loi. Ce sont les parlementaires qui ont voté les lois.

2:09
Locuteur non identifié

On peut être en parfait accord et soutien à l'état de droit, et se poser la question de savoir s'il y aurait un problème démocratique, est-ce que Marine Le Pen ne puisse pas être candidate ? Ça veut dire que vous, président, vous, en mesure de changer la loi, vous ne changeriez absolument rien sur la question, dans le cas d'espèce, de l'exécution provisoire, puisque c'est ce qui est soulevé, c'est-à-dire le fait que cette inéligibilité, prévue dans les textes, s'applique avant même que Marine Le Pen ait épuisé toutes les voies de recours.

2:35
Raphaël Glucksmann

Quand ce texte a été voté, c'était parce qu'il y avait une pression de l'opinion, et une sorte de serment des politiques, de dire qu'il faut être beaucoup plus dur sur les affaires de détournement de fond, et il ne faut pas laisser se représenter des candidats qui ont été condamnés pour détournement de fond. Et donc, je veux bien qu'on change les lois à chaque fois, parce que des cas particuliers nous heurtent, mais en l'occurrence, il y a des lois, les juges les appliquent.

Et moi, je vous le dis, il faut faire extrêmement attention, en particulier dans ce moment historique que nous traversons, quand les démocraties libérales sont attaquées et menacées de toutes parts, quand l'état de droit est attaqué et menacé de toutes parts, il faut faire très attention à la séparation des pouvoirs, il faut faire très attention à l'indépendance de la justice, et il faut faire très attention, quand on est un dirigeant politique, à ses commentaires sur la justice et sur les juges.

3:26
Locuteur non identifié

Vous citiez il y a quelques instants la progression du Rassemblement National, on parlera politique à la fin de cet entretien, mais sur le fait que Jordan Bardella soit candidat, si d'aventure Marine Le Pen était empêché, est-ce que vous faites partie de ceux dans la classe politique qui mettent en avant son inexpérience ? Dominique de Villepin disait, est-ce qu'on monterait dans un Airbus A380 avec quelqu'un qui n'a pas l'habitude de le prêter ?

3:47
Raphaël Glucksmann

Moi je mets en avance, comme chez Marine Le Pen, son manque profond de patriotisme. Je mets en avance que la France ne peut pas se donner à des gens dont on peut questionner le patriotisme, la relation à Vladimir Poutine, la relation à Donald Trump, dans ce moment-là de notre histoire, en particulier maintenant. Et je vais vous dire, ce qui m'inquiète donc, c'est l'incapacité aujourd'hui des démocrates et des élites de ce pays à résister à la vague du Rassemblement National. Ce qui m'interpelle, c'est notre propre faiblesse. Ce n'est pas leur puissance.

Ce qui m'interpelle, c'est finalement ce sentiment d'inéluctabilité qui est en train de s'installer absolument partout, comme s'ils avaient déjà gagné. Non, ils n'ont pas déjà gagné. On pensait déjà qu'ils avaient gagné au moment des législatives et il y a eu un sursaut du peuple français. Et moi je pense que la France ne se donnera pas à l'extrême droite, qu'elle ne se donnera pas au pantin de Poutine, qu'elle ne se donnera pas au pantin de Trump en 2027, et qu'il y aura un sursaut républicain, comme à chaque fois.

4:43
Présentateur

Raphaël Glucksmann, il faut qu'on parle de la situation en Iran avec ce mouvement de contestation qui a pris beaucoup d'ampleur en 15 jours avec cette répression qui semble féroce. On parle de centaines de morts. Que peut l'Europe face à cette situation ? Au-delà des mots, au-delà des condamnations, est-ce qu'on peut faire autre chose que d'être spectateur ?

5:04
Raphaël Glucksmann

Moi je ne supporte plus ces communiqués de l'Union Européenne qui disent nous surveillons la situation. Mais nous ne sommes pas des commentateurs de l'histoire. Vous savez, nous, au Parlement Européen, nous demandons depuis des années que les gardiens de la Révolution, qui sont l'instrument, le pilier du régime, l'instrument de la répression qui a lieu actuellement en Iran, soient placés sur la liste des organisations terroristes de l'Union Européenne. Nous l'avons voté plusieurs fois. Ça changerait quelque chose dans le cas d'espèce de la répression qui a lieu dans le pays ? Ça nous permettra d'aller traquer les financements des gardiens de la Révolution, de cibler leurs leaders.

Ça nous permettra de couper toute relation commerciale, financière, politique entre cet organe de répression qui est le cœur aujourd'hui du régime, qui est le dernier bastion de ce régime qui tue les Irmains. Et ce n'est toujours pas le cas. Alors que les gardiens de la Révolution sont connectés à des attentats en Europe, notamment contre la synagogue de Bochum en 2022 par exemple. Donc en fait, il y a une sorte de blocage au sein de l'Union Européenne qui refuse de prendre des actions. Et les mots ne suffisent plus.

Quand vous avez un peuple dont le seul crime est de vouloir vivre libre, qui se fait massacrer dans les rues, quand vous avez un régime qui est le principal soutien du terrorisme dans la région, en Europe, qui est essentiel à la machine de guerre de Vladimir Poutine contre l'Ukraine à travers les drones chahides, eh bien, vous devez agir. Vous ne pouvez pas être simplement dans le commentaire. Aujourd'hui, les dirigeants européens sont simplement dans le commentaire

6:28
Locuteur non identifié

à la fois de la répression et des actions potentielles de Donald Trump. Puisque vous appelez à une clarté dans les mots, est-ce que ce matin, vous dites qu'il faut que le régime des Mollahs tombe ? Il faut que le régime

6:37
Raphaël Glucksmann

des Mollahs tombe. Il faut que le peuple iranien l'emporte. Il faut que la liberté gagne en Iran. Il faut que les jeunes qui sont aujourd'hui dans la rue et qui se font massacrer puissent vivre dans un pays libre. Notre objectif, ce n'est pas simplement une question éthique. Notre objectif doit être la chute du régime. Pourquoi ? Parce que nos principes l'exigent, parce que le peuple iranien le veut, mais aussi parce que c'est notre intérêt stratégique.

7:00
Présentateur

Raphaël Glucksmann, est-ce qu'il faut que Donald Trump donne un coup de pouce ?

7:05
Raphaël Glucksmann

Il faut que l'Europe arrête de constamment commenter les actions de Donald Trump. Moi, je ne fais aucune confiance aux actions unilatérales de Donald Trump et j'espère que nous allons en parler. Il est aussi une menace qui pèse sur l'Europe aujourd'hui. Donc, il faut que l'Europe agisse.

7:20
Présentateur

Mais est-ce que Donald Trump peut aider les Iraniens à se débarrasser du régime ?

7:25
Raphaël Glucksmann

Je ne sais pas si Donald Trump peut aider les Iraniens.

7:27
Présentateur

Puisqu'il menace d'intervenir, puisqu'il propose

7:29
Raphaël Glucksmann

de négocier. Enfin, regardez ce qu'il a fait au Venezuela. Il a fait une frappe, il a laissé en place le régime, tout ça pour servir les intérêts américains. Donc, en réalité, moi, je ne fais aucune confiance à Donald Trump.

7:39
Locuteur non identifié

Non, mais on va parler de l'action de Donald Trump, mais là, vous nous dites il y a quelques instants, il faut qu'on arrête d'être commentateur, il faut qu'on arrête avec les communiqués. Et je dis clairement ce matin, le régime des Mola doit tomber. Si d'aventure, il était question, puisque Donald Trump envisage toutes les options, c'est son expression, de frapper l'Iran pour aider la population, Est-ce qu'un principe de réalité pourrait vous pousser à dire si cela peut aider le peuple iranien,

8:01
Raphaël Glucksmann

il faut le soutenir ? Je vous dis qu'entre des frappes unilatérales américaines et simplement des communiqués de presse de l'Union européenne, il y a des actions qu'on appelle la politique et qui ne sont pas rien et que nous ne menons pas au moment où on se parle. Donc moi, mon obsession, ce n'est pas de commenter les actions américaines, mon obsession, c'est que l'Europe fasse plus que des communiqués de presse, que l'Europe puisse agir. et elle le peut, elle peut agir. Aujourd'hui, on a encore des relations commerciales avec l'Iran, on a encore des relations diplomatiques avec l'Iran, il faut maintenant passer à la vitesse supérieure.

8:31
Présentateur

Alors, que peut l'Europe précisément face à Donald Trump, ces velléités d'annexion ou d'achat du Groenland ? On a entendu ceux qui disent ça suffit, arrêtons la naïveté, arrêtons de brandir les grands principes, d'autres qui parlent de respect du droit international, tout ça effectivement, on a l'impression qu'on reste au rôle de spectateur impuissant dans tous les cas. Qu'est-ce qu'on peut faire ?

8:55
Raphaël Glucksmann

Et c'est précisément l'immense problème des dirigeants européens et de l'Europe en général. Être dans le commentaire, être convaincu que nous ne sommes pas forts, être convaincu de notre propre faiblesse. Je n'en peux plus de cette lamentation et je n'en peux plus de ces commentaires. Nous pouvons agir, nous avons des leviers. Quand Donald Trump menace d'annexer le Groenland, eh bien nous, ce que nous devons faire en tant que dirigeants européens, ce ne sont pas des communiqués de presse, ce que nous devons faire c'est nous réunir pour mettre en place un plan d'action pour répondre à une agression américaine. Vous savez,

9:27
Locuteur non identifié

nous avons... Mais un plan d'action, ça veut dire quoi ? Ça veut dire, comme vous le proposez par exemple, une base militaire au Groenland pour dissuader Donald Trump d'aller à ses territoires ? Nous sommes la première,

9:35
Raphaël Glucksmann

par exemple, nous sommes la première puissance commerciale du monde. Nous sommes absolument pas sans levier face à l'économie américaine. Si Donald Trump annexe le Groenland, il faut qu'il sache que nous mettrons en place l'instrument anti-coercition de l'Union Européenne. Ce qui nous permet d'exclure les entreprises américaines des marchés publics européens. Ce qui nous permet de bloquer les exportations stratégiques dans les secteurs stratégiques pour les Etats-Unis venus de l'Union Européenne. Par exemple, il veut réindustrialiser les Etats-Unis au moment où on se parle. C'est son grand plan.

Eh bien, nous avons avec ASML une entreprise néerlandaise le monopole sur les machines qui fabriquent les microprocesseurs qui sont si importants pour Donald Trump. Si nous bloquons ces exportations, il ne peut plus réindustrialiser les Etats-Unis. De la même manière, nous pouvons exclure du marché européen des entreprises américaines. Nous pouvons appliquer

10:23
Locuteur non identifié

le digital services hack. Raphaël Glucksmann, avec toutes les mesures de rétorsion qui seraient décidées dans la foulée si d'aventure ces mesures étaient prises.

10:31
Présentateur

Et qui tétanisent les Européens.

10:32
Locuteur non identifié

Eh bien,

10:32
Raphaël Glucksmann

c'est cette tétanie à laquelle il faut mettre fin parce que sinon, on va se faire marcher dessus et traiter comme des serpillères. À un moment, vous savez, il faut prendre les risques d'affirmer notre souveraineté et notre indépendance vis-à-vis des Etats-Unis de Donald Trump. Sinon, il annexera le Groenland. Sinon, Donald Trump, via les grandes plateformes, influencera nos élections, favorisera la prise du pouvoir par l'extrême droite dans l'ensemble de nos capitales et nous nous ferons marcher dessus. Vous savez, les Etats-Unis ont énormément à perdre dans une confrontation avec l'Union Européenne. Nous sommes dans une relation d'interdépendance.

Mais le seul problème, c'est que eux sont convaincus que quoi qu'il arrive, nous ne ferons rien de plus que des communiqués appelant au respect du droit international. Mais nous pouvons faire beaucoup plus que cela. Et la simple annonce du fait que nous préparions des mesures de rétorsion peut le dissuader d'agir, par exemple, sur le Groenland.

11:21
Présentateur

Qui a le plus à perdre économiquement,

11:23
Raphaël Glucksmann

en l'occurrence ? Les deux. Personne n'a intérêt à ce conflit. Mais nous, nous avons certainement à perdre, à être considérés comme une serpillère par Donald Trump parce qu'il l'a dit lui-même, il n'a pas d'autres limites que sa propre conscience et sa propre volonté. C'est un homme sans surmoi, sans limite, qui ira aussi loin qu'il le peut. Il prend au sérieux les Chinois, il prend au sérieux les Russes, d'où son attitude un peu circonspecte et puis il anime quand il s'agit de Poutine ou de Xi Jinping. Mais nous, il ne nous prend pas au sérieux parce qu'il pense que nos mots n'ont aucune conséquence.

Et ce qu'il faut maintenant, c'est prouver que les mots européens sont aussi lestés et aussi lourds que ceux des empires

12:04
Locuteur non identifié

qui nous font face. Justement, puisque vous parlez pusillanimité et impuissance, parlons du Mercosur qui va être signé au Paraguay samedi par la présidente de la Commission européenne et les États d'Amérique latine après un vote des États européens à la majorité qualifiée comme l'intégralité de la classe politique française. Vous êtes contre ce traité de libre-échange. Ce matin, 350 tracteurs sont rentrés dans Paris, des tracteurs de la FNSEA pour protester contre le Mercosur. Là encore, on va vous prendre au mot sur cet exhorte que vous faites ce matin contre l'impuissance, contre les mots.

Qu'est-ce que vous auriez fait vous différemment à partir du moment où la France a été dans l'incapacité au Conseil européen de constituer ce qu'on appelle une minorité de blocage pour protester contre le traité du Mercosur ? Ce que cela montre,

12:47
Raphaël Glucksmann

c'est que la parole de la France n'a plus la même valeur à Bruxelles et dans les institutions européennes et moi, je le constate chaque jour. En particulier depuis la dissolution. Vous savez, ce qui a fait la bascule par exemple de l'Italie, c'est le fait que l'Allemagne avait une parole plus crédible et l'Espagne que celle de la France. Et c'est un drame pour les intérêts français. Mais le jeu n'est pas fini. Et c'est mon message aux agriculteurs et aux Françaises et aux Français qui nous écoutent.

13:13
Locuteur non identifié

Ce n'est pas... C'est l'étape du Conseil européen pour dire à Ursula von der Leyen qu'on ne peut pas faire sans la France puisque c'est ce qui s'est passé là. Eh bien,

13:20
Raphaël Glucksmann

j'aurais été beaucoup plus actif et beaucoup plus clair dans notre communication. Pendant très longtemps, on n'a même pas compris si le président de la République allait finalement s'y opposer ou pas. Il s'y oppose in fine. Très bien. Mais ça n'a pas été bien géré. Mais moi, ce que je veux vous dire surtout, c'est que ce n'est pas fini. Ce n'est pas fini. Il y a un organe qui peut refuser le Mercosur. C'est le Parlement européen. Et je vous le dis, nous y travaillons en ce moment même. Vous espérez que le Parlement européen s'oppose ? Nous avons deux étapes.

D'abord, nous allons, soit en janvier la semaine prochaine, soit en février, nous prononcer sur la saisie de la Cour de justice de l'Union européenne sur la légalité de cet accord. Ensuite, nous voterons sur l'accord lui-même si jamais il n'y a pas d'annulation suite à cette saisie de la Cour de justice européenne. Et au moment où on se parle, c'est extrêmement difficile de savoir s'il y aura une majorité pour ou contre l'accord. Donc la dynamique politique n'est pas finie. Et c'est dans le cadre des institutions européennes et de l'un plus fédéral d'entre elles, c'est-à-dire le Parlement européen, que nous devons mener ce combat.

14:20
Locuteur non identifié

Encore un mot, Raphaël Luceman, avant de parler de politique nationale, il y a quand même un paradoxe dans votre propos. Je suis allé relire le projet de votre mouvement de paradoxe. C'est vrai. À la page 12, chapitre intitulé Pour une Europe fédérale, vous proposez la chose suivante. un nouveau grand traité européen qui acterait le fonctionnement du Conseil européen à la majorité qualifiée. Donc en fait, vous proposez que ce qui s'est passé pour le Mercosur puisse arriver sur toutes les politiques de l'Union européenne, donc de multiplier des situations où la France pourrait se retrouver mise en minorité.

14:48
Raphaël Glucksmann

Ce que je propose, c'est que Orban ne puisse plus constamment bloquer l'affirmation de la puissance européenne. Mais ça, c'est dans le meilleur des cas pour vous, Raphaël Luceman. Dans le pire des cas,

14:57
Locuteur non identifié

c'est la France qui est mise en minorité et qui ne peut plus seul dire non à telle ou telle politique qui est venu par la Commission.

15:04
Raphaël Glucksmann

Eh bien, nous nous battrons politiquement pour obtenir une majorité ou une minorité de blocage. Vous savez, l'avenir aujourd'hui, c'est le choix entre soi être des nations serviles sans aucune voix sur la scène internationale qui sont les jouets des grands empires de Trump, de Xi Jinping, de Poutine ou alors l'affirmation d'une puissance européenne souveraine. Les Etats-Unis d'Europe, c'est ça ? Eh oui, les Etats-Unis d'Europe à terme. Pourquoi ? Pourquoi ? Parce que c'est la seule manière pour les Français de redevenir capables d'influencer le cours de leur propre destin. Seuls, nous n'y arriverons pas.

Et donc, il faut assumer des sceaux fédéraux de l'Union européenne, oui, et ensuite se battre pour peser politiquement. Donc, une perte de pouvoir à l'échelle nationale. Ce n'est pas une perte de pouvoir, vous savez, c'est une reconquête de pouvoir parce qu'aujourd'hui, à part faire des communiqués de presse, quel est notre pouvoir réel ?

15:57
Présentateur

Mais vous comprenez...

15:58
Raphaël Glucksmann

Si vous voulez entrer dans un rapport de force avec ceux qui menacent votre souveraineté, votre sécurité, vos intérêts stratégiques, vous avez besoin de construire cette puissance européenne et oui, ce sera un des thèmes clés de la prochaine présidentielle.

Il faut enfin choisir parce que l'entre-deux actuel, l'entre-deux actuel, la structuration actuelle de l'Union européenne conduit à la faiblesse, conduit à l'apathie, conduit à l'aphanie et il faut enfin qu'on ait un débat clair entre ceux qui vous disent eh bien, revenons à la nation mais dans ce cas-là, on sort de l'euro, on sort de l'Europe, on sort du marché commun, on sort de tout ce qui peut constituer la base de notre puissance à l'avenir ou alors on assume la construction européenne jusqu'au bout, quitte, oui monsieur, quitte parfois à perdre, quitte parfois à perdre mais c'est important ce que vous dites ce matin sur la clare du débat

16:44
Locuteur non identifié

et nous, les Etats-Unis d'Europe quitte à perdre parfois face à d'autres pays européens quitte à moindrir

16:50
Présentateur

la souveraineté française vous comprenez que certains électeurs certains citoyens

16:54
Raphaël Glucksmann

peuvent prendre des choses comme ça ce n'est pas de publier des communiqués de presse pour déplorer les situations qui vous tombent sur la tête la souveraineté c'est être capable d'agir et comment êtes-vous capable d'agir pas simplement de parler pas un rapport esthétique à la puissance mais la construction d'une puissance véritable et bien c'est à travers la construction d'une puissance européenne qui doit donc dépasser les vétos et les blocages et moi je vais vous le dire c'est l'institution la plus fédérale de l'Union le Parlement européen qui aujourd'hui et bien rejettera je l'espère le Mercosur et qui me donnera raison face à vous

17:29
Présentateur

Alors il faut qu'on parle de notre situation nationale en France qu'on dise un mot sur le budget les discussions reprennent aujourd'hui le gouvernement espère obtenir un compromis qui pourrait être avalisé par un 49-3 à la fin de la semaine prochaine est-ce que vous dites vous aussi ça suffit qu'on en finisse le plus rapidement possible concluant un accord de non-censure et passons à autre chose

17:51
Raphaël Glucksmann

C'est la responsabilité du gouvernement là de trouver un accord il voit depuis des semaines qu'il a des partenaires possibles pour trouver un accord sur un budget ou sur une non-censure ce qui s'appelle le parti socialiste place publique nos partenaires socialistes et bien nous avons prouvé que nous étions capables de le faire au moment du budget sur la sécu désormais il faut soit trouver un accord soit passer par un 49-3 parce qu'il faut que la France ait un budget c'est aussi simple que ça et on vient de parler de cette situation internationale on ne peut pas continuer avec ce chaos et cette instabilité il faut un budget

18:23
Locuteur non identifié

pour le pays Voilà pour le budget Raphaël Glucksmann parlons de 2027 puisque c'est en 2027 vraisemblablement cette année que vous allez voir décider si vous serez oui ou non candidat à l'élection présidentielle qu'est-ce qui aujourd'hui pourrait vous empêcher de concourir à l'élection présidentielle ?

18:38
Raphaël Glucksmann

De me rendre compte que je ne suis pas la bonne personne pour faire gagner mon camp pour faire gagner les idées de solidarité de démocratie pour résister à la vague de l'extrême droite moi je suis extrêmement lucide sur la gravité du moment qu'on traverse et je ne ferai rien qui nous fasse perdre donc si je suis la bonne personne ou si je ne suis pas la bonne personne ça se décidera dans les mois qui viennent et je vais vous dire une chose mais vous en avez envie ou pas ?

J'ai envie que ce combat ait lieu vous savez moi j'ai fait une campagne au moment des européennes qui a amené la gauche sociale-démocrate que tout le monde déclarait moribonde à 14% alors qu'elle n'avait pas fait plus de 6% dans des élections nationales depuis 10 ans et je veux que l'on construise sur cette base-là je suis convaincu que nous sommes que nous sommes sur cette ligne-là pas sur une ligne flousarde sur cette ligne-là je suis convaincu que nous serons la digue qui empêchera la prise du pouvoir par les pantins de Poutine et de Trump et qui restaura la fierté française et la fierté européenne

19:39
Locuteur non identifié

sous la 5ème république il y a une question de tempérament quand on veut être candidat à l'élection présidentielle dont on dit que c'est la rencontre entre un homme une femme et le peuple est-ce que vous imaginez à votre place il y a quelques années Nicolas Sarkozy François Hollande François Mitterrand hésiter sur leurs ambitions se dire peut-être je ne sais pas est-ce que je vais y aller

19:58
Raphaël Glucksmann

mais vous savez déjà la présidentielle c'est un lieu commun de dire c'est la rencontre entre un homme et un peuple c'est bien plus que cela c'est la rencontre de la France avec elle-même et cette rencontre-là de 2017 sera sans doute la plus importante depuis des décennies pourquoi ?

parce que la France doit décider de son destin maintenant est-ce qu'on bascule dans le camp des populistes des démagogues est-ce qu'on démantèle l'Union Européenne est-ce qu'on bascule dans l'autoritarisme ou est-ce qu'on refonde régénère notre démocratie est-ce qu'on reprend cette flamme qui semble aujourd'hui éteinte qui est celle de la liberté et bien ça c'est le destin de notre pays nous allons décider est-ce que vous avez le tempérament

20:33
Locuteur non identifié

Raphaël Lutzmann vous savez la fin de l'année 2025 la fin de l'année a été marquée par on en a beaucoup parlé d'une émission sur LCI qui n'était pas franchement ici certains ont semblé douter de là encore de votre capacité à mener le combat est-ce que vous êtes prêt à la rudesse à la difficulté qu'implique une élection présidentielle

20:49
Raphaël Glucksmann

je suis prêt à toutes les rudesses je suis prêt à toutes les difficultés je suis prêt à tous les combats et vous savez moi j'ai pas fait ma carrière politique dans l'antichambre des ministères ou en étant assistant parlementaire moi j'ai été me confronter à ces soldats qui aujourd'hui menacent l'Europe au coeur de la Géorgie en Ukraine et qu'est-ce que j'ai appris là-bas c'est qu'en fait nos mots devaient être lestés d'un poids infiniment plus grand que les mots des politiciens français classiques parce que tout ce qu'on nous avait appris comme étant stable et éternel la démocratie l'état de droit les libertés publiques tout cela était extrêmement fragile et donc ce que je vous dis c'est que je ne prendrai jamais cette décision à la légère que le moment est trop grave pour cela mais ça avance mais bien sûr que je travaille et que ça avance et que vous devrez encore monsieur Duhamel je sais que c'est pas votre fort mais faire preuve de patience et attendre quelques mois et quant au caractère puisque vous parlez du caractère moi je vais vous dire une chose il y a un problème avec les derniers présidents qu'on a eu certains d'entre eux c'est que les qualités pour conquérir le pouvoir où il faut être absolument arrogant sûr de soi ne jamais se poser la moindre question et les qualités pour exercer le pouvoir sont diamétralement opposées et que le narcissisme conquérant des uns et des autres et bien n'a pas fait derrière de grands présidents c'est le moins que l'on puisse dire et que donc peut-être que oui il faut savoir laisser du temps à la réflexion considérer que quand on s'engage sur un sujet et bien il faut peser sous-peser digérer travailler travailler et encore travailler rien ne doit être pris à la légère quand on m'a suggéré comme ça oui mais pourquoi vous ne devenez pas premier ministre après la dissolution et le résultat des élections le 7 juillet j'ai dit une chose très simple j'ai dit mais non je ne suis pas prêt sur trop de sujets à ce moment là et à ce moment là tout le monde m'a dit ah mais c'est pas un vrai politique il est complètement à côté de la plaque jamais en politique on dit un truc pareil et bien c'est peut-être un des problèmes de la politique il faut maintenant comprendre que quand on dit quelque chose ça nous engage pour finir

22:55
Présentateur

on a plusieurs questions d'auditeurs je cite Christophe je cite Jacques qui s'interroge sur le dernier ralliement en date à votre mouvement celui de Marguerite Cazeneuve ancienne conseillère d'Emmanuel Macron qui a suivi les ralliements d'Aurélien Rousseau ancien ministre de la santé d'Emmanuel Macron de Sacha Houllier ex-député macroniste qu'est-ce que ça dit de votre positionnement est-ce que vous êtes le nouvel Emmanuel Macron

23:17
Raphaël Glucksmann

je ne suis pas le nouvel Emmanuel Macron je suis très fier que ces gens de grande qualité nous aient rejoint je ne suis pas le nouvel Emmanuel Macron j'ai toujours refusé les offres qui m'étaient faites par le macronisme triomphant pourquoi ?

parce que je n'y croyais pas parce que je ne croyais pas à cet état d'esprit qui est un état d'esprit qui est irrespectueux pour les plus vulnérables qui méprise la solidarité qui n'a jamais rien compris à la transition écologique donc nous ne portons ni les mêmes principes ni les mêmes ambitions par contre c'est des macronistes qui vous rejoignent mais par contre je vais vous dire une chose bien sûr bien sûr que je suis content que des gens qui ont cru en Emmanuel Macron nous rejoignent pourquoi ?

parce que moi mon obsession c'est que la gauche fasse sauter le plafond de verre et c'est que des gens qui n'étaient plus à gauche redeviennent à gauche reviennent et mon message aux électeurs centristes qu'ont voté Emmanuel Macron et bien c'est de revenir c'est de revenir pour nous pour voter pour nous c'est absolument pas c'est absolument pas de se comporter de manière sectaire et d'expliquer que nous sommes très heureux de perdre chaque élection cette fois-ci il faudra y aller pour gagner pour gagner

24:26
Présentateur

merci d'avoir été au micro d'Inter ce matin la revue de presse à suivre merci d'avoir regardé cette vidéo