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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 8 août 2022 26 min

Mesures contre la sécheresse, rallonge budgétaire pour la transition écologique... Le "8h30 franceinfo" de la députée écologiste Sandra Regol

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bienvenue si vous nous rejoignez sur France Info, la radio ou sur France Info, canal 27 en ce lundi matin. Et je salue d'abord Jean-François Achilly qui est dans ce studio comme chaque matin. Bonjour Jean-François. Bonjour Céline. Et bonjour à vous Sandra Rogol. Bonjour. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes secrétaire nationale adjointe d'Europe Écologie-Les Verts, on va dire numéro 2 du parti, et députée de la première circonscription du Barin. Alors cette semaine, elle commence comme avait terminé la précédente, avec une forte inquiétude liée à la sécheresse, aux fortes chaleurs, 66 départements, si mon compte est juste, sont en état de crise.

Une centaine de communes qui se sont privées d'eau potable. Vendredi dernier, Elisabeth Borne a mis en place une cellule de crise interministérielle. Et Christophe Béchut, je vous propose de l'écouter, le ministre de la Transition écologique a décidé de lancer l'alerte.

0:46
Invité

On n'a jamais connu une sécheresse comme celle-là. Et la mauvaise nouvelle, c'est qu'aussi loin que notre regard porte, on n'a aucune raison de penser que ça va s'arrêter. Et c'est même pire que ça, puisqu'on a canicule et sécheresse, et donc un cercle vicieux qui fait que, à cause de la sécheresse, on a peu de ressources, et à cause de la canicule, on a besoin de davantage de ressources.

1:05
Présentateur

Alors qu'est-ce que vous dites quand vous entendez le gouvernement dire toute l'importance qu'il accorde à la question climatique ? Est-ce que vous dites très bien ou est-ce que vous dites trop tard ?

1:14
Sandra Regol

Je dis un peu les deux. C'est-à-dire que c'est toujours bien quand des gens finissent par enfin dire qu'il faut agir. Le problème, c'est qu'on ne découvre pas ces sécheresses. On ne découvre pas cet enchaînement de canicules. On ne découvre pas que le climat s'emballe. Mais ça n'a pas été si fort quand même que cet été. En fait, ça fait 50 ans qu'on explique que ça va devenir très fort. Et malheureusement, la science est assez simple. C'est-à-dire que quand elle explique que ça va s'emballer, ça s'emballe. Et puis on commence à payer. Et là, aujourd'hui, on le paye dans notre santé. On le paye dans notre quotidien. On le paye dans nos emplois. Et en premier lieu, dans l'agriculture.

Donc, c'est assez étonnant parce que vous n'avez pas mis tout l'extrait. Mais M. Béchut, à ce moment-là, explique qu'il va falloir s'habituer à vivre avec cette chaleur. Ce n'est pas le bon terme, selon vous ? En fait, il est ministre de l'écologie. Son travail, c'est de nous permettre de ne pas avoir à subir tout ça. De trouver ensemble des solutions. Et sa seule solution, c'est dire habituez-vous. Il se trouve que nous, ça fait 40 ans peut-être qu'on ne nous écoute pas assez. Mais qu'on propose des solutions. Sandra Regole, qu'est-ce qu'il faudrait faire là, tout de suite ? Quelles sont, à vos yeux, les mesures d'urgence, les mesures prioritaires qu'il faut prendre, là ?

Elles ne sont pas très, très nouvelles. C'est agir sur nos modes de production et de consommation. Et ça tombe très bien. Parce qu'en fait, les Françaises et les Français, ils sont tout à fait prêts. Par exemple ? Remettre en question le nombre de fois par jour où on mange de la viande. Est-ce qu'il y a beaucoup de gens, aujourd'hui, autour de vous, qui trouvent ça choquant ? Non, la société a changé. Donc, épisode caniculaire violent, là, cet été, manger plus de viande. C'est ce que vous dites ce matin. Non, vous m'avez juste laissé donner un premier exemple. Mais là, les mesures d'urgence, là, tout de suite. Oui, les mesures d'urgence, c'est changer nos façons de produire.

C'est changer aussi notre modèle de production électrique. C'est isoler, enfin, les bâtiments. Et c'est faire ce que font nos voisins allemands et espagnols. C'est-à-dire offrir des moyens de transport gratuits ou quasi pour ne pas être dépendants de la voiture. Et vous savez quoi ? Ce sont des mesures qui permettent d'alléger les finances chaque mois et en plus d'alléger la pression sur le climat. Ce sont des mesures rapides qui existent juste à côté de chez nous et qui permettent à chacun, chacune, de pouvoir être impliquées dans ce grand changement. Et vous savez quoi ? Ça permet même de mettre la pression au gouvernement pour dire « Nous voulons le droit en avenir ». C'est bien.

C'est ce que les jeunes font depuis plusieurs années en battant le pavé et en rappelant à leurs dirigeants qu'ils veulent avoir le droit en avenir.

3:35
Présentateur

Est-ce qu'elles sont si rapides que ça à mettre en place ces mesures ? On reprend l'exemple de la viande, par exemple, si vous dites « Manger moins de viande », ça déstabilise toute une filière finalement économique. »

3:45
Sandra Regol

Alors, manger moins de viande, mais manger mieux de viande, ça veut dire de la viande qui est produite chez nous par des paysans qui font vivre nos campagnes. Aujourd'hui, l'essentiel de cette viande que l'on consomme, elle vient de l'autre bout du monde. elle répond à des modes de production qui ne sont pas ce qu'on voudrait. Elles ne produisent pas d'emplois chez nous. De toute façon, c'est simple. L'agriculture en France, c'est le plus grand plan social de France. On cherche des emplois, ils sont là. Il y a des gens qui ont envie de faire, il y a des gens qui ont envie de travailler, mais rien n'est fait pour faire en sorte qu'on maintienne l'agriculture paysanne partout.

Vous savez, moi, je suis une fille de paysans et c'est quelque chose qui compte beaucoup pour moi qu'on continue à revitaliser nos campagnes. Sandra Rigol, la consommation d'eau, ce sont des décisions en termes de restrictions à prendre. Ce sont les préfets de départements qui les prennent. Est-ce qu'il faut aujourd'hui, là immédiatement, parce que l'épisode caniculaire se poursuit, prendre des décisions drastiques de consommation d'eau ? Et à quel niveau est-ce que vous les situez ? Est-ce que c'est au niveau des particuliers, des entreprises, des services publics ? Mais c'est déjà le cas. Il y a déjà des solutions drastiques qui sont mises en place parce qu'il n'y a pas d'autres solutions.

Ça va suffisamment loin, à vos yeux ? Il restait la semaine dernière 25 jours d'eau à la Corse, par exemple. Comment vous voulez ne pas prendre de mesures drastiques quand votre population est en danger ? Le souci, c'est que comme à chaque fois, ce sont les maires, ce sont les collectivités territoriales qui mettent en place un bouclier de protection pour leur population quand l'État, lui, se contente de dire, l'État, le gouvernement, pardon, se contente de dire, habituez-vous à ça, habituez-vous au Covid, habituez-vous à la maladie, habituez-vous au Covid. Les élus locaux sont au contact de la réalité du terrain. C'est peut-être normal que ce soit cet échelon-là qui décide.

Oui, et c'est l'échelon en question qui vient d'avoir des dizaines de millions d'euros de dotations en moins par l'État français, par le gouvernement français. C'est l'échelon qui prend soin et c'est l'échelon dont personne, au niveau du gouvernement, ne prend soin. Alors oui, c'est un souci, parce qu'à la fin, qui est-ce qui paye les pots cassés ? Ce sont les concitoyens et les concitoyennes et ça, ce n'est pas possible.

5:41
Présentateur

Et en même temps, certains reprochent à ces mesures de restriction d'eau d'avoir une forme d'incohérence. Par exemple, on ne peut plus arroser son potager. Les golfs, les piscines, les gîtes de vacances qui ont des dérogations pour pouvoir remplir la piscine de leurs vacanciers. Est-ce que ça, ce n'est pas aussi difficile à comprendre pour ceux qui vont devoir limiter leur consommation quotidienne ?

6:00
Sandra Regol

En fait, ça rejoint exactement ce que je vous disais tout à l'heure. La population est prête à changer et elle a même envie de changer. Il y a une conception de notre responsabilité collective qui est beaucoup plus forte dans la population que chez nos dirigeants. Alors oui, il y a des choses qui interrogent. Pourquoi est-ce qu'on continue à arroser des golfs ? Qu'on serait prêt à aller jusqu'à l'interdiction ? Non, mais juste, je vous pose la question. Est-ce que les golfs vous maintiennent en bonne santé ? Est-ce que les golfs vous nourrissent ? Est-ce que les golfs éduquent nos enfants et assurent les générations futures ? C'est une économie aussi, les golfs. C'est une économie, oui.

Alors, des économies, il y en a d'autres. Il y a celle de la culture, par exemple. Il y a celle de l'agriculture, il y a celle de notre avenir. Sans tomber dans la caricature, vous fermez les golfs, bien volontiers. Si vous mettez une croix dessus, oui. On est dans une question d'accès à l'eau. L'eau, c'est ce dont on a besoin pour survivre. Oui, diriger l'eau vers là où on en a besoin pour survivre pendant un temps donné, il faut le faire. Mais, et je terminerai juste là-dessus, là, on parle de mesures d'urgence. Le problème qu'il y a, c'est qu'on n'est toujours que dans l'urgence.

La réponse en urgence, j'introduisais mon propos tout à l'heure en vous disant qu'il n'y a rien d'étonnant, malheureusement, dans ce qui se passe. On en est à la troisième vague de canicule, rien que cet été. On savait au début de l'été qu'on allait enchaîner les vagues de canicule. Pourquoi faut-il attendre la troisième vague de canicule, la quasi-totalité du territoire français en déficit d'accès à l'eau, pour qu'enfin, ce gouvernement réagisse avec une cellule interministérielle de crise ?

Pourquoi est-ce qu'à chaque fois, à chaque fois, que ce soit dans le cas des maladies, que ce soit dans le cas du climat, que ce soit dans le cas du pouvoir d'achat, ce gouvernement n'est capable que de faire des cellules de crise là où on doit anticiper ? Ce n'est pas dur de penser, anticipation de penser demain.

7:45
Présentateur

On va parler du moyen terme, du long terme aussi dans un instant, si vous en êtes d'accord. Sandra Regol, restez avec nous, secrétaire nationale adjointe d'Europe Écologie Les Verts. On se retrouve après le Fin Info à 8h40. C'est avec Louise Buyens.

7:57
Invité

Une hausse de crédit inédite pour les ministères de l'Éducation, du Travail et des Solidarités. 12,5 milliards d'euros en plus, annonce le ministre des Conses Publiques, Gabriel Attal, dans les échos. L'enveloppe doit notamment financer un million d'apprentis d'ici à la fin du quinquennat. La lutte contre les incendies continue partout en France. 75 hectares ont été détruits dans le massif de la Chartreuse en Isère. 200 habitants ont été évacués. En Bretagne, des dizaines de feux ont ravagé 300 hectares. Et puis en Dordogne, les deux incendies dans la forêt de la Double sont fixés ce matin après avoir brûlé une centaine d'hectares.

La trêve sera-t-elle durable entre Israël et le djihad islamique palestinien ? La situation reste très fragile selon les Nations Unies qui appellent toutes les parties à respecter le cessez-le-feu. Ce week-end, les frappes ont fait une quarantaine de morts, dont des enfants, sur la bande de Gaza. Démarrage en trombe de la saison de Ligue 1 de foot pour les Marseillais. L'OM a battu Reims 4 buts 1 hier soir. Autre festival de buts et le même score enregistré pour Lille face à Auxerre. France Info

9:06
Présentateur

Le 8.30 France Info, Jean-François Aquili, Céline Asselot. Avec toujours à nos côtés, Sandra Rogol, députée Europe Écologie Les Verts de la première circonscription du barin. Alors vous avez sans doute lu ce matin l'interview donnée par Gabriel Attal, ministre des Comptes publics dans Les Echos, qui annonce une rallonge de 3,3 milliards d'euros pour la transition écologique, mais aussi pour l'agriculture. Tout ça mis dans un même bloc sans qu'on ait trop de détails. Est-ce que ça va quand même dans le bon sens ? Est-ce que c'est une bonne dynamique ?

9:37
Sandra Regol

Alors il faut toujours prendre les réallocations de budget vers ce qui est bon quand elles arrivent. Donc je ne vais pas vous dire que c'est une mauvaise chose. Après, pour reprendre ce que nous disions juste avant la pause, eh bien peut-être que c'est un peu tard. Ça arrive aussi au moment où les Etats-Unis font quelque chose d'assez exceptionnel, c'est-à-dire investir pour le climat et la santé. Peut-être qu'il y a une prise de conscience de la France d'être à la traîne à travers le monde.

Là, le ministre du Budget dans Les Echos, dans l'interview qu'il accorde à notre confrère, parle d'accélérer la rénovation énergétique des bâtiments, vous l'évoquiez tout à l'heure, et de poursuivre le verdissement du parc automobile. Ce sont un peu les grandes lignes aussi évoquées aux Etats-Unis par le président Biden, notamment sur la voiture électrique. Donc c'est ce que dit le ministre ce matin ? Alors, moi, pour avoir fait les débats avec M.

Attal sur le pouvoir d'achat et surtout le budget, là, en cette rentrée parlementaire, je n'ai pas noté dans les propos, dans les réponses aux questions pourtant nombreuses que nous avons portées sur ces questions, je n'ai pas noté là-dedans la volonté de M. Attal de changer les choses. La preuve, il parle de verdir l'automobile. Là où, côté espagnol, mesure pouvoir d'achat mais mesure climat, c'est la gratuité des transports pour se rendre à son travail jusqu'à 300 kilomètres. C'est 9 euros par mois en Allemagne pendant tout l'été avec volonté de pérenniser ces solutions pour se déplacer absolument partout, que ce soit en transport en commun dans les villes ou que ce soit dans les pays.

Donc vous êtes pour la gratuité des transports en commun en France à partir de 12 azimuts ? Alors, vous voyez, je suis élue dans une ville... Ce serait quoi ? Dans les trains, par exemple ? Je vis dans une ville, Strasbourg, dans laquelle les transports en commun sont gratuits pour les moins de 18 ans. C'est une mesure sociale qui allège le budget des familles, qui permet d'apprendre aux jeunes à se déplacer autrement qu'en voiture. Vous parlez quoi ? Des bus urbains, des trams, des métros ? De tout ce qui constitue les transports en commun. Est-ce que ça va jusqu'au train régional, par exemple, pour vous, à vos yeux ? C'est le cas en Allemagne et c'est le cas en Espagne.

Pour ne citer que ces deux pays, ce ne sont pas les seuls en Europe. Donc oui, c'est une bonne chose. Oui, ça fonctionne. Et je vous rappelle que pendant la campagne présidentielle, Yannick Jadot proposait un ticket climat, justement, qui répond exactement à ça. Tous les voyages partout, à tout petit prix, c'est possible. C'est une mesure qui permet d'économiser de l'argent. Donc il va falloir trouver les budgets pour compenser les transporteurs, notamment la SNCF, en signe en train de les trains. Tout à fait. Ils sont déjà dans des difficultés...

Je vais vous donner un petit exemple très simple de réallocation d'argent et qui ne coûte rien aux contribuables français, contrairement à la pollution qui, elle, rien qu'au niveau de l'air, nous coûte 100 milliards d'euros chaque année. Total, depuis deux ans, n'a pas payé d'impôts en France. C'est connu, c'est documenté. Total est l'un des plus grands pollueurs sur la planète, l'une des 20 entreprises qui émet le plus d'émissions de gaz à effet de serre au monde. C'est aussi l'entreprise qui récupère le tout nouveau terminal métanier du Havre, celui qui va réemporter le gaz de schiste en France. Vous savez, c'est ce gaz terriblement climaticide.

Pourquoi est-ce que votre boulanger ou votre maraîcher payent des impôts ? Et pas Total, là, on a une main d'argent à aller chercher. Mais il n'y a pas eu de taxe sur les super profits, ça n'a pas été voté avec le paquet de mesures qui a été... Malgré l'énorme, vous avez tout à fait raison. Pour vous, Total, c'est l'ennemi ? Mais il n'y a pas d'ennemi. Vous en parlez en des termes très durs. Est-ce qu'on peut sortir du dogmatisme et de la caricature, s'il vous plaît, monsieur Actif ? C'est parce que vous-même, vous en parlez comme quelque chose de très négatif, une entreprise très négative. Moi, ce que je trouve négatif... C'est vous qui la décrivez de façon assez rude.

Ce que je trouve extrêmement négatif et que j'assume à 200%, c'est de déroger à notre Constitution et ce qui fait nos valeurs. Liberté, égalité, fraternité. Comme le boulanger paye et s'acquitte de tous ses impôts pour faire marcher le collectif. Et que des entreprises comme Total ou d'autres font d'énormes bénéfices sur la crise. Et ne s'acquittent pas du pot commun. Alors oui, j'ai un problème. Il est fondamental, il est républicain. Ça n'a rien de moralisateur. En revanche, c'est quelque chose dont on a besoin pour avancer. Cet argent, il est nécessaire pour l'hôpital. Il est nécessaire pour la transition. Il est nécessaire pour le climat. Il faut aller le chercher.

Même à la tête de l'ONU. On dit aujourd'hui que la seule solution, c'est de taxer les super profits. C'est ce que fait l'Espagne. Qu'attend le gouvernement français pour agir ? C'est juste un profit ou les transactions financières au niveau mondial. Oui, il y a déjà des choses qui ont été négociées là-dessus. Mais là, aujourd'hui, on peut taxer au moins les super profits pendant la crise.

13:57
Présentateur

Comment vous expliquez justement que cette mesure n'est pas suscité davantage de soutien dans l'hémicycle ? Autrement dit, on est dans une période où le dérèglement climatique se fait de plus en plus visible. La sécheresse, la chaleur notamment, et pas que. Comment vous expliquez qu'on n'arrive pas à imprimer plus de mesures pour y faire face ? Est-ce que c'est un souci de pédagogie de la part de votre parti ?

14:22
Sandra Regol

Alors oui, forcément, puisque ça fait 40 ans qu'on essaye de faire avancer les choses. Peut-être qu'on n'a pas été assez bon. Mais en même temps, jamais l'acceptation du péril climat n'a été aussi forte dans la population française. Donc vous laissez quand même le bénéfice d'un petit doute sur notre travail. Je pense qu'il n'a pas été si mauvais avec les associations, etc. En revanche, c'est très simple la réponse à votre question. C'est politique. Il n'y a pas de volonté politique de ce gouvernement, du précédent et de celui encore avant. Donc sans volonté politique, il n'y a pas d'action. Il y a de beaux discours. La population a envie d'entendre parler climat. Parlons-lui climat.

Quand il s'agit des actes, il n'y a absolument plus rien. Vous avez cité des solutions très simples, rapides à mettre en place. Je peux vous en donner d'autres. Il faut un an pour déployer un parc éolien. La France est à la ramasse sur le développement des énergies renouvelables. On est en train de le payer cher. Cet hiver, on va le payer plein pot avec notre argent. Et ce sont les budgets des Françaises et des Français qui vont trinquer. Pourquoi rien n'est fait ? Parce qu'il n'y a pas de volonté politique. Par contre, et je finis là-dessus, il y a une solution très simple. La population a les moyens de faire pression sur son gouvernement. Elle a les moyens de dire « ça suffit ».

Arrêtez d'attendre que Poutine vous dicte le prix de l'énergie. Elle aurait pu le faire en votant. Arrêtez d'attendre.

15:39
Présentateur

Pardon ? Elle aurait pu le faire en votant. Mais elle l'a fait beaucoup déjà en votant. Les élections législatives, vous auriez pu avoir un score supérieur à celui que vous avez obtenu. Tout à fait. Il y a toujours des choses comme ça.

15:50
Sandra Regol

Et il y a l'inverse aussi. Peut-être qu'Emmanuel Macron aurait pu avoir une majorité bien plus forte. Il se trouve qu'il n'a pas de majorité du tout. Et que nous sommes le premier groupe d'opposition constructive à l'Assemblée nationale. Ce n'est pas pour rien. C'est parce qu'il y a une volonté des Françaises et des Français de changer. Sandra Rigolle, vous le dites dans vos mots. Gouverner, c'est prévoir. Vous citiez l'Espagne. Elle dispose de deux fois moins de ressources en eau que la France. Mais depuis de longues années, elle a multiplié par cinq, par rapport à nous, ses capacités en retenue d'eau.

Est-ce que dans les années qui viennent, la France doit justement démultiplier ses capacités de retenue d'eau ? Notamment, pas seulement pour la population, mais pour l'agriculture également. Est-ce qu'il faut aller vers ça ? Plus de retenue d'eau. Vous demandez à une écologiste si effectivement utiliser tout ce qui existe, c'est-à-dire recycler, réutiliser, optimiser l'existant est une bonne chose. La réponse est oui. En revanche, dans les questions de capitalisation de l'eau, parce que c'est de ça dont il s'agit, il peut y avoir des soucis.

Par exemple, quand l'agriculture accapare l'eau, au détriment des populations locales, c'est ce qu'on vit dans une certaine partie de la France aujourd'hui. Parce qu'il n'y a plus de retenue d'eau pour tout le monde ? En fait, l'eau ne va pas se démultiplier. Si on la capte, c'est parce qu'il n'y en a pas assez par ailleurs. Donc il faut compenser. Si on continue à avoir une agriculture qui nourrit les bœufs de l'autre côté de l'Atlantique, je pense notamment aux très gros céréaliers qui ont besoin d'énormément d'eau, et bien à ce moment-là, on n'aura pas l'eau qu'il faut pour le reste de la population.

Moi, ce que je pense, ce qu'on pense et ce qu'on propose, c'est que face à l'agriculture qui se délite, on doit changer notre modèle de production agricole. On doit investir dans ces fermes, ces jeunes qui se lancent aujourd'hui. On doit recréer de l'emploi. Avec l'objectif de nourrir tout le monde ? Oui, avec l'objectif de nourrir tout le monde, c'est déjà possible aujourd'hui. Encore une fois, sortons du dogmatisme. Il y a des tonnes de jeunes qui produisent en France aujourd'hui et de moins jeunes. Ça fait 20 ans, 30 ans qu'on sait faire de l'agriculture en France qui nourrit tout le monde. Mais l'agriculture en France aujourd'hui, elle ne vous nourrit pas.

Elle nourrit des bêtes de l'autre côté de l'Atlantique. Elle nourrit les bœufs qui demandent des dizaines de milliers de litres d'eau pour être élevés et pour vous fournir un kilo de viande qui ne correspond même pas à ce que vous voudriez en termes de qualité. Donc oui, il y a d'autres façons de faire. Faisons-le, ce n'est pas très compliqué. Il manque juste de la volonté politique.

18:11
Présentateur

Sandra Rogol, députée Europe Écologie des Verts de la première circonscription du Barra. On poursuit cet entretien dans un instant, 9h moins 10. Le fil info tout de suite, c'est avec Louise Buyens.

18:20
Invité

La tension ne redescend pas entre Taïwan et Pékin. L'armée chinoise annonce qu'elle poursuit ses exercices militaires autour de l'archipel, en mer et dans les airs. La Chine toujours très en colère après la visite la semaine dernière de la chef des députés américains. Au bout d'un an et demi de négociations, le Sénat américain adopte le grand plan de Joe Biden sur le climat et la santé avec une enveloppe de 430 milliards de dollars. Le texte doit maintenant passer par la chambre des représentants. Le vote final doit avoir lieu en fin de semaine. Pas d'accalmie des températures. La troisième vague de chaleur se poursuit avec un pic attendu vendredi.

Selon Météo France, deux départements sont toujours en vigilance orange canicule. Ce matin, le Gard et le Vaucluse. Des chaleurs qui ne démotivent pas les vacanciers. Le mois de juillet a été très bon avec un bond de 20% du chiffre d'affaires des voyagistes, affirme le cabinet pro-tourisme sur France Info. Il s'attend également à un excellent mois d'août. France Info.

19:24
Présentateur

Le 8.30 France Info. Jean-François Aquili. Céline Asselot.

19:28
Sandra Regol

Avec Sandra Regol, députée Europe Écologie Les Verts du Barin. Vous aussi, Sandra Regol, comme Julien Bayou, vous contestez la déclaration de Jean-Luc Mélenchon qui a qualifié de provocation sur son blog. Le déplacement de Mme Pelosi à Taïwan, affirmant qu'il n'y avait qu'une seule Chine. Oui, alors ce n'est pas très très nouveau. Vous savez, les différences que nous avons d'interprétation et de vision politique sur la politique étrangère, ce n'est d'ailleurs tellement pas nouveau que c'est au cœur des désaccords de l'accord de la NUPES. On a acté, que nous ne partagerions pas la même chose. Oui, c'est un désaccord au cœur des accords. Oui.

20:07
Présentateur

Mais ça vous met un peu mal à l'aise quand même, que ces désaccords soient un peu mis au jour. Ce n'est pas rien.

20:13
Sandra Regol

Je vais essayer de répondre à deux questions en même temps. Non, non, ça ne met pas mal à l'aise. On sait depuis le départ qu'on n'est pas d'accord. Ça tombe bien, la NUPES est une coalition parlementaire. Une coalition parlementaire, comme il y en a chez nos voisins, vous savez, dans ces grands pays qui mettent la démocratie au cœur de leur travail. Eh bien donc, on a acté, ce sur quoi on était d'accord, ce sur quoi on n'était pas d'accord. Si on était d'accord sur tout, on serait en seul et même parti. Et vous voyez, même dans le gouvernement actuel, ils n'ont pas tous l'air d'accord sur tout. Donc même quand on est dans le même parti, ça n'a pas l'air si simple.

Mais ce n'est pas un sujet anecdotique ? Ah, pas du tout. Mais alors moi, je suis députée de la nation française, pas présidente de la République. Il se trouve que l'international est du domaine du président de la République, que nous avions là-dessus des désaccords qui datent de fort longtemps et que nous les exprimons sans aucun souci. D'ailleurs, est-ce que vous avez l'impression qu'il y a des tensions supplémentaires entre les gens de la France insoumise et les gens d'Europe Écologie Les Verts ? Non. En revanche, il y a un désaccord franc. Nous sommes pour le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Les Taïwanais ont le droit de choisir leur avenir et ils le font.

Nous soutenons les Taïwanais dans leur démarche. C'est formidable. La France insoumise, selon le Figaro, ce matin envisage des listes communes pour les prochaines élections européennes 2024. Peut-être est-ce que vous êtes, vous, partante chez Europe Écologie Les Verts pour avoir la même bannière ? Ça dépendra de ce que choisiront les militants à ce moment-là. Nous, on ne décide pas de façon autocratique. C'est gênant, vous n'avez pas d'avis. C'est les militants qui décident. Je vous en prie, la démocratie, ce n'est pas ne pas avoir d'avis. Ce n'est pas une échappatoire. Vous n'avez pas d'avis personnel sur la question ?

Je sais bien qu'en France, on n'a pas trop l'habitude de donner la voix aux gens pour qu'ils puissent choisir eux-mêmes. Mais en fait, chez Europe Écologie Les Verts, c'est ce qu'on fait. Vous, en tant que militante écologiste que vous êtes, vous vous mettrez quel bulletin là-dedans s'il y a un vote ? Je ne sais pas. Il y a deux ans, si vous m'aviez demandé quelle serait ma position sur cette présidentielle et c'est législative, j'aurais probablement donné une réponse qui n'a à voir avec rien. Il faut avoir l'humilité en politique de savoir qu'on ne peut pas prévoir quels seront les accords à très très longtemps.

22:12
Présentateur

Mais justement, ça va dépendre de quoi, en fait ? De ce que vous obtenez dans le cadre de cette alliance, des batailles parlementaires qui seront gagnées ou perdues ? Est-ce que vous vous trouvez moins libres et plus efficaces ?

22:23
Sandra Regol

Mon avis personnel, pour rebondir sur votre question, c'est qu'il y a une grande logique à avoir une alliance parlementaire de la NUPES, mais il y en a peut-être un peu moins à avoir une alliance européenne de la NUPES. Parce que c'est sur ce plan-là que nos visions ne sont pas conformes. Tout à fait. Et pour autant, je ne peux pas vous dire, je vais choisir de façon autocratique quelle sera l'option de demain. Ça, je ne sais pas le faire.

22:47
Présentateur

Quel bilan vous tirez justement de la séquence parlementaire qui vient de se terminer ? Les débats, ils ont été vifs, on le sait. Vous avez tenté de faire entendre votre voix sur les questions de pouvoir d'achat, sur le SMIC à 1 500 euros par exemple.

22:57
Sandra Regol

Il me semble qu'on l'a fait entendre. Vous l'avez entendre, tout à fait.

22:59
Présentateur

Oui, mais les mesures que vous avez défendues, elles ont été pour la plupart rejetées.

23:04
Sandra Regol

Tout censurées.

23:05
Présentateur

Vous avez raison.

23:06
Sandra Regol

Est-ce que vous y voyez un échec ? Non. Oui, forcément, puisqu'on n'arrive pas à offrir aux Françaises et aux Français un plan sur le pouvoir d'achat qui les aide vraiment. Donc ça, c'est un échec et c'est difficile. En revanche, si la question c'est comment est-ce que cette vie parlementaire se vit, je pense que c'est intéressant. Pour la première fois, on a eu un vrai débat sur comment est-ce qu'on rémunère mieux le travail en France. Ça fait longtemps qu'on n'a pas eu ce débat-là. Les gens qui n'arrêtent pas de dire « le travail doit mieux payer », je veux dire la partie droite de l'hémicycle.

Là, on est venu à expliquer à la partie gauche de l'hémicycle où je siège que pour mieux payer le travail, il fallait moins le payer et donc donner des primes. C'est la bonne méthode de fonctionnement au sein de la NUP ? Oui, la NUP vit très bien, en tout cas, a été extrêmement solidaire et avancée dans le même sens. C'est simple, on a un programme commun et donc on l'applique. C'est l'engagement qu'on a pris avec les Françaises et les Français. En revanche, ce qui est compliqué, c'est de voir que cette alliance, cette coalition présidentielle, elle, ne penche qu'à droite dans le meilleur des cas et dans l'essentiel des cas vers l'extrême droite.

C'est le choix de nommer à la Cour de justice de la République un élu du Rassemblement national, un élu issu de l'extrême droite. C'est le choix de nommer à la vice-présidente de l'Assemblée deux personnes issues de l'extrême droite. Mais vous êtes maltraité au sein de la NUP ? Non, je dis que la démocratie est maltraitée. Je dis que parmi ce groupe d'élus, il y a des gens qui ont eu des librairies qui vendaient des ouvrages à caractère révisionniste. Il y a des gens qui ont été condamnés pour antisémitisme. Il y a des gens qui ont été condamnés pour racisme. C'est ça, l'extrême droite. Ce n'est pas parce qu'elle porte une cravate qu'elle a changé son fond de commerce et ses idées.

Sandra Rigolle, un tout petit mot de la fin, si vous le permettez. La France se passionne pour le sort de ce béluga coincé dans une écluse de la Seine. Et vous ? Il est très symbolique de ce réchauffement climatique qui nous touche et qui change tout. Oui, bien sûr que ça m'intéresse. Mais ce qui m'intéresse, c'est les solutions pour anticiper tout ça. Ça tombe bien. À la rentrée, on va parler énergie avec un plan de climat énergie. Et ça tombe bien aussi. Les écologiens auront beaucoup de propositions à porter dans le cadre d'un contre-projet de loi. Peut-être que ce sera l'occasion d'en reparler ensemble.

Et qu'à ce moment-là, on évoquera les façons de ne plus avoir de bélugas à tirer dans les eaux de la Seine.

25:17
Présentateur

La bataille parlementaire n'est pas terminée. Donc si on vous comprend bien, merci beaucoup Sandra Rigolle d'avoir été avec nous en ce lundi matin, députée Europe Écologie-Les Verts de la première circonscription du Bas-Rhin. Merci à vous Jean-François Aquilly. On se retrouve demain, bien évidemment. Restez avec nous sur France Info. Merci.

25:33
Locuteur

Merci. Merci.