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interviewrtl-fr· 30 juin 2026 10 min

Jordy Bouancheau, Vice-président des Jeunes Agriculteurs et lui-même éleveurs de bovins et de volailles en Vendée est l'invité de RTL Soir.

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Il a fait jusqu'à 43 degrés la semaine dernière en Vendée. Des températures difficiles à supporter pour les êtres humains, mais aussi pour les animaux. Des dizaines de milliers de volailles et des tonnes de porcs ont péri. Notre grand invité est le vice-président du syndicat des jeunes agriculteurs. Bonsoir Jordi Bouanchot.

0:20
Invité politique

Bonjour Anne-Sophie.

0:22
Présentateur

D'abord, à titre personnel, vous avez eu des pertes dans votre exploitation. Des animaux n'ont pas résisté à cette chaleur extrême ?

0:28
Invité politique

Oui, je pense que la surmortalité a touché tous les éleveurs, avec forcément ceux qui l'ont exprimé et ceux qui peut-être ne l'ont pas exprimé. En tout cas, moi, sur mon exploitation, en tant qu'éleveur de bovins, ça a été forcément des avortements avec de la précocité sur les vélages. Et puis, éleveur de volailles aussi avec une surmortalité sur les animaux les plus lourds.

0:49
Présentateur

Une surmortalité, ça veut dire que vous avez perdu combien de poules ?

0:53
Invité politique

C'est-à-dire qu'il y a forcément une mortalité journalière liée à l'être vivant. Mais là, aujourd'hui, on est à plus 10, plus 20 % par rapport à d'habitude.

1:03
Présentateur

C'est la première fois que vous avez de telles pertes ?

1:07
Invité politique

De mémoire d'hommes liées à une... Ce qui est compliqué, c'est qu'on vit quelque chose d'inédit. Donc forcément, on a déjà eu des canicules qui provoquaient de temps en temps une surmortalité très ponctuelle lorsque ça durait une journée ou deux. Mais là, la difficulté, c'est qu'on a à la fois quelque chose d'inédit par termes d'intensité. 40 degrés, c'est du jamais vu, notamment en Vendée. Et par la durée, c'est ce qui fait que les animaux, en fait, n'arrivent pas à rattraper. Et avec des nuits qui ne se rafraîchissent pas, on a des conditions, finalement, de vie qui sont insupportables pour des êtres vivants. Mais on le voit bien pour les êtres humains, c'est la même chose.

1:40
Présentateur

La mortalité des volailles a été particulièrement élevée dans les élevages intensifs. Comment sont élevées vos poules ?

1:46
Invité politique

Alors, c'est quelque chose qui est assez faux. On a vu une surmortalité généralisée, que ce soit dans des élevages plus intensifs, des élevages hors sol. Moi, j'ai deux bâtiments de volailles hors sol, mais j'ai aussi mes bovins qui sont en ce moment au pâturage et ils subissent autant le stress thermique. Et on a eu aussi une surmortalité énorme sur ce qu'on appelle des élevages plénaires, des éleveurs qui ont leurs poulets qui peuvent gambader en extérieur. Mais là aussi, avec des températures extrêmes et une faible ventilation liée au peu de vent qu'on avait, finalement, c'est nos animaux qui ont succombé également.

2:22
Présentateur

Les bâtiments, est-ce qu'ils sont équipés de systèmes rafraîchissants, de clim ? Comment ça se passe, en fait ?

2:28
Invité politique

Là, c'est ce que l'on constate également. C'est qu'au final, les bâtiments ou les animaux qui s'en sortent le mieux sont des animaux pour lesquels on a adapté leurs conditions de vie, c'est-à-dire des bâtiments, en effet, ventilés avec une ventilation, on va dire ce qu'on appelle des bâtiments dynamiques, donc une ventilation forcée avec de la brumisation. Moi-même, équipé dans mes bâtiments volailles de brumisation, on se rendait compte, finalement, on avait des conditions de vie des animaux qui étaient vachement plus supportables quand on avait dans les bâtiments jusqu'à 35 degrés alors qu'on avait 44 degrés d'or. Donc, on arrive à gagner environ 5 degrés par rapport à un extérieur.

Mais sauf que, pour autant, ce n'est pas suffisant. On le voit bien, il va falloir que demain, on puisse aller voir ce qui se passe dans d'autres pays du monde où les conditions climatiques sont plutôt similaires à celles que l'on vit en ce moment, voire, pourquoi pas, d'autres régions qui sont peut-être plus équipées que nous, on l'est dans l'Ouest.

3:14
Présentateur

Vous pourriez carrément installer des systèmes de climatisation comme ceux qu'on voit dans les bureaux ?

3:21
Invité politique

Je pense que c'est un peu à l'extrême, mais en tout cas, le fait d'humidifier l'air et accélérer une ventilation, moi étant également aussi éleveur de moutons, par exemple dans ma bergerie, j'ai en urgence été sur Internet et cherché des ventilateurs que j'ai été chercher chez un voisin qui était en retraite et j'ai tout de suite mis des ventilateurs et de facto, on a tout de suite vu un effet plutôt positif lorsqu'on accélère cette ventilation.

Et c'est un peu le paradoxe, c'est que quand depuis de nombreuses années, on nous bassine sur le bien-être animal en écoutant des associations animalistes, en voulant faire plaisir à des citoyens qui ne vivent pas notre métier au quotidien, on a poussé des investissements, moi-même sur le bâtiment volaille, à mettre des fenêtres parce que soi-disant qu'un poulet était meilleur s'il avait des fenêtres sur les bâtiments, alors qu'aujourd'hui, ce qui se passe, c'est qu'avec des températures extrêmes, il faudra plutôt des investissements liés à du confort, liés à de la ventilation et à de la brumisation qui seraient beaucoup plus logiques pour garder une production sur notre territoire.

4:15
Présentateur

Vous l'avez dit, vous élevez également des bovins. Comment se manifeste la souffrance des bovins, de vos vaches ?

4:25
Invité politique

Les bovins, finalement, c'est un peu comme un être humain, c'est-à-dire qu'ils ventilent, ils ont une respiration qui s'accélère, ils cherchent forcément des points d'ombre, ils boivent deux fois plus qu'à la normale et puis, lorsqu'ils n'arrivent plus à compenser, c'est pour les animaux les plus faibles, forcément, ceux qui sont peut-être déjà malades ou, je pense notamment aux petits veaux, j'ai un voisin qui a eu sept veillages et sur les sept veillages, il a eu quatre veaux naissants qui sont morts, tout simplement parce qu'une fois qu'ils ont pris la première tétée, le lait, ils ont été se coucher dans un coin de bâtiment, mais les conditions étaient...

ils suffoquaient par le manque d'air, en fait, tout simplement.

5:01
Présentateur

Et la chaleur a aussi des conséquences sur la production de lait ?

5:06
Invité politique

Voilà, en fait, c'est des effets en cascade, c'est forcément des animaux qui vont déjà moins manger, donc qui dit moins manger, ils vont produire moins de lait, vont avoir un GMQ plus faible, et puis j'ai envie de dire, c'est aussi un gros impact psychologique pour les agriculteurs, parce qu'il ne faut pas oublier qu'un agriculteur heureux, c'est quand ses animaux sont heureux, et quand on voit une mortalité ou des animaux qui sont malades, l'agriculteur, forcément, c'est un stress également pour lui.

5:29
Présentateur

Est-ce que vous avez l'espoir d'être dédommagé ? Est-ce que vous appelez le gouvernement à décréter l'état de catastrophe naturelle ?

5:36
Invité politique

Ce que l'on dit, nous, déjà, c'est qu'il faut gérer l'urgence. Gérer l'urgence, c'est arriver à évacuer cette mortalité qui provoque des cadavres dans les cours de ferme qui s'entassent, parce qu'on a eu des grosses difficultés de gestion de l'écarissage, qui provoquaient aussi des nuisances et un stress pour les éleveurs qui ont voyé avec des odeurs, avec une gestion d'un cadavre avec des températures à 40 degrés, qui est très compliquée à stocker, ça devient de l'eau.

5:59
Présentateur

Il y a eu des dérogations pour enterrer des carcasses dans les parcelles, ça, vous le réclamez ?

6:05
Invité politique

C'est ça, c'est ce que l'on demandait. On demandait plus de moyens, donc on a eu des dérogations généralisées. Ce qu'on demande, c'est arrêter la suradministration, c'est des validations territoriales rapides pour gérer un peu rapidement ces flux de cadavres. Et puis après, une fois qu'on aura traité l'urgence, on sera redevenu quelque chose d'un peu plus anormal.

Forcément, il faudra chiffrer toutes ces pertes économiques, et on espère que le gouvernement sera au rendez-vous, soit pour compenser ces pertes économiques, ou alors avoir des allègements de charges, parce qu'on va avoir énormément de charges parallèles qui vont arriver, je pense à la hausse des coûts de l'énergie, parce que forcément, il y a plus de ventilation, il y a plus de consommation électrique, plus de consommation d'eau. Et puis aujourd'hui, on le voit, l'impact de la canicule va avoir des effets irréversibles en termes de stock de fourrage et sur nos cultures également.

6:45
Présentateur

Vous craignez de devoir acheter du fourrage ailleurs ? De ne pas pouvoir utiliser ?

6:50
Invité politique

Ce n'est pas je crains, j'en suis persuadé. On a eu forcément moins de volume déjà à l'automne, et puis là, on a un mois et demi d'avance sur l'alimentation de nos bovins, parce qu'on a pu toucher nos stocks, et vous voyez, l'herbe est complètement grillée, il n'y a plus de pâturage, il n'y a plus rien, donc il faut qu'on apporte du foin, comme un mois d'août, j'ai envie de dire. Et donc, tout ce stock que l'on prend en ce moment, ce sera du stock au moins pour cet hiver, donc il va falloir compenser tout ça, mais où, quand et comment et à quel prix, c'est toutes les questions qu'on se pose en ce moment.

7:15
Présentateur

Alors, hasard du calendrier, c'est aujourd'hui que débute l'examen du projet de loi d'urgence agricole. Il simplifie les procédures de construction d'ouvrages de stockage d'eau notamment. Les sénateurs ont même adopté un amendement pour doubler les volumes de stockage d'eau d'ici 2035. Face à ce qui vient de se passer, face à cette canicule, la sécheresse qui se profile, est-ce qu'il faut vraiment ouvrir les vannes de ces réserves pour la production agricole ?

7:39
Invité politique

Alors, je ne sais pas si le terme ouvrir les vannes est le bon. En tout cas, nous, ce qu'on dit, c'est qu'en effet, il faut accélérer, mais c'est de manière immédiate et urgente, le stockage de l'eau. Quand on voit qu'on est passé de trois mois d'inondation de nos terres en quelques jours, il y a un état de sécheresse irréversible. Si on avait de l'eau pour pouvoir ne serait-ce que sauver nos plantes et pouvoir leur permettre d'avoir des conditions vitales pour aller jusqu'à la récolte, c'est nécessaire.

8:05
Présentateur

Je faisais allusion à la raréfaction de l'eau et au prélèvement dans une nature, dans des zones humides notamment, qui ont besoin de cette eau.

8:14
Invité politique

Oui, mais il faut savoir qu'aujourd'hui, le stockage de l'eau tel qu'on le demande, nous les jeunes agriculteurs, c'est aussi de l'eau qui peut être utile au milieu. Par exemple, nous en Vendée, les réserves de substitution nous servent aussi à réinjecter de l'eau dans les milieux naturels parce que quand on le voit sur le moment des cours d'eau si chauds et sans eau, avec une mortalité de poissons importante, j'ai envie de dire là, du coup, les associations environnementalistes, on ne les voit pas venir ramasser tous ces poissons morts. On ne les entend plus parler. C'est une réalité aujourd'hui.

Le stockage de l'eau a des bienfaits collectifs, que ce soit en termes aussi de consommation humaine parce que je rappelle que mes animaux, moi, en période de canicule, ils consomment de l'eau potable alors qu'on pourrait avoir des stockages d'olivaires qui permettraient aussi d'abreuver nos animaux en période estivale.

8:51
Présentateur

Merci beaucoup, Jordi Banchot, vice-président des jeunes agriculteurs et donc éleveurs en Vendée. Dans un instant, on retrouve la petite bande d'RTL soir. L'info spéciale Coupe du Monde qu'on a failli manquer, c'est l'histoire d'un maillot mythique jaune et vert, celui du Brésil qui joue ce soir face au Japon. Le petit phénomène, c'est l'huile d'olive dans tous vos plats, même vos glaces. Et puis la tentation du soir, ce sont les voyages épiques de personnalités qui crèvent l'écran par leur différence ou leur handicap. Politiquement correct, s'abstenir. A tout de suite. Merci d'écouter RTL.

Jordy Bouancheau, Vice-président des Jeunes Agriculteurs et lui-même éleveurs de bovins et de volailles en Vendée est l'invité de RTL Soir. · Pourquijevote