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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20· 2 juin 2023 9 min

Christine Lavarde : "On peut trouver dans l'espace des ressources qu'on ne trouve plus sur notre planète"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Il est 6h19, aller dans l'espace pour exploiter les ressources naturelles d'une autre planète ou de la Lune, on dirait de la science-fiction, c'est en réalité un futur peut-être pas si lointain et la France et l'Europe ne doivent pas rater le coche, c'est ce que nous disent des sénateurs dans un rapport. Bonjour Christine Lavarde. Bonjour. Vous êtes sénatrice LRD Hauts-de-Seine et co-auteur de ce rapport d'information. Qu'est-ce qu'on veut aller chercher dans l'espace ? Qu'est-ce qui peut nous intéresser, nous humains ?

0:31
Christine Lavarde

Déjà, ce qui peut nous intéresser, c'est tout ce qu'on ne trouve plus aujourd'hui sur notre planète et qui est indispensable à la transformation de notre industrie, de nos logements, de nos manières de produire pour enclencher la transition écologique. Aujourd'hui, on voit bien qu'il y a une finitude des matériaux ou que ceux qui restent vont parfois être dans des conditions assez difficiles d'extraction. et une partie de ces ressources, on les trouve ailleurs, dans l'espace qui nous entoure. Et donc, c'est peut-être une des clés de cette transition à réussir. Et c'est quoi, par exemple ? C'est quoi ? C'est un peu tout. C'est l'or, c'est l'iridium, c'est le nickel, le fer.

1:15
Présentateur

Et on vise quoi exactement ? C'est ces matériaux, on les trouverait où ? Sur la Lune, sur d'autres planètes, sur des astéroïdes ? Je parle d'un astéroïde, par exemple, parce que dans votre rapport, vous parlez de Psyché, qui a l'air d'être une vraie caverne d'Alibaba. Vous dites que ça contient l'équivalent de 700 trillions de dollars de fer, de nickel, d'or et d'autres métaux précieux. De quoi subvenir aux besoins de l'humanité pendant des millions d'années ? Donc, c'est ça qu'on vise ?

1:38
Christine Lavarde

Alors, on a cité Psyché parce que c'est celui sur lequel, effectivement, aujourd'hui, on dispose d'une connaissance scientifique. Après, il reste encore tout un univers à découvrir et la connaissance en la matière évolue chaque jour. Et pour ce qui concerne plus spécifiquement la Lune, sur la Lune, en fait, les ressources sont finies, ou en tout cas, les ressources qui sont exploitables, elles sont situées sur un endroit tout petit, le pôle sud lunaire. Mais en fait, l'idée de la Lune, c'est qu'on va avoir besoin d'en faire une étape, pouvoir aller plus loin, et notamment poursuivre l'exploration et l'exploitation sur Mars, où là, on trouve des ressources de manière beaucoup plus abondante.

Il y a beaucoup plus d'eau sur Mars, et surtout, il y a une atmosphère composée de 95% de CO2. Et aujourd'hui, le CO2, en fait, c'est de l'oxygène, et c'est aussi du méthane, et qui, du méthane, en fait, dit une source d'énergie, soit pour repartir vers la Terre, soit pour aller plus loin vers des univers qu'on ne connaît pas encore, ou qu'on connaît vraiment de manière imparfaite, soit aussi avoir de l'énergie pour, justement, forer et exploiter.

2:48
Présentateur

Donc, si je comprends bien, il y a deux choses dans cette exploitation des ressources naturelles. Il y a d'abord de l'exploitation simple, c'est-à-dire, on va chercher des ressources qu'on n'a plus sur Terre, ou quasiment plus, pour les rapporter, c'est ça. Et après, l'autre système, c'est, on va sur la Lune pour exploiter des ressources, mais là, pas pour les rapporter, pour nous permettre d'aller encore plus loin.

3:08
Christine Lavarde

Alors, je pense qu'il faut concevoir qu'on va déjà devoir exploiter sur place des ressources pour venir extraire les suivantes, puisqu'en fait, ce qui est aujourd'hui, dans le processus actuel, ce qui est très compliqué, très coûteux, c'est de faire partir de la Terre vers un ailleurs, notamment parce que la gravité est tellement forte sur Terre qu'il faut une puissance très forte pour faire décoller. Et donc, si on emporte du matériel, ça alourdit le poids des lanceurs. À l'inverse, par exemple, quitter la Lune est quelque chose qui est beaucoup plus... enfin, en tout cas, qui est moins coûteux, parce que la gravité est moins forte sur la Lune.

Donc, on peut très bien, à partir de la Lune, si on sait s'installer sur la Lune, si on sait vivre sur la Lune en exploitant les ressources sur place, même créer des ressources qui peuvent avoir... Par exemple, si on sait créer de l'énergie sur la Lune, on va pouvoir l'utiliser pour aller réalimenter des satellites. Aujourd'hui, aux satellites, ils ont une durée de vie finie, c'est-à-dire que dès qu'ils n'ont plus de carburant, ils s'arrêtent. Ils ne produisent plus de données. Et donc, on a aujourd'hui un cimetière de satellites au-dessus de nos têtes, ce qui n'est pas sans poser de problème. Gestion des débris, saturation des orbites.

Et donc, si demain, on arrive justement à pouvoir concevoir un système de station-service, on pourrait avoir des satellites avec une durée de vie beaucoup plus longue.

4:28
Présentateur

Mais tout ça, ça pose deux questions quand même. Un, est-ce qu'on sait faire ? Est-ce que c'est techniquement faisable ? Et deux, est-ce que c'est rentable ?

4:34
Christine Lavarde

Alors, la technique, aujourd'hui, on la connaît. Par exemple, la transformation du CO2 en oxygène et en méthane, ça, c'est des réactions chimiques, on les connaît. Après, ce qu'il faut faire, c'est arriver à les industrialiser dans un univers qui est un peu hostile. Enfin, on ne va pas se le cacher. La surface de la Lune, c'est de la rigolite. La rigolite, c'est une poussière abrasive, cancérigène. Donc, il va falloir aussi développer des outils qui permettent à l'homme de pouvoir y vivre en toute sécurité. Donc, en fait, on connaît les techniques. Aujourd'hui, il y a déjà tout un tas de startups qui développent des solutions.

Et pour justement trouver aussi un intérêt économique, on regarde des solutions qu'on teste aussi pour des activités sur Terre. Je vais vous donner, par exemple, un exemple. Aujourd'hui, une startup installée au Luxembourg, parce que malheureusement, c'est là que l'écosystème économique est le plus favorable. Donc, les Français partent au Luxembourg, qui développent des panneaux solaires fabriqués à partir de rigolites. Et la technologie qu'ils développent pour la rigolite, ils sont en train aussi d'essayer de l'appliquer avec le sable du Sahara. Et donc, si ça marche vraiment et qu'on arrive à faire un...

Vous voyez bien qu'on a fait quand même un grand pas aussi dans notre transition terrestre, en n'ayant plus besoin d'aller prendre les terres chinoises. Et puis, il y a une troisième question, Christine Lavarde. Est-ce qu'on a le droit de faire ça ? L'espace, ça appartient à qui ? Alors là, c'est une très bonne question. Aujourd'hui, en fait, l'espace, il n'appartient à personne. Il n'y a pas de cadre juridique ? Alors, il y a un cadre juridique, mais qui est complètement imparfait. Il y a eu plusieurs traités, en fait. Il y a eu un traité sur l'espace en 1967, et ce traité, il dit clairement qu'un objet céleste ne peut pas faire l'objet d'une appropriation nationale.

Par contre, il ne dit absolument rien des ressources qu'on pourrait tirer de cet objet.

6:33
Présentateur

Donc, je n'ai pas le droit de dire la Lune m'appartient, mais en revanche, les éléments que je vais trouver dessus et que je vais rapporter potentiellement, ça, j'ai le droit ?

6:39
Christine Lavarde

En tout cas, le droit ne dit rien sur cette question-là. Un peu plus tard, en 1979, il y a eu un traité sur la Lune qui, lui, dit explicitement qu'on ne peut pas s'approprier les ressources lunaires, sauf que ce traité, en fait, il n'a été signé par aucune grande puissance spatiale, et la France a signé, mais n'a pas ratifié. Donc, autant dire qu'il ne s'applique pas dans le droit français. Et par contre, ce qui se passe, c'est que désormais, un certain nombre d'États ont pris des textes de portée nationale, mais qui autorisent explicitement leurs citoyens à exploiter les ressources.

7:11
Présentateur

Les États-Unis, notamment. Et la Chine, ce que vous dites dans votre rapport, c'est qu'ils sont très en avance, et que la France et l'Europe sont vraiment à la marge, pour plusieurs raisons, et notamment, vous dites, parce que tout simplement, c'est un tabou pour nous.

7:22
Christine Lavarde

C'est un tabou pour nous, notamment parce qu'aujourd'hui, on reste, et encore pas plus tard qu'hier, on me disait, mais comment est-ce que vous pouvez dire qu'on va aller exploiter ? Parce qu'aujourd'hui, je pense que nous, Européens, on veut appliquer notre mode de pensée sur cet environnement qui est complètement différent dans sa nature. Il n'y a pas de biodiversité sur la ligne. On ne va pas aller préserver la biodiversité. Il n'y a pas d'êtres vivants. On ne va pas aller exploiter. Quand on exploite quelque chose, ça veut dire qu'on vient nuire, ou ça renvoie un peu à l'esclavage ou autre.

Par contre, ce qu'il faut vraiment nous travailler, c'est là, je pense, où nous, Européens, on est en retard. Mais en tout cas, il ne faut pas qu'on soit complètement dépassés. C'est justement venir renforcer ce cadre juridique. On sait qu'aujourd'hui, l'exploitation aura lieu. Mais comme personne n'a vraiment défini les modalités de cette exploitation, c'est là aussi où on peut essayer de mettre en place des règles du jeu, mais pas que pour nous. Pour aussi tous les autres pays dans le monde qui, aujourd'hui, commencent à développer une stratégie spatiale. il y a des pays de cette nature en Afrique, par exemple l'Inde, mais qui n'ont pas les ressources pour aller sur la Lune.

8:30
Présentateur

Merci beaucoup, Christine Lavarde, sénatrice LRD Hauts-de-Seine et donc co-auteure de ce rapport d'information sur l'exploitation des ressources naturelles dans l'espace. Vous étiez l'invité du 5-7.