E. MACRON : LE MENSONGE PERMANENT
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Mais on a tous conscience que les choses ne vont pas assez loin, qu’il y a dans notre démocratie quelque chose qui, au fond, n’est pas totalement abouti. Alors que l’Élysée annonce maintenir Alexis Kohler à son poste, dans l’opposition plusieurs voix s’élèvent pour exiger des comptes. Un ministre soit quitter le gouvernement lorsqu’il est mis en examen.
Ca n’est pas à l’ordre du jour. Ca n’est pas la peine d’aller expliquer à nos Français qu’on va faire une sixième République, qu’on va tout changer, qu’on va limiter le mandat du président de la République, qu’on va faire tout ce qu’on n’a jamais fait mais qu’on leur a toujours promis, mais qu’en même temps dans nos pratiques, aujourd’hui, sans même changer le droit, nous allons continuer de faire l’inacceptable au sommet de l’État, nous allons continuer à expliquer à nos concitoyens que le monde change pour eux, qu’on leur demande tous les sacrifices, mais que nous, dans la classe politique, nous n’avons aucun sacrifice à faire, que nous, dans la classe politique, nous allons toujours nous arranger avec le droit. Lundi dernier, c’était le 3 octobre, Emmanuel Macron a fait un tweet dans lequel il nous donnait "rendez-vous" dès "maintenant" sur le site du Conseil national de la refondation, pour "apporter nos idées "sur l’"écologie", l "école", la "santé ", la "démographie " et le "travail ".
L’objectif, expliquait-il, est que nous "bâtissions ensemble l’avenir de la France". Ce que je vous propose aujourd’hui c’est de pouvoir changer les choses ensemble. J’ai besoin que vous puissiez aussi prendre part au travail du Conseil national de la refondation.
C’est une excellente idée. Mais ce qu’on remarque tout de suite, c’est que Macron délimite soigneusement le périmètre de cet échange. Pour le dire autrement, il y a des sujets sur lesquels notre avis ne l’intéresse pas.
L’écologie, l’école, la santé : tout ça, c’est très bien. Ce sont en effet des sujets essentiels. Mais nous voudrions pouvoir en évoquer d’autres, qui ne le sont pas moins.
Comme la justice, par exemple. Parce que là, nous venons quand même de vivre une séquence pour le moins étonnante. Le 3 octobre, le jour même, donc, où Emmanuel Macron nous invitait à lui "apporter nos idées", la Cour de justice de la République a en effet ordonné qu’Éric Dupond-Moretti, ministre de la Justice, soit jugé pour "prises illégales d’intérêts".
Pourquoi ? Parce qu’il est soupçonné d'avoir profité de sa fonction pour régler ses comptes avec certains magistrats à qui il s'était opposé lorsqu'il était avocat. Le ministre en charge des tribunaux est donc renvoyé devant un tribunal.
Ce n’est pas banal, mais ce n’est pas tout : le 3 octobre, toujours, on a aussi appris qu’Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée, on parle donc ici du plus proche collaborateur d’Emmanuel Macron, avait été mis en examen le mois dernier pour "prise illégale d’intérêt", lui aussi, et qu’il avait par ailleurs été placé sous le statut de témoin assisté pour "trafic d’influence". L’Élysée avait juste oublié de nous informer de cette intéressante péripétie. Dans n’importe quelle autre démocratie, ces gens auraient été invités à démissionner immédiatement.
En 2017, un certain Emmanuel Macron, alors candidat à la présidence de la République, expliquait d’ailleurs que : Un ministre doit quitter le gouvernement lorsqu’il est mis en examen. Cinq ans plus tard, il a quelque peu changé d’avis : selon Le Monde, il "parie" désormais "sur la banalisation des affaires", et considère qu’un ministre, ou un secrétaire général de l’Élysée, ne doit pas démissionner tant qu’il n’a pas été condamné. On notera au passage que cette règle n’est pas la même pour tous : l’imam Iquioussen, par exemple, a été expulsé par Gérald Darmanin alors même qu’il n’avait été ni poursuivi, ni condamné.
Ce qui vaut pour les ministres d’Emmanuel Macron ne vaut donc pas pour le reste du monde, et Éric Dupond-Moretti l’a parfaitement compris, il vient de proclamer tranquillement : Monsieur le ministre. Est-ce que vous allez démissionner ? Ça n'est pas à l’ordre du jour.
C’est de tout ça, on y reviendra sans doute prochainement, qu’on aurait aimé pouvoir parler aussi. Mais ça n’entre manifestement pas dans les calculs d’Emmanuel Macron. Je me suis quand même connecté au site du Conseil national de la refondation, où je suis tombé sur une longue vidéo dans laquelle le chef de l’État, vêtu d’un pull à col roulé, en prévision, probablement, d’un hiver où nous allons devoir économiser sur le chauffage, nous raconte pour commencer : Mes chers compatriotes, si je m'adresse à vous aujourd’hui, c’est pour vous parler de cette nouvelle méthode que nous souhaitons mettre en place pour bâtir ensemble, pour notre pays, à la fois plus de consensus, un cadre de pensée d’action commun, et aussi des solutions concrètes pour chacune et chacun d’entre vous.
Évidemment, quand on entend ça, on a très envie d’applaudir, ne serait-ce parce qu’il faudrait que nous soyons sacrément bornés pour ne pas vouloir construire tous ensemble un avenir radieux. L’allocution présidentielle commence donc fort bien. Mais juste après : ça se gâte.
Emmanuel Macron se lance en effet dans un long plaidoyer pro-domo, pour nous raconter, par exemple, qu’il a : Innové, d’un point de vue démocratique, avec le Grand débat, qui alors même que nous vivions une crise sociale sans précédent m’a permis d’aller à votre rencontre, grâce à nos maires, partout sur le territoire. Il ajoute que "c’est grâce au Grand débat", ouvert pour répondre en catastrophe au soulèvement des gilets jaunes, que son gouvernement a notamment : Changé l’impôt sur le revenu, créé plus de 2000 maisons France services pour recréer des services publics sur le territoire, que nous avons remis de la force d’action publique partout sur le terrain. Le problème est que la réalité factuelle est un peu différente de ce qu’en dit le chef de l’État.
Lorsqu’il prétend avoir recréé des services publics sur le territoire, par exemple, cette réalité est plutôt, comme nous l’avons appris la semaine dernière, que 4 300 lits ont encore été fermés en 2021 dans les hôpitaux français, en partie parce que ces établissements manquent de personnel. Quant à la "force d’action publique" que Macron se félicite d’avoir remise "partout sur le terrain" : on l’a surtout vue dans la répression policière, d’une violence inouïe, du mouvement des gilets jaunes, durant lequel un nombre ahurissant de manifestants ont été blessés ou mutilés, sans que jamais le chef de l’État ne prononce le moindre mot en faveur des victimes de ces brutalités. Des gens, je ne dis pas que c’est vous, il y a des gens totalement sincères, comme vous l’avez été, qui expriment leurs convictions, mais il y a des gens qui ont décidé de s’infiltrer et en quelque sorte de dénaturer cela.
Ils ont détruit, ils ont menacé, ils ont frappé les forces de l’ordre, c’est-à-dire les gens qui vous défendent au quotidien. Ne parlez pas de répression ou de violences policières, ces mots sont inacceptables dans un État de droit. Mais dans le discours d’Emmanuel Macron, rien de tout cela n’existe.
Dans son étonnante vidéo à col roulé, il préfère se vanter, avec une mine réjouie, d’avoir aussi : Nous avons ensuite bâti, c’était une des conclusions du Grand Débat, cette Convention citoyenne sur le climat, qui nous a permis, non seulement ce travail inédit démocratique, et donc de faire avancer le débat public, en matière de lutte contre le réchauffement climatique et pour la biodiversité, mais d’arriver à un texte de loi inédit, qui grâce au travail aussi de nos parlementaires et de nos administrations, va nous permettre, est en train de nous permettre, d’améliorer très concrètement les choses. Mais là encore, ce n’est pas exactement ce qui s’est passé. Dans la vraie vie, on se le rappelle : Emmanuel Macron s’était engagé à ce que les propositions formulées par cette assemblée citoyenne soient reprises "sans filtre" par le Parlement, ou soumises à un référendum.
Ce qui sortira de cette Convention, je m’y engage, sera soumis sans filtre, soit au vote du Parlement, soit à référendum, soit à application réglementaire directe. Mais elles n’ont bien sûr fait l’objet d’aucune consultation des électeurs. J’ai 150 citoyens, je les respecte comme des parlementaires, mais je ne vais pas dire parce que ces 150 citoyens ont écrit un truc : “C’est la Bible”.
Et au mois de mars 2021, le site Reporterre est arrivé, après enquête, à cette conclusion édifiante : seules 10 % des propositions de la Convention, dont les membres n’ont d’ailleurs pas fait mystère de la colère que leur inspire ce mépris, ont été reprises par le gouvernement. C’est un peu la petite histoire des 150 David contre 12 Goliath. C’est vraiment ce sentiment là, à la fois d’être une unité assez importante, 150 citoyens venus des quatre coins de la France qui se mettent d’accord sur les sujets, mais qui en même temps se retrouvent face à un interlocuteur, qui au final dit : “Oui oui c’est très bien ce que vous avez fait mais c’est ça qu’on va faire”.
Ce sentiment, il est insupportable pour les citoyens, d’avoir participé à ça. Ce n’est pas acceptable. Dans sa présentation du Conseil national pour la refondation, Emmanuel Macron se fait donc une gloire d’avoir mené une consultation dont il n’a en fait pas tenu compte.
Et juste après, il explique, sans rire : On a tous conscience que les choses ne vont pas assez loin, qu’il y a dans notre démocratie quelque chose qui, au fond, n’est pas totalement abouti. Est-ce que ça signifie qu’il va se livrer à une autocritique, et promettre de ne plus jamais organiser des débats dont il méprise les résultats ? Non, je vous dis non !
Alors écoutez moi. Vous faites comme d’habitude, vous promettez tout et moi je ne donne rien. Évidemment pas : il nous offre plutôt, une nouvelle fois, de nous "associer" à une "prise de décision" à laquelle, jure-t-il, nous pourrons enfin "participer" pleinement, en devenant "nous-mêmes des acteurs de ce qu’est l’action publique".
Car, explique-t-il : Le citoyen n’est pas quelqu’un à qui on va imposer des décisions, à qui on va même proposer des solutions. Par conséquent, Macron nous propose aujourd’hui : Pouvoir changer les choses ensemble. J’ai besoin que vous puissiez aussi prendre part au travail du Conseil national de la refondation.
Il souhaite que nous partagions avec le gouvernement, dont nous sommes priés de croire qu’il en tiendra compte, nos "idées de changement". Sacré Hubert. Toujours le mot pour rire.
Naturellement : nous savons que cette proposition est une plaisanterie, encore une. Nous savons qu’Emmanuel Macron, cette fois-là comme les précédentes, ne tiendra aucun compte de nos propositions, si elles ne vont pas dans le sens de ses propres objectifs. Nous pouvons cependant faire le test, et profiter de l’occasion qui nous est ainsi offerte pour soumettre quelques idées simples au chef de l’État.
Pour ce qui concerne l’"écologie" et la biodiversité qui lui tiennent tellement à cœur, nous pourrions, au hasard, lui suggérer de ne plus renouveler la dérogation accordée l’an dernier à certains agriculteurs, qui leur permet de continuer à utiliser des semences traitées aux néonicotinoïdes, des insecticides particulièrement dangereux pour les abeilles, qui sont interdits en Europe depuis 2018. Pour la santé, nous pourrions lui demander de ne plus jamais laisser fermer chaque année, comme il l’a fait depuis son élection en 2017, plusieurs milliers de lits d’hôpitaux, et accessoirement, de ne plus lancer ses CRS contre les personnels soignants lorsqu’ils manifestent pour demander une revalorisation de leurs salaires et de meilleures conditions de travail. Et pour ce qui touche au travail : nous pouvons bien sûr exiger qu’il renonce à sa réforme des retraites, qui obligera de larges parties de la population, en particulier chez les femmes, les ouvriers et les précaires, à travailler plus pour gagner moins.
Mais sur ce dernier point, le gouvernement nous a déjà prévenu : si nous rejetons massivement cette réforme, il passera en force en utilisant le 49.3, et Macron lui-même a menacé de dissoudre l’Assemblée nationale s’il se heurtait à une trop forte opposition parlementaire. Si toutes les oppositions se coalisaient pour adopter une motion de censure et faire tomber le gouvernement, il s’en remettra aux Français, et les Français trancheraient et diraient quelle est la nouvelle majorité qu’ils veulent.
Evidemment, nous rappellerions et nous serions en campagne pour que le président soit conforté. Parce que bon, c’est bien de promettre que le citoyen ne sera plus jamais quelqu’un à qui on va imposer des décisions ou des solutions, mais c’est encore mieux de le prévenir que s’il se montre trop indocile, on les lui imposera quand même. Je vais donc vous demander de désigner, vous même, l’homme qui régnera sur vous tous.
En vous remerciant à l’avance de ce choix qui m’honore.
Emmanuel Macron