Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewC dans l'air· 12 décembre 2024 11 min

PS : avec Mélenchon c’est fini ? - C dans l’air - l’invité - 12.12.2024

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:06
Présentateur

Bonsoir à toutes et à tous, bienvenue dans C'est dans l'air. La France connaîtra donc le nom du Premier ministre ce soir, a priori. Alors un Premier ministre sera-t-il de gauche comme l'exige le Parti Socialiste, de droite comme l'espèrent les Républicains, centriste, macroniste ? On sera fixé dans quelques heures. On en parle ce soir avec Carole Delga. Bonsoir. Bonsoir. Merci d'avoir accepté cette invitation. Vous êtes présidente PS de la région Occitanie. Vous, vous êtes de ceux et celles qui considérez que la gauche a rendez-vous avec son histoire. On va en parler dans un instant, mais je voudrais avoir votre sentiment de femme de terrain sur l'humeur des Français.

Comment est-ce qu'ils perçoivent, ce que vous croisez, ce qui est en train de se passer ? Est-ce que vous sentez monter au mieux une lassitude, au pire une forme de colère sourde ?

0:50
Carole Delga

Alors pour être très claire, très franche, le terme qui revient, c'est le bordel, il y en a marre. Tout milieu confondu, tout territoire confondu, c'est-à-dire aussi bien des grandes villes, comme des villages très ruraux, que ce soit aussi bien des professions libérales que des agriculteurs, et tout particulièrement les agriculteurs. Ils disent, il y en a marre, c'est le bordel.

1:11
Présentateur

Est-ce qu'ils vous tiennent comme responsable, le Parti Socialiste, parce que le PS a voté la censure ?

1:15
Carole Delga

Ils tiennent responsable l'ensemble des politiques, en disant, nous on a voté en juillet, le président de la République n'a pas respecté notre vote, entendez-vous, entendez-vous, c'est-à-dire en termes clairs, soyez ensemble, unis pour faire le front républicain.

1:32
Présentateur

Mais vous, en tant que socialiste, vous dites, c'est pas de notre faute ? Ou est-ce que vous assumez de dire, oui, on a voté la censure ? Il y a un reproche qui est fait sur, justement, vous dites, c'est le bordel, voilà ce que vous entendez régulièrement, c'est aussi parce qu'il y a eu la censure. Comment est-ce que vous leur dites ? Vous leur dites que c'est pas de notre faute ?

1:47
Carole Delga

Non, le bordel, en fait, les Français l'ont intégré à partir du moment où le président de la République a mis deux mois pour choisir un Premier ministre, et contre toute attente, un Premier ministre issu d'un parti qui a fait quand même 5% aux législatives. Donc c'est à partir de là qu'il y a eu vraiment ce sentiment de dégoût ou de colère.

2:08
Présentateur

Mais ça veut dire que vous arrivez à leur expliquer facilement, le président, il a ciblé, notamment François Hollande et les socialistes en Conseil des ministres hier, en disant que les socialistes doivent avoir bien du mal à expliquer qu'ils ont mêlé leur voix avec celle du RN et de la France insoumise. Il considère, et donc il ciblait, des personnalités qui ont eu des responsabilités, à savoir un ancien président de la République, François Hollande.

2:27
Carole Delga

Le président de la République, il ferait bien quand même d'avoir un minimum de lucidité et un minimum d'autocritique, parce que les Français considèrent que le grand responsable de tout ce bazar, c'est bien sûr Emmanuel Macron. Ils le rendent responsable aussi, et ils sont très inquiets, de l'endettement record. Les Français, ils ne veulent pas de l'extrême droite au pouvoir, ils veulent une union pour la République et ils veulent une France qui soit forte. Donc il faut stopper la dérive de l'endettement dans laquelle Emmanuel Macron a une responsabilité majeure.

3:02
Présentateur

Et on va y revenir sur l'endettement et le sujet budgétaire. Mais on parle des Français, et encore une fois, vous êtes en prise au contact à la région Occitanie avec ces Français-là. Quand on leur pose la question, eux, ils disent très simplement, 41% des Français souhaitent un Premier ministre apolitique. En fait, ils n'en veulent plus des partis. Ils veulent un Premier ministre qui gère loin des affaires partisanes. Vous l'entendez ça aussi ?

3:27
Carole Delga

Oui, je l'entends, mais il faut... J'entends cela, mais moi je suis beaucoup sur le terrain, mon bureau c'est le terrain. Et en fait, ils sont dans une relation avec moi chaleureuse, et en disant, vous les élus locaux, ramenez à la raison le Président de la République, ramenez les ministres, ramenez dans la raison, dans cette assemblée où les gens s'invectivent. Donc, ils ont la nécessité de nous faire réagir. Et moi, je pense qu'il faut rétablir la confiance. Il faut rétablir la confiance, et il faut en effet que la gauche et le Parti Socialiste auquel j'appartiens, se mettent à la hauteur et soient à l'écoute des Français.

4:07
Présentateur

Alors, depuis hier, les Français ont leur dit, vous inquiétez pas, on va se mettre d'accord sur un accord de non-censure. Très bien. Le Premier ministre doit annoncer un Premier ministre ce soir, Premier ministre de gauche, dites-vous ? Oui.

4:17
Carole Delga

Il faut un Premier ministre de gauche ? Il faut respecter le vote des Français. C'est le Front républicain qui a gagné le 7 juillet, avec un avantage à la gauche. Et c'est pour ça qu'il faut qu'il y ait une personnalité de gauche qui soit Premier ministre en toute logique, en toute simplicité.

4:33
Présentateur

Quel qu'il soit, Carole Delga, puisqu'on a des partenaires du nouveau Front populaire qui disent, « Ah non, si c'est Bernard Cazeneuve, c'est sans nous », qui pose certains zoukazes, je pense à Marine Tondelier, qui a exclu, ou Olivier Faure, qui a dit « ça ne peut pas être Bernard Cazeneuve ».

4:47
Carole Delga

Eh bien, Bernard Cazeneuve, en effet, a été exclu par Marine Tondelier, mais plus maintenant par Olivier Faure. Il avait fait une interview dans Le Monde, il avait été très clair. Oui, mais il a changé d'avis, Olivier Faure. Puis arrêtons, nous, de donner des avis et n'en plus finir. Nous, mettons-nous au travail, fixons une nouvelle méthode de travail qui nous rassemble, nous rassemble avec les Français, rassemble, je veux dire, au-delà de la gauche, avec les forces républicaines, comme je l'ai appelé dès le mois de juillet. Travaillons aussi avec les syndicats, avec la société civile et au président de la République, de respecter le vote des Français avec une personnalité de gauche.

5:25
Présentateur

La question, c'est comment ? C'est ça le problème, dire « on va travailler avec les Républicains, pourquoi pas, du centre droit, etc. » Comme vous l'avez dit, effectivement, depuis l'été, on voit bien qu'on n'y arrive pas, que quand on rentre dans le dur, certains disent « ah ben non, là encore, le Parti Socialiste aujourd'hui pose ses conditions » en disant très clairement « il n'y aura pas de membre du PS dans un gouvernement où il n'y aurait pas un Premier ministre de gauche ». Comment est-ce qu'on fait de l'ouverture dans ces conditions-là ?

5:50
Carole Delga

On a besoin de faire l'ouverture et c'est possible de travailler ensemble. Je suis présidente des régions de France, c'est l'association des 18 régions françaises. Eh bien, la gauche et la droite, on sait travailler ensemble. Parce qu'aujourd'hui, il y a des priorités pour le pays. Le pays, il faut lui redonner une puissance économique, il faut avoir des économies, mais également une justice fiscale. Aujourd'hui, quand vous êtes millionnaire, proportionnellement, vous payez moins d'impôts que la classe moyenne. Ça, c'est inadmissible. Il faut que le travail rémunère. On ne peut pas continuer à avoir une désindustrialisation qui est en train de s'accélérer.

Et on ne peut pas continuer à avoir des agriculteurs qui ne vivent pas de leur dur labeur.

6:34
Présentateur

Comment on fait pour qu'on arrive à sortir de cet impasse où chacun dit « travaillons ensemble », comme vous le dites aujourd'hui, mais sous mes couleurs ? Non, mais ce n'est pas sous nos couleurs. Comment est-ce qu'on fait ? Vous, vous pourriez accepter que la gauche participe à un gouvernement avec un Premier ministre de droite, par exemple ?

6:49
Carole Delga

Non, clairement, ce que nous devons avoir, toutes et tous, comme couleur, c'est le drapeau bleu-blanc-rouge de la France. On doit tous travailler pour la France. La France est dans une situation périlleuse. Emmanuel Macron nous a mis dans cette situation-là, budgétaire, mais également de fortes divisions. Et donc, là, on doit avoir un Premier ministre de gauche qui rassemble au-delà de la gauche, parce que sinon, nous n'avons pas de majorité pour pouvoir voter des lois, avec l'abstention de certains groupes sur certaines lois. Je pense qu'on peut se retrouver sur des sujets très clairs. Un travail qui rémunère. Il faut avoir une revalorisation des salaires.

Les petites retraites, elles doivent être indexées. On doit quand même privilégier les services publics qui sont indispensables pour l'avenir d'un pays. L'éducation, la santé, la sécurité. Donc, tous ces sujets, on peut se mettre sur une table. La droite dit Premier ministre de droite. Comment on s'en sort ? Non, mais c'est au Président de la République de respecter le vote du peuple. La droite dit ça, mais par jeu politicien. Objectivement, la droite, elle n'a pas gagné. Elle n'a pas gagné. C'est le Front républicain qui a gagné avec un avantage à la gauche. C'est ça la réalité. Il faut arrêter de transvestir ce que les Français ont voulu. Soyons à leur écoute, soyons à leur hauteur.

8:09
Présentateur

Imaginons, c'est dans quelques heures, Premier ministre de gauche avec des ministres de droite, Bruno Retailleau pourrait rester par exemple ?

8:15
Carole Delga

Je ne pense pas que Bruno Retailleau, avec un Premier ministre de gauche, va pouvoir s'entendre. Mais il peut tout à fait y avoir d'autres ministres qui sont de centre droit et qui travaillent dans l'intérêt de la France. Il faut qu'on ait une feuille de route partagée pour les 30 prochains mois.

8:32
Présentateur

Carole Delga, est-ce que le PS est en train de rompre avec la France insoumise ? Est-ce que vous voyez ce mouvement que vous avez appelé de vos voeux ? Est-ce que vous voyez Olivier Faure changer ? Il a déclaré il y a quelques jours, Mélenchon, plus il crie, moins on l'entend. Il donne le sentiment de prendre un peu ses distances. Est-ce qu'il y a une clarification qui est en train de s'opérer ? Est-ce que vous appelez Olivier Faure à trancher ?

8:56
Carole Delga

Moi j'étais toujours très claire. J'ai refusé au moment de la NUPES de signer un document dont l'article premier ne parlait pas des Français, mais était Jean-Luc Mélenchon Premier ministre. Donc moi j'ai toujours refusé de me mettre derrière un tel personnage qui prône le repli communautaire, qui ne sait pas condamner le Hamas comme organisation terroriste. Et donc nous avons la nécessité d'affirmer nos valeurs de gauche. Et également nos valeurs attachées à la laïcité, à l'univers silèse. Ça va se faire ? Est-ce que Olivier Faure est en train de le faire ?

Ça va se faire et dans tous les cas au Parti Socialiste, il y a un mouvement de fond qui est très très fort, où on est conscient que nous devons être très clairs sur les valeurs républicaines et qu'on ne doit jamais céder pour des calculs politiciens ou quelques circos à ce cap de la République avec nos valeurs de gauche.

9:54
Présentateur

Il est encore à 12 ou 13% dans les enquêtes d'opinion pour la présidentielle, c'est le responsable politique de gauche qui arrive en tête. Vous ne pensez pas que vous allez le payer aux prochaines élections, cette rupture avec Jean-Luc Mélenchon et la France Infémile ?

10:07
Carole Delga

Je pense qu'aux élections on gagne quand on est clair, quand on est compétent et quand on est sincère. Et il faut avoir de l'énergie et je n'en manque pas. Carole Delga, c'est qui votre favori, là, pour Matignon ? Une personnalité de gauche à 100%.

10:20
Présentateur

Bernard Cazeneuve ? Pourquoi pas ? Laurel Subiana ? Laurel Subiana ? Pourquoi pas ? Bon allez, ça fait un nom de plus à la longue liste de potentiels candidats à Matignon. Merci beaucoup d'être venu sur ce plateau. On poursuit cette discussion avec les experts de C'est dans l'air. Et nous allons venir aussi, vous en avez un peu parlé, sur la grogne des patrons, la colère même des patrons sur cette instabilité politique. A tout de suite.