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interviewFrance Culture (sur YouTube)· 1 novembre 2025 3 min

Pourquoi la mode s'approprie les traditions et savoir-faire locaux ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

À l'été 2025, la mode nous a gratifié non pas d'un mais de deux scandales d'appropriation culturelle qui ont rappelé à quel point le secteur reste prisonnier de ses vieux réflexes. Fin juin 2025, Prada présente à Milan sa collection homme printemps été 2026. Au pied des mannequins, des sandales ressemblant furieusement au colapuli chapal, un modèle ancestral de la région du Marchra en Inde.

Design [musique] identique, silhouette reconnaissable entre 1000 mais aucune mention de l'origine, aucune collaboration avec des artisans indiens. Face au tolé, la marque a dû reconnaître son inspiration et promettre un peu tard de travailler avec des artisans locaux si la chaussure devait être produite. 2 mois plus tard, au cœur de l'été, c'est Adidas qui déchaîne la colère de l'État mexicain Douaka avec le créateur américain d'origine mexicaine Willy Chavaria.

La marque sort une paire de chaussures inspirée d'un modèle traditionnel de la communauté de Yalalag. Là encore, la réaction est immédiate. Le gouvernement mexicain accuse Adidas de piller son patrimoine.

Les deux marques ont présenté leurs excuses, mais comment de tel cas peuvent [musique] continuer à se produire inlassablement ? Car l'histoire de la mode occidentale regorge de ses emprunts, oubliant de citer leurs sources comme si un vêtement ne devenait un objet de mode qu'en passant par le filtre des grandes maisons européennes. La sandale indienne, le mot cassin mexicain, mais aussi tant d'autres vêtements sont esthétisés, arrachés à leur contexte, marqué d'un logo et les voilins soudain modernes.

Pourquoi la mode en est-elle encore là ? sans doute parce qu'elle reste une institution profondément coloniale pour reprendre les mots de l'historien Kemaï Ben Lagdar, auteur du livre L'appropriation culturelle, histoire, domination et création aux origines d'un piage occidental. Elle continue de se penser comme seule légitime à transformer un vêtement en création, [musique] à lui donner le saut de la mode.

Faute de diversité dans les studios, faute aussi de vraies culture de l'histoire vestimentaire non occidentale, les créateurs reproduisent un schéma ancien : prendre, adapter, signer. Or, tant que la mode occidentale oubliera de célébrer fabriquent les vêtements, elle s'exposera à ces scandales répétés. Il ne s'agit pas seulement de rendre hommage le temps d'une saison, mais de créer des liens durables avec les communautés, de donner une place aux artisans dans le processus créatif, de reconnaître leur savoir-faire comme un capital culturel à part entière.

L'appropriation culturelle n'est pas une fatalité. Elle peut devenir un échange, une rencontre à condition que la mode renonce à ce réflexe d'appropriation et accepte enfin de ne plus être la seule à décider de ce qui mérite ou non de défiler sur les podiums. Ah.

Pourquoi la mode s'approprie les traditions et savoir-faire locaux ? — Christian Jacob · Pourquijevote