Interview du Président Emmanuel Macron sur Mayotte la 1ère.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Monsieur le Président, bonjour. Caribou, comme on dit chez nous, merci d'accorder cette interview à Mayotte la Première, au journal de Mayotte et également à nos confrères de Quisi TV. Vous êtes arrivé hier, mais beaucoup de maurés l'ignorent, car les noms n'ont toujours pas d'électricité, toujours pas de réseau. L'eau également manque encore dans de nombreux foyers. Cela fait 6 jours depuis le passage du cyclone Chido et on observe un peu partout sur l'île des scènes de chaos. Vous sortez d'une cellule de crise. Qu'est-ce qui a été décidé ?
Bonjour et merci de m'accueillir sur votre antenne et dans vos colonnes. Et merci de m'avoir accueilli depuis hier. J'étais parmi vous pour vous dire d'abord le soutien à l'infection de la nation française toute entière. Et vous l'avez rappelé, Mayotte a subi un cyclone sans précédent qui a conduit à une véritable catastrophe humaine dont le bilan aujourd'hui n'est pas encore définitif. On a identifié, reconnu 35 défunts, mais il y a encore tout un travail, on le sait, pour identifier, aller auprès des populations. Bilan humain aussi, parce qu'on a des gens en grande détresse, des gens blessés et continuent de faire ce travail.
Et je remercie nos soignantes qui font un travail absolument exceptionnel, comme d'ailleurs tous les services de l'Etat, les élus, les bénévoles qui sont mobilisés. C'est également une catastrophe matérielle terrible. Vous l'avez dit, les grands réseaux sont aujourd'hui tombés, l'eau, l'électricité, les réseaux justement de téléphonie. Et puis, beaucoup de nos compatriotes ont perdu leur toit avec des dégâts absolument considérables et des gens qui vivent aujourd'hui dans la très grande précarité. Et puis c'est aussi une catastrophe naturelle, écologique, avec, on le voit, des paysages dévastés, une biodiversité qui est menacée. Tout ça suppose évidemment une réaction forte et immédiate.
Et je l'ai dit tout au long de ce déplacement ailleurs aux élus, il y a l'urgence qu'on est en train de faire. Il va y avoir la stabilisation parce que pendant des mois, Mayotte ne vivra pas en situation normale. Et il y a rebâtir Mayotte, et ça, c'est le travail que je veux qu'on conduise ensemble pour justement répondre à tous les défis qu'on connaît et qu'on traîne depuis tant d'années. L'immigration clandestine, des habitats indignes, des réseaux qui ne sont pas sécurisés, etc. Alors sur l'urgence, puisque c'est là où vous m'interrogez. D'abord, on est en train aujourd'hui de distribuer au niveau de chaque commune l'eau, les bouteilles d'eau et les aliments.
Et donc un travail considérable a été fait de manière logistique ces derniers jours en particulier pour justement que l'eau arrive et les aliments ici et qu'elles soient distribuées dans chaque commune. C'est le cas en ce moment. On l'a fait à la fois par voie routière, on l'a fait aussi par éliportage, on a mobilisé notre armée pour le faire. Et donc en lien avec chaque maire, on va distribuer cette eau qui est attendue par tant de familles qui ont soif et l'alimentation de base. Et en même temps, on rouvre progressivement les commerces. Donc ça, c'est, si je puis dire, pour moi, la priorité des priorités, c'est le combat pour l'eau potable, l'eau de consommation.
Et donc ça, les choses sont en train de s'améliorer. Vous allez voir que dans les deux à trois jours qui viennent, elles vont profondément changer parce qu'on a, au moment où je vous parle, un énorme avion militaire, un Antonov, est à la Réunion et va rejoindre Mayotte dans la journée. Et il va permettre justement d'apporter toutes ses capacités et on va ensuite distribuer. Après l'eau et les aliments, il y a le rétablissement de l'eau au robinet, l'eau courante. Et j'ai vu des situations de détresse immenses. Et bien, sur ce sujet, je vais vous dire qu'on a multiplié le travail, hier encore ensemble avec, justement, les opérateurs.
À partir de demain, tous les foyers seront à nouveau raccordés. Et donc, il va y avoir une communication qui sera faite parce qu'on ne pourra pas reprendre l'eau à 100%. Mais on va réorganiser à partir de demain des tours d'eau que vous connaissez. Mais donc, on pourra, pendant quelques heures, avec une rotation qui sera effectuée, donc il y a une information qui va être faite. Ce sera coordonné par la préfecture en lien avec la Société des eaux. Et bien, une information qui sera donnée à tout le monde pour que vous puissiez savoir quand est-ce que l'eau va recouler quand on ouvre le robinet et comment. Il y a un très gros travail qui a été fait. Donc là, la vie va commencer à changer.
Puis ça va progressivement monter également en charge. Et je veux que dans cette phase d'urgence puis de stabilisation, on mette aussi de nouvelles capacités pour sortir de ces tours d'eau qui polluent la vie des gens depuis tant de temps. Il y a ensuite l'électricité. C'est, si je puis dire, le plus compliqué. Et donc là, on se bat d'arrache-pied, on fait venir de nouvelles équipes. Mais ça va prendre plusieurs semaines pour tout rétablir. Pourquoi ? Parce que dans certains endroits de l'île, tout a été absolument abattu et dévasté. Et puis, évidemment, dans les priorités, nous avons la sécurité. Là-dessus, je vais vous dire, l'effort de la nation inédit.
Nous avons, au moment où je vous parle, dans les prochaines heures, ce dispositif sera finalisé. Mais on aura 800 policiers, 1 200 gendarmes et près de 900 militaires. Ça n'est jamais arrivé, évidemment, dans l'histoire de Mayotte. Ce qui veut dire qu'on a des militaires qui viennent, qui vont sécuriser les emprises, qui vont faire leur travail, qui apportent aussi des soutiens logistiques et qui sont là pour stabiliser, avec des moyens militaires qui sont mis en oeuvre pour, là aussi, acheminer l'eau, le fret, le matériel, comme je l'ai évoqué. On a des gendarmes qui sont là en soutien pour, dans toutes les zones rurales, venir tenir l'ordre public, venir soutenir aussi nos élus.
Et puis, dans les zones police, on a augmenté le nombre de policiers pour tenir l'ordre public, et donc, en particulier, la nuit, pendant le couvre-feu. Et puis, le tout dernier point de l'urgence absolue, c'est évidemment de pouvoir réparer les maisons, les habitats. Et donc, là, ce qu'on met en place, c'est l'arrivée de bâches et de tôles. C'est très précaire. Ce n'est pas ça à rebâtir, je vous rassure. Mais aujourd'hui, on ne peut pas laisser des gens avec la maison, avec tout qui est ouvert. Et donc, à la fois l'Antonof, que j'évoquais, le gros avion, mais également, on va avoir des arrivées de conteneurs dans les prochains jours.
À partir de demain, après-demain, on aura plusieurs tonnes de bâches et de tôles qui seront déployées sur Mayotte pour aider à reconstruire, en même temps qu'on enlèvera progressivement les déchets. Je sais l'impatience de la population. Ce que je veux vous faire passer comme message, c'est que j'ai entendu cette impatience et que, grâce à la mobilisation extraordinaire des services de l'Etat, tous les ministères, eh bien, on y répond point à point. Et donc, la vie va changer dans les prochains jours au rythme que je viens d'indiquer sur chacun de ces sujets.
Nous étions à Tsingoni ce matin. La population vous a interpellé sur le fait qu'elle était comme coupée du monde, sans réseau, sans électricité, sans eau. Cela veut-il dire que dans les prochains jours, vous l'évoquiez, il va y avoir des distributions alimentaires et de bouteilles d'eau dans plusieurs communes qui, pour l'instant, ont été comme oubliées ?
D'abord, elle devait être désenclavée. Et donc, la priorité a été mise, à juste titre par M. le Préfet, que je remercie et tous ses services, sur désenclaver et déblayer les routes. Et donc, ça a été le gros travail qui a été conduit. Maintenant, à Tsingoni, l'eau est arrivée. Elle a été d'ailleurs héliportée hier au niveau du stade. Et puis, ce matin, plusieurs palettes au niveau du collège. Et donc, dans chacune de ces communes, c'est ce qu'on va faire. Donc là, les choses changent et ça va s'accélérer par voie routière et, à chaque fois que c'est nécessaire, par hélicoptère. On va emmener, justement, ces palettes d'eau potable et cette nourriture. Elle va être distribuée par chaque maire.
Et ça, ce sera la responsabilité des maires, avec leurs services communaux d'action sociale, d'informer leur population, d'aller la chercher et de pouvoir distribuer. Mais les quantités vont beaucoup augmenter à partir de cet après-midi, demain, et encore plus après-demain. En parallèle, le port, l'aéroport, se rouvre. Et donc, là aussi, le réapprovisionnement se fait, en particulier depuis la Réunion, dans les commerces. Et on voit beaucoup de commerces qui sont en train de rouvrir. Ça, c'est la première chose qui va changer dans les prochaines heures et prochains jours à Tsingoni et ailleurs. La deuxième chose, je le disais, c'est l'eau du robinet. C'est insupportable.
J'ai vu beaucoup de mamans jeunes, vous étiez là, beaucoup de personnes âgées. Et donc, là, il y a eu un formidable travail qui a été fait ces derniers jours, en particulier ces dernières heures. Le raccordement est fait partout. Simplement, on a, par le manque d'électricité, pas assez encore d'eau. On est à peu près à la moitié du potentiel. Mais on va permettre à tout le monde de pouvoir rouvrir. Simplement, on va le faire en bon ordre. Donc, attendez qu'on diffuse l'information. On le fera entre ce soir et demain matin. Ce sera coordonné par notre préfet.
Mais que chacun puisse savoir entre quelle heure et quelle heure, dans quelle commune, il a accès à de l'eau pour pouvoir, justement, il a de l'eau du robinet. Et puis, ce qui va changer aussi dans les prochains jours, c'est les réseaux. Et donc, on va essayer de déployer, à partir de la semaine prochaine, des connexions satellitaires, déjà pour chaque maire et autour des mairies. Et puis, progressivement, des zones relais pour que les gens, au moins plusieurs fois pendant la journée, puissent aller reprendre du réseau, rassurer leur famille, pouvoir échanger. Donc, voilà, c'est étape par étape.
Mais je veux vous dire ici que les heures qui viennent et les jours qui viennent vont nous permettre de beaucoup retrouver du terrain, nous relever ensemble, grâce à l'effort de tous.
Les Mahorais qui ont tout perdu dans cette catastrophe sont nombreux. Le problème à Mayotte, c'est que seul 10% de la population locale est assurée. Vous avez annoncé un fonds d'indemnisation pour les autres. On connaît le montant et les délais ?
Alors, d'abord, on a hier décrété ce qu'on appelle l'état de catastrophe naturelle. C'était le plus important. Et au fond, c'est que la République d'Imayotte a été frappée par un événement inédit. Et donc, on accélère toutes les procédures et on change les règles pour les adapter à cela. Pour les 10%, 10, 12% de Mahorais qui sont assurés, ça permet d'aller chercher leur assurance beaucoup plus simplement, d'avoir beaucoup moins de procédures et d'être mieux indemnisés. Ça, c'est le premier point. Ensuite, vous l'avez dit, il y a beaucoup de gens qui ne sont pas assurés.
Tout ça doit d'ailleurs nous conduire, quand je dis rebâtir Mayotte, à rebâtir aussi avec un système qui tient parce qu'il n'y a aucun système qui tient quand, en quelque sorte, personne joue totalement le jeu et ne veut pas s'assurer. Donc, pour la grande majorité de la population, qui aujourd'hui n'est pas assurée, on a mis en place ce fonds d'indemnisation. C'est le ministre des Outre-mer qui l'a ouvert. Et donc, il va être ouvert pour pouvoir accompagner justement les familles pour faire face aux premiers frais et pour pouvoir rebâtir. Donc, les règles en seront données dans les tout prochains jours et elles seront communiquées au niveau, justement, de la préfecture.
Le but, c'est que ce soit simple, qu'on donne tout de suite les règles, qu'il n'y ait pas de paperasse et que, dans un montant qui sera donné, on aide les gens à pouvoir réacquérir ce qu'il faut pour pouvoir retrouver de la stabilité. Voilà. Donc, ça, c'est dans les prochains jours que je vous donne rendez-vous. Mais l'état de catastrophe naturel, il est déjà décrété et le fond, il est déjà ouvert. La taille du fond, elle dépendra de ce qu'on recensera sur le terrain. Mais ce que je veux vous dire ici, c'est que le but, c'est que ce soit simple et clair pour tous.
Monsieur le Président, vous avez annoncé hier la rédaction d'une loi spéciale pour Mayotte. Quelle différence avec la loi Mayotte et à quels critères devra-t-elle répondre ?
Il y a des choses qu'il y avait dans la loi Mayotte qu'elle reprendra, par exemple, pour lutter contre l'immigration clandestine. Et c'est une nécessité. Parce qu'on sait que Mayotte est un territoire qui vit une situation inédite, qui suppose d'être beaucoup plus efficace pour prévenir les mouvements et pour reconduire les personnes irrégulières qui sont là. Sinon, je le dis en toute sincérité, on ne pourra jamais vraiment rebâtir Mayotte. Parce que qu'est-ce qui fait que Mayotte souffre depuis tant d'années ? C'est malgré les investissements, malgré l'engagement de l'État, les services publics ont été calibrés pour une population.
Et cette population, elle a augmenté beaucoup plus vite et elle est aussi sous une pression migratoire qui fait exploser tous les services. Donc il faut qu'on se dise la vérité et j'aurai besoin de tous aussi pour qu'il y ait un discours de vérité à tous les niveaux et que tout le monde dise la même chose à tout le monde, ce qui n'est pas toujours le cas sur ce sujet. Donc, un, elle aura des éléments, lutter contre l'immigration clandestine, être beaucoup plus efficace et ça, c'était prévu dans la loi Mayotte. Ce qu'on veut faire, c'est... Je vais vous donner une comparaison pour vous montrer qu'on sait le faire.
On a su construire le plus grand projet immobilier d'Europe pour nos Jeux olympiques et paralympiques. C'était au nord de Paris. On a fait une loi JO. On a créé un projet qui a concentré toutes les responsabilités pour aller très vite et très fort. On a su le faire pour reconstruire Notre-Dame de Paris. On a pris une loi avec des pouvoirs spéciaux pour un opérateur, un établissement public et on a su le faire. Eh bien, on va prendre dans cette loi pour rebâtir les dispositions pour créer un établissement public pour rebâtir Mayotte et on y associera tous les élus. Il y aura dedans un exécutif avec simplification des choses. Les procédures seront accélérées, les critères seront très simples.
Et l'objectif, c'est quoi ? C'est de bâtir une île qui réponde à ces défis. C'est-à-dire que, un, on lutte efficacement contre l'immigration clandestine, deux, qu'on parte d'une juste évaluation de la population, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, et donc qu'on rebâtisse des services publics qui a la bonne hauteur.
Et ensuite, sur chacun des services publics, des bâtiments, mais aussi d'un plan d'urbanisme et d'habitat, on déploie et on industrialise des logements et des bâtiments qui soient résistants à des épisodes sismiques ou cycloniques, et donc qui, au prochain cyclone, au prochain coup de la nature, ne s'effondrent pas, et avec un plan harmonieux, et donc en luttant aussi contre les bidonvilles, en détruisant l'habitat insalubre et clandestin. Et l'idée, c'est qu'on ait une équipe qui ait justement ses responsabilités dans la main, des procédures simplifiées, qu'on aille beaucoup plus vite et beaucoup plus fort, et en y mettant du financement derrière.
Monsieur le Président, vous dites vouloir lutter contre les bidonvilles, mais à peine rasées. Il suffit de lever les yeux au ciel quand on se retrouve à Mamouzou, par exemple, sur la route. Certains sont déjà reconstruits, les bidonvilles sont en train d'être reconstruits. Qu'est-ce que l'État compte faire pour freiner ce phénomène ?
Vous avez raison. Alors, après, moi, j'essaie de faire les choses dans le bon ordre. Aujourd'hui, je veux que les gens aient des bouteilles d'eau, je veux qu'ils aient de l'eau au robinet, je veux qu'ils puissent avoir de l'électricité, je veux qu'il y ait de la sécurité. Est-ce qu'aujourd'hui, on peut régler la question des bidonvilles ? La réponse est non. On va le faire dans la phase stabilisation et rebâtir. Donc, vous avez raison, ce qui se passe aujourd'hui, je l'ai vu moi-même, les bangas se reconstruisent et on a des gens qui vont piquer le matériel pour le faire, si je le dis en des termes un peu simples.
Donc, pour moi, la priorité sur ce sujet, c'est déjà le couvre-feu et la sécurité. C'est pour ça qu'on a renforcé les moyens et que s'il en faut plus, on en mettra davantage. C'est que les gens qui aujourd'hui sont dans des maisons qui ont déjà été éventrés par le cyclone ne se retrouvent pas avec des gens venant des bidonvilles qui viennent les piller pour rebâtir leurs bidonvilles. Ça, priorité numéro un pour moi. Ensuite, il est clair que c'est en train de se faire, vous avez raison.
La priorité numéro deux, mais ça viendra un peu après, c'est qu'on puisse reconduire de manière plus efficace les gens vers leur pays d'origine et c'est surtout qu'on puisse reprendre le programme de destruction de ces bidonvilles. Et vous le savez, ces dernières années, on a intensifié ce travail. Je ne suis pas laxiste sur le sujet, moi, je veux le faire. Et je veux d'ailleurs que tout le monde prenne un peu conscience de ça. J'ai noté dans plusieurs communes des associations, parfois des gens, y compris avec des responsabilités, se sont opposées aux préfets, aux services de l'État quand on voulait faire ce travail de gazage ou de destruction.
Le cyclone nous a rappelé qu'on fait courir un risque aux gens qu'on laisse dans ces situations. Et donc, ce n'est pas vrai que c'est humain de laisser les gens dans des bidonvilles. Simplement, ce qui est humain et juste, c'est d'accueillir les gens qui sont en situation d'asile, qu'on doit protéger, mais c'est de reconduire les gens qui n'ont pas le droit d'être ici, parce que sinon, on ne pourra jamais rebâtir Mayotte. Donc, priorité à l'humanitaire, si je puis dire, et à l'urgence. Sécurité pour que, dans la reconstruction des bangas, on n'aille pas voler dans les habitations des gens qui, là, ont tous leurs droits.
Et puis, intensification du travail de lutte contre l'immigration, des retours et destruction des bidonvilles.
Monsieur le Président, hier, vous étiez à Pamandzi. Vos propos, aujourd'hui, circulent un peu sur les réseaux sociaux, des propos qui ont choqué. Lorsque vous lancez à la population, vous n'êtes pas content d'être en France. Si ce n'était pas la France, vous seriez 10 000 fois plus dans la merde. Est-ce qu'aujourd'hui, vous maintenez ces propos et quel message vous avez voulu lancer aux Mahorais ?
Non. D'abord, moi, je suis allé au contact des Mahorais, vous l'avez vu tout au long de ce déplacement, sans filtre, et je n'ai pas voulu faire un déplacement Potemkin. Je n'ai pas voulu être caché. Bon, hier soir, on va être clair, des responsables du Rassemblement national, ils étaient à mes côtés en réunion, ils ne s'occupent que de leur famille et de leurs intérêts propres. Quant à eux, je vous rassure, ils n'ont rien demandé pour la population, mais on jugeait bon d'organiser un rassemblement militant. Donc j'avais des gens du Rassemblement national qui étaient face à moi et qui insultaient la France en même temps, qui disaient qu'on ne fait rien, etc.
Et j'ai dit la vérité, la vérité, je crois, de ce que pensent toutes les Mahoraises, tous les Mahorais, mais l'ensemble des Françaises et Français, c'est la France. Vous avez fait le choix de la France. C'est la France. Donc il ne faut pas se diviser, il ne faut pas insulter la France, mais je dis, parce que c'est la France, c'est différent de partout dans la région. Et c'est une réalité. J'ai dit la même chose quand j'étais au moment d'Irma à Saint-Martin, et c'est à chaque fois vérifié.
Quand vous avez un événement comme celui-ci qui arrive dans un pays de la région, vous n'avez pas les moyens militaires, des moyens d'urgence que nous sommes en train de déployer pour sécuriser, pour rebâtir, pour alimenter. C'est une réalité. Ça ne va pas assez vite. Les gens qui sont dans la détresse sont d'abord dans la colère et le désarroi. C'est vrai, mais je ne peux pas laisser des gens insulter notre pays comme ça. Et donc je leur dis juste la vérité. Moi, parce que c'est la France, je suis parmi vous. Je suis parmi vous comme si c'était la Lauserre ou la Corrèze, c'est-à-dire quelques jours après un drame, le président est là parce que c'est la France.
Parce que c'est la France, il y a ce soutien et cet engagement sans relâche. Et vous pouvez compter sur moi aujourd'hui comme demain. Mais parce que c'est la France, quand on insulte, le président, il se fâche et il dit regardez aussi comment ça se passe ailleurs et ne l'oubliez pas. Et la France, c'est nous tous. Et donc la France, ce n'est pas se diviser, c'est qu'est-ce que chacun peut faire pour l'entraide, qu'est-ce que chacun peut faire pour qu'on avance plus vite, mobiliser nos entreprises, nos agriculteurs pour rebâtir Mayotte, comment chacun peut être aussi dans l'entraide et l'esprit de responsabilité pour aller vers les plus vulnérables et ne pas être dans le poker menteur.
Parce que j'entends aussi le discours aujourd'hui qui tourne parfois, qui alimente le Rassemblement national et une partie des gens qui hier nous insultaient, c'est de dire la France ne fait rien pour nous, la France ne fait rien, rien ne va. Le cyclone, ce n'est pas le gouvernement qui l'a décidé, mais la France fait beaucoup. Simplement, on doit être plus efficace sur chacun de ces points. Mais ce ne sont pas les discours démagogiques et qui divisent qui rendront les choses plus efficaces.
Et surtout, demandez-vous toujours quand vous avez en face de vous quelqu'un qui insulte la France, qui vous dit il n'y a qu'à faucon, qui vous explique qu'il faudrait être beaucoup plus dur avec les comores ou autres, demandez-vous comment il vit, ce qu'il fait dans son quotidien et exactement ce qu'il y a. Parce que moi, j'ai vu beaucoup de choses ces dernières années et j'ai vu beaucoup de gens qui avaient un double discours ici et on le sait tous très bien. Donc, voilà, la France est là, je suis là, je reviens dans quelques mois et je rendrai des comptes et je continuerai à la suite, mais jamais je ne laisserai insulter notre pays.
Et je pense que ça ne doit pas choquer qui que ce soit parce que c'est notre pays.
M. le Président, dernière question sur l'éducation parce que c'est très important. Alors, la ministre des missionnaires de l'Éducation nationale a déclaré sur X que tous les moyens sont mobilisés pour préparer la rentrée à partir du 13 janvier. Est-ce qu'au vu de l'état de nos établissements scolaires qui étaient déjà mal entretenus, on le sait ici, est-ce que ce n'est pas précipité de vouloir renvoyer les enfants à l'école au 13 janvier ?
D'abord, nos enfants, en particulier les plus petits, mais ceux qui sont dans des classes d'examen, on ne peut pas les laisser dans l'incertitude et leur famille avec. Donc là, qu'est-ce qu'on est en train de faire ? On recense la situation du bâti. Il y a des communes, c'était tout à l'heure, qui ont perdu les trois quarts de leurs écoles. Donc ça, on va voir comment on sait et les rebâtir en urgence. On va planifier. D'autres, les écoles sont occupées par des gens qui n'ont plus de toit. Et donc, on va essayer de trouver une solution pour ces gens pour que les écoles soient libérées. Donc ça, dans les prochains jours, on va cartographier les choses pour se dire comment ça se passe.
Est-ce que les enseignants sont en situation de reprendre les cours ? Est-ce que les écoles sont en situation de recueillir les élèves ? Mais c'est important, à la fois pour les élèves, pour avoir leur enseignement, leur apprentissage, mais c'est aussi important pour les familles parce que vous avez des familles pompiers, on ne peut pas leur dire vous allez travailler pour aider les autres et puis vos enfants, vous allez les garder en même temps. Ça ne marchera pas. Donc l'école doit aussi reprendre. Il y a des endroits, on sait qu'on n'y arrivera pas tout de suite. Et donc, il y aura la solidarité nationale, on va proposer des solutions à la Réunion ou ailleurs.
Et donc ça, c'est quelque chose qui va se planifier. Je ne veux pas ici vous dire de réponse précise parce que je ne l'ai pas. Je peux vous la donner sur les bouteilles d'eau, je peux vous la donner sur l'eau et les tours d'eau. Celle-ci, on va la travailler le 13 janvier, c'est impossible. Mais on veut pouvoir apporter une solution à toutes les familles pour le 13 janvier. Soit en leur donnant une information pour les jours qui suivent ou les semaines qui suivent, soit en leur proposant des solutions pendant quelques semaines sur un autre territoire. Voilà comment on va organiser les choses.
Donc aujourd'hui, je ne peux pas vous donner quelque chose de plus précis, mais on y travaille d'arrache-pied avec les services de l'État et on le fera dans les tout prochains jours.
Merci beaucoup,
Monsieur le Président. Merci à vous. J'ai conscience en répondant à vos questions que j'espère qu'on a clarifié les choses pour beaucoup de nos compatriotes. Mais je veux ici vous dire d'abord combien j'ai été touché, bouleversé par d'abord le désarroi, parfois la tristesse, même la colère de beaucoup de nos compatriotes à travers ces deux jours. Je veux vous dire aussi combien je suis admiratif de la capacité à résister, que vous avez parce que vous n'avez jamais cessé, vous comme journaliste, de travailler depuis le cyclone et je vous en remercie mais je l'ai trouvé chez nos sapeurs-pompiers, chez nos soignants, dans tous les services de l'État.
On a des gens qui n'ont parfois dormi que deux heures pendant des jours et des jours chaque nuit qui, malgré la peur pour leur famille, sont restés à tenir. Et... Chapeau. Donc, on peut être fier de ce que nous sommes. Moi, j'ai une très grande fierté. Donc, je voulais juste dire encore une fois mon soutien, mon affection et ma très grande reconnaissance à l'égard de tous ceux qui ont tenu et qui ont permis à Mayotte de tenir dans cette phase si dure. On ne vous lâchera pas. Et donc, on le fera ensemble et vous pouvez compter sur la France toute entière et modestement sur ma personne. Et moi, je reviens dans quelques mois à vos côtés. Mayotte est dans mon cœur à chaque seconde.
Le message est passé. Merci Mathilde. Merci, M. le Président.
Merci à vous. Merci.
Emmanuel Macron