Rencontre publique avec Delphine Batho
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Mesdames et Messieurs, je vous prie d'accueillir sur le plateau Delphine Bateau, candidate à l'élection présidentielle. Et Raymond Yana, l'un des deux présidents d'Avignon Festival et compagnie. Bonjour Delphine Bateau, bienvenue au village du Hof.
Mesdames et Messieurs, bonjour. Comme vous le savez, Avignon Festival et compagnie a souhaité, a décidé, Laurent Domingos, qui est l'autre président du Hof. Nous sommes tous les deux coprésidents, de profiter de cette campagne qui s'annonce pour rendre plus visible la culture dans la campagne, parce qu'on avait le sentiment qu'on n'en parlait pas beaucoup.
Donc, comme vous le savez, nous avons adressé une lettre ouverte à tous les candidats et futurs candidats, en tout cas ceux qui se projettent, pour venir pendant une heure échanger avec Marie Sorbier, qui est journaliste, comme vous le savez, et qui, pendant une heure, avec l'ensemble des candidats, elle assure l'homogénéisation des débats, en ayant à peu près les mêmes questions pour chaque candidat, et chacun pourra se faire son opinion. Voilà. Je vous remercie.
Je vous laisse maintenant...
On va laisser Laurent dire un petit mot aussi, et après, on va vous laisser travailler. Alors, simplement pour vous préciser, chère Delphine, que l'interview est enregistrée, que les images seront disponibles à toutes et tous sur nos réseaux sociaux et sur une autre chaîne YouTube. Elle est traditionnellement très reprise, mais elle est en intégralité pour éviter justement les problèmes de montage et de simplification de la pensée, très présente parfois.
Simplement pour vous dire que la raison, effectivement, Raymond l'a indiqué, la culture, ça nous paraît être un peu, et ça va introduire peut-être la discussion, une cause similaire à la cause écologique, c'est-à-dire que ce sont des signaux faibles, qui ne sont pas forcément en tête de programme. Enfin, en tout cas, on a observé avec Raymond que ça disparaît, parce que, évidemment, la sécurité de l'immigration, c'est plus médiatique et c'est plus court-termiste, où le pouvoir d'achat, ce sont des sujets importants et on n'est pas là pour prendre partie, mais en tout cas, la culture paraît souvent être un signal faible, qui en revanche est consubstantiel à la bonne santé et la bonne évolution d'une société. Et de même manière que la cause écologique, je pense que maintenant, les gens ont bien compris quand même qu'il faut s'en occuper.
Donc, on a trouvé absolument normal, à notre endroit, puisque l'offre rassemble toutes les actrices et acteurs du secteur et du spectacle du gouvernement et des institutionnels pendant le mois de juillet, que les candidats et les candidates donnent leur vision de la chose culturelle. Voilà. Quand ils ou elles seront présidentes de la République.
Merci d'avoir accepté et merci Marie et bon courage. Merci. Bonjour à toutes et à tous.
Bonjour Delphine Bateau. Merci d'être avec nous ce midi. Vous avez annoncé votre candidature à l'élection présidentielle pour reconstruire une écologie capable de gouverner.
Je vous cite. À quel titre êtes-vous parmi nous aujourd'hui comme candidate ou comme porteuse d'un projet de rupture avec l'écologie politique actuelle ? Comme candidate qui estime qu'il faut qu'en 2027, il y ait un bulletin de vote pour la cause du vivant, pour la cause de l'écologie, pour la cause de la culture, pour la cause de l'habitabilité de la France.
Et je ne suis pas venue parler de ma candidature. En fait, moi, j'ai souhaité d'abord merci beaucoup au OFF de l'invitation. Merci de cet entretien.
Mais moi, je veux aujourd'hui m'adresser aux artistes, aux techniciens, par rapport à la situation de bouleversement et de basculement qu'on est en train de vivre. C'est impossible pour moi de venir avoir une conversation sur la culture, indépendamment d'un contexte dans lequel notre pays est en danger, subit des canicules extrêmes meurtrières, les forêts brûlent. Celle de Fontainebleau, par exemple, elle a un rapport particulier à l'art et à l'histoire de l'art.
Et en fait, dans ce moment-là, on a besoin d'une transformation très profonde de notre modèle de société. Et dans ce moment-là, moi, je veux appeler les artistes, les techniciens, toutes les personnes qui, en fait, aujourd'hui, défendent la beauté du monde, la sensibilité, les émotions, l'esprit critique, tout ce que nous apporte la culture dans la recherche d'une compréhension de notre rapport à nous-mêmes, de notre rapport aux autres, de notre rapport à l'ensemble du vivant. Je suis venue les appeler au secours.
Parce qu'en fait, là, tous les curseurs sont en train d'être dépassés. Notre culture, notre civilisation, s'est développée dans un climat tempéré, qui est un climat qui n'existe plus. Là, on est entré dans une période où c'est les fondamentaux, je crois qu'avant, Olivier Hamant a parlé de robustesse, mais ce sont les fondamentaux de notre sécurité collective qui sont mis en danger.
L'eau potable, l'alimentation, etc. Et finalement, en fait, ce qui explique cette situation de destruction écologique massive, c'est exactement la même chose que ce qui explique une forme de mise de côté des enjeux culturels. C'est une société dans laquelle il n'y a pas de place pour le sensible, pour ce qui est considéré comme inutile, je mets un guillemet à inutile.
Et donc, en fait, aujourd'hui, les transformations qu'on doit opérer à toute vitesse, compte tenu de la situation de bouleversement historique dans laquelle on est, pour moi, passent par le fait de donner une place centrale à la culture. C'est ce que j'appelle la politique de la beauté que j'expose et que je défends dans le livre que je viens de publier. Vous venez de dire que vous voulez appeler au secours le secteur culturel qui est là devant vous parce que vous pensez qu'ils peuvent participer à ce projet ?
Parce qu'en fait, on ne peut pas transformer notre société sans un nouvel imaginaire qui est en rupture avec celui du logiciel de la croissance du PIB. et donc, en fait, sans pousser jusqu'au bout la logique de l'exception culturelle. Alors, même si dans le terme exception, il y a un malentendu, c'est-à-dire que tout serait marché et marchandisé, puis il y aurait une exception, la culture.
Et en fait, on ne peut pas réussir à embarquer le pays dans la transformation profonde dont on a besoin aujourd'hui en termes de système de valeurs, en termes de qu'est-ce qui est important dans la vie, finalement. Est-ce que c'est l'argent ou est-ce que c'est un oiseau, un insecte, un paysage qu'on aime ? On ne peut pas embarquer le pays dans cette nouvelle place, en fait, pour la sensibilité sans être emmené par les artistes dans ce nouvel imaginaire, sans qu'il y ait cette capacité, en fait, d'émancipation de tout ce que nous dicte aujourd'hui la société de surconsommation.
Ce n'est pas seulement que ce soit une transformation culturelle. Il ne s'agit pas pour moi de dire qu'il faudrait qu'il y ait un art officiel qui soit un art de l'écologie. Il ne s'agit pas d'être dans une logique de propagande, mais simplement de dire, voilà, la place de la culture dans cette transformation, elle est centrale.
Et le monde de la culture ne peut pas se tenir à côté de la question écologique. Mais est-ce que vous n'avez pas l'impression, Delphine Bateau, que les politiques ont abandonné ce secteur de la culture ? J'entends même dans les campagnes, dans les campagnes électorales, on en entend très peu parler.
Est-ce que cette campagne présidentielle de 2027 va remettre la culture au centre des débats ? Et pourquoi, si vous êtes d'accord avec ce constat, les politiques ont abandonné ce secteur-là ? Alors, je ne vais pas parler des autres.
Moi, pour moi, c'est central. Voilà, c'est ce que je porte avec la politique de la beauté. Ensuite, il y a certainement la conjonction de plusieurs choses.
D'abord, effectivement, le fait de considérer la culture comme un supplément d'âme. Ensuite, de considérer que tout ça coûte cher alors qu'on est dans une période de difficulté budgétaire. Il y a tout un ensemble de choses.
Il y a aussi, j'y reviendrai peut-être dans la suite de l'entretien, un rapport à la culture qui relève...
Je veux dire, on n'est plus à l'époque des rois et des reines, c'est-à-dire d'une espèce de rapport monarchique où le domaine de la culture, c'était le fait du prince, c'était le fait du président de la République. Je pense aussi qu'il faut rompre avec ça. Donc, il y a plein de choses qui expliquent cette situation, mais fondamentalement, à mes yeux, c'est le rapport à la croissance économique, c'est-à-dire qu'il polarise le débat sur l'idée qu'en fait, on va revenir aux 30 glorieuses, qu'on peut pousser plus loin la production, pousser plus loin la consommation sans égard pour ce qui est important dans la vie.
Et la culture, c'est le plus important dans la vie parce que c'est ce qui définit notre humanité. Et à mes yeux, un des enjeux, par exemple, centraux du débat de la prochaine élection présidentielle, c'est la question du rapport à l'intelligence artificielle, c'est la question de l'obsolescence humaine. Et c'est aussi pour ça qu'on a besoin des artistes et particulièrement du spectacle vivant parce qu'on ne peut pas appeler intelligence ce qui est le résultat d'un calcul et d'un algorithme.
On ne peut pas parler d'œuvres quand on parle des productions, des calculs de l'intelligence artificielle. Et pour moi, cette question-là, elle est centrale en termes de risques civilisationnels et de ce que Bruno Patino appelle le risque de l'obsolescence humaine. Alors, vous avez déjà ouvert plein de portes qu'on va développer pendant cet entretien, peut-être avant de rentrer justement dans le cœur de ces questions.
Une question plus personnelle, peut-être plus sensible. Quel est votre rapport avec le spectacle vivant d'Alphine Bateau et avec Avignon, si vous en avez un ? Alors, moi, je suis en quelque sorte née dans la culture parce que mes deux parents sont devenus artistes photographes.
D'ailleurs, tout à l'heure, je racontais à quelqu'un que mon père est devenu photographe par la fréquentation du MJC, ce qui est intéressant. Donc, moi, j'ai plus fréquenté le Festival d'Arles étant enfant que celui d'Avignon. Pour en contre de la photographie ?
Voilà. Mais, en fait, mon rapport au spectacle vivant, il est venu depuis 20 ans des Deux-Sèvres où il y a dans le territoire des Deux-Sèvres dont je suis la députée un endroit qui est pour moi un endroit unique au monde qui est le Festival au village de Briou-sur-Boutonne qui est en quelque sorte notre avignon à nous qui a été créé il y a 37 ans maintenant par Christophe Frerbeau qui était médecin de campagne qui est décédé il y a 2 ans. Je pense que ça lui aurait fait plaisir que je prononce son nom ici parce que lui venait chaque année au Festival d'Avignon rencontrer les artistes, les metteurs en scène qui allaient venir ensuite à Briou-sur-Boutonne.
C'est un festival très particulier parce que les artistes sont logés chez l'habitant que tout repose sur des bénévoles y compris les choix de programmation sont élaborés en fait avec les bénévoles qui toute l'année travaillent sur le festival. Tout est organisé par des bénévoles. On fait les spectacles dans les granges, dans les cours, dans les jardins et j'y ai vécu mes plus beaux moments de spectacle vivant.
Il y a une dimension importante sur le cirque. Je me rappelle en particulier du spectacle Dans ton cœur de la compagnie Accor et Acry qui est une magie. Mais beaucoup d'autres choses.
Et une chose en particulier qui est très forte pour moi, ça s'appelle les chantiers théâtre. En fait, le public vient voir une pièce de théâtre en cours de création qui n'est pas achevée et participe ensuite à un échange avec les comédiens là où le metteur en scène sur un regard critique, des remarques, etc. Par exemple, il y avait une pièce qui s'appelle « J'ai pas lu Foucault » qui est un seul en scène mais qui part du principe de la présentation de tableaux, d'œuvres d'art à des prisonniers avec des conversations absolument incroyables.
Voilà. Et on donne son avis. J'ai vu plein de choses des spectacles de Yannick Jolin, enfin de plein d'autres.
Et c'est un rendez-vous très important pour le territoire dont je suis élue. Donc je suis en quelque sorte une spectatrice rurale du spectacle vivant. On parlera, je crois, des territoires et de comment la culture peut s'y implanter mais peut-être revenir un peu en arrière.
Vous avez cité votre livre « La politique de la beauté, une nouvelle écologie » qui est apparue aux éditions de l'Aube en juin 2026. C'est tout récent. Dans ce livre, vous faites de la beauté un enjeu politique.
Comment cette idée peut-elle se traduire très concrètement dans une politique culturelle ? Très concrètement, ça veut dire qu'on a besoin aujourd'hui d'un programme d'embellissement de la France. On a uniformisé, standardisé.
Ça vaut sur le plan des paysages. Ça vaut sur le plan de l'architecture. On a organisé une sorte de...
On a rendu les territoires très fonctionnels avec les ronds-points, ces surfaces commerciales qui se ressemblent toutes à toutes les entrées des villes de France. Ça veut dire donner beaucoup de place aux sensibles. dont dépend notre santé, notre santé physique, mais aussi notre santé mentale, qui est quand même un enjeu extrêmement central.
Ça passe par des choses très concrètes. Moi, je voudrais par exemple qu'on vive dans une société où l'art remplace la publicité. Je ne vois pas pourquoi les gares sont truffées d'écrans vidéo publicitaires et ne pourraient pas être au contraire investies comme un lieu artistique. des tableaux à la place des panneaux publicitaires.
La SSF a mis les pianos. Regardez ce qui se passe autour des pianos. C'est intéressant ce qui se passe autour des pianos dans les gares.
Je ne vois pas pourquoi on continue à tapisser toutes les villes, toutes les gares. Vous savez, on est assujetti à plus de 2000 messages publicitaires par jour. Ça a considérablement augmenté au cours des 20 dernières années.
Je ne sais plus qui parlait de temps de cerveau disponible. C'était TF1, je crois, pour la publicité. On a aujourd'hui un enjeu de souveraineté cognitive en fait, de reprendre le contrôle de notre souveraineté cognitive.
Donc moi, je veux une nation dans laquelle chaque enfant de France a le droit à une éducation, à une sensibilité à la nature et à la culture et pour moi, les deux vont ensemble sont inséparables. Voilà quelques exemples. Peut-être juste approfondir cette notion qui me semble centrale dans votre candidature et dans ce que vous souhaitez défendre, ce lien entre nature et culture, alors je ne parle pas là de notion anthropologique, mais dans votre sens à vous, comment on forme la sensibilité à la nature et à la culture en même temps ?
Alors d'abord, il y a une chose très importante, c'est que ce lien, il est dans l'ADN de l'histoire de France, de nos valeurs, de notre imaginaire collectif et justement, aujourd'hui, on a besoin de pousser plus loin ce qui est dans notre ADN. Mais je vais prendre quelques exemples. Vous voyez, par exemple, la Révolution française, elle prend au même moment la décision de créer le Musée du Louvre et de l'ouvrir au public pour l'anniversaire des un an de l'abolition de la monarchie et la décision de créer le Muséum national d'histoire naturelle.
Les deux sont inséparables dans la Révolution française qui avait choisi pour emblème l'arbre de la liberté parce qu'en fait, un des facteurs déclenchant, ce n'est pas le seul du combat pour l'abolition de la monarchie, pour la liberté des citoyens. C'est la question de la pénurie de bois. C'est la destruction en fait totale des forêts de France et un peuple qui considère qu'en fait, la cour a complètement accaparé les ressources en bois, que ça ne peut pas continuer comme ça, c'est la misère, etc., etc.
Donc, ce rapport dans l'histoire de France, il est lié aussi à la diversité de nos paysages, à la diversité de nos pratiques agricoles, au fait qu'il y a 500 pays de France différents, rien que sur l'Hexagone. Je ne parle même pas de la Corse et des Outre-mer. Donc, il y a toute cette richesse qui fait notre force et qui nous a constitués comme une nation culturelle et c'est cette identité aujourd'hui avec laquelle il faut renouer et qu'il faut pousser beaucoup plus loin, à mes yeux.
Et d'où vient la séparation ? À partir de quel moment on a séparé nature et culture ? Alors, on pourrait dire que ça vient des ambiguïtés de la philosophie des Lumières qui était elle-même entre Descartes, l'homme dominateur de la machine et Rousseau.
Il y a déjà, vous voyez, des approches différentes. Justement, je parlais de la forêt de Fontainebleau tout à l'heure. Tout le mouvement du romantisme, en fait, s'est développé sur cette logique de renouer avec le sensible et de refuser une vision excessivement rationaliste. aujourd'hui, on est dans une grande bataille internationale contre l'obscurantisme.
Donc, on a besoin de défendre et la science et la culture. On ne doit pas opposer l'un à l'autre. Mais voilà, il y a un symbole très particulier dans ce qui est en train de se passer autour de la forêt de Fontainebleau parce que c'est toute l'école de peinture de Barbizon, c'est Georges Sand, c'est Victor Hugo.
Et c'est justement un mouvement culturel de renouer le lien entre culture et nature. On entend...
Le fait de peindre dehors, par exemple, et pas en atelier. On entend parfois, voire souvent, que la culture subventionnée reste trop élististe. Est-ce que vous avez l'impression que c'est un procès injuste ou est-ce qu'il faut le regarder en face et faire quelque chose pour lutter contre ?
Il faut toujours lutter contre l'élitisme, mais il faut aussi défendre l'excellence culturelle. Donc, on ne peut pas être dans une logique qui serait une logique de marché, d'une offre qui devrait répondre à la demande. On doit secouer les imaginaires, en fait.
Donc, oui, on doit avoir une culture populaire. Je parlais des Deux-Sèvres. Ce festival, il existe parce que dans notre territoire, il y a une tradition d'éducation populaire.
Il y a une tradition du théâtre amateur qui est né au lendemain de la Seconde Guerre mondiale qui s'est considérablement développée et qui a été un vecteur d'émancipation pour des milliers de personnes en Deux-Sèvres. Il n'y aurait même pas eu, en fait, la création des coopératives, la création des mutuelles, qui est une fierté de Sévrienne, sans ces mouvements d'éducation populaire et la pratique massive du théâtre amateur. On faisait, par exemple, pendant la Seconde Guerre mondiale, on faisait du théâtre amateur chez l'habitant pour récolter un petit peu de sous au chapeau et l'envoyer à ceux qui étaient prisonniers en Allemagne ou qui étaient au STO.
Donc, cette culture populaire, on parlait tout à l'heure de la question des souvenirs de spectacle. J'ai un souvenir extraordinaire, vous voyez, de la transformation d'un grand camion en une espèce de roulotte qui va de village en village avec un professionnel metteur en scène et des comédiens amateurs qui avaient monté Palace. Et voilà, tout le village peut venir voir la pièce pour un euro.
C'est des moments, c'est énorme, en fait, comme moment où des personnes très différentes se rassemblent, se rencontrent, se rassemblent et le festival de Briou sur Boutonne, c'est aussi ça que j'évoquais. Moi, je suis, territorialement, je parle de ce que je connais, je suis dans une pratique que je considère très avancée de la démocratie culturelle et de cette logique d'aller chercher les publics pour de l'excellence culturelle. Alors, vous venez d'arriver à Avignon, vous savez que le secteur est en crise, on a de nombreuses rencontres depuis le début de ce festival autour de beaucoup de sujets qui inquiètent grandement les membres du secteur, mais peut-être une question encore générale avant de rentrer dans des questions plus précises, vous défendez, je crois, la décroissance comme projet politique, comment éviter que cette idée soit entendue par le secteur culturel comme une promesse de moins de moyens, moins de production ou moins de tournées.
Alors, c'est exactement l'inverse. Quand on parle de décroissances différenciées, en fait, on parle de réduction volontaire de la consommation d'énergie et de matières premières. On parle de sortie des énergies fossiles, on parle, par exemple, de défense du commerce de proximité versus l'autorisation que la France est en train de donner à l'implantation de 4 nouveaux giga-entrepôts d'Amazon qui tue notre économie avec l'importation massive de produits liés à la concurrence déloyale asiatique.
Donc, on parle, en fait, du retour à une économie de l'utile et on parle de l'importance qui est donnée aux choses non marchandes. En fait, on parle d'aller vers un nouveau modèle économique qui nous permet un état d'équilibre, en fait, entre les activités humaines et les écosystèmes et qui permet de préserver l'habitabilité de notre pays parce que c'est ça qui est en cause aujourd'hui. Et donc, en fait, la décroissance différenciée, elle signifie plus d'éducation, plus de culture, plus de temps aussi pour l'éducation, pour la culture, pour les activités non marchandes et pour l'épanouissement humain.
En décembre 2024, Christelle Morancé, présidente du Conseil régional des Pays de la Loire, a fait voter une baisse de subvention de 62% des aides de fonctionnement de près de 500 structures culturelles. Que lui répondez-vous et si vous deveniez présidente de la République, comment faire pour sacraliser les aides à la culture pour que les régions ne puissent pas baisser drastiquement leurs subventions à la culture ? Alors, d'abord, on est face à l'émergence de ce que j'ai appelé le Trumpisme à la française qui est en train, d'ailleurs, au moment où on parle de sévir au Parlement puisque j'apprenais avant de participer à ce débat que la commission mixte paritaire sur la loi dite d'urgence agricole vient de voter le retour des néonicotinoïdes dans notre pays.
Et donc, la présidente de la région Pays de la Loire, elle a voulu éliminer, comment dire, imiter, pardon, la tronçonneuse de M. Musk avec des coups budgétaires qui, d'ailleurs, ne concernent pas seulement la culture, concernent aussi beaucoup d'acteurs, du tissu associatif, de l'économie sociale et solidaire, etc., etc.
Alors, qu'est-ce qu'on peut faire ? Ce n'est pas évident parce qu'on a dans la Constitution la libre administration des collectivités territoriales. Et si on se met dans une situation qu'on pourrait souhaiter que l'État se substitue, en fait, quand des collectivités territoriales prennent des dispositions aussi radicales, vu ce que l'État inflige actuellement aux collectivités, on risquerait d'encourager, en fait, une sorte de désengagement généralisé des collectivités territoriales de la culture.
Donc, je n'ai pas de solution magique à part de dire qu'il faut qu'elle soit battue aux prochaines élections régionales et qu'il faut qu'on trouve des mécanismes de solidarité à l'échelle nationale. Ça vaut pour la région des pays de la Loire. Ça vaut aussi pour la problématique des communes dirigées par le Rassemblement national.
Il faut qu'on ait un mécanisme national de solidarité avec les artistes, les techniciens, les compagnies qui sont victimes de censure politique ou de désengagement financier. Mais ce serait un mécanisme de quel ordre ? Législatif ?
Moi, je souhaite en discuter. Est-ce que c'est une sorte de système de mutuel dont l'État serait garant, etc. Moi, je suis pour qu'on aille vers le fait d'inscrire dans la Constitution l'exception culturelle et la liberté de création.
Parce qu'il y a la loi de 2016, il y a les mesures...
La liberté de création est dans la loi, déjà ? Elle est déjà dans la loi. Il y a les mesures...
Alors, ça m'intéresse, je rencontre un certain nombre d'artistes et d'acteurs des politiques culturelles cet après-midi, mais de savoir si ce qu'a annoncé le gouvernement avec le comité interministériel de défense de la liberté de création, ça donne des résultats ou pas par rapport à toutes les attaques qu'on constate aujourd'hui. Mais ce que je veux dire, c'est qu'on ne peut pas se contenter d'être sur une logique défensive, d'être en mode comme si on était le dos collé au mur. Face au trumpisme et à l'effet de sidération qui provoque, parce qu'on est toujours consterné par le coup dur suivant, en fait, il faut qu'on ait aujourd'hui une stratégie offensive.
Ça ne peut pas être...
Le propos ne peut pas être juste de défendre l'existant. Il doit être dans une logique de conquête. Il doit être dans la volonté d'un nouvel horizon commun au travers de ce que j'évoquais sur le lien qu'il y a entre la transformation écologique du pays, de son système de valeur, de son imaginaire et la place que la culture accorde... que notre société accorde à la culture.
Une des revendications que l'on entend depuis le début de ce festival et peut-être depuis longtemps, c'est que le budget de la culture passe à 1%. Est-ce que c'est une mesure que vous reprendriez ? Et est-ce que ce serait 1% du PIB ou 1% du budget ?
Il y a plusieurs discussions là-dessus. Comment vous vous situez ? Alors, d'abord, la première chose, c'est que là, tout de suite maintenant, on doit obtenir la remise en cause des gels budgétaires qui ont été annoncés et qui a des questions de moyens qui ne peuvent pas attendre le printemps 2027.
Que par ailleurs, ce gel budgétaire intervient alors qu'il y a une sorte de supplice sur tous les acteurs de la culture, en tout cas, moi, je le vis dans mon territoire, où d'année en année, en fait, les subventions, les aides se réduisent comme peau de chagrin. Vous savez, 3 000 euros une année, 3 000 euros l'année d'après sur des tout petits budgets parce que les collectivités territoriales elles-mêmes ont la pression des coûts budgétaires de l'État et de la réduction de moyens que leur inflige l'État. Donc moi, je suis pour un changement radical et une logique de confiance aux collectivités territoriales et le maintien d'une politique publique d'État dans le domaine de la culture.
Je n'oppose pas l'un à l'autre. Je ne veux pas, aujourd'hui, qu'on réduise le débat sur la culture à une question de chiffres et à une question d'argent. C'est d'abord vraiment la question du sens, la question de la nouvelle place que doit prendre la culture dans notre société qui, à mes yeux, entraînera logiquement la question des moyens.
Évidemment que 14 euros par an et par habitant, ce n'est pas à la hauteur des besoins. Donc évidemment qu'il faut augmenter les budgets. Mais je trouve qu'il ne faut pas aborder le débat de la prochaine élection présidentielle simplement comme une question d'équation budgétaire ou de questions très techniques liées aux enjeux notamment des professionnels de la culture. et quand je dis ça, je ne remets pas en cause la légitimité de ces revendications mais je crois qu'on doit avoir une ambition beaucoup plus forte que ça.
Et qu'on a quand même l'expérience des jolies promesses qui entraînent des déceptions qui ne sont pas tenues, etc. sur le plan budgétaire à mes yeux le pays il est devant un choix. Il va être devant un choix sur qu'est-ce qui est important dans la vie.
Et dans qu'est-ce qui est important dans la vie il y a la culture. Et la culture comme l'éducation nationale etc. sont en difficulté aujourd'hui parce qu'elles ne sont pas dans elles n'ont pas été placées dans une logique de jouer un rôle moteur par rapport à une transformation de la société.
Et c'est le vieil adage qui n'avance pas recul. Donc c'est en retrouvant un horizon d'émancipation à mes yeux par rapport au culte de la société de consommation de la voir sur l'être etc. que on va résoudre ces questions budgétaires et clairement oui il y a un effort budgétaire à faire pour la culture.
Alors je comprends l'inversion de placer le sens avant les chiffres mais je repose quand même une question sur les chiffres où est-ce qu'on trouve l'argent pour financer la culture comment on augmente ce budget là ? Alors d'abord au regard des dernières données qui ont été publiées ce matin sur le budget de l'Etat et la question des déficits il y a un sujet de situation budgétaire générale du pays auquel s'ajoutent les effets de ce que nous sommes en train de vivre. détroit d'hormuz catastrophe pour l'agriculture risque d'inflation grave des produits alimentaires signifie que tous les gouvernements successifs qui basent l'estimation de l'évaluation budgétaire de la France sur la croyance qu'il va y avoir un retour de la croissance du PIB sont des menteurs.
Donc moi je veux prendre la situation budgétaire du pays très au sérieux avec un sens de la responsabilité budgétaire dont la première est de dire qu'on doit baser le budget de la France non plus sur la poursuite de l'augmentation du PIB puisque de toute manière elle n'est pas là donc il y a une question de réalisme mais sur des objectifs de bien-être sur des objectifs de réduction de l'empreinte carbone et je ne veux pas faire de réponse à la légère sur les chiffres. Là mon livre c'est un projet de société mon programme chiffré etc. c'est à l'automne je viens aujourd'hui ici aussi pour rencontrer pour écouter etc. je suis parfaitement consciente des besoins je sais qu'il faut répondre à ces besoins vous dire c'est en par habitant c'est tel budget de l'état pour la culture etc. ce serait pas sérieux du point de vue de l'importance que j'attache au sérieux dans la parole politique vous avez dit que vous voudriez faire confiance aux collectivités et en même temps que l'état soit aussi engagé dans la culture très concrètement comment ça marcherait pour vous le lien entre l'état et les collectivités sur ces histoires culturelles en fait on voit on voit au travers de l'impact sur la culture les conséquences de ce que l'état inflige aux collectivités territoriales dans leur ensemble notre pays ne peut pas continuer comme ça on a eu depuis la vague libérale des années 80 un affaiblissement de l'état considérable dans de très très nombreux domaines beaucoup de compétences ont été confiées aux collectivités mais ces derniers temps il y a un mouvement qui est en réalité un mouvement de recentralisation et un mouvement d'assèchement budgétaire des collectivités territoriales avec toujours plus de compétences obligatoires etc on ne peut pas continuer comme ça et en fait le monde de basculement dans lequel on va est un monde dans lequel et je pense que c'est ce qu'a dû expliquer Olivier Hamant juste avant moi notre résilience notre sécurité collective notre bien-être va beaucoup reposer sur l'échelle locale à l'échelle des territoires et l'état va devoir beaucoup plus se concentrer sur les enjeux géopolitiques sur les infrastructures critiques et sur les questions d'égalité entre les différents territoires et de péréquation entre les différents territoires donc on a besoin aujourd'hui que soit l'état permette à nouveau aux collectivités territoriales ou la loi d'avoir leur autonomie fiscale soit leur donne sérieusement des moyens mais on ne peut pas continuer dans la logique de recentralisation qui est en cours on entend souvent que selon où une compagnie est basée dans telle ou telle région évidemment les régions n'ont pas les mêmes moyens comment faire pour qu'il y ait une égalité de traitement où qu'on soit dans les territoires vous parliez de péréquation j'imagine que c'est la problématique de la libre administration des collectivités territoriales et c'est pour cette raison là que je suis contre le désengagement de l'état de sa propre politique culturelle donc je ne suis pas du tout en train de dire qu'il doit y avoir un transfert de l'état aux collectivités territoriales on a besoin des deux certains évoquent la nécessité d'un pacte entre les collectivités territoriales et l'état moi je viens pour écouter aussi sur ces enjeux là j'assume de ne pas avoir de réponse toute faite mais pour moi l'un ne se substitue pas à l'autre et on a besoin très clairement des deux puisqu'on parle des collectivités territoriales vous avez certainement entendu parler aussi l'inquiétude des compagnies et du milieu dans la relation aux élus il y a eu plusieurs cas de censure ces derniers temps des spectacles qui ont été déprogrammés annulés parce que le thème du spectacle ne convenait pas à l'élu qu'est-ce qu'on fait face à ça c'est pour ça que j'évoquais la question de la liberté de création et comme de toute façon il va falloir réformer la constitution sur beaucoup de choses du statut qu'on lui donne parce que on doit comprendre la liberté de création comme un principe aussi essentiel que l'ensemble des droits humains de la déclaration des droits de l'homme aujourd'hui dans la constitution il y a seulement la linéa 13 du préambule de 46 sur l'accès en fait à la culture de même que l'accès à l'éducation l'accès à la formation professionnelle donc il n'y a pas cette notion en fait de liberté artistique qui est fondamentale ça c'est la première chose il y a une deuxième chose que je voudrais aborder c'est quand même la problématique de la bureaucratie des critères des aides qu'il y ait des critères sur un certain nombre de sujets par exemple sur l'égalité entre les hommes et les femmes c'est dans la loi ça me paraît tout à fait tout à fait normal par contre en fait trou de critères tue le critère et on est dans des logiques qui consomment énormément de temps administratif par rapport au temps culturel en tout cas moi c'est la réalité que je constate dans les deux sèvres où parfois les gens passent des heures à faire un immense dossier pour une subvention de 2000 euros franchement c'est pas raisonnable et il y a aussi un certain nombre de biais donc par exemple si je reprends l'exemple des deux sèvres le festival dont je parlais tout à l'heure il est porté par une structure qui s'appelle scène nomade qui organise une programmation artistique de très grande qualité itinérante tout au long de l'année sur des communes rurales et qui ne peut pas être conventionné art et territoire avec l'état parce qu'en fait dans les critères de l'état pour être conventionné art et territoire il faut gérer un équipement or là c'est itinérant d'une part et d'autre part il faut que la programmation artistique soit faite exclusivement par une direction artistique or là la programmation elle est faite par une direction artistique mais avec des bénévoles de l'association scène nomade et donc je prends cet exemple en fait pour montrer le caractère absurde d'un certain nombre de critères où on est très descendant en fait c'est le haut qui décide pour le bas c'est le haut qui décide pour les territoires et qui décide pour les artistes et ce qui empêche en fait la logique de société mobilisée autour de la culture dont on a besoin donc il y a beaucoup de choses il faut faire quoi ? il faut remettre à plat simplifier les critères ? alors de façon générale dans mon livre je plaide pour une inversion du système en fait en France sur toutes ces questions pas seulement pour le monde de la culture et passer enfin en finir avec la logique de défiance et passer à une logique de confiance qui vaut dans beaucoup de questions relatives à l'administration aux normes à toute la bureaucratie qui est quand même une sorte de spécialité française et on peut avoir des normes qui sont exigeantes des règles qui sont respectées ça vaut par exemple dans le domaine de l'écologie tout en mettant fin à ce gâchis d'énergie en fait qui aboutit dans notre pays à ce que pour le moindre projet il faut soulever des montagnes il faut faire des tonnes de dossiers en plus le dossier de telle collectivité c'est pas le même type de dossier que tel autre et que telle administration de l'état enfin on s'arrache les cheveux et on tue on enlise en fait toutes les énergies et toutes les volontés dans des espèces de sable mouvant de bureaucratie et donc ça me paraît une question très importante Vous parliez des critères d'attribution de ces aides publiques on peut peut-être aussi parler des engagements des artistes quand ils postulent à ces aides publiques est-ce que vous êtes pour que quand un artiste reçoit de l'argent public il s'engage lui par exemple à faire de l'éducation artistique et culturelle aller dans les écoles ou que sais-je parfois il y a des aides qui sont conditionnées à un engagement de l'artiste à des contreparties c'est comme dans les financements c'est comme dans les financements participatifs je suis pour une très très grande ambition nationale en matière d'éducation artistique il y a quand même une anomalie dans notre pays à ce que les seuls enfants qui aient des professeurs d'art et de sport à l'école primaire soient les enfants de Paris où il y a des enseignants d'art de musique d'art plastique et des enseignants de sport à demeure dans l'école donc en fait on a toute une question par rapport à la place de la culture dans l'éducation nationale est-ce que ça doit relever du budget de la culture est-ce que ça doit relever de l'éducation nationale bien sûr qu'on a besoin d'intervention des artistes auprès des enfants rien ne remplace cette rencontre-là en fait et la magie de ce qui se produit à ce moment-là est-ce qu'il faut l'imposer aux artistes non pas forcément j'imagine qu'il y a plein d'artistes volontaires en fait pour il y en a d'autres qui ne se sentent pas de faire voilà donc je suis là aussi pour la liberté de création puisqu'on parle des aides publiques peut-être un mot sur le privé quelle est votre position sur le mécénat puisque l'argent public a diminué il y a beaucoup de structures dans le spectacle vivant et dans tous les autres arts qui maintenant font appel à des financements privés le mécénat c'est aussi une réduction d'impôts est-ce que vous êtes pour ces avantages fiscaux quelle est votre position sur le mécénat dans la culture je suis pour le maintenir voilà je suis très clairement pour maintenir le mécénat parce que on ne peut pas vivre sans là aujourd'hui donc je ne suis pas pour les vastes communicants donc ça moi je l'ai vécu dans mon territoire c'est-à-dire en fait quand les subventions publiques se réduisent on dit vous savez on tape sur l'épaule de la compagnie ou de l'association en disant mais vous n'avez qu'à développer le mécénat etc donc la problématique aujourd'hui sur le mécénat c'est cette logique de vase communicant de substitution en fait par rapport à un des engagements publics que ce soit celui de l'état ou que ce soit celui des collectivités territoriales mais le fait qu'il y ait du mécénat et qu'il y ait donc un soutien fiscal au mécénat me paraît être quelque chose qui doit être conservé une autre de nos grandes questions du moment c'est la diffusion vous allez beaucoup en entendre parler je vous cite quelques chiffres d'une dernière enquête de La Passe vous les connaissez montre que les compagnies ont assuré en moyenne 8 représentations pendant la saison 25-26 et n'en prévoient plus que 4 dans la saison suivante donc 26-27 comment faire comment vous réagissez à ces chiffres là et comment faire pour qu'une fois qu'un spectacle soit créé il puisse être vu alors ça renvoie directement à ce que j'évoquais sur les territoires c'est un crève-cœur en fait cette situation alors on pourrait moi je me suis interrogée j'ai discuté j'ai pas fini les discussions à ce sujet sur est-ce qu'on a un effet de biais en fait ou une sorte d'effet pervers du fait que les aides sont consacrées à la création mais il faut maintenir les aides à la création et on doit être fier d'être un pays où il y a beaucoup de création je considère pas moi qu'il y a un trop plein de création mais par contre créer une pièce de théâtre et la présenter que 4 fois mais c'est pas possible et donc en fait aujourd'hui le manque qu'il y a c'est un manque de diffusion donc ça veut dire aussi assumer que les salles soient pas forcément pleines ça veut dire laisser le temps quand un spectacle tourne sur un territoire avec aussi en prenant en compte l'empreinte écologique etc de laisser se faire le bouche à oreille parce qu'en fait tout va trop vite moi vraiment j'ai l'expérience j'ai l'expérience de ça où en fait on vous dit oh là là j'ai vu cette pièce là c'était formidable etc le bouche à oreille alors on dit c'est où c'est quand ah ben non c'est fini ça passait qu'une fois c'est pas possible en fait donc ça renvoie directement aux questions qu'on évoquait précédemment sur les budgets et sur le soutien à la diffusion sur le rôle des collectivités territoriales notamment mais aussi de l'état et le déploiement de l'éducation et dans plein d'autres endroits peut-être un mot sur les jeunes et ça a un effet sur les intermittents du spectacle aussi dont on va parler mais peut-être juste un mot avant sur les jeunes compagnies et sur l'émergence est-ce que pour vous c'est un secteur qu'il faut privilégier qu'il faut aider particulièrement bien sûr on a besoin de nouveautés donc on a besoin qu'il y ait des nouvelles créations qu'il y ait des nouveaux artistes est-ce qu'il faut flécher par exemple du financement je ne suis pas assez experte pour répondre à cette question là et en fait j'ai toujours une appréhension de ce type de questions c'est au détriment de quoi et au détriment de qui donc ça dépend de l'équation générale des moyens par rapport aux moyens en plus mais oui sur l'émergence de nouveaux talents et de nouveaux artistes c'est indispensable il ne faut jamais ronronner en fait vous l'avez évoqué plusieurs fois peut-être une question plus spécifique sur cette empreinte écologique de la culture moi je me souviens j'avais interviewé pour l'association des scènes nationales on a un réseau de 70 scènes nationales les différents directeurs qui s'interrogeaient justement sur leur empreinte écologique et ils disaient qu'une des problématiques qu'ils avaient c'était que faire venir les spectateurs jusqu'à eux jusqu'à la scène nationale et bien c'était une empreinte écologique importante comment on résout cette question évidemment si les spectateurs ne viennent pas jusqu'au théâtre le fondement même du lieu n'a plus grand chose à faire donc comment vous vous résolvez vous cette histoire là alors on ne peut pas le séparer de l'ensemble des questions des mobilités dans un contexte de sortie des énergies fossiles qui implique d'abord de réduire les déplacements contraints donc on doit avoir une approche en termes d'empreintes carbone qui est beaucoup plus générale que simplement sur le sujet de la culture et ça renvoie quand même pour moi à la question de la diffusion et de la diffusion dans un même territoire ce qu'on m'expliquait c'est qu'en fait la réduction de la diffusion des oeuvres conduit à accepter d'être un jour à Nice et le lendemain à Brest et en fait si on a une diffusion beaucoup plus développée et bien on peut mieux prendre en compte le fait de prendre le train là pour ce qui est des artistes mais la question centrale ça reste celle du public sur les événements importants c'est pas la seule mais moi j'avais été très attentive et au bon travail qu'a fait le Shift Project sur la question de l'empreinte du secteur culturel le regret que j'avais c'est que moi je ne souhaite pas réduire la question du lien entre la culture et l'écologie et l'écologie à une problématique d'empreinte du secteur culturel elle concerne le secteur culturel comme tous les secteurs de la société mais moi j'attends beaucoup plus de la culture dans les transformations qu'on a opérées que simplement dire vous aussi vous devez réduire ce qui est vrai votre bilan carbone et comment on financerait cette transition écologique dans la culture est-ce que c'est à l'Etat de porter ça ou est-ce que ça va tomber sur le dos des compagnies par exemple alors en fait de la même façon que le changement qu'on doit opérer à l'échelle nationale et internationale ne relève pas des seuls comportements individuels ce qu'a été le discours de l'Etat pendant très longtemps sur l'écologie c'est-à-dire nous toutes les règles du jeu rien ne change mais alors par contre vous vous devez agir comme ceci agir comme cela donc pour moi c'est la même chose par rapport aux personnes morales que sont les compagnies que sont les associations la problématique on sait que en fait 75% de l'effort pour atteindre la neutralité carbone dépend de l'Etat et des règles du jeu qui sont posées à l'économie et aux entreprises c'est là en fait qu'est la marche donc c'est pas juste ce qui est demandé par exemple aux compagnies ou dans les critères de subvention etc ça participe d'une prise de conscience culturelle le fait que oui on considère le sujet on est pas on passe pas à côté en fait de de la problématique de quelle empreinte on a etc c'est vrai aussi beaucoup dans le monde de la musique par rapport aux grands concerts aux grandes structures etc etc mais on peut pas le réduire à ça on peut pas le réduire à ça et c'est pas nécessairement un coût en plus parfois c'est des coûts en moins de prendre en compte les impératifs écologiques j'en viens au régime je suis obligée d'avancer il ne nous reste plus qu'un quart d'heure mais j'en viens au régime de l'intermittence est-ce que vous présidente vous le mainteniriez tel quel est-ce que les annexes 8 et 10 qui sont sur l'indemnisation des artistes et des techniciens vous paraissent solides quelle est votre position autour de ce régime là et est-ce qu'il faut l'étendre à d'autres professions alors moi je l'ai toujours défendu toujours soutenu bon on a de façon récurrente les attaques du MEDEF qui là de ce que j'ai compris renvoie à 2028 la prochaine attaque donc non bien sûr c'est un régime qui est consubstantiel en fait au spectacle vivant et à l'activité des comédiens des metteurs en scène des techniciens donc oui on doit le défendre on a un sujet sur le statut des artistes en général ou des artistes auteurs il y a des propositions de loi qui ont été faites qui n'ont pas abouti c'est pas exactement la même situation que celle du spectacle vivant en termes de besoins donc oui il faut avancer sur la question du statut des artistes dans la société et défendre le régime des intermittents dans une logique où il y a une logique de solidarité interprofessionnelle mais effectivement on est dans un contexte où il y a beaucoup d'attaques contre l'assurance chômage de façon générale mais comment expliquer que ce régime que tout le monde vient ici dire que c'est un bon régime que l'international nous l'envie souvent on vient regarder comment ça marche comment expliquer qu'il soit attaqué comme ça régulièrement par sa particularité par le fait d'admettre qu'il y a quelque chose de plus important que la production tout le temps donc ça renvoie directement au débat sur la hiérarchie des valeurs sur la hiérarchie de ce qui est important dans une société et l'art n'est pas une marchandise l'art n'est pas est un bien commun ce n'est pas ce n'est pas un bien comme les autres donc oui il doit y avoir un système pour ça il y a évidemment plus qu'un lien entre le régime des intermittents et la place qu'a la culture dans l'identité de la France et c'est quelque chose dont on doit être fier et qu'on doit défendre il y a aussi un autre lien et peut-être avec le vivant que vous évoquiez c'est que le régime de l'intermittence permet le temps long permet de travailler sur des projets permet d'avoir une rémunération entre plusieurs projets il y a quand même un lien dans la situation du régime des intermittents et ce qu'on évoquait tout à l'heure sur la diffusion moins il y a de diffusion plus c'est compliqué de faire 507 heures objectivement c'est une réalité mathématique en fait donc la bataille pour la diffusion mécaniquement elle a aussi des effets vertueux un mot peut-être sur l'éducation artistique et culturelle est-ce que vous garantiriez est-ce que ça ferait partie de vos mesures concrètes un accès à la culture à chaque élève dans son parcours scolaire et si oui comment est-ce que en effet c'est l'éducation nationale qui doit le prendre en charge alors c'est ce que j'évoquais c'est ce que j'évoquais tout à l'heure moi oui j'estime que c'est à l'éducation nationale de le prendre en charge conseillé par les artistes par les acteurs des politiques culturelles mais le pays doit garantir aujourd'hui à chaque enfant de France une souveraineté cognitive l'accès à un sens critique l'accès à une sensibilité un rapport à la nature et à la culture c'est le plus important et ce dans tous les territoires de la république dans tous les territoires de la république et donc à l'école et au delà de l'école et d'ailleurs vous voyez ce qui se passe avec l'école dehors aujourd'hui c'est à dire on développe c'est né en deux sèvres ça se développe aujourd'hui partout en France le fait de faire classe dehors dans la nature ou dans un jardin en fait la nature sert de je sais pas comment dire de pas de support ce serait pas le mot mais de partenaires ouais de partenaires et ça emmène sur la poésie ça emmène sur plein de choses en fait c'est lié nature et culture mais donc oui chaque enfant de France doit avoir accès à ça la question se pose aussi pour les pour les classes de nature ou les classes de culture c'est à dire cette logique en fait d'immersion de séjour pour tous les enfants qui apporte beaucoup aussi par rapport au rapport aux autres à la sociabilité à la vie en société oui c'est des questions centrales pour l'éducation nationale et comment on élargit ces droits culturels au non public ce qu'on appelle le non public aujourd'hui c'est à dire toutes ces femmes et ces hommes qui ne fréquentent pas les lieux culturels en général en dehors de l'école cette expression de non public elle est c'est l'expression consacrée je suis d'accord avec vous elle est pas très jolie elle est gênante quand même elle est elle est profondément elle est profondément gênante mon expérience je vous le racontais avant mais je peux le raconter à tout le monde au festival que j'évoquais tout à l'heure à Boyou-sur-Boutonne l'année dernière il y a eu dans le prolongement en fait des mouvements agricoles il y a eu un concert pour tracteurs et une symphonie pour tracteurs et klaxons donc fait avec les engins des agriculteurs avec les agriculteurs eux-mêmes qu'on répétait pendant des semaines le scénario de la pièce de théâtre en question c'était une fausse émission de France Musique et en fait comme les agriculteurs jouaient dans le spectacle les familles sont venues en fait cette bataille en fait alors il y a les mots que moi j'aime pas aller vers etc dans lesquels je trouve il y a un peu d'élitisme un peu de condescendance pour moi ça se joue beaucoup dans la dimension territoriale à l'image je prenais l'exemple des MJC c'est la question des lieux c'est la question de mettre de la culture partout je parlais des gares je parlais de l'éducation nationale ça se joue très jeune en fait cette question du rapport à la sensibilité le fait de ne pas se dire en fait l'art c'est pas pour moi j'y ai pas droit c'est très moi je sais pas si tout le monde se souvient de la première fois qu'il a vu une pièce de théâtre moi je m'en souviens c'est pourtant un souvenir de gosse mais je m'en souviens comme si c'était hier c'était le bourgeois gentilhomme de Molière et j'avais les yeux comme ça je pense que j'ai pas tout compris mais c'est une expérience sensible dont on se souvient et c'est pour ça que tous les endroits qui sont des services publics doit y avoir de la culture doit y avoir de la culture à l'hôpital même on doit mettre de la culture partout on doit mettre du beau partout parce qu'on en a besoin on guérit mieux à l'hôpital si depuis sa chambre on voit un arbre il y a 0,7 jours de différence de guérison et de sortie de l'hospitalisation si depuis sa chambre on voit un arbre et je pense que c'est pareil si on a un peu de musique si on a un peu d'art un peu de poésie un peu de spectacle c'est compliqué à organiser l'hôpital il est dans une situation terrible aujourd'hui mais c'est le type de questions qu'on doit se poser qu'est-ce qui fait que les gens se sentent bien dans la société qu'ils se sentent aussi égaux et qu'ils ressentent une fraternité dernier thème de notre rencontre il nous reste quelques minutes je voulais parler avec vous de l'intelligence artificielle vous en avez dit un mot tout à l'heure mais comment faire pour protéger les artistes les créateurs face à l'intelligence artificielle est-ce qu'il faut légiférer est-ce qu'il faut quelles sont les mesures que vous proposez il faut totalement légiférer il faut légiférer à l'échelle européenne il faut refuser la décision du président de la république actuelle de faire de la France la plaque tournante des data centers avec un impact monstrueux sur l'énergie sur la ressource en eau sur l'artificialisation des sols tout ça pour des intelligences artificielles sous souveraineté d'une poignée de personnes qui veulent attaquer notre souveraineté sur le plan cognitif sur le plan démocratique monsieur Musk hier a pris position pour l'extrême droite dans l'élection présidentielle française donc il y a des enjeux de liberté de l'information de liberté de la culture et il y a cette question moi je suis très choquée quand on parle d'une œuvre produite par l'intelligence artificielle en fait vous pouvez demander à une IA d'écrire un roman en ayant analysé 300 000 romans ça reste ce qu'elle va produire ça reste un exercice de calcul ce n'est pas une œuvre ce n'est pas une création par définition donc cette bataille là elle est fondamentale et on doit avoir ce moment démocratique pour décider ce qui est en jeu est trop grave ce qui est en jeu c'est le risque d'un régime de domination par la machine c'est le terme d'obsolescence humaine il est il est très très juste et si on met en regard ce en fait c'est le nouveau projet de croissance l'intelligence artificielle parce qu'en fait c'est vous voyez le terme ultime de la mécanique dans laquelle il n'y a plus de compromis sociaux à passer il n'y a plus d'humains alors en fait si il y a plein d'humains puisqu'il y a des usines à donner dans plein de pays du monde pour nourrir l'intelligence artificielle qui sont faites par des humains mais c'est cette logique en fait de se débarrasser de l'humain et de la question sociale et on ne peut pas on ne va pas désinventer l'IA mais on doit mettre des garde-fous et on doit légiférer sur cette question alors après quelles sont les solutions sur par exemple les contenus IA doivent-ils avoir vous voyez si c'est je vais faire un parallèle si c'est par exemple continuer d'autoriser la publicité pour tous les produits pour la malbouffe et puis de mettre un codicil en bas en disant manger équilibré manger 5 fruits et légumes par jour etc moi pour moi la solution pour l'IA c'est pas de dire ok tout est open et par contre il y aura un petit label fait avec l'IA il y a des questions plus profondes à se poser à mon sens et à l'échelle européenne qu'on va pouvoir agir vous pensez que c'est la bonne échelle on a besoin de l'échelle européenne mais on peut pas être dans une inertie et donc moi j'ai l'expérience sur un certain nombre de sujets que c'est aussi quand ça bouge pas au niveau européen il faut nous avancer prendre une législation française même si c'est difficile pour faire bouger l'Europe donc oui la bataille elle est à l'échelle à l'échelle européenne on peut d'ailleurs regretter les changements de commissaires européens sur ces questions qui sont intervenues mais déjà là maintenant en fait il y a des textes européens qu'on pourrait appliquer tout de suite aux algorithmes mais ce n'est pas fait c'est à dire qu'il y a un cadre juridique existant y compris sur les questions d'intelligence artificielle qui permettrait là demain matin à l'Union européenne d'agir et de sévir et aussi par rapport à la captation des données parce que tout ça est quand même fait avec le pillage des oeuvres avec le pillage de toutes nos données personnelles pour dégager une valeur qui est captée par une poignée d'individus qui sont prêts à défendre ce nouveau modèle mondial très violemment c'est ça le trumpisme en fait Dernière question parce qu'il nous reste 5 minutes je crois je vous laisse ces 5 dernières minutes est-ce que vous pourriez nous redire les 3 mesures très concrètes que vous appliqueriez si vous deveniez présidente de la république dans le champ culturel ? alors moi je suis contre la mesurisation c'est à dire que mon sentiment dans le débat politique tel qu'il avait évolué en France ces dernières années qu'à force d'une forme de technocratisation du langage politique on en a perdu le sens en fait on en a perdu le pourquoi des choses on en a perdu l'essentiel l'essentiel aujourd'hui c'est le sens donc pour moi c'est la politique de la beauté dans son ensemble par quoi elle passe concrètement je l'ai évoqué tout à l'heure la question du statut de la culture dans la constitution la question de l'accès à l'éducation à la nature à la culture pour tous les enfants de France mais aussi une vision de la société dans laquelle la culture se met en mouvement par rapport à un nouvel imaginaire un nouveau système de valeur qui n'est plus celui de la surproduction ou de la surconsommation qui est en train de tout détruire donc c'est une place centrale pour la culture j'ai pris l'exemple de la façon dont l'art à mes yeux doit remplacer la publicité parce que il y a un enjeu pour nous qui est un enjeu pas simplement un enjeu démocratique pas simplement un enjeu de lutte contre l'obscurantisme il y a un enjeu d'espérance en fait dans un moment où notre civilisation et notre pays est en danger profond est en danger dans ses écosystèmes est en danger dans les fondamentaux qui ont permis à une vie culturelle de s'épanouir donc on a comme je le disais au début besoin d'appeler au secours les artistes dans cette situation pour nous aider à défendre les beautés du monde qu'on a et à défendre les beautés de la France qu'on a mais surtout à inventer les beautés de la France de demain bien merci beaucoup merci merci beaucoup
Delphine Batho