"Je suis super bien" chez Grasset, affirme Boualem Sansal qui a signé un contrat d'un million d'euros avec l'éditeur
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Nous l'avions reçu il y a six mois, quelques jours après sa libération. Il nous avait raconté sa longue détention en Algérie, sa liberté retrouvée et ce surnom donné en prison par ses co-détenus, la légende. Aujourd'hui, c'est le titre de son livre qui sort mardi prochain chez Grasset, son nouvel éditeur. Bonjour Boilem Sansal. Bonjour. Merci d'avoir choisi France Inter pour votre première interview. Ce livre, vous l'avez écrit très vite, en à peine quelques mois. Est-ce que vous l'aviez déjà en tête dans la prison de Coléa, près d'Alger ? Je ne sais plus. Franchement, je ne sais plus.
Oui, j'avais commencé à prendre des notes, mais orales. Je n'avais pas le droit d'avoir du papier, des stylos, des trucs comme ça pour écrire. Oui, j'y pensais, mais pas vraiment. C'était une idée. Parce que je ne savais pas combien de temps j'allais rester en prison. Au début, j'étais persuadé que je serais libéré dans les jours qui viennent. Je me suis dit, ce n'est pas possible. Il y avait une méprise. Mais au fur et à mesure que le temps passait, il fallait commencer à réfléchir. Boilem Sansal, la légende, c'est vous. C'est comme ça que vous appellent les prisonniers qui partagent votre quotidien. Qu'est-ce qu'il y a derrière ce surnom ? C'est mystérieux, une légende.
Qu'est-ce que vous incarniez pour qu'on vous appelle la légende ? Les prisonniers eux-mêmes, je ne sais pas pourquoi ils m'ont surnommé la légende. Il faut revoir un peu l'histoire. J'ai été arrêté le 12 ou 16 novembre, je me souviens un peu très bien. Et pendant une semaine entière, j'ai été enfermé je ne sais où. J'étais entre les mains des services secrets, probablement, dans une sorte de casemate. J'ai eu des bureaux secrets. Et puis, j'étais vraiment dans une obscurité totale. Pas seulement physique, mais mentale aussi. Mais j'étais un sujet de conversation dans le monde entier en ce moment. Moi, je ne savais pas ce qui se passait dans le monde.
Mais tout le monde parlait de bois, en Algérie, en France, etc. Et donc, les prisonniers qui ont une télévision dans leurs cellules, ils voient tous les jours, on parle d'un certain sens à l'amiquisse, derrière lequel il y a toute la France, il y a toute l'Europe, il y a les Etats-Unis, je ne sais pas, il y a les Martiens peut-être derrière. Et cette pression va faire tomber le régime et on va sortir. Boilem Sansal va nous libérer.
Oui, parce que c'est ce que vous racontez, Boilem Sansal. On a même des conversations avec des co-détenus qui misent sur vous pour carrément faire tomber le régime algérien et le régime du président Tebboune. On a cette impression aussi, en vous lisant, que ce statut, il vous dépassait un peu, que vous étiez un peu dépassé par ce que vous incarniez.
Mais forcément, moi, j'étais quoi ? J'étais un écrivain, disons en fin de carrière. Il y a quand même l'âge qui est là. Et d'ailleurs, vraiment, j'y pensais très sérieusement d'arrêter d'écrire parce que bon, je n'avais plus rien à dire. J'avais écrit 15 livres, je ne sais pas combien de décès. C'était fini. J'étais fatigué de cette vie, de voyage, parce que je vis toujours en Algérie. Donc, je voyage beaucoup. Ça devenait fatigant. Et pour ma vie de famille, c'était vraiment épuisant. Et voilà, il m'arrive cette aventure. Je n'aurais jamais cru, je n'aurais jamais pensé qu'on pouvait changer du tout au tout en quelques semaines. La prison a un pouvoir de transformation sur les individus.
Comment est-ce que ça vous a changé ? Parce que quand on vous lit sur le récit de votre détention, on voit déjà à quel point ça a été dur. Et quand on compare par ailleurs à ce que vous nous aviez dit à ce même micro il y a six mois, vous étiez très pudique sur votre détention. Là, vous racontez. Comment est-ce que ça vous a changé ?
Au début, on est ce qu'on est. J'étais Boilem Sansal, écrivain, connu plus ou moins, qui en bute à un pouvoir qu'il connaît très bien. C'est une dictature. Je m'attendais un jour ou l'autre à être arrêté, bien entendu. Mais au bout de quelques jours, je n'étais plus Boilem Sansal. J'étais un prisonnier. 46 611. C'est mon numéro d'écrou. On fonctionne comme ça. On ne s'appelle pas par son nom en prison. J'étais de 46 611. Et puis derrière moi, il y a des choses qui se construisaient. Il y a un prisonnier qui était en train de naître, avec son message politique. Mais tout ça, à mon insu, c'est une lente évolution. Aujourd'hui, on le résume, on le dit en deux phrases.
Mais ça a pris des mois, cette évolution où les gens, je voyais qu'ils ne me parlaient plus en tant qu'homme, un prisonnier quelconque. Mais quelqu'un sur lequel ils ont projeté un transfert de quelque chose. C'est leur désir de liberté, de justice et tout ça. Et je devenais l'homme de la justice, l'homme de la liberté. Ce que vous racontez bien derrière cette image, c'est à quel point on est vulnérable en prison. À quel point on attend, par exemple, les parloirs. Deux fois par mois, vous attendiez votre femme, Nazia. Il y a un moment où elle ne peut pas venir pendant un mois. Et c'est absolument terrible. Oui, c'est terrible parce que j'étais dans une situation particulière.
Je n'étais pas qu'un prisonnier, qu'un homme qu'on a arrêté, ou un intellectuel, un dissident. Je crois que j'étais l'otage au personnel du président. C'est lui qui, je pense... Enfin, à mon analyse, j'ai fait beaucoup de vérifications, je crois. Et là, c'est tellement injuste. Être arrêté par un État, à la limite, on peut comprendre ça. On dit, bon, il y a une justice, peut-être elle est aveugle. Mais d'un homme, le caprice d'un homme. C'est quelqu'un qui a dit, un jour, dans une conférence, Boilem Sansal est un usurpateur, c'est un traître, c'est un bâtard.
Mais Boilem Sansal, on va parler, bien sûr, de votre rapport au régime algérien. Mais ce moment où, quand vous êtes en prison, on vous dit, votre femme, elle ne vient pas au parloir du mardi.
Ah non, mais c'était terrible, ça. Ça, c'était terrible. D'abord, les premiers mois. Moi, j'étais arrêté en novembre. Ma femme est venue me voir pour la première fois en janvier. Donc, pendant deux mois, pas d'avocat, pas de femme. J'étais dans une solitude absolue. En plus, j'étais dans un quartier de très haute sécurité parmi les islamistes. Aucune possibilité de dialogue. Pour eux, j'étais le diable. Et inversement, pour moi, c'est aussi le diable. Boilem Sansal, on va parler de politique, de diplomatie, de votre rupture avec votre éditeur historique.
Mais ce qui est saillant dans ce livre, c'est qu'on s'aperçoit à quel point vous faites entrer la littérature en prison, y compris la poésie. Vous avez écrit un poème avec vos co-détenus. Et on aimerait ce matin que vous nous en lisiez un passage sur la solitude. Oui, tout de suite, non ? Oui. Bon, il faudrait quand même que j'explique d'où vient ce truc-là, non ? Oui, oui.
Alors, allez-y, expliquez-nous.
Non, non, voilà. Parce qu'on s'ennuie tellement en prison. Mais c'est un ton ennui très lourd, destructeur. Et donc, un jour, j'ai écrit au directeur de la prison. Je lui ai dit, écoutez, monsieur le directeur, je sais faire beaucoup de choses. Je peux enseigner les mathématiques, l'économie, la physique nucléaire, etc. Utilisez-moi. Donnez-moi vos prisonniers et donnez-moi une salle. Bon, évidemment, c'est un refus. Et j'ai organisé ça dans ma petite cour. On a tendance à penser que des prisonniers vivent dans une cellule. Pas du tout. La cellule, c'est juste pour dormir. Toute la journée, on est dans la cour. Donc, on est en bande, etc. Et voilà. Et donc, les directeurs y ont refusé.
Je me suis quand même proposé. Je dis aux prisonniers, si vous voulez savoir quelque chose, venez me voir. Alors, je passais mes journées à expliquer aux uns ceci et cela, et pourquoi la lune, elle tourne, etc. Et puis, certains aussi, notamment les islamistes, me demandaient d'expliquer mon impiété. Ils n'arrivaient pas à comprendre ça. Ils n'arrivent pas à comprendre l'athéisme.
Et donc, ce poème que vous écrivez avec vos collègues ?
Pour les occuper, je leur ai dit, écoutez, on va faire les choses ensemble. Je ne suis pas le prof et vous, les élèves, écrivons un poème. Et bien voilà. On a écrit un poème qui fait, je crois, 3 kilomètres.
Et donc, vous allez nous en lire un extrait.
Un très court extrait. L'ennui est là. Non pas l'ennui des vendredi saints ou des heures oisives. Un ennui profond. Un ennui minérable. Il entre dans les eaux. Il use la pensée. Il rend les hommes étrangers à eux-mêmes. Dans la cour, on apprend cela. Le temps ne passe pas. C'est nous qui passons en lui. Un petit pas, sans bruit. Comme de l'eau perdue dans le sable. Et voilà.
Et dans le même temps, vous vous récitez aussi les poèmes du 19e siècle. Baudelaire, Verlaine.
Ça, ça m'a sauvé. Heureusement, ça c'était un petit vice que j'avais quand j'étais jeune. Oui, c'est d'apprendre des poèmes par cœur. J'en collais des milliers comme ça. Il faut qu'on ouvre le chapitre politique. C'est un poème sans salle. Puisque ce livre, c'est un pamphlet contre le régime algérien. Et que vous le dites tout au long de cet écrit. Vous regrettez que la France ait fait usage de diplomatie avec le régime pour vous libérer. Votre libération, vous la voyez comme une sortie. Je vous cite. Une sortie négociée à la demande du président allemand. sous condition du retrait silencieux, volontaire et honteux de la France.
Pourquoi est-ce que vous êtes si dur avec la France qui a tout fait pour vous libérer ? Mais pas du tout. La France a tout fait pour me libérer une année entière. Mais elle n'a pas réussi. Les efforts sont là. J'en ai parlé avec le président Macron quand je suis revenu de Berlin. J'en ai parlé avec Jean-Noël Barraud. La France a vraiment tout fait.
Vous parlez quand même, Boulême Sansal, le retrait silencieux, volontaire et honteux de la France. Ce n'est pas des mots neutres.
C'est qu'à un moment donné, le régime algérien a profité de cela. Il y avait une montée en charge contre la France du gouvernement algérien. C'était de manière permanente. Vous écrivez... Le silence était inacceptable. On vous insulte. Répondez quand même. Vous écrivez, j'ai été gracié, donc diminué. Vous dites que vous vouliez mener le combat jusqu'au bout, quitte à rester et à mourir en prison. Vous vouliez devenir quoi ? Un martyr ? Non, pas vraiment. C'est une rumeur. Je ne savais pas si les tractations... Là, on parle maintenant. On sait tout. Mais moi, quand j'étais en prison, je ne savais pas du tout ce qui se passait. Je n'avais pas d'avocat. Ma femme ne venait pas me voir.
Ou ma femme ne s'intéressait pas à ces choses-là. Elle venait voir son mari et ne pas faire de la politique. Et je ne savais rien. Petit à petit, des rumeurs comme ça, il se serait créé un comité de soutien formidable. Mais c'est quoi ? C'est qui ? Etc. Oui, mais attendez. On ne comprend pas très bien Boilem Sansal. On lit une critique quand même assez virulente de ce qu'a fait la France. Vous faites l'éloge par ailleurs de Bruno Retailleau. Vous dites qu'il a déplacé les lignes. Il a posé les bonnes questions. Il a arrêté de trembler devant toutes les ombres. Sauf que sa méthode n'a pas marché. En fait, la méthode de la rupture, elle n'a pas fonctionné. Donc, vous en voulez ? Pas du tout.
Moi, je pense qu'elle a marché. Je pense que l'action de la France, quelque part, a marché. L'Allemagne n'est entrée dans la danse qu'avec l'accord de la France. Parce que la France n'arrivait pas à me libérer comme elle n'arrive pas à libérer Christophe Gleize. Eh bien, on trouve des scénarios. L'idée, tiens, de passer par l'Allemagne. Mais j'aurais pu passer par les Etats-Unis ou l'Espagne. Bon, il se trouve que l'Allemagne, j'ai une relation particulière avec l'Allemagne. Je suis très connu là-bas.
Mais, Boulam, vous comprenez qu'en vous lisant, se pose la question, peut-être d'une forme de, certains diront, d'ingratitude vis-à-vis de ceux qui ont fait tous les efforts diplomatiques de la Terre pour tenter de vous faire libérer. Même si, à la fin, c'est bien l'option allemande qui a permis votre libération. Est-ce que vous comprenez cette critique-là ?
Je le comprends. Peut-être que j'ai tendance, quelquefois, à être un peu brutal dans mon expression. Mais je le comprends parfaitement, bien entendu. Non, mais ce que je comprends surtout, c'est que c'est réinterprété. Ce n'était pas dans mon esprit. Dans mon esprit, c'est bon... Il s'est créé un comité. À un moment donné, c'est au sein même du comité. Ce comité, c'est division en deux. Il y a celui qui était, une partie qui était sur la ligne de la diplomatie, etc., etc., qui manifestement n'arrivait pas à remplir la mission. Et puis, il y avait un comité qui tapait sur les tables. Ça me plaisait.
Oui, juste, Boulême Sansal, puisque là encore, ce que vous dites résonne avec l'actualité. On a vu ces derniers jours et ces dernières semaines des ministres français succéder à Alger, vantant la reprise de la coopération, le réchauffement des relations. Est-ce que ça, c'est une bonne chose ? Ou est-ce que vous considérez que ce n'est pas la bonne façon d'envisager les rapports avec Alger ?
Alors, conjoncturellement, c'est très bien. Je veux dire que, là, ponctuellement, c'est très bien. Si ça peut faire libérer Glaise, c'est formidable. Si ça peut régler un certain nombre de problèmes, il y a des tensions énormes qui pèsent sur les gens, ceux qui sont en prison en particulier, les opposants, les cabiles, etc., etc. Non, ce serait très bien. Mais, on lit les politiques d'État, ce n'est pas la conjoncture. Est-ce qu'il est possible, moi, je me dis, est-ce qu'il est possible, avec ce régime algérien, de construire quelque chose de durable ? Franchement, s'il y a des gens qui y croient, qui viennent me le dire. Moi, je n'y crois pas.
Ce régime, il dérive complètement, il s'est isolé du monde entier. Il fait la guerre à tout le monde, au Maroc, à l'Espagne, au Mali, à la France.
Vous avez entendu Emmanuel Macron qui dit, il y a ces maboules qui disent qu'il faut se fâcher avec l'Algérie ?
Non, il ne faut pas se fâcher.
Vous n'êtes pas un maboule, alors ?
Oui, il faut être ferme, voilà. Ce que je veux dire, c'est qu'il faut être ferme. À un moment donné, franchement, on ne comprenait pas. Les gens ne comprenaient pas que le régime algérien a lancé une charge contre la France, mais qui est incroyable. C'est la rupture des sanctions financières, mémorielles, etc., etc. Toute une armada a été mise en place. Et puis, bon, là, en face, on sentait qu'il y avait ceux qui voulaient se battre. Mon comité de soutien et Bruno Rotaillot et compagnie. Et puis, ceux qui étaient sur la ligne de la diplomatie, la diplomatie, souvent, quelquefois, ils vont en sortir. Oui, c'est la diplomatie qui a fonctionné. On parle de l'Iran et de le machin.
À un moment donné, il faut sortir de cela. Boalem Sansal, on vous a posé la question, évidemment, il y a six mois, quand on vous a reçu, mais on a envie de vous la reposer ce matin. Comment allez-vous ? Vous écrivez, après la prison, il n'y a pas de retour. Est-ce que vous êtes revenu ? Ben, pas encore. Moi, j'aimerais bien, mais on me ramène tout le temps à ça. Oui, pas le temps. Voilà, donc, je suis... Il y a Boalem Sansal, et puis, il y a ce Boalem Sansal qu'on est en train de construire, que des gens construisent pour chacun, pour ses motifs. Voilà, il faudrait pouvoir les rassembler à un moment donné. C'est très difficile.
Pour tenter de les rassembler, il y a un certain nombre de questions auxquelles il faut répondre, Boalem Sansal, et notamment ce qui s'est passé avec votre maison d'édition historique, Gallimard, que vous avez quitté pour rejoindre Grasset, propriété du groupe H7 et de Vincent Bolloré. À l'époque, quand vous prenez cette décision, vous dites c'est pour une question de stratégie diplomatique d'Antoine Gallimard qui voulait vous faire libérer, qui s'est battu pour votre libération alors que vous vous étiez, ce que vous dites. Je reprends votre expression sur une ligne de résistance. Dans votre livre, ce n'est pas du tout l'explication que vous nous donnez.
Au contraire, dans votre livre, vous expliquez que la rupture est venue au moment où Antoine Gallimard vous a demandé de quitter sous huitaines, c'est l'expression que vous utilisez, l'appartement qu'il vous prêtait. Pour comprendre Boilem-Sensal, est-ce que c'est une question politique ou est-ce que c'est une question matérielle ? Les deux. D'accord.
Les deux, c'est tout simplement les deux. C'est que, en prison, j'entends parler d'un comité, c'est formidable, ça m'a redonné de l'espoir, et puis j'apprends que ce comité s'est cassé à la gueule et se sont divisés. Les pours et les diplomaties, et puis les durs illustrés par Bruno Rotailleau quand il était ministre de l'Intérieur. Ok. Je suis libéré, j'arrive, je suis là chez Gallimard, très bien, c'est mon éditeur, c'est mes amis. Vous avez oublié de plaisir ce mot avant. Ce n'est pas mon éditeur historique. Ce sont aussi vos amis, oui. J'ai publié, j'ai choisi de publier de mes romans chez Gallimard, mais j'ai publié chez les éditions de l'Obs, c'est Odile Jacob, un peu partout.
Je continue d'ailleurs. Mais donc vous décidez de le quitter
parce qu'il vous met dehors de cet appartement qu'il vous avait prêté, et aussi parce que Grasset vous propose beaucoup plus d'argent ?
Non, non, non. Alors attendez, il faut par étape. Par étape, la première étape, j'étais évidemment sur la demande de Gallimard, j'ai commencé à écrire La Légende. C'était dans l'ambiguïté. Moi je suis sur la ligne dure, on se bat, on le sait de sur rien. Et là, j'ai appris tout ce qui s'était passé, ça me gênait. Donc j'ai cessé d'écrire, je ne peux pas écrire ce livre. Si je l'écris, je le publie chez Gallimard ?
Non, c'est pas... Et Grasset vous a proposé un million d'euros ?
Non, non, Grasset n'est pas... Beaucoup plus tard, beaucoup plus tard. Il y a cela. Très bien, je suis chez moi, chez Gallimard. J'ai abandonné l'idée de publier ce livre, de continuer à l'écrire, parce que continuer à l'écrire, c'est le publier chez Gallimard. Et finalement, arrive l'histoire de l'appartement. Gallimard, pour des raisons qui sont les siennes, me demande de libérer l'appartement sous Witten. Mais Antoine, tu me mets à la rue, là. SDF, je suis malade, je sors de prison, je n'ai rien, je vais aller où ? Bon, allez, sous quinzaine. Alors, huitaine, quinzaine ? Non, tout de suite. Donc, vous vouliez en avez... Je vais partir tout de suite. Vous vouliez beaucoup, vous arrivez...
Et là, j'en appelle à qui, là ? Je suis dehors, je n'ai rien. Je n'ai même pas une valise de linge, je n'ai rien. J'appelle mes copains du comité. Et là, ils ont commencé à me chercher. Qui ? Ils me cherchaient à un appartement. Qui m'a acheté un portable ? Je n'avais pas de téléphone, je n'avais rien. Et voilà. Et puis, mais qu'est-ce que tu vas faire ? Je ne sais pas. J'étais sur l'idée, et j'en ai d'ailleurs parlé à Jean-Noël Barraud, d'être nommé ambassadeur de la francophonie. J'ai fait ça toute ma vie. Voilà, j'étais sur cette ligne.
Mais juste, pardon,
vous arrivez chez Grasset, dans une maison qui est dirigée par Olivier Nora, qui va se faire limoger au bout de quelques semaines. Il y a ce mouvement de plusieurs dizaines d'écrivains qui y voient la mainmise de Vincent Bolloré et qui veulent quitter Grasset. Vous, ça ne vous pose pas de problème ? Ah si, quoi ? Ça me pose beaucoup de problèmes, évidemment. Donc moi, sur les relations de mon comité, un contact a été établi. Je vois Nora, accueil formidable. C'est un monsieur extraordinaire, que je connais évidemment en tant qu'éditeur depuis longtemps. Mais là, j'ai vu l'homme. Il est extraordinaire. Pendant toute une semaine, on a travaillé.
Et là, l'idée de ressortir mon livre, c'est la légende. Je lui ai donné à lire. Le jour même, il m'appelle, il dit, écoute, c'est formidable. Tu peux t'amener dans combien de temps ? Je vais y travailler, on verra, etc. C'est comme ça que ça s'est passé.
Mais Boulême Sansal, la question que vous posez, Florence, c'est que vous avez cet éditeur que vous rencontrez, dont vous dites du bien, qui ensuite se fait limoger par Vincent Bolloré, qui considère qu'il n'est plus en phase avec sa ligne éditoriale, qui fait que tout un tas d'auteurs décident de quitter Grasset. Est-ce que ça vous pose un problème ?
Ça s'est venu après. Oui. Moi, quand j'étais Grasset, on travaillait sur mon manuscrit, ça se passait bien, etc. Donc vous, vous n'avez pas de problème avec ça ? Il m'a présenté, Jean-Christophe Thierry, qui est le patron de Hachette Livre, c'était formidable. Tout se présentait bien, vraiment impeccable. Et puis, là, j'apprends que... Qui s'en va ? C'est Nora qui m'écrit. Il me dit qu'il y a dû apprendre.
Juste, Boulême Sansal, deux questions encore très précises, je vous la pose juste une troisième fois pour que les choses soient claires. Il y a bien un aspect matériel dans votre décision de rejoindre Grasset. Parce que vous signez avec un avaloir d'un million d'euros. Donc c'est beaucoup d'argent.
Oui, oui, bien sûr. Mais j'arrive dans une maison, chez mon éditeur. N'importe quel bonhomme qui arrive avec un manuscrit chez un éditeur, on discute les conditions, bien sûr.
Et elles sont meilleures que chez Gallimard ?
Moi, j'étais étonné que je valais un million d'euros. Voilà.
Et juste, et une deuxième question, Boulême Sansal.
Gallimard m'avait proposé un contrat que... Enfin, il ne me l'a pas proposé. J'ai appris. Un contrat de 100 000 euros. Et là, j'ai dit, il faut plus. Formidable.
Et une deuxième question, Boulême Sansal. Vous avez là encore troublé en disant, je vais quitter la France. Ensuite, vous dites en fait, non, je ne vais pas la quitter.
Oui, je suis très souvent en emporté.
Mais vous restez ou pas, alors ?
Hein ? Vous restez en France. Mais je quitterai la France que si on me chasse. Ce que certains peut-être souhaitent. Mais voilà. Non, mais revenons à cela. Trois jours, enfin, la semaine après, Olivier Laura m'écrit. Il me dit, tu as appris que, ben oui, je suis parti le voir. Bon, il fait de fonction. Ben, c'est dommage. J'arrive chez un éditeur. Une semaine, on est devenus les meilleurs amis du monde. Une semaine après, il s'en va. En fait, il n'est pas parti. Il est toujours chez Grasset. Un tout dernier mot, Boilem Sansal. Attendez. Il est toujours chez... Bon, ça arrive. C'est dommage. Il est mangé. On ne m'a pas expliqué pourquoi. Il est mangé. Très bien.
Et puis, une semaine après, des auteurs quittent. Enfin, annoncent qu'ils vont quitter. Alors là, moi, je me dis, il n'y a quelque chose, il ne va pas. Ils savent que Bolloré est patron de Grasset depuis quatre ans. Pourquoi ils ne sont pas partis il y a quatre ans ? Pourquoi ils partent maintenant ?
Ils partent parce qu'Olivier Nora est viré.
Est-ce que je vais remettre ma vie en tant qu'écrivain à la présence de Nora, je suis Grasset ? Non. C'est normal. L'entreprise change de patron. Pourquoi pas ? Ça aurait pu être quelqu'un d'autre. J'ai trouvé ça un peu... En tous les cas, ça m'a interpellé. Parce que l'idée, ce n'est pas Nora part ou pas, c'est Bolloré. Comment on découvre quatre ans plus tard que Grasset appartient à Bolloré ? Aujourd'hui, en tout cas, vous êtes bien chez Grasset, c'est ça ? Je suis super bien. Merci, merci Bolloré de Sansal d'avoir été l'invité de France Inter ce matin. La légende sort mardi prochain. Éditez donc chez Grasset.