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interviewMinistère des Armées et des Anciens combattants· 2 juillet 2026 20 min

Eurosatory 2026 : Discours d’Alice RUFO, prononcé le 16 juin 2026

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Alice Rufo

Madame la sous-préfète, mesdames et messieurs les directeurs, monsieur le président, mesdames et messieurs les représentants du monde de l'industrie de défense, mesdames et messieurs les officiers généraux, mesdames et messieurs, en vos grades et qualités, quelques mots vraiment très rapides avant de garder un instant pour échanger avec vous, pour féliciter d'abord les organisateurs de ce salon dont tout le monde parle avec, en employant le même mot, tout le monde parle d'effervescence.

Et je pense que c'est au-delà même du record, parce que c'est un record, avec les plus 30% de fréquentation, effectivement le mot qui convient pour qualifier ce salon, parce que quelque chose se passe, je pense que tout le monde le sent, je vais essayer de le qualifier, mais je pense que comme souvent dans l'histoire de ce salon, en même temps qu'un formidable lieu de rencontre et d'échange entre les industriels, les armées et les différentes parties prenantes, quelque chose se passe, et quelque chose se passe qui relève d'un acte stratégique, ou en tout cas d'une affirmation stratégique dans un moment où il le faut. Je vais essayer de détailler un peu mon propos là-dessus.

Il est clair que ce salon s'ouvre dans un contexte qui n'est pas du tout anodin, et qui s'ouvre dans un moment probablement de fracturation inédite de l'ordre international et des priorités stratégiques de chacun des grands ensembles au fond mondiaux. C'est d'ailleurs pour ça qu'il s'ouvre dans un contexte où, vous l'avez entendu, le président de la République a parlé d'un sommet du G7 qui devait recréer des convergences. Et si c'est l'objectif de ce sommet, c'est bien parce qu'on a atteint aussi un niveau de fracturation qui est sans doute inédit depuis la Seconde Guerre mondiale.

Face à cela, je crois que si on se réfère quelques années en arrière, en 2022, lorsque le même président de la République était venu ici pour lancer le chantier de l'économie de guerre, je crois qu'on a beaucoup avancé. Je crois qu'on a beaucoup avancé collectivement. Et je sais bien, parce que j'entends, ça ne va pas assez vite, ça n'est pas assez clair, on n'a pas assez pris le tournant. Mais je vais peut-être commencer d'abord par dire ce qu'on a su faire. Ce qu'on a su faire, c'est faire face au contexte international qui s'est brutalement dégradé en 2022. Et je vais évidemment parler de la guerre en Ukraine.

Mais en fait, même au-delà de la guerre en Ukraine, 2022 est vraiment un tournant sur cette fracturation. Et je vais rentrer un peu dans le détail là-dessus, sur le changement de la nature de la conflictualité et de la guerre, dont ce salon est à mon avis un des marqueurs de prise de conscience. L'Ukraine est très représentée dans ce salon et je sais même qu'elle en a fait l'un de son salon. Et on en est très heureux.

Parce que plus de 4 ans après cette déflagration à grande échelle, ce que montre cette présence et ce dynamisme ukrainien à ce salon, c'est que c'est possible de tenir bon, c'est possible de transformer, c'est possible de se réinventer, c'est possible d'être suffisamment résilient pour aujourd'hui devenir l'un des moteurs de la base industrielle et technologique de défense européenne. Un moteur qui nous challenge, un moteur qui nous apprend, un moteur qu'on a soutenu. Et je pense que c'est le meilleur exemple de force, au fond, de nos sociétés démocratiques.

La meilleure fidélité, probablement aussi, aux origines de ce salon et à ce qui a été fait, ce dont on a hérité, au fond, à partir de 1945, c'est-à-dire quand tout s'écroule, la possibilité d'avoir la force de rebâtir. Et de rebâtir, et je ferai référence rapidement à l'appel du 18 juin, si vous le relisez, et tout le monde va le relire, parce que nous en fêterons après-demain l'anniversaire, il est question aussi des industriels, il est question aussi des ingénieurs, il est question des armées, bien sûr, mais il est question de tout le monde parce qu'il s'agit bien d'un effort collectif.

Et au fond, ce salon, avec la très grande présence ukrainienne qu'il porte, est un salon qui démontre la capacité de la résilience des sociétés démocratiques plus fortes que les autres pour faire face à une conflictualité nouvelle, et j'en suis personnellement convaincue. Il y a eu un réveil, il y a eu un réveil français. Je veux saluer les représentants de la DGA, leur dire que la DGA de combat, qui a été décidée il y a quelques mois, commence à avoir des impacts tangibles. Et même si, et j'y reviens, parfois on dit ça va pas assez vite, ça va pas assez fort, c'est pas assez clair.

Tenez bon, parce que ça commence à se voir, et il faut garder cette détermination à avancer, même si les repères sont brouillés, c'est vrai. Mais cette force nous est nécessaire, et est nécessaire à tout l'écosystème de défense. Un réveil français qui ne date pas de 2022, qui a commencé en 2017, avec, au fond, la sortie de l'époque des dividendes de la paix, où nous pensions que, finalement, la guerre était soit quelque chose qui appartenait au passé, soit quelque chose d'expéditionnaire, c'est-à-dire de lointain, et qui ne pouvait pas, au fond, impacter directement nos sociétés, nos territoires et nos modes de vie.

Je pense que c'est ce qui a été pensé en 2017, et c'est ce qui a expliqué la relance en amont du réveil collectif, au fond, de nos dépenses de défense, de notre budget de défense, sur la base de décennies d'investissement, mais il faut le dire aussi clairement, sur la base, en correction, d'un mouvement qui avait probablement été naïf par le passé, et qui nous permet, aujourd'hui, quand même, fort des décennies d'investissement que nous avions fait auparavant, et de cette relance, d'être à l'échelle, d'être au niveau, et d'être dans la course de ce à quoi nous devons répondre face à la nouvelle conflictualité qui est là, et qui ne va pas cesser.

Il y a eu aussi un réveil européen, très net, face à un double choc symétrique, le retour de la guerre sur notre continent, en même temps qu'une volatilité de nos alliances. Et ce double choc symétrique, qu'au fond, tous les pays européens ont vécu, a conduit à un réveil. Le soutien à l'Ukraine a été exceptionnel. Il continuera, il continue. L'unité européenne, qui était si ciblée par la Russie, si considérée comme fragile, a été au rendez-vous, et elle le reste. Et au fond, malgré les difficultés que nous avons eues dans le calage de l'unité transatlantique, nous avons là aussi tenu bon.

Et je pense que nous avons su garder, ce qui est probablement la meilleure chose à faire lorsque nos adversaires cherchent à fracturer cette unité, nous avons su garder de la constance, de la constance dans l'effort, de la constance dans le cap. Et je crois qu'il est vrai que parfois, on peut avoir le sentiment, nous qui débattons, nous qui sommes dans des sociétés ouvertes, que les démocraties mettent du temps à réagir et qu'elles peuvent être lentes à se mobiliser. Mais en tout cas, quand elles se décident et quand elles tiennent bon, elles sont redoutables et elles sont plus fortes que les autres. Et je pense que c'est ce que nous ressentons tous à l'ouverture de ce salon.

Je vais revenir plus spécifiquement aux questions de défense pour vous dire ce que je retiens au fond des évolutions de la conflictualité et peut-être quelles leçons on peut en tirer collectivement avant d'échanger avec vous. Les conflits récents, dont on doit tirer les leçons en temps réel, pas après. Ce sera trop tard et je vais y revenir. Le cycle s'est considérablement accéléré pour te tirer les leçons de la conflictualité. C'est bien sûr le retour de la masse.

Vous savez que dans les débats au Parlement sur la loi de programmation militaire, nous avons beaucoup insisté sur la cohérence et nous avons aussi insisté sur le fait que la cohérence et la masse ne devaient pas, ne devaient plus s'opposer. Pourquoi au fond ? Parce que je pense que nos adversaires quelque part cherchent à contourner par le bas notre supériorité technologique. Quand des matériels bas coût, en masse, peuvent créer des effets de saturation sur des systèmes complexes et chers, ils le savent et ils en jouent.

Nous le voyons, nous le savons, ça veut dire qu'il faut un retour de la masse et qu'il faut des effectifs, des munitions, des équipements, des stocks, de la logistique qui doivent évidemment retrouver toute leur place et qui deviennent, dans la conflictualité contemporaine, des variables décisives. Deuxième anciennement, j'en ai encore parlé, mais je voulais le développer un petit peu, la résilience.

là aussi, en positif comme en défensif, en offensif comme en défensif, comme on dit dans les armées, en offensif parce que, et c'est l'exemple de l'Ukraine, l'Ukraine tient par le courage de sa société, par le courage de ses soldats, par le dynamisme de ceux qu'elle est, mais, et du soutien aussi de ses partenaires et de ses alliés, mais au fond aussi par sa base industrielle, par sa capacité à renouveler son économie, à transformer sa base industrielle, militaire, sociétale, et à renverser au fond, on voit que cet effort-là, cette capacité à se transformer, cette capacité à s'adapter, renverse la symétrie initiale du conflit, puisque l'Ukraine est en train de récupérer des territoires et au fond de faire plus que faire face.

Et en défensif, je pense que nos adversaires ont compris qu'il fallait attaquer cette résilience. On est quand même dans une période où, au fond, on commence par cibler les infrastructures civiles, encore il y a quelques jours, on commence par cibler les flux d'informations, on commence par cibler les données, les technologies, ce qui fait qu'on vit dans une société et qu'on avance, parce que nos adversaires considèrent, au fond, que nous pouvons être perturbés par ces attaques. Et en fait, je pense qu'il faut complètement l'intégrer, parce que pendant des décennies, pendant plusieurs décennies, l'arrière a toujours été considérée comme une force.

Aujourd'hui, il faut considérer que l'arrière est ciblée. Et donc, il faut s'entendre sur ce qu'est l'arrière aujourd'hui. C'est-à-dire que c'est la même chose que l'avant, et qu'il y a une forme d'unité qu'il faut réussir à construire là-dessus. Je crois que c'est la leçon des conflits récents. C'est bien sûr la leçon de l'Ukraine. Et c'est ce qui fait la différence, aujourd'hui, dans la conflictualité hybride, au fond, l'hybridation du temps de paix, ou, disons, une guerre qui n'est pas intense, qui n'est pas actuelle, qui ne dit pas son nom, et qui est soit une guerre hybride, soit une paix hybride, mais enfin, cette zone grise, qu'on peine tous à qualifier.

Et si vous avez des idées pour qualifier le moment, je suis preneuse. Troisième élément, la révolution des drones et l'innovation permanente. Bon, il est clair, et je pense que ce salon le montre, que les drones se sont généralisés à tous les échelons. Observation, frappe, saturation de défense, ciblage. En miroir, bien sûr, la guerre électronique, la lutte anti-drone, la défense solaire ont connu une montée en puissance spectaculaire. Dans un contexte où, évidemment, à chaque innovation répond une parade. Alors, là aussi, pour reprendre le vocabulaire militaire, mesure contre mesure, le cycle, c'est considérablement accéléré. C'est au fond ça que montre la dronisation des conflits.

Au-delà même des questions de matériel, c'est une question de process. Et c'est l'adaptation du cycle mesure contre mesure qui nous amène à faire différemment et à penser différemment la réponse à la conflictualité contemporaine. Dans laquelle, et c'est le quatrième point, parmi les munitions qu'on doit considérablement renforcer, accélérer, il y en a une qui est la donnée. Puisque la supériorité opérationnelle, vous le savez, se construit désormais, en fait, autant sur les architectures numériques que sur les positions militaires.

Et donc, il y a, de fait, une porosité entre les champs civils et militaires qui croient et où, au fond, les technologies qui changent la guerre viennent aujourd'hui souvent du secteur civil. Je pense que là aussi, c'est une chance pour nos écosystèmes d'innovation à condition de savoir les saisir. Et là aussi, je veux saluer les organisations de ce salon qui a su faire sa place à cet écosystème en comprenant le moment stratégique que nous vivions. Parce qu'encore une fois, un salon, ce n'est pas seulement un show, c'est aussi un acte. Et il dit quelque chose, ce salon, dans la manière dont il a été organisé. Enfin, dernier enseignement, et je ne veux pas être trop longue.

Bien sûr, la vitesse, beaucoup l'ont dit. Je pense aux écrits de Pierre Vendier qui l'a dit pour l'Alliance, en général, SACTI, pour sa transformation, qui le différencie d'ailleurs de sa modernisation. Et je pense qu'il faut entendre moderniser, comme je crois qu'il le disait dans un de ses discours, c'est faire du plus avec l'existant. Transformer, c'est vraiment changer tout, les méthodes, la façon de faire. Et donc, je crois qu'il y a vraiment une nouvelle matrice à construire, sans perdre évidemment la cohérence qui fait notre force, mais en entendant la transformation du champ de bataille et la transformation des réponses qu'on doit apporter.

Oui, c'est la vitesse qui est décisive aujourd'hui. Et en fait, je pense que sur la vitesse, il ne faut pas se désespérer, on peut être meilleur.

Parce qu'on sait s'adapter, parce qu'on sait ce que c'est d'avoir la supériorité technologique, parce qu'on a des écosystèmes d'innovation en Europe, je ne parle pas seulement de la France, des ingénieurs, des écoles, des capacités industrielles, des entreprises, des chercheurs, sur lesquelles on a toujours su investir, sur lesquelles il nous faut continuer d'investir, et il faut apprendre à reconsidérer que c'est notre force absolue, et que si on est capable de s'adapter, d'être plus agile, comme on a tous commencé à le faire, à marche forcée, je le reconnais, je vais peut-être en dire un mot aussi, on va le garder, on va garder cette supériorité.

Et donc, je pense que notre capacité, c'est aussi d'être capable d'analyser, de regarder, de ne pas taire l'évolution de la conflictualité, et de la regarder en face, et de la regarder avec détermination. Oui, ça percute nos process, de toute évidence, quand il faut aller assez vite, très vite, plus vite que nos adversaires, parfois même que nos alliés, pour ne pas décrocher, pour rester dans la course, et donc pour rester dissuasif, parce qu'au fond, c'est bien la vitesse qui est une arme décisive de dissuasion aujourd'hui.

Oui, ça impacte la manière dont on a fait, dans une période où il y avait des dividendes de la paix, où la guerre reposait sur un modèle au fond expéditionnaire, très différencié entre l'arrière et l'avant. Ce n'est plus le cas, je viens de décrire tout ce qui a évolué. Oui, ça percute, ça percute nos façons de faire, ça percute nos process, je vais vous le dire très honnêtement, ça percute aussi nos administrations. Et j'en suis issue. Donc je sais à quel point, parfois, c'est difficile de transformer, comment il peut y avoir des résistances, comment les bonnes volontés peuvent se heurter parfois à des difficultés. Mais je crois qu'à la fin, la bonne volonté gagne toujours.

Et je pense qu'on gagne beaucoup à transformer sans abandonner ce qui marche. Il vaut mieux s'appuyer sur ce qui a marché pour avancer. Et il y a beaucoup de choses qui ont marché. Il y a beaucoup de choses qui ont marché en Europe dans les dernières années. Il y a beaucoup de choses qui marchent dans le modèle de coopération entre nos armées et notre industrie en France. Et je pense que c'est un atout stratégique majeur. Je vais vous dire pourquoi.

Parce qu'au fond, en France, on a toujours construit notre base industrielle en symbiose historiquement, pour des raisons de souveraineté, évidemment, avec notre base industrielle et technologique et avec tout l'écosystème de défense qui est représenté ici. En fait, c'est ce qu'il faut faire dans le domaine de l'innovation, dans le domaine de l'intelligence artificielle qui, évidemment, et j'y viens et j'en conclurai par là sur quelques mots, est la révolution du même ordre que celle de l'atome, au fond, après la Seconde Guerre mondiale, parce que ça va tout changer.

Quand on est capable, comme on l'est en France et comme on l'est dans d'autres pays, de travailler vraiment en symbiose dans cet écosystème avec nos armées, on a un avantage sur lequel il faut capitaliser.

Parce que toutes les entreprises que j'ai rencontrées et dont certains sont représentants ici m'ont dit la même chose, c'est-à-dire que ce qui fait la force, c'est d'avoir ce retour d'expérience immédiat, pas plus tard, pas six mois après, immédiat, c'est d'avoir cette intégration, bien sûr, avec une capacité de prise de risque, personne n'en doute, mais c'est ce qu'il faut aussi retrouver et je sais que certains écosystèmes représentés ici peuvent nous réapprendre la prise de risque, mais je pense que la vérité, c'est que c'est une force d'avoir cet écosystème si intégré et surtout cette notion de la souveraineté.

Et probablement, je vais en finir ainsi, nous avons beaucoup de partenaires qui sont représentés ici, je les salue, je remercie vraiment l'affluence et la confiance que nous font nos partenaires pour venir ici. Dans un moment où il faut aller plus vite, tout en respectant nos fondamentaux, je pense que la notion de souveraineté telle qu'on a su la développer en France est utile et je veux vraiment la développer un peu parce qu'au fond, parfois, elle a été mal comprise par le passé. On disait, ah, les Français, en fait, ils veulent de la souveraineté ou de l'autonomie stratégique parce qu'ils veulent vendre des produits français.

On disait, ah, au fond, les Français, ils veulent de la souveraineté et de l'autonomie stratégique parce qu'ils n'aiment pas l'OTAN. Il y a eu beaucoup de procès d'intention qui ont été faits à ce concept français d'autonomie stratégique. Mais au fond, qu'est-ce que ça veut dire et en quoi c'est extrêmement pertinent dans la période contemporaine ?

C'est qu'au fond, avec ce retour de la conflictualité très fort, avec cette accélération générale des modes de production, des modes d'acquisition, de l'évolution des conflits, de l'obsolescence des équipements, des mesures, des contre-mesures, l'idée principale et la nécessité principale de la liberté, la souveraineté est une liberté, c'est de ne jamais être en situation de subir. Quand vous dépendez trop ou en tout cas quand vous ne consentez pas vos dépendances, vous subissez. Et ce n'est pas vis-à-vis de quelqu'un d'autre ou de tel ou tel pays. On est dans une situation, et les derniers jours l'ont montré, où effectivement l'intelligence artificielle va tout changer.

Dans les armées, et je pense que vous le savez, dès 2023-2024, Sébastien Lecornu, le Premier ministre, avait lancé une stratégie ministérielle sur l'intelligence artificielle. Il inaugurait il y a quelques mois un super calculateur souverain. Nous avons avancé sur le cloud souverain. Nous avons investi sur l'IA. Pourquoi ? Pour ne pas décrocher. C'est les investissements colossaux des Etats-Unis et de la Chine en la matière. Nous avons investi parce qu'au fond, il faut rester dans la course. Il faut à tout prix rester dans le peloton de tête des trois premiers. Parce que sinon, on va subir.

Et je vous le dis à nos partenaires qui sont représentés ici, quand la France parle de souveraineté ou d'autonomie stratégique, elle parle de l'Europe. Parce qu'au fond, dans la compétition qui s'ouvre, nous avons besoin de nos partenaires européens. Nous avons besoin de l'Ukraine. Nous avons besoin de nos partenaires européens. Parce que nous avons besoin de répondre au rapport de force tel qu'il est aujourd'hui. Et le rapport de force aujourd'hui, c'est un équilibre qu'on doit maintenir entre nos adversaires et l'Europe dans son ensemble. Et qu'on doit maintenir sur tous les segments de la conflictualité que j'ai décrit.

C'est-à-dire, bien sûr, sur nos capacités d'armement, sur nos capacités de dissuasion, sur nos capacités conventionnelles, mais aussi sur tout ce que l'écosystème représenté ici peut faire. C'est-à-dire sur la capacité à aller plus vite, sur la capacité à s'adapter plus vite, sur la capacité à garder la domination technologique dans un moment où la masse compte tellement. Et sur la capacité à faire comprendre à la fois à nos adversaires que non, nous ne laisserons pas déborder, que nous ne sommes pas faibles et à nos alliés que nous sommes fiables et là, pour défendre chacun, à l'égard de chacun, leur souveraineté et pour la construire avec eux. Je vous remercie.

Eurosatory 2026 : Discours d’Alice RUFO, prononcé le 16 juin 2026 — Alice Rufo · Pourquijevote