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interviewRadio J — L'interview politique· 5 décembre 2024 12 min

François-Xavier Bellamy - Le Barbier du matin du 05/12/24

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:06
Présentateur

François-Xavier Bellamy, bonjour et bienvenue député européen, vice-président aussi des Républicains. Nous nous retrouvons au cœur d'une tempête politique. Est-ce une crise de régime pour vous ?

0:16
François-Xavier Bellamy

C'est en tous les cas une crise politique majeure. Pour l'instant, nos institutions fonctionnent encore. Il faut s'éviter un alarmisme exagéré. Mais ce qui est vrai, c'est que c'est une crise immense qui déborde de la politique pour traverser tout le pays. Parce que je crois que cette censure va aggraver encore la crise économique que nous voyons déjà aujourd'hui à l'œuvre dans la société française. Il y aura des conséquences. Bien sûr, y compris des conséquences internationales. Et je le dis comme parlementaire européen, je vois bien à quel point la voix de la France aujourd'hui est fragilisée par cette instabilité.

On est, prenons un exemple tout simple, peut-être à quelques heures, à quelques jours, de la signature de l'accord sur le Mercosur. On sait que la France est opposée à cet accord. Mais qui va faire entendre cette voix-là demain dans le débat européen ? La vérité, c'est que je le vois tous les jours. Ceux qui ont choisi cette censure ont aussi choisi de rendre le pays impuissant face à tous les défis auxquels il est confronté.

1:10
Présentateur

Alors, quel est le sens de cette censure qui est le fruit d'une addition du nouveau Front populaire et du Rassemblement national ?

1:18
François-Xavier Bellamy

Malheureusement, le sens de cette censure, c'est seulement l'accélération du chaos. Ce que je constate aujourd'hui, c'est que finalement, le fait que cette censure ait réussi est dû à une seule et unique raison. Ce n'est pas que les négociations que tentait Michel Barnier aient échouées. Non, il a fait tout ce qu'il pouvait pour tenter de trouver des compromis. Mais la gauche a décidé de lui fermer la porte au nez dès le premier jour. La gauche, quoi qu'elle en dise, a censuré Michel Barnier dès le jour de son installation. Elle a tenté une motion de censure, donc elle voulait le censurer, quoi qu'il arrive.

Et la vérité, c'est que cette motion n'a réussi que parce que Marine Le Pen a, hier, apporté les voix de son groupe à la stratégie du chaos voulue par Jean-Luc Mélenchon.

2:00
Présentateur

Alors, quel est le but de cette stratégie du chaos ? Du côté de LFI, on le voit, ils le disent, ils veulent faire, démissionner Emmanuel Macron. Mais du côté du RN, à quoi bon se joindre au chaos alors que depuis plus de deux ans, il joue la respectabilité ?

2:10
François-Xavier Bellamy

Il faut le leur demander. Moi, je ne suis pas le porte-parole de Marine Le Pen.

2:14
Présentateur

Vous arrivez à voir derrière cet acte ?

2:15
François-Xavier Bellamy

Ce que je vois seulement, c'est les conséquences pour la France. Moi, je ne suis pas là pour commenter la situation, les intentions, les tactiques obscures et compliquées, les objectifs contournés. La seule chose que je vois, c'est la réalité du pays. Et bien sûr, bien sûr, la situation politique était imparfaite. Bien sûr, le budget qui était proposé, il était critiquable à bien des égards. Il avait fallu le réaliser en 15 jours sur la base de la copie du gouvernement précédent. Et j'ai dit, je suis d'autant plus serein pour proposer mon point de vue ce matin, que j'avais dit moi-même à quel point je me sentais frustré par ce budget.

Je crois qu'on sortira de la situation de dette budgétaire massive que le pays porte aujourd'hui, non pas en augmentant les impôts, mais en baissant la dépense. C'est ça le signal qui peut être...

3:02
Présentateur

C'est ce qui a manqué peut-être dans ce budget.

3:03
François-Xavier Bellamy

Mais ça ne change rien au fait qu'avec toutes ces imperfections, il valait mieux avancer avec ce budget, quitte à travailler ensuite pour améliorer les choses dans les semaines et les mois qui venaient, plutôt que de faire tomber cette équation politique. Parce que la vraie question que je voudrais poser à Madame Le Pen, la vraie question que je voudrais poser à tous les députés qui ont voté cette censure, c'est qu'est-ce qu'ils espèrent de mieux pour le pays avec la donne politique actuelle ? Parce que cette équation parlementaire, elle ne va pas disparaître. La dette du pays, elle ne va pas disparaître. La crise économique, elle ne va pas disparaître.

Comment est-ce qu'on imagine que quelque chose de mieux pour le pays va sortir parce qu'on a décidé d'associer les voix de ce groupe politique à celles de l'extrême-gauche ? Ça n'a aucun sens.

3:41
Présentateur

Ils espéraient, ils escomptaient, ils exigeaient simplement le renoncement à la désindexation des retraites. Ce que les LR avaient critiqué aussi. Barnier aurait peut-être pu céder les 4 milliards, on les aurait trouvés ailleurs.

3:51
François-Xavier Bellamy

Mais d'abord, les LR ont déjà fait ce travail-là. Ils ont déjà gagné l'essentiel de la bataille. On parle, Christophe Barbier, on parle de 6 mois d'indexation des retraites. On fait tomber un gouvernement, on plonge un pays dans l'inconnu pour 6 mois d'indexation des retraites. Barnier aurait peut-être dû céder ça au RN aussi. Et pardon, mais Michel Barnier, il a fait tout ce qu'il pouvait. Et moi, je reconnais dans le choix qu'il a fait, la dignité et le courage qu'il a montré. Parce qu'à un certain point, il faut évidemment faire en sorte de sauver les compromis nécessaires pour faire avancer le pays. Mais il y a un devoir absolu pour toute la classe politique aujourd'hui.

Pas seulement pour ceux qui gouvernent, mais aussi pour ceux qui s'opposent. Qui est d'éviter à la France la faillite que sa dette représente potentiellement pour tous les Français. Faillite qui serait catastrophique pour tous les ménages français. Et donc protéger les Français, ça veut aussi vouloir dire faire des choix qui sont courageux. Je le redis, à moyen, à long terme, il faudra d'abord baisser la dépense publique. Mais la question des retraites, elle fait partie de cette équation plus globale. Les Républicains s'étaient battus pour les retraités, s'étaient battus pour les petites retraites.

Dans ce budget, va tomber la mesure que nous avions obtenue avec Annie Gennevar pour augmenter les retraites des agriculteurs en particulier. Les petites retraites des agriculteurs qui allaient être augmentées de 30%. Adieu ! Et je peux vous dire que les agriculteurs, dont certains étaient peut-être tentés de voter pour le Rassemblement National, ils ouvrent les yeux aujourd'hui sur la réalité de ce comportement irresponsable.

5:20
Présentateur

Il y a eu hier parmi les signataires, les votants de cette motion de censure, les anciens LR partis avec Éric Ciotti. Ça vous attriste ?

5:27
François-Xavier Bellamy

Oui, je ne le comprends pas. Je ne le comprends pas. Éric Ciotti, vous savez, il avait nommé, quand il était président de cette formation politique, il avait nommé Michel Barnier comme conseiller aux affaires internationales. C'est dire la confiance qu'il lui portait. Et il a raison, je connais Michel Barnier par le travail européen, je vois à quel point il est reconnu et connaisseur de ces enjeux européens et internationaux. C'est difficile d'imaginer que quelqu'un à qui on faisait une confiance à ce point affirmé, il y a encore quelques mois, on vienne le censurer aujourd'hui, encore une fois plongeant le pays dans cette situation de danger.

6:02
Présentateur

Le socle commun n'a pas bien fonctionné. Il n'y avait même pas d'intergroupe à l'Assemblée. Vous avez aussi raté quelque chose collectivement.

6:06
François-Xavier Bellamy

Mais moi, je le redis, la situation politique, elle est évidemment déjà très difficile pour le pays. Personne n'a jamais dit que la situation était idéale. Personne n'a crié victoire. Et moi, je n'ai cessé d'alerter, y compris dans ma formation politique, sur le fait qu'aujourd'hui, la droite n'a pas gagné les élections législatives. Ceci n'est pas une alternance. Ce n'était pas une victoire politique pour la droite. C'était seulement une tentative d'être utile au pays dans une situation où personne n'a gagné les dernières élections législatives.

Et moi, mon inquiétude aujourd'hui, c'est que j'entends de nouveau la gauche à la faveur de ce cadeau que lui fait Marine Le Pen en votant une motion de censure, qui d'ailleurs est un texte qui revendique toutes les lubies de la gauche. Marine Le Pen a souscrit au contenu politique de ce texte. J'entends la gauche aujourd'hui crier victoire et revendiquer Matignon. Et moi, mon inquiétude, c'est que demain, cette gauche-là, qui prétend faire des barrages républicains alors qu'elle s'allie avec la France insoumise, qui promeut l'antisémitisme, qui couvre parfois même des organisations liées au terrorisme, on l'a vu dans un événement organisé il y a peu de temps, à l'Assemblée nationale.

7:10
Présentateur

A financer l'Assemblée nationale. A vu son association reçue pour un colloque, oui.

7:14
François-Xavier Bellamy

Vous vous rendez compte qu'on pourrait voir cette formation politique-là, demain, prétendre au pouvoir en France.

7:20
Présentateur

Vous ne croyez pas la sincérité des socialistes qui veulent chercher une alliance vers le centre et qui sont prêts à s'éloigner de l'EFI ? Le pacte de non-censure de Boris Vallaud, ce n'est pas le début de cette libération du PS ?

7:33
François-Xavier Bellamy

Écoutez, moi, j'ai entendu, comme vous, pendant toute la campagne des Européennes, j'étais tête de liste pour Les Républicains, j'ai entendu Raphaël Glucksmann. Et j'ai de l'admiration, de l'estime pour la campagne qu'il a menée, parce que cette campagne, elle consistait à dire, matin, midi et soir, partout, dans tous les médias, plus jamais, plus jamais, nous nous allierons avec l'extrême-gauche. Et on se souvient que Raphaël Glucksmann a été attaqué, et même, parfois, physiquement, molesté pour avoir tenu cette ligne de fermeté. Ça a duré combien de temps, Christophe Barbier ? En 48 heures, à la dissolution ? 24 heures, 24 heures, ça a duré.

Donc, si vous voulez, aujourd'hui, le choix que fait le PS, le choix que fait François Hollande, ancien président de la République, de censurer Michel Barnier, avec toute la gauche mélenchoniste, sous le regard de Jean-Luc Mélenchon, dans les tribunes de l'Assemblée nationale, venu contrôler qui fait quoi, ce choix-là, il est irresponsable, et il confirme que, malheureusement, la gauche, aujourd'hui, est engagée dans une dérive qui est extrêmement préoccupante.

8:27
Présentateur

Il faut donc tenter la même addition, le même socle commun, avec simplement un nouveau Premier ministre, pour essayer de convaincre le RN de laisser cette équipe gouverner.

8:35
François-Xavier Bellamy

Il faut tenter de répondre aux problèmes des Français. Pour moi, c'est ça qui doit nous préoccuper. Dans cette situation de confusion, la seule boussole, c'est la France. Et la seule boussole, c'est ce qu'attendent l'immense majorité des Français. Et on sait ce qu'attendent l'immense majorité des Français. Ils attendent plus de sécurité, plus d'ordre. Ils attendent plus de maîtrise des flux migratoires. C'est ce que Bruno Retailleau a magnifiquement démontré pendant quelques mois. Ils attendent des réponses concrètes sur les inquiétudes budgétaires et économiques auxquelles notre pays est confronté.

Ils attendent de répondre à cette catastrophe industrielle et agricole qui fait qu'aujourd'hui, produire en France est devenu presque impossible. C'est ça, fondamentalement, qui doit nous guider. Et la clé, évidemment, c'est de s'appuyer sur tous ceux qui, de bonne volonté, seront prêts à partager cet agenda de priorité qui sont urgentes pour le pays.

9:17
Présentateur

Dans les sondages, mais aussi, par exemple, Nicolas Baverez, dans une tribune, l'Union nationale est appelée par certains. Est-ce qu'il y a un gouvernement de Hollande à Laurent Wauquiez pour répondre aux problèmes des Français ? Ça serait une possibilité.

9:29
François-Xavier Bellamy

Pour moi, je vous le redis, ce qui compte, c'est le contenu. Et sur le contenu, je ne vois pas comment c'est possible. Regardez encore une fois ce que fait François Hollande hier. Regardez ce que font les socialistes. Regardez l'obsession, je le vois aussi malheureusement au Parlement européen, l'obsession de la gauche qui ferme les yeux sur les aspirations du peuple français, des plus modestes même souvent, de ceux qui ont été pendant longtemps ces électeurs. Moi, je le redis, la France, elle a besoin de solutions claires.

Et la grande difficulté dans laquelle on est aujourd'hui, c'est que l'urgence pour relever le pays, c'est de sortir du en même temps, sortir de l'ambiguïté, sortir de la confusion. Donc, je ne crois pas qu'on va réussir à faire avancer le pays en construisant des accords impossibles avec des forces politiques qui, en fait, ne veulent évidemment pas avancer ensemble sur les principes les plus fondamentaux.

10:15
Présentateur

Au niveau européen, l'Allemagne est en crise politique, la France est en crise politique, c'est l'Europe qui se délite ?

10:21
François-Xavier Bellamy

C'est une immense inquiétude. L'instabilité est partout en Europe, en effet. Vous citiez la France, l'Allemagne, on pourrait citer aussi ce qui s'est produit tout récemment en Roumanie, qui doit tous nous alerter. Nos démocraties sont aujourd'hui fragilisées. Et je pense qu'il faut qu'on ait conscience que la démocratie n'est jamais acquise d'évidence. Alors, dans cette situation européenne déjà instable, la France est sans doute le pays le plus inquiétant. Parce que l'Allemagne, vous le disiez, aujourd'hui n'a pas de coalition fixée, mais elle a des élections législatives, des élections fédérales bientôt. Elle aura une nouvelle majorité. Je crois qu'elle va réussir à redresser la barre.

Et surtout, l'Allemagne n'a pas la dette budgétaire que nous connaissons en France. Elle garde une capacité de production bien plus forte que notre pays. La dernière chose qui m'inquiète pour la France, je voudrais lire, parce que c'est passé inaperçu hier dans le fracas politique, la chose qui m'inquiète le plus, c'est que pour que la démocratie survive, il faut d'abord des citoyens et des citoyens libres. Et la crise éducative que notre pays traverse est un sujet d'importance majeure. L'enquête Teams qui a été publiée hier montre que nous sommes les derniers d'Europe en mathématiques une nouvelle fois. Et nous sommes les avant-derniers de l'OCDE dans les pays développés.

La France, qui est un très grand pays de mathématiques dans son histoire, aujourd'hui est l'un des pires pays pour la transmission de ce savoir fondamental qui est une clé pour la rationalité et donc aussi pour le débat public et la vie démocratique. Les deux sont liés en réalité. La crise de l'école, c'est la crise de la démocratie demain. François-Xavier Bellamy, merci et bonne journée. Merci beaucoup Christophe Vaurier.

11:51
Présentateur

Merci beaucoup Christophe. On vous retrouvera demain matin à 7h45.