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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 8 mars 2023 22 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsEurope & internationalImmigration & asileÉconomie & entreprises

En tournée africaine : les incroyables dérapages de Macron

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 95 %Défensif 5 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:31ComplaisanteRéponse directe

    Comment tu vas ?

  • 0:39OuverteRéponse directe

    Tu es venu nous parler de la tournée africaine d'Emmanuel Macron ?

  • 0:49OuverteRéponse directe

    On fait un petit bilan ensemble ?

  • 3:11ComplaisanteRéponse partielle

    C'est beau, disons, qu'on y croirait presque.

  • 6:08OuverteRéponse directe

    Et la France ne s'est pas arrêtée au Gabon, elle a visité trois autres pays ?

  • 7:25OuverteRéponse directe

    La RDC est un pays avec une tragédie immense depuis 2016 ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:35InvitéFait
    « Il y a une enquête sur des biens mal acquis, acquis par le clan au pouvoir gabonais ici, en France. »
  • 4:39InvitéChiffre
    « L'Agence française de développement a déversé des tonnes d'argent, un pognon de dingue sur le Gabon, 800 millions d'euros entre 2010 et 2017. »
  • 6:44InvitéFait
    « Emmanuel Macron a emmené dans ses valises un représentant de Total, selon France Inter. »
  • 14:58InvitéFait
    « La France a beaucoup moins d'intérêt en République démocratique du Congo. »
  • 18:12InvitéChiffre
    « L'Union européenne a accordé très récemment un soutien de 20 millions d'euros à l'armée rwandaise pour aller combattre ses forces au Mozambique. »
  • 18:19InvitéChiffre
    « On estime le coût à peu près de ses exploitations à 20 milliards d'euros. »

Temps de parole

  • Invité70 %
  • Invité 213 %
  • Présentateur6 %
  • Invité 35 %
  • Invité 43 %
  • Invité 53 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Invité

En fait, cette intervention-là, elle symbolise un naufrage. Non seulement le naufrage de cette tournée, mais le naufrage de la politique de la France en Afrique. C'est quand même assez hallucinant, cette schizophrénie incroyable qu'il y a eu pendant la tournée d'Emmanuel Macron, où d'un côté, on est allé dénoncer la France-Afrique en plein milieu du Gabon, où on va donner des leçons en République démocratique du Congo, alors que de l'autre côté du fleuve, il suffit de traverser le fleuve, au Congo-Brazzaville, on s'est lavé les mains et on a fait copain-copain avec Denis Sassou Nguesso.

0:31
Présentateur

Salut Thomas ! Salut Jemil ! Comment tu vas ? Ça va très très bien et toi ? Très bien, merci. Je crois que t'es venu nous parler d'un sujet qui nous a quitté complètement étranger, la France en Afrique ou plutôt Emmanuel Macron, sa tournée africaine qui s'est achevée samedi en République démocratique du Congo. On fait donc un petit bilan ensemble ?

0:53
Invité

Mais mon Dieu ! Je m'attendais à un naufrage, mais je ne pensais pas que ce serait à ce point-là. Lui, Macron, quand il touche le fond, je crois qu'il peut creuser encore. Il y a encore du potentiel, c'est quand même assez incroyable. Et pourtant, il y a quelques jours, tout avait bien commencé. Au début de la semaine, il avait prêché un nouveau partenariat avec l'Afrique, un partenariat débarrassé des oripeaux de la France-Afrique, de l'arrogance, de l'ingérence. Il avait fait vœu d'une extrême humilité. Et puis, quelques jours après, il est parti au Gabon où, effectivement, il a donné des gages.

Il disait qu'on passait d'un hard power à un soft power beaucoup plus doux, avec une coopération beaucoup plus renforcée dans les secteurs de la musique, du sport, etc. Bon, bref, on en est fini avec la France-Afrique à papa. On écoute un petit extrait du discours d'Emmanuel Macron devant la communauté française à Libreville, au Gabon. C'était il y a quelques jours. Notre histoire commune, ici, au Gabon, ne nous le cachons pas, c'est aussi celle de la France-Afrique. Et cet âge de la France-Afrique est bien révolu. Mais j'ai parfois le sentiment que les mentalités n'évoluent pas au même rythme que nous.

Quand je lis, j'entends, je vois qu'on prête encore à la France des intentions qu'elle n'a pas, qu'elle n'a plus. On semble encore aussi attendre d'elle des positionnements qu'elle se refuse à prendre. Et je l'assume totalement. C'est pourquoi je préfère être très clair et explicite en vous retrouvant aujourd'hui. Au Gabon, comme ailleurs, la France est un interlocuteur neutre qui parle à tout le monde et dont le rôle n'est pas d'interférer dans des échéances de politique intérieure.

Et donc, si je suis au milieu de vous aujourd'hui, avec le plaisir de vous retrouver, c'est précisément pour bâtir un partenariat équilibré sur les sujets de climat et de biodiversité, sur les sujets économiques, industriels, etc., de défendre nos intérêts, de porter des causes communes. Mais je ne suis venu investir personne. Je ne suis venu témoigner que mon amitié et ma considération à un pays et à un peuple frère. Mes chers compatriotes, chers amis, nous savons à quel point entre le Gabon et la France, ces liens sont puissants, dynamiques, passionnés, créatifs, innovants, entreprenants et en constante recomposition. Et vous êtes les premiers artisans de cette relation.

3:11
Présentateur

C'est beau, disons, qu'on y croirait presque.

3:14
Invité

Oui, on y croirait presque. Alors, quand il annonce que l'époque de la France-Afrique est révolue, sauf qu'il y a quand même un petit problème. Il va quand même faire son discours au Gabon, qui est le cœur de la France-Afrique. Alors, le Gabon est un très beau pays, mais c'est un peu le mordor de la France-Afrique. Depuis 1967, il y a une famille qui règne sur ce pays-là, Omar Bongo, qui était un peu le parrain des relations troubles entre la France et l'Afrique, et qui, quand il est mort, a cédé la place à son fils Ali Bongo, qui, depuis 2018, est un peu diminué, mais qui, quand même, le clan règne sur le pays, malgré la maladie et l'AVC qu'a subi Ali Bongo en 2018.

Et finalement, Emmanuel Macron n'est pas tant allé à Libreville, au Gabon, pour assister à un sommet sur les forêts. Mais ce qu'il a fait, c'est qu'il a surtout donné sa caution au régime des Bongo, qui, quand même, il y a une élection présidentielle qui va se passer en 2023. Il faut se souvenir que les dernières élections présidentielles en 2016 avaient été très contestées. L'opposition avait gagné les élections. Et non seulement le pouvoir en place, le pouvoir de Ali Bongo ne l'avait pas reconnu, mais ils avaient fait envahir le QG de l'opposition faisant plusieurs dizaines de morts. Et même l'Union européenne avait dénoncé un manque de transparence.

Mais la France, comme c'est l'allié traditionnel du Gabon qui s'était tue, avait avalisé les élections. Et même, on a continué à déverser de l'argent sur ce pays-là, en sachant que les élites sont totalement corrompies, le pouvoir est totalement corrompue. Il y a une enquête sur des biens mal acquis, acquis par le clan au pouvoir gabonais ici, en France. Mais malgré ça, l'Agence française de développement a déversé des tonnes d'argent, un pognon de dingue sur le Gabon, 800 millions d'euros entre 2010 et 2017. On ne sait pas trop à quoi ça a servi. Normalement, ça aurait notamment dû servir à construire des écoles.

Mais peut-être que ça, à mon avis, servit directement dans la poche des dirigeants. Alors qu'en fait, le Gabon est riche ici, mais pourrait très bien s'en sortir par lui-même, avec ses ressources en pétrole, qui pourrait très bien suffire à un peu plus de 2 millions d'habitants. Donc bref, aller annoncer la fin de la France-Afrique chez un dictateur qui symbolise la France-Afrique, c'est quand même un peu fort de café. Et en plus, ce n'est pas la première fois qu'on raconte qu'on va mettre fin à la France-Afrique.

On se souvient qu'en 2008, il y avait un secrétaire d'État qui s'appelait Jean-Marie Le Bockel, qui était secrétaire d'État à la coopération, qui avait eu le malheur de demander à son président, à l'époque, à Nicolas Sarkozy, de tenir ses engagements de campagne présidentielle et de mettre vraiment fin à la France-Afrique. Sauf que ça n'avait pas du tout plu au Gabon, qui avait demandé à Nicolas Sarkozy de renvoyer un secrétaire d'État français. Et Nicolas Sarkozy avait obéi. Il avait même envoyé Claude Guéant, qui était son secrétaire général de l'Élysée, aller faire amende honorable, aller à Canossa jusqu'à Libreville pour s'excuser devant Omar Bongo.

Donc finalement, ce n'est pas nouveau, ce refrain. Sauf qu'en fait, ce n'est jamais suivi des faits. On se souvient qu'en 2017, Emmanuel Macron, lors d'un discours à Ouagadougou, à l'université de Ouagadougou au Burkina Faso, avait déjà dit « Vous savez, je suis d'une génération, on ne dit pas à l'Afrique ce qu'elle doit faire. » Sauf qu'en fait, absolument rien n'a changé. Et on continue à donner des leçons paternalistes et à maintenir un système de domination, que ce soit par les bases militaires ou même le franc CFA, qui reste, en tout cas pour l'Afrique centrale, gérée par le Trésor français.

6:08
Présentateur

Tout à fait. Et d'ailleurs, la France, à travers Emmanuel Macron, ne s'est pas arrêtée au Gabon, puisqu'en un peu plus de 48 heures, il a visité trois autres pays du continent.

6:16
Invité

Oui. Alors, il a fait un petit tour de l'Afrique centrale. C'était vraiment express. Il allait en Angola, où il a dit « Moi, je vais parler d'agriculture. » Comme il a été allé au Gabon, il a dit « Moi, je vais parler de forêt. » Sauf que derrière, il y a quand même d'autres enjeux. L'Angola, c'est quand même le premier producteur de pétrole africain, à touche-touche avec le Nigeria, qui a longtemps été un allié historique des Russes, qui se rapproche d'autres pays, qui a beaucoup d'investissements en Europe, notamment au Portugal. Et en Angola, les grandes majors pétrolières se pressent, notamment Total, qui exploitent déjà des gisements en Angola.

Et Emmanuel Macron a emmené dans ses valises un représentant de Total, selon France Inter. Et il y a aussi des chefs d'entreprises qui étaient là, parce qu'en Angola, il y a des intérêts français, notamment Castel. On l'oublie souvent, mais c'est un brasseur qui est présent dans plein, plein, plein de pays africains et qui fait des milliards de bénéfices.

Ensuite, Emmanuel Macron s'est rendu au Congo-Brazzaville, où là aussi, c'est vraiment un symbole de la France-Afrique dans tout ce qu'elle a de plus ancien, de plus sanguinaire, avec le président Denis Sassoon-Guesso, dictateur patenté qui est au pouvoir depuis 1979, avec une petite interruption, et à qui Emmanuel Macron est allé claquer la bise juste

7:21
Présentateur

avant de se rendre à Kinshasa. Et il a fini par la RDC, la République démocratique du Congo, qui, on le sait, est un pays, on en a parlé plusieurs fois ici, qui a une tragédie immense depuis 2016. Oui, tu as raison, tu vas voir qu'il était

7:33
Invité

en total freestyle, Emmanuel Macron, je pense qu'il était au bout du rouleau. Mais avant ça, il faut peut-être effectivement, comme tu le disais, replacer le contexte. La République démocratique du Congo, c'est un immense pays, c'est 2,3 millions de kilomètres carrés, c'est un peu plus de 100 millions d'habitants. Et il y avait une phrase du célèbre penseur, Franz Fanon, qui disait que l'Afrique a un revolver dont la gâchette se trouve aux aïres. Le aïre, c'est l'ancien nom de la République démocratique du Congo.

Et malheureusement, ça s'est vérifié au cours des années, puisque depuis 1996, il y a une guerre interminable, sanglante, dramatique, qui se déroule à l'est du pays, avec des ingérences des pays voisins aussi, mais des ingérences aussi américaines, parce qu'il y a une volonté d'exploiter les ressources minières. Parce que ce qui fait malheureusement le malheur du Congo, c'est la richesse de son sous-sol, le cuivre, l'argent, le coltan qui sert à fabriquer nos ordinateurs et nos téléphones portables. Et évidemment, il y a des intérêts miniers absolument énormes, que ce soit américains, chinois, israéliens, etc.

Et donc, forcément, ces intérêts miniers poussent tantôt le gouvernement, tantôt certaines rébellions. Et effectivement, en ce moment, à l'est du Congo, il y a quelque chose qui mobilise l'opinion congolais, parce qu'il y a un drame qui survient, à savoir, il y a une rébellion qui est en phase de réurgence, qui s'appelle le M23, qui n'est pas seulement une rébellion, mais puisqu'elle est soutenue par un petit pays qui est voisin de la République démocratique du Congo, qui s'appelle le Rwanda. Et face à ça, face à cette attaque de rébellions et aux crimes qui sont commis, finalement, le régime congolais a du mal à faire face.

Il y a aussi des casques bleus qui sont là, il y a presque 20 000 casques bleus qui sont présents en République démocratique du Congo, mais qui n'arrivent à rien faire. Donc, bon, la France, dans tout ça, elle ne joue pas forcément un très grand rôle. Il faut se souvenir que c'est une ancienne colonie belge, qui a même été propriété personnelle de roi Léopold II, et dans lequel les Belges ont commis des crimes. On se souvient des centaines de milliers de mains coupées. Donc, bon, la France, c'est pas la République démocratique du Congo, c'est pas le cœur de la France-Afrique.

Mais des fois, comme la France aime bien se mêler de tout et surtout de ce qui ne la regarde pas, notre ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui était ministre des Affaires étrangères sur Emmanuel Macron, s'est fendu de déclarations un peu lunaire. On regarde ça. C'était la première fois qu'un opposant était déclaré vainqueur d'une présidentielle en République démocratique du Congo. Mais aussitôt, les résultats de l'élection du 30 décembre prononcés, la victoire de Félix Tshisekedi a été contestée. Son principal rival, Martin Fayoulou, dénonce un putsch électoral. Et la France semble lui donner raison. Il semble bien que les résultats proclamés, M.

Tshisekedi déclarés vainqueur, ne soient pas conformes aux résultats que l'on a pu constater ici ou là, parce que la conférence épiscopale du Congo a fait des vérifications, a annoncé des résultats qui étaient totalement différents. Les observateurs de l'église catholique avaient en effet déclaré le 4 janvier connaître le nom du vainqueur sans le nommer. À la proclamation de la victoire de Félix Tshisekedi, des violences sont aussitôt éclatées. La France appelle au calme et au respect du résultat des urnes.

Je pense qu'il faut qu'il y ait d'abord qu'on garde son calme, qu'on évite les affrontements et puis que la clarté soit faite sur ces résultats qui sont inverses à ce que l'on imaginait et à ce qui était avancé. Parce que ça peut mal tourner, il y a des risques. Parce que M. Fayoulou était a priori le leader sortant. Les résultats de l'élection peuvent encore être contestés devant la Cour constitutionnelle. La prestation de serment du nouveau président doit avoir lieu le 18 janvier.

10:58
Présentateur

On a vu là, Le Drian, un poil paternaliste dans son discours.

11:03
Invité

Alors c'est quand même assez hallucinant parce que la France a cautionné tellement d'élections truquées en Afrique parce que ça nous arrangeait, c'était nos copains qui bourraient les urnes, que là, tout d'un coup, il y a Jean-Yves Le Drian qui s'était levé. C'était en 2018, à l'occasion de l'élection présidentielle en République démocratique du Congo. La France, effectivement, comme tu as pu le voir, avait une petite préférence pour M. Fayoulou. Et donc, les propos ont été très très mal pris en République démocratique du Congo, même si, effectivement, il y avait des suspicions sur le résultat de l'élection.

Il ne reste pas moins que Le Drian a persisté dans des déclarations complètement hallucinantes et paternalistes en disant, quelques mois plus tard, alors que Tshisekedi avait pris le pouvoir et s'était installé à présidence congolaise, Le Drian avait parlé que si l'élection congolaise avait pu réussir, c'était le fruit d'un compromis à l'africaine. Alors c'est une formule incroyablement raciste, on a l'impression, d'être au XIXe siècle et d'écouter Jules Ferré à la tribune de l'Assemblée nationale.

Et ça avait choqué, pas seulement le clan de Tshisekedi, mais au-delà de ça, qu'on aime ou pas Tshisekedi, l'ensemble du peuple congolais qui avait vu un ministre des Affaires étrangères français, quand même tenant de la vieille France-Afrique à papa, copain avec l'ensemble des dictateurs du continent et pas seulement du continent. On sait son amitié avec tous les maréchaux, le maréchal Sisi en Égypte, le maréchal Déby au Tchad ou le président des Émirats. Venir faire la leçon, c'était quand même assez incroyable et ça n'a pas amélioré l'image de la France en RDC.

Donc on s'est dit, bon, Emmanuel Macron, il appartient à une autre génération, il est quand même plus cool, il est quand même plus jeune, il est arrivé au Congo, il est parti dans un quartier animé de Kinshasa boire une bière avec une des stars de la musique congolaise, Fali Yipupa. Bon, il y avait eu quelques tags devant l'ambassade de France, mais ce n'était pas grave. On s'est dit, Macron, il va faire un monde adorable. Souviens-toi, il avait dit qu'il fallait faire preuve d'une extrême humilité. Eh bien non, parce que lors d'une conférence de presse commune avec le président congolais, Félix Tshisekedi en personne, il a carrément engueulé.

Il a carrément engueulé le président d'un pays qui compte 100 millions d'habitants, le pays, faut-il le rappeler, du grand résistant Patrice Lumumba, assassiné notamment avec la complicité des Belges. Donc il a engueulé, il a engueulé finalement le président d'un État, d'un autre État, d'un État souverain, avec la même décontraction qu'il avait en guirlandais, un jeune militant écologiste, quelques jours plus tôt, au salon de l'agriculture. Il engueule tout le monde. Macron, c'est un peu un mélange entre le schtroumpf à lunettes et Tintin au Congo, le tout avec une certaine exaltation, on va dire. On regarde ça.

Et depuis 1994, ce n'est pas la faute de la France, pardon de le dire dans des termes aussi crus, vous n'avez pas été capable de restaurer la souveraineté, ni militaire, ni sécuritaire, ni administratif de votre pays. C'est aussi une réalité. Il ne faut pas chercher des coupables à l'extérieur de cette affaire.

Et donc on en est dans cette situation qui a conduit à des drames absolus, à cette deuxième guerre, à des millions de morts qu'on ne doit pas oublier, à la nécessité aussi, ce qui est une responsabilité qui doit se faire ici, ce n'est pas la France ou d'autre de le faire, de mettre en place une vraie justice, une justice transitionnelle qui est la clé pour que celles et ceux qui parfois ont tué soient jugés. Et parfois, ils évoluent encore, ils sont là, ils sont encore avec des responsabilités. Comment voulez-vous qu'il y ait une paix durable et de la confiance dans un pays quand la justice n'est pas passée ? Ne demandez pas, n'accusez pas la France pour quelque chose qui dépend de vous, là.

C'est une réalité aussi.

14:16
Présentateur

Cette séquence a eu l'effet d'une bombe là-bas, mais aussi sur les réseaux sociaux, enfin partout, mais surtout en RDC et pas en bien, on le devine.

14:24
Invité

Il se demandait qui était ce charmant monsieur qui venait leur donner les leçons. Je pense que les Congolais ont eu envie de lui dire qu'il aille s'occuper de son pays. Je pense qu'en France, on a déjà suffisamment de problèmes avec l'inflation, avec le chômage, etc., pour qu'il n'a pas donné des leçons à la Terre entière. Pourquoi il se le permet ? C'est ça la question. Parce que quand il est allé au Gabon où il fait copain-copain avec Ali Bongo ou au Congo avec Sassoon Guesso, il n'a absolument pas donné de leçons. Parce que là-bas, on a des intérêts, des intérêts de précaré et aussi des intérêts économiques. Là, la France a beaucoup moins d'intérêt en République démocratique du Congo.

On a essayé à un moment d'exploiter l'uranium avec Areva sous Nicolas Sarkozy, mais ça n'a pas trop marché. Alors, moi, ça me pose quand même question. Ce que vient confirmer Emmanuel Macron avec ce discours, c'est toute l'arrogance que peuvent avoir les dirigeants français vis-à-vis des pays africains, tout le paternalisme, toute l'expression finalement de donneur de leçons. Et c'est ça qui crée le ressentiment contre la France, ou en tout cas le pouvoir français en Afrique. Comment tu veux que la France soit aimée sur le continent si tu tiens des discours dignes d'un administrateur colonial ?

Comment tu veux que le ressentiment contre la France ne soit pas aussi fort si tu passes ton temps à tenir un double discours ? Tu es gentil avec tes copains dictateurs et tu donnes des leçons aux présidents, aux dictateurs qui sont amis avec les Russes, les Chinois, les Amériens, bref, avec les autres puissances. Macron parle tout le temps de principes, de grandes valeurs, d'idéaux démocratiques, mais à côté, il se tait quand il s'agit par exemple de dénoncer les crimes du pouvoir tchadien qui massacrent les opposants, la France étant alliée avec le régime tchadien.

Donc il y a un véritable problème, et en fait cette intervention-là, elle symbolise un naufrage, non seulement le naufrage de cette tournée, mais le naufrage de la politique de la France en Afrique. C'est quand même assez hallucinant, cette schizophrénie incroyable qu'il y a eu pendant la tournée d'Emmanuel Macron, où d'un côté, on est allé dénoncer la France-Afrique en plein milieu du Gabon, où on va donner des leçons aux républiques démocratiques du Congo, alors que de l'autre côté du fleuve, il suffit de traverser le fleuve, au Congo-Brasaville, on s'est lavé les mains et on a fait copain-copain avec Denis Sasungueso.

Donc finalement, moi ça me rappelle beaucoup une fable de La Fontaine avec la chauve-souris et les deux belettes, où finalement la chauve-souris se disait tantôt oiseau, tantôt souris pour garder sa peau, et là en l'occurrence pour préserver l'influence de la France en Afrique. Et surtout, il y a quelque chose qui a profondément blessé les Congolais, au-delà du pouvoir congolais, c'est l'attitude de la France vis-à-vis de ce qui se passe à l'est du Congo. J'ai parlé tout à l'heure de la rébellion du M23 qui est soutenue par le Rwanda, et tout le monde, toute la communauté internationale a condamné l'action du Rwanda, le soutien du Rwanda à cette rébellion.

Même les États-Unis, qui sont des alliés traditionnels du Rwanda, l'ont fait, mais la France n'a fait que du bout des lèvres. Et Emmanuel Macron, tout en parlant du drame à l'est du Congo, a refusé de nommer le Rwanda. Et tout ça, pourquoi ? Parce que la France est alliée au Rwanda, et c'est ça ce qui a hérité... C'est très lié, bien sûr. Voilà. Alors, on a fait d'énormes erreurs et des fautes impardonnables en soutenant le pouvoir génocidaire Hutu lors du génocide des Tutsis au Rwanda en 1994. Mais nos liens se sont rapprochés récemment.

Et au-delà de cette question de culpabilité et cette reconnaissance mémorielle qui, pour moi, est essentielle, il faut que nous reconnaissions la terrible faute que nous avons faite au Rwanda. Eh bien, le Rwanda est une nouvelle amie de la France, puisqu'il a une armée qui lui permet d'intervenir dans pas mal de théâtres extérieurs et de supplier les forces armées françaises qui sont devenues inefficaces ou indésirables dans des pays africains. Je pense notamment en Centrafrique, où ils ont remplacé nos troupes. Je pense aussi au Mozambique. Et c'est assez intéressant de le souligner, puisque l'armée rwandaise intervient dans une zone du Mozambique qui est soumise à une invasion djihadiste.

Sauf que cette zone du Mozambique est d'importance stratégique pour la France et notamment pour Total, puisqu'il y a un énorme gisement gazier que Total veut exploiter. On estime le coût à peu près de ses exploitations à 20 milliards d'euros. Donc l'armée rwandaise sert les desseins de Paris en allant combattre les djihadistes là-bas. Et ce n'est pas pour sauver les populations locales. D'ailleurs, l'Union européenne a accordé très récemment un soutien de 20 millions d'euros à l'armée rwandaise pour aller combattre ses forces au Mozambique.

Et ce qui pose un véritable problème, puisque l'armée rwandaise n'intervient pas seulement au Mozambique, elle aide une rébellion au Congo, une rébellion qui commet des exactions sur les civils. Et ça, Macron ne l'a pas condamné. Et pour le peuple congolais, c'est absolument intolérable.

18:55
Présentateur

Et d'ailleurs, pour finir, Emmanuel Macron a fini par se faire taper sur les doigts par le président congolais, Félix Tisekedi. On regarde un petit monito.

19:03
Invité

Je voulais réagir par rapport à cette question sur le compromis à l'africaine, enfin, ce petit commentaire, pour dire que, voyez-vous, madame, c'est justement ça qui doit changer dans nos rapports avec la France en particulier, mais l'Europe en général, l'Occident. Votre façon de voir les choses lorsqu'elles se passent en Afrique, quand il y a des irrégularités aux élections américaines, on ne parle pas de compromis à l'américaine. Lorsqu'en France, il y a plusieurs années, maintenant, lors des années Chirac, il y a eu un scandale sur des électeurs décédés qu'on a fait voter, on ne parlait pas de compromis à la française.

Dans des conditions difficiles, vous parlerez de compromis à l'africaine, alors qu'aujourd'hui, ces mêmes Africains sont en train d'attirer votre attention sur cette ignoble et injuste agression due au fait du Rwanda, et demandons même des sanctions, personne n'en parle. Même les Européens ou les Américains posent les mêmes questions à leurs dirigeants chez eux. La deuxième chose, et ça me permet d'insister, parce que le Président a parlé de la France en répondant à la question, quand un ou une journaliste française pose une question, ça n'est pas le gouvernement de la France. Et c'est bien comme ça. Mais il ne faut pas tout confondre.

Non, non, non, mais ce n'est pas une position de la France. Je faisais allusion... Parce qu'il n'y a pas de... Il n'y a plus... Il y en a eu... Je faisais allusion au propos de Le Drian. Lui, il est officiel français. Le compromis à l'Africaine, c'est Le Drian, ce n'est pas la journaliste. C'est exact, mais ce compromis, mais cette formule, Président...

20:49
Présentateur

Et c'est intéressant de voir que cette tacle-là, les propos du Président congolais, finalement, n'ont pas eu le même écho médiatique que le Président français. Même en ça, on peut peut-être y voir aussi, en médiatiquement parlant, une illustration de la France-Afrique, encore une fois.

21:04
Invité

Oui, je pense qu'il y a un vrai problème de relais médiatique. Par exemple, quand on parle de la colère qu'ont les peuples africains contre la politique française en Afrique, on attribue toujours ça aux Russes, comme si finalement, les Africains étaient des grands enfants qui ne savaient pas penser par eux-mêmes et qu'il y avait besoin d'un marionnettiste pour les manipuler, qu'ils soient russes, turcs, chinois, et en fait, pour créer cette détestation de la France, alors que c'est nous-mêmes qui l'avons nourrie. On l'a vu dans les différentes interventions, que ce soit de Macron ou de Le Drian.

Félix Tchessé qui dit, revenait sur cette fameuse phrase de Jean-Yves Le Drian, éminemment raciste, où il parlait de compromis à l'Africaine. Mais ça doit quand même faire tout drôle à Emmanuel Macron de voir ce que les présidents africains, qu'on a longtemps considérés comme des sortes de sous-préfets, se révoltent et arrivent à dire la vérité en face. Je pense que c'est important d'arriver à dire non et d'arriver à dire ces quatre vérités à une ancienne puissance coloniale. Mais malheureusement, Emmanuel Macron, on l'a vu, n'a pas l'air du tout de le prendre en compte. Il reste droit dans ses bottes.

Et malheureusement, il y a cette phrase de la Bible, je ne fais aucun prosélytisme, qui dit que l'arrogance précède la ruine et l'orgueil précède la chute. Et malheureusement, Macron est en train de ruiner non seulement l'image de la France en Afrique, mais nos derniers intérêts. Et ça, moi, je trouve que c'est fort dommage.

22:15
Présentateur

Merci, Thomas. On se retrouve bientôt, j'imagine, pour la prochaine épisode de Emmanuel Macron en Afrique.

22:21
Invité

La prochaine fois. Il y en aura d'autres, à mon avis. Sous-titrage Société Radio-Canada

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