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Discours / meetingFrançois Fillon· 24 janvier 2017 37 minAutoproduitFond programmatiqueEurope & internationalÉconomie & entreprisesImmigration & asileDéfense

"J'appelle à un sursaut européen" | François Fillon à Berlin

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 85 %Attaque 10 %Défensif 5 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:00François FillonFait
    « Mon Europe respecte les nations. Mon Europe protège les Européens, leur donne des emplois, défend nos intérêts économiques et contrôle nos frontières. »
  • 5:00François FillonChiffre
    « En 30 ans, la population de l'Afrique va plus que doubler. »
  • 9:00François FillonPromesse
    « Dans 10 ans, nous devrions avoir fait de notre monnaie commune une vraie monnaie internationale, une monnaie de réserve et de règlement comme c'est le cas de la monnaie américaine. »
  • 11:00François FillonChiffre
    « En 2020, notre continent sera dépendant à 75 % de l'extérieur pour les énergies. »
  • 13:00François FillonFait
    « La directive sur les travailleurs détachés a progressivement installé un véritable dumping social à l'intérieur même de chacune de nos nations. »

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François Fillon

Cher Hans Gert, monsieur le ministre, mesdames et messieurs, mes chers amis, c'est un honneur et un plaisir pour moi de prendre la parole devant la fondation Conadaur que j'admire et aux travaux de laquelle j'ai participé à de nombreuses reprises depuis maintenant un petit peu plus de 30 ans. Je viens ici comme gauliste, attaché à cette amitié franco-allemande qui a toujours donné sa force au projet européen. Candidat à l'élection présidentielle, j'entends défendre mes convictions sur la place du continent européen dans le monde. Mon Europe respecte les nations. Mon Europe protège les Européens, leur donne des emplois, défend nos intérêts économiques et contrôle nos frontières.

Mon Europe doit être le foyer de la liberté, de l'innovation, de la culture. Mon Europe est indépendante. Elle est debout face aux menaces qui l'entourent. Pour tout dire, je vois l'Europe comme une civilisation, une civilisation qui doit donc être défendu. Et je tire aujourd'hui le signal d'alarme. L'Europe devrait décupler notre puissance aujourd'hui. Elle l'a réduit. Elle devrait décider et en réalité le plus souvent elle hésite. Elle devrait simplifier et elle complique. Elle devrait nous rendre fier et elle ne nous parle plus au cœur. À force de tergiversation, nous ne savons plus où nous voulons aller, ni ce que nous voulons construire ensemble. Notre faiblesse nous disloque.

Elle nous attire. Le mépris des grandes puissances, elle nous discrédite. Ici à Berlin, j'appelle à un sursaut européen. Nous ne pouvons pas continuer comme avant. Nous devons remettre à plat les compétences européennes et nous interroger sur ce qui est essentiel et sur ce qui est accessoire. Nous devons définir nos priorités. Nous devons préciser ce que nous voulons faire, avec qui nous voulons le faire et dans quel cadre. Et pour cela, il y a une condition préalable qui n'est pas suffisante mais qui est nécessaire. Il faut que la France retrouve sa voix et qu'elle retrouve un leadership en Europe.

Notre chômage de masse, notre incapacité à réduire notre dette, nos déficits commerciaux ne sont pas seulement des handicaps pour la France, ils sont des handicaps pour la France bien sûr, mais ils réduisent aussi notre poids politique sur la scène européenne et sur la scène internationale. Voilà pourquoi mon projet présidentiel ne recule devant aucune des décisions nécessaires en matière économique. Ces décisions, elles amélioreront la vie quotidienne de mes compatriotes. Elles leur redonneront la dignité par le travail, mais elles rétabliront aussi la pleine souveraineté de la France et donc sa capacité à peser sur le futur européen.

Il est de bon ton en France en tout cas de s'inquiéter de la puissance économique allemande en Europe. La réalité c'est que cette puissance résulte du travail des Allemands, de l'effort de réforme conduit par les Allemands, mais elle résulte aussi de notre incapacité ces dernières années à prendre les mesures nécessaires nous-mêmes pour nous redresser. En décidant vite et fort les changements nécessaires, nous allons rétablir un équilibre dans la relation franco-allemande. La complémentarité de puissance entre la France et l'Allemagne, c'est la condition de l'efficacité de notre tandem.

Sur cette base de pleine égalité, je souhaite construire une Europe nouvelle avec notre partenaire allemand et tous ceux qui croient encore dans le destin du continent européen. Oui, je fais le choix clair du couple franco-allemand parce qu'il est illusoire de vouloir transformer en profondeur le projet européen sans un lien étroit entre nos deux nations. Nous avons des différences. Le général de Gaul avait l'habitude de dire "Les Allemands sont des Allemands et les Français sont des Français." Assumons ces différences au lieu de les nier. Nous avons des divergences sur la question des réfugiés ou sur la politique économique.

Et bien, regardons-les en face pour mieux les surmonter et surtout ne cherchons pas des échappatoires illusoires ou alors des alliances de revers qui ne mènent nulle part. Dans la situation actuelle où notre Europe est menacée de disparition sur la scène internationale, la responsabilité conditionne, commande la décision. La France et l'Allemagne doivent trouver rapidement un accord pour renforcer la croissance dans le cadre de la zone euro, pour protéger nos frontières et pour instaurer enfin après des décennies de renoncement une véritable puissance européenne.

C'est à cette condition seulement que le continent européen pourra défendre sa place entre les États-Unis de monsieur Trump, la Russie de monsieur de monsieur Poutine et la Chine. nous affirmer ou nous soumettre, nous unir ou disparaître. Voilà désormais le choix historique devant lequel nous sommes placés. Nous allons bientôt célébrer les 60 ans du traité de Rome. On peut poser la question où est l'unité de 1957 ? Où est la force de l'Europe ? Les doutes et les divisions ont pris le dessus. Les critiques se multiplient sur les institutions européennes. Des années pour adopter un registre des passagers aériens alors que la menace terroriste peut nous frapper à tout moment.

Est-ce que c'est raisonnable ? Des années pour constituer un corps de garde frontière capable de stopper les flux migratoires illégaux. Est-ce que c'est acceptable ? Décision et confusion font le jeu des partis extrémistes qui gagnent du terrain partout en Europe, en France, en Autriche, en Hongrie et même désormais en Allemagne. Résultat, pour la première fois depuis la création du projet européen, un peuple a décidé de quitter le navire. Ce choix souverain doit être respecté bien sûr, mais il faut quand même mesurer le bouleversement que représente la décision britannique au regard de la construction européenne. Cette construction européenne semblait irréversible.

Elle est désormais fragile. Il ne s'agit pas de pleurer sur la décision britannique. Personnellement, je la regrette. Mais ce coup dur doit être compris comme une obligation pour l'Union européenne de repartir de l'avant. Dans la négociation qui commence avec la Grande-Bretagne, défendons une ligne claire. On peut pas être à la fois dedans et dehors. On peut pas avoir accès au marché européen sans respecter les règles qui le fondent. Les quatre libertés du marché intérieur européen ne peuvent pas être remises en cause adopté à la carte. Elles forment un tout et elles doivent être prises comme un bloc.

En matière de politique migratoire, nous attendons aussi du gouvernement britannique qui prenne toutes ses responsabilités. Nous engagerons avec nos partenaires britanniques une renégociation du traité du Touqué. Je ne vois pas au nom de quoi la France accueillerait et gérerait sur son sol les flux migratoires à destination de la Grande-Bretagne qui demain ne participera plus à notre union.

Le discours de Thesa ma mardi dernier montre que le gouvernement britannique est prêt à tirer clairement les conséquences concrètes du référendum, clarifier la situation, lever les ambiguités techniques mais en même temps, je l'affirme devant vous, poursuivre notre coopération avec la Grande-Bretagne sur des sujets vitaux comme les questions de sécurité et les questions de défense. Voilà la ligne que je propose. La question britannique est majeure, mais elle ne doit pas nous détourner de ces défis immédiats. Le premier défi, c'est celui de la crise migratoire.

Durant la seule année 2015, c'est plus d' 300000 réfugiés qui sont entrés sur le territoire européen dont la plus grande part ici en Allemagne. Chacun a réagi en ordre dispersé et ses divisions nous ont affaibli. La France n'est pas un territoire sans limite. Nous comptons 6 millions de chômeurs et près de 9 millions de personnes qui sont considéré comme en dessous du seuil de pauvreté. Ma position est claire. La France ne peut pas accepter plus de réfugiés. Le droit d'asile n'est pas le désordre migratoire. Les conditions économiques et sociales nous commandent la fermeté. Nous faisons un choix différent de nos amis allemands sur ce sujet.

Oui, mais ça doit pas nous empêcher de progresser vers une réforme en profondeur des accords de Schengen et vers une politique commune en matière d'asile. Il faut réformer Schengen. La libre circulation en Europe doit avoir une contrepartie non négociable, des contrôles systématiques aux frontières extérieures qu'elle soit terrestre, aériennes ou maritime. Les frontières extérieures de l'Europe doivent devenir de véritables frontières. C'est-à-dire des frontières où les contrôles des voyageurs, notamment non européens seront systématiques.

Voilà, s'il faut attendre 2h pour entrer en Europe, et ben on attendra 2h comme on attend 2h pour passer les contrôles dans n'importe quel aéroport américain. Tant que les frontières de l'Europe ne seront pas protégées par nos partenaires et dans le contexte de guerre contre le totalitarisme islamique, la France rétablira de vrais contrôles à ces frontières. Le corps de garde frontière européen représente une première avancée. Il doit se déployer rapidement si nécessaire sur la base de coopération renforcé. Je ne vois aucun autre moyen pour éviter à Malte, à la Grèce ou à l'Italie d'être submergé par l'arrivée de Glandestin.

Ensuite, il faut harmoniser nos règles d'accueil et créer un droit d'asile européen avec un objectif, mettre fin aux abus de la politique d'asile. Les demandes d'asile ont explosé depuis 2012. Les crises du Proche-Orient n'expliquent pas cette augmentation massive puisque 70 % des demandes sont en réalité rejetées. Ce qui est en cause, c'est la multiplication des détournements de procédures nourris par les filières et par les passeurs. Ces passeurs de rêve sont en réalité des passeurs de mort que nous devons traquer et que nous devons neutraliser. Pour la France, j'ai fixé mes objectifs. Demain, les demandes d'asile devront être faites à l'étranger dans les consulats des pays européens.

La durée d'instruction des demandes sera réduite à 120 jours. Les demandeurs d'asile dont la demande aura été définitivement rejetée devront impérativement être éloigné du territoire européen. Je veux que la coopération des pays d'origine et des pays de transit à notre politique d'immigration soit une condition de l'aide au développement que nous leur versons et du nombre de visas que nous délivrons à leur ressortissant. Il est temps d'assurer une réciprocité dans l'aide au développement. La période où la question de l'immigration était passée sous silence dans toutes les discussions entre l'Union européenne et ses partenaires en développement doit être révolu.

On a besoin d'accord de réadmission qui fonctionne réellement. Vous le savez bien, en 30 ans, la population de l'Afrique va plus que doubler. Il faut donc définir des nouveaux partenariats avec des financements ciblés dans des domaines clés. l'accès à l'énergie, la formation de la main d'œuvre africaine, le numérique. Je veux dire de ce point de vue-là, et je le lui ai dit ce matin, que je soutiens totalement la proposition de la chancelière Anguela Merkel de faire du développement en Afrique, une priorité de la présidence allemande du G20. Je souhaite que cet enjeu majeur fasse l'objet de proposition conjointes entre la France et l'Allemagne.

Pour protéger efficacement nos frontières, encore faut-il que nous soyons capables de les définir. Je propose et c'est une position, je crois largement partagée en France qu'on en finisse avec les élargissements permanents. Cette fuite en avant géographique inquiète aujourd'hui les peuples européens. Nous vivons avec la Turquie dans un déni collectif qui dure depuis plus de 50 ans. Laisser prospérer cette idée que la Turquie finira au bout du compte par adhérer à l'Union européenne est une manière, de mon point de vue, de la tromper et de ne pas la respecter. La place de la Turquie n'est pas dans l'Union européenne. Ma position sur ce sujet n'a pas varié et elle ne variera pas.

La Turquie, c'est un état stratégique pour les Européens. Notre partenariat économique comme nos intérêts de sécurité exige que nous développions avec la Turquie une relation étroite. Mais plus nous avancerons dans la clarté, plus notre relation sera forte. Il faut donc jeter les bases d'une nouvelle relation fondée sur des objectifs partagés. la coopération contre le terrorisme, l'Union douanière, des grands projets dans le domaine de l'énergie et des transports. Avec l'Ukraine, second sujet, puisqu'on parle de nos frontières, je considère que l'Union européenne a fait preuve à la fois de précipitation et de légèreté.

Avec la signature d'un accord d'association en 2014, avec nos promesses inconsidérées sur une perspective d'adhésion, avec les sous-entendus irresponsables de certains sur l'extension de l'OTAN, nous avons suscité de faux espoirs. Il faut avoir le courage de le reconnaître. Il est urgent que l'Europe retrouve ses frontières. Le troisème défi, c'est la défense des intérêts économiques européens. Dans un monde où chaque puissance se défend bec et ongle, il est temps que les États européens sortent de leur torpeur pour se protéger et pour faire valoir leurs droits. Il s'agit pas de se barricader. Il s'agit pas de céder non plus à un libre échange sauvage, sans règle et sans contrôle.

Le commerce international doit inventer de nouvelles règles fondées sur un principe de stricte réciprocité. Et nous européens, nous devons être en pointe sur ce sujet dans le cadre du G20. Il y a une grande bataille qui se prépare sous nos yeux auquel il faudrait mieux qu'onassiste pas en spectateur entre les États-Unis de monsieur Trump et la Chine de monsieur X Jinping. Ce sont nos entreprises, ce sont nos PME, ce sont nos emplois qui sont en jeu. C'est aussi notre agriculture et notre alimentation. Pas de concession dans les négociations commerciales. Nous devons refuser des accords de libre échange quand ils ne sont pas équilibré et quand ils ne sont pas dans l'intérêt de nos économies.

De ce point de vue-là, le projet de traité commercial avec les États-Unis est déséquilibré. Sa signature menacerait nos intérêts agricoles et notre modèle de développement. S'agissant du traité commercial avec le Canada, des clauses de sauvegarde ont été prévues, notamment pour les produits sensibles. Et bien, nous devrons, si c'est nécessaire, les activer. À l'égard des multinationales étrangères qui opèrent sur notre marché, nous devrions faire preuve de la même rigueur que celle que les Américains pratiquent à notre égard. Une banque française a été il y a quelques années condamnée à une amende de 9 milliards de dollars pour avoir méconnu la législation américaine.

J'ai compris qu'une banque allemande était sous le coût de la même accusation. Des centaines d'entreprises européennes sont en permanence sous la menace de sanctions américaines totalement injustifié au regard du droit international et des règles européennes. Pourquoi nous européens ne faisons pas preuve de la même fermeté lorsqu'une grande entreprise américaine opère sur notre marché intérieur sans en respecter les règles ? Je pense que cette passivité européenne n'est plus acceptable et qu'elle doit cesser.

Nous devons nous doter des outils nécessaires pour faire respecter nos procédures, nos règles, nos exigences, nos lois fiscales par toutes les multinationales du monde qui veulent opérer sur notre marché intérieur. Même chose pour la reconnaissance à la Chine du statut d'économie de marché. Je ne suis pas favorable à ce que nous accordions ce statut sans une évolution en profondeur des règles de concurrence, de commerce et des règles environnementales sur le marché chinois. Enfin, en matière de marché public, nous devons exiger de nos partenaires une stricte réciprocité.

Il n'est pas acceptable que l'Europe ouvre ses marchés publics à 95 % aux entreprises étrangères alors que c'est le cas seulement de 30 % aux États-Unis. Et ça c'était avant monsieur Trump. Dans nos propres appels d'offre, nous devons mettre en place de nouvelles dispositions pour privilégier nos entreprises, nos PME et par conséquent nos emplois. Mesdames et messieurs, le commerce est le nouveau champ de bataille de la mondialisation. Nous devons combattre à arme égale. Liberté des échanges, oui, mais la liberté des échanges doit pas signifier l'abandon de tous nos intérêts économiques.

La liberté des échanges doit rimer avec la réciprocité des règles, avec la préférence communautaire pour nos entreprises et avec le refus de tout contournement fiscal. Comment nous défendre et comment être plus fort en particulier dans cette bataille commerciale qui s'engage. Ma conviction, c'est que c'est par le renforcement de la zone euro que nous pourrons y parvenir. Les étatmandes de la zone euro ont fait le choix de l'Union monétaire en créant une nouvelle devise dont la stabilité nous protège. Son poids nous garantit des taux d'intérêt particulièrement avantageux. Mais en même temps, vous le voyez bien, on est au milieu du gay et on ne peut pas y rester.

Nous devons avoir le courage de réformer la gouvernance de la zone euro pour en faire un véritable instrument de puissance européenne. Dans 10 ans, nous devrions avoir fait de notre monnaie commune une vraie monnaie internationale, une monnaie de réserve et de règlement comme c'est le cas de la monnaie américaine. Je me souviens d'ailleurs, puisque je n'étais pas favorable à l'origine, à la création de la monnaie européenne, que parmi les arguments qui étaient mis en avant pour la défendre, il y avait cet objectif de faire de l'euro l'équivalent du dollar et de nous assurer notre autonomie monétaire.

Et bien euros et dollars doivent demain, même si c'est du long terme, avoir la même crédibilité sur la scène financière internationale. Pour y parvenir, il faut évidemment c'est on y'y parviendra pas par des décrets, par des lois, par des textes, par de l'organisation. La seule manière d'y parvenir, c'est d'obtenir la confiance des investisseurs. Comment le faire si nous ne distinguons pas l'Europe des 19 pays partageant la monnaie unique de celle des 27 ou des 28 ? Renforcer l'intégration économique de l'Europe des 19 sera donc ma priorité. Je propose que les Étatsmembres de la zone euro se fixent un agenda d'harmonisation de leur fiscalité.

Le calendrier pourrait être 5 ans pour la fiscalité des entreprises qui devrait être notre priorité en matière de compétitivité. Et je veux tout de suite rassurer nos amis allemands, il s'agit pas d'une astuce pour faire monter la fiscalité allemande au niveau de la fiscalité française. Il s'agit d'abord de baisser la fiscalité française et ensuite d'harmoniser nos conditions fiscales dans la zone euro et 10 ans pour rapprocher celle des ménages. Un secrétaire général de la zone euro pourrait veiller à la mise en œuvre des décisions des chefs d'état et de gouvernement pour atteindre cet objectif. Et sans attendre, la France et l'Allemagne pourraient créer le mouvement.

Il s'agit de construire un espace cohérent pour faire de l'euro une arme contre l'inflation mais aussi pour la croissance et pour l'emploi. Au côté de la banque centrale européenne dont l'indépendance doit être absolument préservée, il faudra donner une visibilité au pilotage politique de la zone euro. Et moi, je propose que cette visibilité soit simplement le fait de la réunion régulière des chefs d'État et de gouvernement avec leur ministre des finances et je souhaite que les parlements nationaux soient associés à la mise en œuvre de cette stratégie.

Nous devons enfin nous doter d'un véritable fond monétaire européen ayant vocation à s'assurer de la mise en œuvre rigoureuse de la politique des États concernés et assurant à l'Europe son autonomie face au fonds monétaire international. En Europe, la lutte contre le dumping social doit aussi devenir un objectif partagé. Il ne faut pas s'écarter d'un principe fondamental à l'intérieur de chaque État membre. Pour un travail égal, le salaire doit être égal et les cotisations sociales aussi. Si je suis élu, je demanderai la renégociation de fond en comble de la directive sur les travailleurs détachés pour faire respecter ce principe.

Et je le dis, si la négociation n'aboutit pas, moi je suspendrai son application sur le territoire national parce que cette directive est en train de créer des ravages dans les économies européennes. Où sont les bénéfices pour nos travailleurs ? La directive sur les travailleurs détachés a progressivement installé un véritable dumping social à l'intérieur même de chacune de nos nations. Dans le domaine des transports ou encore de la construction, des dizaines de milliers d'emplois sont concurrencés de façon totalement inéquitable.

Il nous faut procéder par étape, renforcer la zone euro, réformer Schengen pour avoir des frontières sûr, mettre en œuvre une défense européenne avant de nous pencher sur la réforme des institutions, notamment pour mettre définitivement un terme à l'inflation normative européenne. Mesdames et messieurs, pendant des décennies, nous avons vécu dans une illusion, l'illusion de la paix perpétuelle. Malheureusement, la réalité est cruelle. La violence est de retour et cette violence, elle tue à Berlin, à Paris, à Nice et ailleurs. Elle prend des formes nouvelles et insidieuses avec la cybercriminalité.

Elle déstabilise des régions entières qui sont à quelques centaines de kilomètres des côtes européennes. Face à cette menace, nous avons longtemps pensé que la solidarité avec notre allié américain était suffisante. des choix militaires de Barack Obama aux dernières déclarations de Donald Trump. Nous devrions pourtant comprendre que le mouvement de fond est au retrait de la puissance militaire américaine qui estime avoir beaucoup fait par le passé et qui considère que les Européens doivent désormais assumer une part plus importante de leur sécurité. Alors, qu'est-ce que nous voulons ? Est-ce que nous voulons que l'avenir du monde ne se joue qu'entre les États-Unis, la Chine et la Russie ?

Est-ce qu'on veut continuer à payer sans rien décider comme ça risque d'être le cas en Syrie ? Est-ce qu'on veut continuer à être les invités perpétuels des conférences de donateurs tout en étant exclus des enceintes où se prennent les vraies décisions ? La France, puissance nucléaire militaire, membre permanent du Conseil de sécurité, ne peut plus accepter une Europe couchée. Les États européens ne peuvent plus rester spectateurs des crises qui se jouent à leur portes. Il est temps que le continent européen se dote de la force militaire et des capacités stratégiques qui lui font défaut depuis des origines. Alors, comment ?

Et bien d'abord en premier lieu en augmentant les budgets de la défense. C'est mon objectif pour le budget des armées françaises et c'est aussi celui d'Angela Merkel et de sa ministre de la défense Ursula Vanerleinen que je viens de rencontrer. Ces moyens supplémentaires doivent nous permettre de constituer une vraie capacité européenne autonome. Il s'agit pas d'agir contre l'alliance atlantique et l'OTAN. Il s'agit de progresser vraiment dans la construction d'une alliance de sécurité européenne.

Cette défense devrait impliquer des choix communs pour notre industrie de défense qui ne sera solide que si tous jouent le jeu et si tout le monde respecte les règles de la solidarité européenne en matière de développement de programmes militaires mais aussi d'achat d'équipement. Bon, vous le savez, nous en sommes très loin et certains pays acquièrent des matériel américains alors même que des équipements similaires sont produits sur le continent européen et sont disponibles. C'est incompréhensible pour nos concitoyens et en matière de sécurité, je voudrais dire que la préférence européenne n'est pas un gros mot.

Mais cette défense européenne ne se construira pas seulement par des États-majors et des équipements. Elle suppose que chaque nation européenne accepte de déployer ses soldats pour la défense de nos intérêts de sécurité les plus vitaux. J'ai eu l'occasion il y a quelques jours de me rendre en décembre au Mali et au Niger et je suis fier de ce que nos armées font là-bas. À travers l'opération Barcane, la France assume la sécurisation du Sahel, essentielle pour réduire le risque terroriste. Nous le faisons au bénéfice de tous les Européens, mais nous ne pouvons pas le faire seul et nous ne pouvons pas le faire dans la durée.

Notre politique européenne doit tenir compte de toutes les menaces et elle ne doit pas négliger la déstabilisation que représente la cybercriminalité. Dans ce domaine, nous devons mieux nous protéger, une coopération accrue et nécessaire, mais je voudrais qu'on aille plus loin et qu'on se donne les moyens de riposter, pas seulement de se défendre quand cela est nécessaire. D'ailleurs, d'une manière plus générale, la souveraineté numérique européenne représente un défi majeur et je pense que la France et l'Allemagne pourraient en faire un chantier prioritaire pour les 5 prochaines années.

Nous savons qu'il ne sert à rien de légiférer au niveau national pour lutter contre une hégémonie grandissante de plateforme numérique mondial puissante. On ne fait que ralentir le développement de notre économie. Il faudrait au contraire être plus fort et plus ambitieux ensemble, faire émerger une Europe du numérique où les règles du jeu concurrentiel serait équitable, où nos start-up auraient les moyens de grandir pour devenir de futurs géants de l'internet dans tous les domaines où les places sont pas encore prises et où notre repost aux attaques numériques serait à la fois proportionné et efficace. une défense européenne donc mais pour quelle stratégie et contre quelle menace ?

Je pense qu'aujourd'hui les perceptions restent trop éloignées entre les États-membres. Il faut donc que nous travaillons ensemble à nous doter d'une vision stratégique commune qui, de mon point de vue, fait défaut au continent européen. De ce point de vue, notre relation avec la Russie est une question décisive. Aujourd'hui, c'est à nouveau la guerre froide alors même que notre priorité, c'est de battre le totalitarisme islamique. Tout le monde a une part de responsabilité dans cette situation et évidemment la plus grande part de responsabilité revient au Kremelin. Mais l'Europe et les États-Unis ont manqué de discernement.

Plus on isole la Russie, plus elle use de sa puissance de façon unilatérale et plus elle bascule vers l'Asie. Je vous dis mes convictions. La Russie a selon moi vocation à être un partenaire majeur des nations européennes. Nous avons besoin de renforcer notre coopération pour faire face à la menace terroriste. Il est notre intérêt réciproque de développer nos échanges commerciaux. Est-ce que ça veut dire qu'on doit faire preuve de faiblesse avec nos interlocteurs russes ? Certainement pas parce que nous avons des intérêts à défendre et il faut les défendre. Et pour ma part, je veux avec Moscou une relation franche, respectueuse mais ferme.

Mais surtout, je veux qu'on sorte du face-àface dans lequel nous sommes enfermés pour le moment et qui ne profite à personne. Entre la Russie et l'Europe, notre seule perspective peut pas être à long terme une confrontation larvée sous un régime de menace et de sanctions. Alors, essayons de progresser par étape. La première de ces étapes, c'est la résolution du problème ukrainien et la mise en œuvre des accords de Minsk. La mise en œuvre de ces accords suppose des efforts de toutes les parties prenantes, je dis bien de toutes les parties prenantes, et des avancées concrètes qui permettraient alors d'engager une levée des sanctions contre la Russie.

La deuxième pourrait être le lancement de discussions à haut niveau sur les menaces et sur la perception de notre environnement de sécurité en Europe comme en Russie. et elle pourrait conduire à une modernisation de l'architecture de sécurité européenne qui date et qui ne correspond plus au défi actuels. Enfin, la troisième pourrait être le développement de nos échanges dans un marché plus ouvert. Je pense qu'entre l'Europe et la Russie, même si c'est difficile, on doit rétablir la confiance, retrouver le chemin du dialogue et construire une relation forte. En tout cas, ce sera mon ambition. Mais le continent européen peut pas non plus se limiter à un marché ou à un espace de sécurité.

Le continent européen doit s'affirmer comme une référence de modernité et surtout il doit et c'était le début de mon propos au fond incarner une civilisation singulière. Nous en avons les atouts scientifiques et humains. Alors que nous célébrons cette année avec le 30e anniversaire du programme Erasmus, une des plus belles de nos relations de nos réalisations communes. Et bien, il faut faire mieux. Il faut mettre en réseau nos pôles de compétitivité, nos programmes de recherche, nos universités pour faire contrepoids aux investissement massif qui bénéficient au secteur stratégique aux États-Unis et en Chine.

Faisons donc de notre génération celle qui bâtira les herbus de l'avenir dans le secteur du numérique ou dans le secteur des nouvelles technologies. Je sais qu'il y a toujours un peu de scepticisme en Allemagne quand on propose des projets qui donnent le sentiment d'être un peu piloté de manière publique. Mais si je peux me permettre de raconter un souvenir personnel, j'étais le tout jeune collaborateur du ministre des transports il y a très très longtemps. Je pense que c'était en 1978 et je me souviens d'avoir participé à ses côtés à une réunion à Bat Godberg où notre objectif était de convaincre l'Allemagne de ne pas abandonner Airbus.

que le gouvernement allemand de l'époque considérait comme une folie financière qui ne déboucherait jamais sur un programme commercial efficace. Voilà. Alors, la France s'est souvent trompée en matière de choix public mais enfin là en l'occurrence c'est plutôt nous qui avions raison. Une fois. Oui, mais quelle fois. Je pense aussi que la construction d'une nouvelle politique énergétique est une nécessité vitale. En 2020, notre continent sera dépendant à 75 % de l'extérieur. Pour les énergies renouvelables comme le photovoltaïque, on n pas encore réussi à construire une industrie capable de contrer la concurrence asiatique.

Il faut donc bâtir une stratégie commune sans en respectant les choix de chacune des nations, mais en les respectant tous. Et vous savez que pour nous, ça veut dire une énergie nucléaire modernisée alliée au développement des énergies alternatives. Nous devons également tout faire pour que le projet spatial européen soit maintenu et soit amplifié. Enfin, au cœur de l'ambition européenne, je veux nous voir réaffirmer notre culture et nos valeurs. Et ici à Berlin, je fais une proposition, celle d'une initiative franco-allemande visant à créer à Strasbourg un musée de la civilisation européenne.

C'est un projet politique qui, à mes yeux, serait porté au plus haut niveau en France et en Allemagne. Un projet qui aurait vocation à enclencher une dynamique autour de l'Europe de la culture. Ce musée fonctionnerait sur les bases d'une fondation franco-allemande associant des partenaires publics et privés et les grands musées européens. Il fonctionnerait sur la base de prêt avec des collections tournantes. Il s'agirait de construire un lieu qui rassemble des œuvres d'artigant de la richesse de l'histoire de l'art en Europe et de la force de ces artistes. Ce lieu serait une vitrine des chef-dœuvres européens.

Et puis il y a dans la civilisation européenne un répertoire de valeur qui dans le monde signe notre singularité. l'humanisme, la tolérance, la liberté de conscience, la solidarité, l'individu pris comme référence de toute justice, l'état de droit comme seul fondement légitime du pouvoir, le respect enfin du droit international et de la souveraineté des États. contre la tentation de la force pour la force et du renversement des régimes. Assumons que la force ne peut être que ce dernier recours au service de vraies ambitions politiques contre la gestion imprévisible des conflits portant une ambition de développement de long terme des zones les plus instables de la planète.

Mesdames et messieurs, nous sommes le continent le plus riche au monde. Ce continent a une âme puisque dans chacune de nos capitales, nous ressentons nos héritages entremêlés. Alors, ne tournons pas le dos à notre histoire, ne cassons pas notre unité. Le choix de l'Europe est né sous les décombes des deux grandes guerres. Nous avons marché la main dans la main, déposé des gerbes, multiplié les accolades. L'Europe a réussi à réconcilier les morts. Elle a réussi à se construire au jour le jour. Mais maintenant, c'est une autre histoire qui commence. Il faut réconcilier l'Europe non plus avec son passé, mais avec l'avenir. Le départ des Anglais qu' faire à la France une nouvelle responsabilité.

Jusqu'à maintenant, nous étions parmi les trois grandes nations de l'Union européenne. Dorén avant, la France est avec l'Allemagne, l'autre puissance européenne. De notre courage, de notre rayonnement, de notre amitié dépendent le sort de notre continent. Je sais les défauts de la mécanique européenne, je sais ces lacunes, je sais ses failles, mais nous sommes tous comptables de l'avenir de l'Europe et nous sommes tous à notre place responsable de cet avenir. Au lieu de nous demander ce que l'Europe peut faire pour chacun de nous, il faut qu'on se demande ce qu'on peut faire pour elle. L'Europe a besoin d'un nouvel élan.

Je suis convaincu qu'elle y parviendra si elle trouve l'audace de se réinventer et si nous nous sommes capables de céder aux facilités de l'immobilisme et au poison de la démagogie. C'est vrai que les faux prophètes en Europe ne manquent pas. Dans chacun de nos pays, on voit la peur et le repli qui gagne du terrain, qui gagne des esprits. Et bien faut pas céder. Il faut pas céder mais surtout il faut convaincre. Le salut de l'Europe est dans la lucidité, il est dans la solidarité dans l'action et le salut de l'Europe, il est évidemment dans une solide amitié franco-allemande. Je vous remercie.