Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Inter· 24 juin 2024 9 min

Yaël Braun-Pivet : "Il est urgent de retrouver des voies d'apaisement"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Sonia de Villers, votre invitée ce matin, est l'ancienne présidente de l'Assemblée nationale, députée Renaissance sortante, qui se représente dans sa circonscription des Yvelines. Bonjour Yael Broun-Pivet. Bonjour. D'ordinaire, en vue de la fin d'un mandat, les députés vident leur bureau au fur et à mesure pour apporter leurs affaires en province et ils restent députés jusqu'au premier jour de la mandature suivante. La dissolution oblige. Leur mandat a été désintégré instantanément. Comment cela a-t-il été vécu ?

0:26
Yaël Braun-Pivet

C'est très violent. On m'avait dit que ce qu'il y avait de plus violent à l'Assemblée nationale, c'était une dissolution parce que c'est un mandat qui s'interrompt net. C'est des contrats de collaborateurs qui s'interrompent net et donc des licenciements en masse. Et donc c'est très brutal parce que forcément inattendu. Donc c'est dur à vivre pour beaucoup d'entre nous et pour beaucoup des collaborateurs et des fonctionnaires de l'Assemblée nationale aussi, évidemment.

0:51
Présentateur

Dans sa lettre au français, Emmanuel Macron reconnaît, je cite, que sa décision de dissoudre l'Assemblée nationale suscite de l'inquiétude, du rejet, parfois même de la colère contre moi, dit le président de la République. Vous êtes sur le terrain, propulsé dans une campagne éclair que vous n'aviez pas voulu, vous représentez le camp présidentiel. Vous le sentez ?

1:11
Yaël Braun-Pivet

Oui, c'est exactement ce que les Français nous disent. Alors c'est des sentiments très mêlés. Certains me disent qu'ils ont la boule au ventre. J'ai des personnes âgées qui me disent qu'elles ne regardent plus les informations parce que ça les inquiète. Et donc il est urgent de retrouver des voies d'apaisement et de rassurer la population face à cette élection qui est une élection qui est anxiogène pour beaucoup d'entre nous. Vous n'avez pas voulu mettre le visage d'Emmanuel Macron ou celui de Gabriel Attal sur vos affiches de campagne ? Alors moi j'ai de la chance d'avoir une équation personnelle. Je suis élue dans ma circonscription depuis 7 ans.

Je suis également conseillère municipale et comme j'ai été présidente de l'Assemblée nationale, les Français et les citoyens de ma circonscription me connaissent. Et donc je fais campagne en tant qu'ancienne présidente de l'Assemblée nationale.

1:57
Présentateur

Mais donc le visage d'Emmanuel Macron c'est un repoussoir plutôt qu'une figure qui attire des électeurs ?

2:04
Yaël Braun-Pivet

Je n'ai absolument pas dit ça. Bien au contraire, j'appartiens, je suis fière d'appartenir à sa majorité, et à la majorité présidentielle. Nous avons fait beaucoup et ça continue évidemment à être ma famille politique.

2:13
Présentateur

Alors vous appelez, Yael Broun-Pivet, à une coalition des forces républicaines, je vous cite, qui serait amenée à travailler ensemble dès l'après second tour. Est-ce que vous pensez, plusieurs petites questions, est-ce que vous pensez comme Edouard Philippe que le président a tué la majorité présidentielle ?

2:28
Yaël Braun-Pivet

En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'en faisant la dissolution de l'Assemblée nationale, la majorité telle qu'elle existait n'existe plus. Et donc c'est une nouvelle coalition qu'il va falloir créer, une coalition qui va venir du choix des électeurs, et qui ne procédera donc plus du président de la République, mais des Français eux-mêmes. Est-ce qu'ils souhaitent que les forces républicaines, les forces de la raison, s'entendent pour gouverner ce pays et procéder à des changements majeurs qui ne peuvent plus t'attendre ? Et est-ce que vous pensez, comme Bruno Lumaire, qu'Emmanuel Macron a été conseillé par des cloportes ?

Écoutez, c'est un mot qui lui appartient, qui m'a fait sourire et qui vous fait sourire manifestement dans le studio. Écoutez, en tout cas, ce qui est sûr, c'est que les conseillers sont des personnes qui ne connaissent pas forcément ni le terrain, ni les Français, ni un bulletin de vote, et donc ils sont forcément bien mal placés pour pouvoir avoir un avis quelconque sur les enjeux démocratiques de notre pays.

3:22
Présentateur

Et alors, ces forces républicaines que vous convoquez, elles commencent où ? Elles s'arrêtent où ?

3:28
Yaël Braun-Pivet

Pour moi, en fait, c'est une question de valeur, c'est une question de principe, c'est une question de colonne vertébrale. Et donc, elle commence à droite avec les républicains qui n'ont pas suivi Éric Ciotti dans sa dérive extrême-droitière, et elle s'arrête aux républicains de l'autre bord, donc aux personnes qui ont voté pour Raphaël Glucksmann, aux écologistes modérés, à tous ceux qui considèrent que l'État de droit, c'est un bien précieux, les valeurs de la République...

4:00
Présentateur

Est-ce que c'est le bloc central qu'Emmanuel Macron appelle de ses voeux ?

4:03
Yaël Braun-Pivet

Je ne sais pas, mais en tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'il faut qu'on se retrouve, non pas à travers des étiquettes politiques, c'est ça, quand je dis qu'il faut que cette coalition procède du vote des Français, il ne s'agit pas d'étiquettes, il s'agit de valeurs, de sens de l'intérêt général, de la vision qu'on a pour notre pays, qui est une vision de rassemblement, pas d'exclusion, et pas d'opposition.

4:24
Présentateur

Vous n'avez pas réussi à faire de coalition depuis 2022, pourquoi est-ce que là, ça tomberait du ciel ? Edouard Philippe aussi appelle une coalition. Mais justement, elle ne tombe pas du ciel,

4:35
Yaël Braun-Pivet

elle viendrait des électeurs, elle viendrait des Français qui viendraient nous dire, en choisissant les forces du bloc central, eh bien, voilà ce que nous voulons, nous voulons que vous travailliez ensemble à construire l'avenir de notre pays. Et donc forcément, si c'est le souhait des Français, si c'est leur choix exprimé dans les urnes dimanche prochain, eh bien, ça s'imposera à tous,

4:55
Présentateur

et nous devrons travailler ensemble. Mais ça s'imposera au-delà de quoi ? C'est-à-dire, vous imaginez les macronistes et les socialistes travailler ensemble après la loi immigration, vous imaginez les macronistes et la droite travailler ensemble après la rudesse de ce qui les a opposés pendant la réforme des retraites. On va passer par-dessus tout ça ?

5:12
Yaël Braun-Pivet

Ça a été oublié ? Ça a été balayé ? Mais vous savez, moi, en président de l'Assemblée nationale, pendant deux ans, je les ai vus travailler ensemble. Nous avons voté plus d'une trentaine de textes à l'unanimité. Nous avons porté des projets collectifs. Et vous savez, à l'Assemblée nationale, moi, pratiquement toutes les décisions que j'ai prises pour gérer l'institution ont été prises à l'unanimité du bureau représentant tous les groupes politiques. Vous oubliez un peu les 49.3 quand même, il y en a eu quelques-uns. Alors, il y a eu des 49 sous votre présidence. Oui, mais je n'en suis pas responsable, je n'étais pas loin du gouvernement. Mais vous étiez là.

Et les 49.3 ont été réalisés pour les questions budgétaires, parce que nous n'avions pas de majorité. Si demain, nous avons une coalition qui est majoritaire à l'Assemblée nationale, il n'y aura plus besoin de 49.3. Et donc, je crois que c'est ça aussi qu'attendent les Français, une majorité claire pour gouverner le pays dans le sens de notre histoire et notre identité.

6:03
Présentateur

Sauf que, Yaël Braun-Pivet, les observateurs sont très nombreux. Emmanuel, Marine Le Pen en tête, à se dire que justement, aucun groupe n'arrivera à briguer une majorité. Hier, Emmanuel Macron a affirmé qu'il ne démissionnerait pas, quel que soit le résultat de ces élections.

6:22
Yaël Braun-Pivet

Alors, vous savez, moi je ne suis pas observatrice, je suis actrice, je suis en campagne. Et donc, tant que nous n'aurons pas franchi le cap de dimanche 20h, dernier bulletin mis dans une urne, je me battrai pour que nous puissions former cette grande coalition qui soit majoritaire.

6:36
Présentateur

Mais tout le monde prévoit une Assemblée nationale absolument ingouvernable. Et vous, vous dites déjà, je voudrais être la présidente de la future Assemblée nationale,

6:45
Yaël Braun-Pivet

même si elle est ingouvernable ? Mais parce que c'est ce qu'on m'a dit en 2022. L'Assemblée nationale sortie des urnes en 2022 est ingouvernable. Et elle ne l'a pas été. J'ai réussi à dresser des ponts, à construire des ponts. Mais on ne connaît pas le visage de cette Assemblée. Il revient aux Français de la choisir. Et dans ce que je vois aujourd'hui, ils ne l'ont pas encore fait. Donc nous avons encore huit jours pour les combats. L'extrême droite est la première force politique. Et je ne fais pas de si, je ne fais pas de spéculation.

7:12
Présentateur

Oui, mais ça peut arriver, et les sondages vont massivement dans ce sens, et qu'Emmanuel Macron ne démissionne pas. La situation sera bien différente de 2022.

7:21
Yaël Braun-Pivet

Elle sera bien difficile, mais vous savez, le président de la République n'a pas à démissionner. Il est président élu des Français. Il faut respecter le choix des Français. Ça suffit de considérer que les Français, ils parlent et on ne les entend pas. Lorsqu'ils ont élu Emmanuel Macron, ils l'ont élu pour cinq ans. 2022-2027. Là, il s'agit d'élire l'Assemblée nationale. Et c'est pour ça que je dis, aujourd'hui, les Français ont ce choix de porter au pouvoir une coalition des Républicains raisonnables et responsables.

7:48
Présentateur

Alors, si vous êtes réélu Yael Brunpivet et que vous retrouvez un semblant de marge de manœuvre, on va dire, à l'Assemblée nationale, quel texte vous remettriez sur l'ouvrage en priorité ?

7:57
Yaël Braun-Pivet

Le texte sur la fin de vie. J'ai présidé plus de 80% des débats sur ce texte. Les débats se déroulaient bien, respectueux, des opinions et des convictions des uns et des autres. C'est un texte qui est très attendu par nos compatriotes. Et donc, c'est le premier texte que je souhaite que le Parlement continue à examiner.

8:14
Présentateur

Hier, le nouveau Front Populaire a publié un communiqué qualifiant les accusations d'antisémitisme à son encontre, je les cite, « d'odieuses campagnes de diffamation menées par une Macronie en déroute, qui, selon les chefs des formations de gauche, préfèrent salir son opposition que d'assumer une confrontation à nos projets politiques respectifs. » Que leur répondez-vous ?

8:38
Yaël Braun-Pivet

J'ai pris comme parti pris de ne jamais répondre à la France Insoumise. Non, là, ce n'est pas la France Insoumise, c'est le nouveau Front Populaire. Alors, j'ai vu plusieurs communiquer sur cette question de l'antisémitisme. Je vois qu'ils ne sont pas tous d'accord. Ce qui est sûr, c'est qu'au sein de la France Insoumise, il y a un certain nombre de parlementaires qui se sont exprimés. Et le premier, qui n'est pas parlementaire, Jean-Luc Mélenchon, qui ont eu des propos extrêmement douteux sur cette question. Et j'en ai été la première victime. Donc, arrêtons les simagrées, arrêtons de faire semblant. Il y a un vrai sujet d'antisémitisme au sein de la France Insoumise.

Et ne nous cachons pas les yeux. Et c'est extrêmement préoccupant pour notre pays.

9:18
Présentateur

Merci, Elvon Pivet.

9:19
Yaël Braun-Pivet

Je vous remercie.