Budget, Mercosur, 49.3... L'interview en intégralité de François Ruffin
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Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour François Ruffin. Bonjour. Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes député de la Somme. Est-ce qu'il vaut mieux un budget avec lequel vous n'êtes pas d'accord ou pas de budget du tout ?
On va dire d'abord sur le fond sur quoi on n'est pas d'accord. On n'est pas d'accord pour des taxes sur l'électricité. On n'est pas d'accord pour des taxes sur les malades. On n'est pas d'accord pour des taxes sur les collectivités. On n'est pas d'accord pour des taxes sur les retraités. Parce que voilà comment se fait le budget. Je rappelle la cause de tout ça quand même. C'est qu'on a eu pendant des années les Mozart de la finance. Et en vérité avec Bruno Lumaire, le pire économiste de France, qui nous met dans un mur budgétaire devant nous. Et qu'il y a un choix. Là, il y a un choix du gouvernement Barnier de dire que c'est sur les petits qu'on va aller à nouveau chercher ça.
Donc il y a un profond désaccord sur le fond. Moi, je rappelle ce qu'est la justice fiscale. Normalement, c'est que les petits doivent payer petits et que les gros doivent payer gros.
François Réphine, vous dites exactement la même chose que le RN. Mais pile !
Alors, ce qui serait bien, c'est que le Rassemblement national soit cohérent à ce moment-là quand on est dans l'hémicycle. Et quand sont proposés des taxes sur les dividendes des actionnaires, par exemple, qu'ils les votent. On est dans un pays où il faut...
Il est donc logique que vous votiez ensemble la censure.
On va y venir. Mais vous savez, on est dans un pays où... Vous connaissez mon attachement au travail. On est dans un pays où le travail est plus taxé que le capital. Se demander simplement à ce que le capital soit au moins taxé autant que le travail, ça paraît simplement de l'ordre du bon sens et de la justice.
Moi, l'argument du bon sens, j'ai de plus en plus de mal à l'entendre parce que vous avez tous cet argument à la bouche. D'où que vous veniez et de quelques bords politiques que ce soit.
Est-ce que vous considérez, madame de Malerme, que c'est du bon sens quand même ? J'ouvre pas la question. Que c'est du bon sens quand même que dans notre pays, le travail...
Et il y a un autre mot que vous dites tous, c'est le mot justice. Vous dites tous que c'est de la justice fiscale, mais vous y mettez un contenu différent. C'est pourquoi on va rentrer dans le détail de ce budget. Et effectivement, vous parliez de l'électricité, vous parliez de la question des taxes. On va parler aussi du bonus écolo. On va parler aussi des emplois qui sont menacés. Sophie Bunet de la CGT parle de 200 000 emplois qui sont menacés dans les toutes prochaines semaines. Je recevais le patron de la CPME ce matin qui disait à peu près la même chose. Mais là, pour le coup, pour les emplois des petites entreprises. Bref, la situation sur le front social est délicate.
Je vous repose la question. Dans ce contexte-là, j'ai bien compris que vous n'étiez pas du tout d'accord avec ce budget. Et on va y revenir. Mais est-ce que pas de budget du tout ? Est-ce que la tempête qu'annonce le Premier ministre, le chaos, en quelque sorte, c'est souhaitable ?
C'est pas vrai. D'abord, dire que c'est pas vrai. Il va pas y avoir un shutdown comme aux États-Unis, où d'un seul coup, les fonctionnaires seront pas payés, où il n'y aura plus d'argent pour les entreprises, où il n'y aura plus de primes d'activité, par exemple, pour les ménages. Ça, c'est pas vrai. Le budget va continuer à se poursuivre. Il va pas y avoir un arrêt de l'économie du pays. Il dramatise ? Évidemment qu'il dramatise. Il dramatise pour sauver son siège. Bon, je veux dire, ça va vous paraître bizarre, mais un mot de sympathie pour Michel Barnier.
Ça va vous paraître peut-être étrange, mais moi, quand je l'entends dans l'hémicycle, j'ai quelqu'un qui est calme face à nous et quelqu'un qui n'agit pas avec mépris. On a entendu de l'arrogance pendant des années, de la part des macronistes, mais même quand ils n'en avaient plus les moyens, même quand ils étaient en majorité très très relative dans l'hémicycle, en vérité en minorité, ils continuaient à arborer la même arrogance. Avec Michel Barnier, il y a de fait un changement de ton qu'on peut apprécier. Maintenant...
Vous le pensez de bonne, au moins de bonne composition et de bonne volonté ?
Je vous dis ce que je pense de positif dans le ton, la manière qu'il a de vouloir s'adresser à l'Assemblée, au moins et sans doute au pays. Maintenant, je vous dis un gros souci, c'est qu'il faut qu'il y ait du compromis. Or, on voit bien que c'est un homme de droite et qui se tourne vers plus à droite que lui. Qui, pour avoir...
Pour l'instant, le plus à droite que lui n'est pas content. Il estime justement qu'il ne sait pas suffisamment tourner vers eux.
Il n'empêche que, même physiquement, quand vous le regardez dans l'Assemblée, il est tout le temps tourné vers la droite et, en vérité, vers l'extrême droite. Et hier encore, sa déclaration...
C'est à eux qui s'adresse.
C'est à eux qui s'adresse. Et c'est pour eux qu'il fait un budget. Et il sait que si ça peut passer, c'est grâce à eux.
J'ai envie de dire que ça devrait vous arranger. Parce que, notamment, l'une des demandes du RN, c'est de ne pas remettre les taxes sur l'électricité. Et donc, ça faisait partie... Je crois même que c'est la première chose que vous avez donnée dans votre liste.
Oui. Mais ce que je vous dis, c'est que si on veut avancer, compte tenu de ce qu'est la composition de l'Assemblée, à mon avis, qui reflète un pays profondément divisé. Profondément divisé en trois blocs. Ça veut dire que le chef du gouvernement, quand il vient dans l'hémicycle et quand il propose des choses pour le pays, il doit chercher pas seulement à regarder vers sa droite et vers l'extrême droite, mais à se demander comment il peut rassembler plus largement. Or, cet effort-là n'a pas été fait.
Qu'aurait-il dû dire ou faire qu'il aurait pu éventuellement vous convaincre ou vous faire douter de voter la censure ?
Vous savez que dans le cours du budget, de la partie recette du budget, il y a un certain nombre de mesures qui ont été adoptées sur les super profits, sur la taxe, sur les dividendes. Je pense qu'il y avait moyen de ne pas rejeter tout ça en bloc et de se dire, bon, il y a une partie, que vous l'appréciez ou pas, de bon sens là-dedans.
J'en ai marre de ce mot « bon sens ». Non mais vous le dites tous, c'est comme le mot « système ». Ce serait toujours la faute du système.
Vous savez, j'espère qu'on dit tous le mot « démocratie », j'espère qu'on dit tous le mot « travail ». Je pense qu'en revanche, ce qu'on y met derrière n'est pas du tout la même chose. Pareil pour le bon sens, je vais vous dire. Je vous vois tous passer là
et vous me dites tous que vous êtes les garants du bon sens.
En tout cas, je pense qu'il y a une part de ça. Et vous savez, il y a des moments où, appelons ça le sens commun, les gens sont heurtés par des décisions qui sont prises et ne comprennent pas la raison. Donc profondément, il y a des moments, si vous regardez là, peut-être qu'on en parlera, mais l'accord sur le Mercosur.
Bien sûr qu'on va en parler. Hier, la ministre de l'Agriculture a promis, mordicus, que la France s'opposerait de toutes ses forces à cet accord. Elle l'a dit devant vous, ça ne vous a pas convaincu ?
En tout cas, moi, j'ai donné ma voix pour qu'il y ait une voix plus forte, pour que le président ait une voix plus forte en Europe, qu'il aille chercher des alliances. On voit que la Pologne vient de dire son hostilité au traité sur le Mercosur et que pour de bon, on dise non. Voilà, donc ça, c'est clair. Maintenant, évidemment, qu'est-ce qui se passe ? Et je pense que c'est le sujet de fond, vous savez, Mme de Malherme. Je pense que l'instabilité qu'on connaît dans le pays, l'instabilité politique et l'instabilité économique, elle est liée pour l'essentiel au grand déménagement du monde qu'on a mis en œuvre depuis 40 ans.
Et là, qui rencontre un point... Donc les deux questions sont liées pour vous. La question du Mercosur est donc d'une sorte d'alliance de libre-échange mondial et la question du budget en France et des difficultés sociales, des difficultés de l'agriculture.
En tout cas, je ne vais pas vous faire un lien immédiat, mais ce que je vois, c'est qu'en fait, qu'est-ce qui se passe ? Depuis 40 ans, on met en place un grand déménagement du monde. Ça s'appelle les accords de Marrakech, ça s'est appelé les accords du GATT, c'est l'Organisation mondiale du commerce et maintenant, ce sont des traités bilatéraux, tantôt avec le Canada, tantôt avec le Mercosur, tantôt avec la Nouvelle-Zélande. Vous prenez la Nouvelle-Zélande, par exemple. On a décidé d'avoir un accord sur les moutons pour faire venir des moutons de Nouvelle-Zélande, comme si on n'avait pas des moutons ici. Qu'est-ce qui s'est produit dans les années qui ont suivi ?
Ça a été la disparition d'un tiers des éleveurs et de la moitié de notre production. Mais Mappicardie, non pas sur le terrain agricole, mais sur le terrain industriel, a vécu la même chose. Encore une fois, Michelin, vous regardez c'est quoi ? On nous dit que c'est une invasion de pneus asiatiques. Pourquoi ? Parce que c'est évidemment beaucoup moins cher de produire en Chine ou en Asie aujourd'hui que de produire à Clermont-Ferrand ou en Bretagne des pneus.
Mais que vous dit le consommateur ? Que vous dit le français ? S'il a le choix entre acheter un pneu qui lui coûte moins cher et un pneu qui lui coûte plus cher. Aujourd'hui, il va prendre le pneu qui coûte moins cher.
D'abord, madame de l'air... Non mais je dirais, a-t-il les moyens aujourd'hui de payer son pneu plus cher ? D'abord, madame, je pense qu'entre le consommateur et le travailleur, il y a quelque chose au-dessus qui est le citoyen. Et c'est le citoyen qui peut départager et décider s'il donnait plus de poids à son caddie ou plus de poids au salaire. Par ailleurs, ça n'est que très marginalement répercuté dans le prix du pneu. Et vous le savez. En revanche, ce qui explose, et ça a été les dividendes de Michelin qui ont été multipliés par trois, c'est les bénéfices des sociétés du pneumatique. Pourquoi ? Parce qu'il peut y avoir une pression permanente exercée depuis 40 ans sur les salaires.
Mais on se souvient déjà de Whirlpool pendant la campagne de 2012. On se souvient, vous-même, vous y étiez, à Amiens, de ces conflits sociaux autour de... Aujourd'hui, est-ce que dans le budget tel qu'il est, vous pensez que ça va accélérer tout cela ? Ou est-ce que s'il n'y a pas de budget, ce ne sera pas pire ? Je vous repose cette question, vous n'y répondez pas.
Ça n'aura malheureusement pas de conséquences sur cette grande chose-là.
Donc vous dites, comme Lionel Jospin a son temps, que l'État ne peut pas tout.
Non, mais ce n'est pas ça. C'est que là, il faudrait qu'on ait... De toute façon, le problème qu'on a aujourd'hui, c'est que par ses choix, par ses choix dans la durée, Emmanuel Macron a construit de l'impuissance. On a aujourd'hui un président faible, on a un Parlement faible. Du coup, on a une France faible et en vérité, on a une Europe faible, Madame de Malherbe. Et on a une Europe faible par tant de tempêtes. Nous, nous sommes sans capitaine et sans équipage, mais... Nous, Français ? Oui, et nous avons un continent européen qui est pris entre une Russie qui mène la guerre autoritaire et des États-Unis qui vont mettre en place des barrières.
Et enfin, la Chine, qui, si on parle des questions économiques, si on parle des questions sociales, est une grande donnée d'un problème.
Mais si je vous écoute, l'attitude d'un Donald Trump qui va renforcer encore ses barrières, notamment économiques, pour plus de protectionnisme, est en réalité la démarche à suivre.
En tout cas, je pense qu'il nous faut aujourd'hui des protections. Il nous faut de la régulation. On ne peut pas faire le choix de la mondialisation et de s'ouvrir à tout vent. C'est une folie pour l'Europe aujourd'hui. Vous savez, regardez le cas d'ArcelorMittal. Pourquoi ArcelorMittal, non seulement la ferme de Nain, ferme... Qui ferme deux sites. ...Reims. Vous savez, c'est quand même les sites sur lesquels on a produit les anneaux des Jeux olympiques. C'est-à-dire, c'est un sentiment de fierté. Et deux mois après, on dit aux ouvriers, vous êtes licenciés. Les gars sont en train de pleurer dans les vestiaires. Voilà ce qui se passe.
Mais Arcelor fait le choix de ne plus décarboner ces grosses usines. Et là, on va parler de milliers d'emplois, peut-être de 10 000 emplois sur Dunkerque et Foix-sur-Mer. C'est-à-dire de ne plus faire une transition du charbon vers l'électricité. Pourquoi ? Parce que d'une part, on n'a pas régulé le marché de l'électricité. On a un prix de l'énergie qui a bondi, et y compris parce qu'on a lié notre prix de l'électricité français auprès du marché européen, ce qui est une folie. Mais parce que aussi, ArcelorMittal sait que c'est moins cher pour lui d'aller produire en Chine, d'aller produire en Asie, en Inde surtout, d'aller produire aux États-Unis ou d'aller produire au Brésil.
Donc, et ArcelorMittal, c'est là qu'on a un changement dans la question du protectionnisme. Parce que jusqu'à maintenant, on avait, moi, un côté ouvrier qui disait « il nous faut une protection », sinon évidemment, nos usines partent en Chine, en Slovaquie, en Roumanie, en Pologne, et vous aviez les grands industriels qui voulaient au fond laisser les portes ouvertes et le laisser faire parce que ça leur rapportait, parce que ça leur a rapporté des bénéfices. Et aujourd'hui, la grande donne qui change, c'est que vous avez ArcelorMittal qui dit « il nous faut des protections en Europe ». Voilà. Et il nous faut, nous aussi, se protéger, sinon il n'y a plus de raison de produire de l'acier ici.
Et si on laisse faire le marché…
Donc là, pour le coup, vous dites « faisons ce qu'ArcelorMittal aussi veut », c'est-à-dire, en effet, c'est notre bon sens à tous dans ce cas-là.
À tous, je ne sais pas. Vous savez, la question du libre-échange ou la question de protection est toujours une question qui, évidemment, est un affrontement de puissance, c'est de dire non à la Chine. Moi, je n'ai toujours pas compris pourquoi, quand Emmanuel Macron s'est rendu en Chine, il n'y a eu aucune question sur les protections commerciales, sur qu'est-ce qu'on allait mettre en œuvre sur le masque, par exemple. On a donné des centaines de millions d'euros pour des dizaines de millions ou plus exactement pour des usines de masques en France. Et à la fin, ça a été 99% d'importations chinoises. Ça n'a pas de sens. Il n'y a eu aucune discussion autour de ça.
Donc, le protectionnisme ou le libre-échange, c'est toujours une question d'affrontement de puissance, mais c'est autre chose. C'est à l'intérieur d'un même pays, vous avez des intérêts qui sont des intérêts divergents. Les actionnaires, ils ont tout intérêt, les financiers, les banques, ont tout intérêt à maintenir cette liberté, circulation des capitaux et des marchandises. La grande distribution, elle a tout intérêt à pouvoir continuer à aller chercher le plus loin possible les produits les moins chers. Les produits les moins chers.
Je voudrais quand même revenir sur deux sites que vous avez évoqués, François Ruffin. Outre les deux sites qui sont déjà, dont ArcelorMittal a déjà annoncé qu'ils allaient fermer, vous avez évoqué, me semble-t-il, à la fois Dunkerque et Fosse-sur-Mer. Est-ce que vous nous dites ce matin que les turbulences sont déjà là et que ces deux sites-là sont au bord de fermer ? Ça n'est pas encore officiel ?
Non, Madame de Malherme, je ne veux pas, moi, être un agitateur de peur de cette manière-là. Vous avez donné ces deux noms. Oui, mais je sonne l'alerte. Je sonne l'alerte. Qu'est-ce qu'il y a ? Pour continuer à produire de l'acier en Europe, il faut qu'ils soient moyens émetteurs de carbone. Parce que nous, on se pose des soucis sur le charbon et c'est aujourd'hui produit à base de charbon. Et donc, Arcelor avait dit je fais un grand plan d'investissement pour décarboner ma production d'acier. Je vais mettre, il y aura 1,7 milliard d'euros à mettre sur la table. L'État en met 850 millions, j'en mets 850 millions. Et là, Arcelor vient de dire je ne mets plus les 850 millions d'euros.
Ce qui donc aura la conséquence d'après vous et effectivement, on le comprend bien, vous tirez le fil et la conséquence sera donc pour ces deux sites. Je voulais juste qu'on puisse préciser ça. François Ruffin, voter avec le RN, ça ne vous dérange pas sur cette censure ?
D'abord, dire que nous votons les motions de censure de manière constante. La question est pourquoi le RN change d'attitude ? Est-ce qu'il change d'attitude par souci de l'intérêt des Français ? Soudain éclairé ? Parce qu'en effet, il y a cette taxe sur l'électricité, parce que les rentrées vont payer, parce que les collectivités sont prélevées ou bien parce qu'il y a des soucis judiciaires en cours et que ça produit un changement de stratégie. Ça, c'est à interroger du côté du RN.
Maintenant, de manière constante, on ne peut pas s'attendre à ce qu'un gouvernement qui vient de la droite, qui se tourne vers l'extrême droite de manière constante, qui ne retient rien des mesures pourtant votées à l'Assemblée nationale par la gauche. On ne peut pas s'attendre à ce qu'on fasse autre chose que le censure.
Vous reprochez à Michel Barnier de s'adresser, y compris physiquement, en tournant son corps systématiquement vers la droite et l'extrême droite lorsqu'il est dans l'hémicycle. Et vous-même, vous avez malgré tout besoin du RN pour faire tomber ce gouvernement.
Le RN, il fera ce qu'il doit faire en son âme et conscience. Il fera ce qu'il doit faire sur... Il fera ce qu'il doit faire à chaque moment. Lui, c'est son problème. Ce n'est pas mon problème. C'est son problème de voir ce qui... Et vous savez, le nombre de choses qui passent dans l'hémicycle où ça passe par une alliance des macronistes avec le RN. Vous voulez les pointer les unes après les autres ? C'est tous les jours. D'accord ? C'est tous les jours que ça se produit. Et on ne parle pas d'alliance objective.
François Ruffin, quoi derrière ? C'est-à-dire, est-ce qu'il faut qu'Emmanuel Macron attire les conséquences et qu'il démissionne ? Est-ce qu'il faut un gouvernement technique ? C'est ce que certains à gauche demandent comme le maire de Saint-Ouen, Karim Bouamran. Est-ce qu'il faut imaginer même une nouvelle coalition ? On a l'impression que quelqu'un comme Boris Vallaud commence à l'évoquer. Boris Vallaud du Parti Socialiste, l'idée d'une sorte de coalition qui irait jusqu'à une partie du Parti Socialiste. Vous faites partie, vous, François Ruffin, de ceux qui ont rompu avec la France Insoumise.
Est-ce que vous dites aux partis socialistes ou à certains aux partis socialistes qui commencent à l'évoquer ou à douter de leur alliance avec LFI, faites comme moi romper ?
D'abord, moi, le gouvernement technique, pour moi, ça n'existe pas, d'accord ? Ça n'existe pas un gouvernement technique. Un gouvernement technique prend des décisions politiques. Alors, vous avez vu le gouvernement Mario Monti en Italie dont on avait dit qu'il était un gouvernement technique. En vérité, il a pris toutes les décisions qui allaient dans le sens de l'ordre libéral. Qu'est-ce que ça a produit derrière ? D'accord ? Ça a produit une montée de l'extrême droite.
Donc, il nous faut... Ok, donc pas de gouvernement technique.
Non, il nous faut des gouvernements politiques. Il faut des gouvernements qui fassent de la politique et qui...
Est-ce que vous vous dites une partie des anciens macronistes, le Parti socialiste ? Vous ? Est-ce que vous pourriez ensemble vous mettre d'accord ?
Je pense que c'est pas... On ne prend pas le sujet comme ça. Je pense que... Alors, on prend comment ? Je vous le dis. Enfin, d'abord, dire qu'on est dans un gros bazar. On ne va pas se la raconter. Mais ça, on le dit depuis le début. On le dit au moins depuis une décision, Madame de Malherme. On ne le dit pas depuis le début. On dit depuis une décision d'un homme tout seul qui décide le 9 juin au soir de venir dissoudre l'Assemblée. Et, dit-il, de dégoupiller une grenade dans les pattes du parti. Mais, en fait, il a dégoupillé dans les pattes de la démocratie et dans les pattes du pays. Et depuis ce temps-là, oui, on est dans le chaos.
Emmanuel Macron, après avoir installé le chaos budgétaire, installe maintenant un chaos politique dans le pays. François Ruffin,
je vous repose ma question très clairement. Vous avez rompu avec la France insoumise. On sait d'ailleurs que ça a été souvent dans la douleur et que depuis, ils ne vous en font pas beaucoup de cadeaux. François Ruffin, on sait qu'une partie du Parti socialiste, des membres du Parti socialiste, hésitent ces derniers temps, notamment autour de la question de la suppression de l'apologie de terrorisme, ce genre de points qui ont fait que la rupture est en train d'être consommée. Qu'est-ce que vous leur dites ?
Moi, je parle au pays. Je viens vous parler là. Je parle à vos auditeurs. Je ne parle pas à Boris. Si je veux parler à Boris Vallaud, je veux parler à Boris Vallaud. Non, quel est le problème ? Il nous faut aujourd'hui... On avait déjà dit qu'il nous fallait des majorités par projet. Vous voyez ? Si jamais on vient dire qu'il faut relever les impôts sur le capital pour qu'au moins ils soient taxés à l'égal du travail, c'est se chercher une majorité à l'Assemblée sur ce projet-là. Moi, je pense qu'aujourd'hui, il nous faut... Mais je le disais déjà il y a trois mois.
Il faut un gouvernement qui s'engage, un Premier ministre qui s'engage à ne pas passer par 49-3 de manière à responsabiliser l'Assemblée.
Mais là, s'il ne faisait pas le 49-3, il n'y a pas de budget.
Mais si, parce qu'il doit négocier. Là, du coup, le 49-3 fait qu'il n'a pas à négocier. Il peut avoir son bus tourné vers la droite et l'extrême droite.
Vous allez dire on vote pour, mais les autres, on le dirait non. Vous l'avez dit vous-même, c'est divisé en trois. C'est trop facile, c'est théorique.
Non, non. Je pense qu'il y a le chemin, Madame de Malerme. Il y avait le chemin déjà dans la majorité, dans l'Assemblée précédente. C'est pour ça que cette dissolution était complètement improvisée et absurde. Mais il y a encore le moyen aujourd'hui de chercher des compromis. Ça ne veut pas dire qu'on sera d'accord sur tout. Mais je pense qu'il y a le moyen de chercher des...
C'est encore possible, à vos yeux en tout cas, c'est ce que vous espérez, qu'il n'y ait pas de 49-3 et qu'il y ait une négociation,
une discussion tous ensemble. Ça serait un souhait, oui, que normalement, il ne devrait pas y avoir de 49-3. Vous savez, c'est un outil qu'on devrait retirer. Pour moi, l'outil du 49-3, de la décision de passage en force contre les souhaits de l'Assemblée, c'est un outil qu'on devrait retirer de mon point de vue. C'est un outil de passage en force et qui est mal vécu. Qui est mal vécu, regardez, la situation qu'on vit, pour moi, elle est consécutive à la crise sur les retraites. Il va y avoir demain une proposition de loi de la France insoumise... De suppression de la réforme des retraites.
Et des deux dernières réformes des retraites, d'ailleurs.
On a eu affaire là à une mesure antisociale. On le sait, vous savez, j'étais chez Auchan puisqu'il y a là aussi des licenciements. Et c'est une agent de rayon qui m'explique comment ça y est, elle a 62 ans, elle a le dos broyé, elle a mis des produits de lessive dans les rayons tout le temps et pourtant, elle doit se taper 13 mois de plus.
Vous voterez cette suppression
de la réforme des retraites.
Il y aura aussi dans la niche, pardon François Riffin, mais c'est important, il y aura aussi dans la niche ce dont on parle depuis une semaine aussi. Vos confrères et les filles y ont mis également la suppression du délit d'apologie du terrorisme. Est-ce que ce point-là, vous le voterez ?
D'une part, dire que sur les retraites, il y aura tellement d'amendements déposés par les macronistes qu'avec une obstruction durant toute la journée, que nous n'arriverons même pas au vote à la fin de la journée. Je veux dire quelque chose là-dessus. C'est que normalement, quand on subit des échecs électoraux, quand en plus on emmène la France dans le mur budgétaire, il faut avoir un retour critique sur soi-même. Qu'est-ce qu'on a fait qui ne va pas ?
Vous prédisez donc que demain, ils obstruent le travail parlementaire
et je vous repose la question. Est-ce que vous voterez la suppression du délit d'apologie du terrorisme ? D'abord, il ne me semble pas que ce soit à l'ordre du jour. Est-ce que vous voteriez
la suppression du délit
d'apologie du terrorisme ? Parlons-en sérieusement, au-delà du vote, madame de Malherbe. Il y a un souci, je vais vous dire, mon accord, une partie d'accord sur le fond et mon désaccord profond sur la forme. Il y a un souci avec les dérives de l'usage du délit d'apologie du terrorisme. Le juge antiterrorisme, Marc Trévidic, l'a dit. Lui-même,
qui était favorable initialement, défavorable aujourd'hui à cause des dérives.
Jacques Toulon, défenseur des droits de l'homme, l'a dit. L'ONU l'a dit.
Et moi, ce qui m'intéresse, c'est François Ruffin.
François Ruffin, il vous dit la même chose. Il vous dit qu'il y a un certain nombre de cas et on peut penser à ce ségetiste du Nord qui a été condamné à un an de prison pour l'apologie du terrorisme. Donc, il y a un souci sur le fond. Maintenant, sur la forme. On est là sur un sujet extrêmement sensible, madame de Malherbe. Quand on parle de terrorisme dans notre pays, on parle des journalistes de Charlie Hebdo, on parle des enfants et des soldats tués par Mohamed Merah, on parle des spectateurs du Bataclan, on parle de drames qui sont très profondément ancrés dans le pays.
Donc, quand on touche à un sujet comme celui-là, on le fait avec tact, on le fait avec intelligence, on le fait en responsabilité. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on ne fait pas du tout chousse dans son coin. D'accord ? C'est ce que vous reprochez à LF.
Tout à fait.
Sur quoi ?
Comment on peut faire ?
Il s'agit de s'adresser d'abord aux victimes du terrorisme. On parle en en discutant avec elles et non pas en les tenant de côté, en discutant avec un certain nombre d'associations, en discutant...
Qui aujourd'hui sont pour certaines bouleversées effectivement par ce dépôt de la part de vos anciens confrères, en tout cas d'LFI. Merci François Ruffin d'avoir répondu à mes questions ce matin, député de la Somme. Sous-titrage Société Radio-Canada
François Ruffin