Jérôme Guedj : "LFI, ce sont des boulets"
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Sud Radio, l'invité politique, Jean-Jacques Bourdin. Notre invité Jérôme Guedj, député de l'Essonne et porte-parole du Parti Socialiste. Jérôme Guedj, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin. Beaucoup d'actualités. Nous avons parlé évidemment de l'Algérie, nous avons parlé de la rencontre téléphonique entre Poutine et Trump, et puis des retraites, et puis des propos de François Bayrou dimanche, et puis de politique intérieure évidemment avec le Parti Socialiste, LFI, le comportement de Jean-Luc Mélenchon, etc. Commençons avec Alger qui rejette la liste des Algériens que la France veut expulser, et Alger qui dénonce cette démarche.
Quelle doit être la riposte, selon vous, Jérôme Guedj ? Est-ce qu'il doit y avoir une riposte ? Riposte graduée, dit le ministre de l'Intérieur.
Sur ce terme, vous vous rappelez que le terme de riposte graduée, c'était celui qui était utilisé dans la guerre froide entre les Etats-Unis et l'Union soviétique, l'idée selon laquelle la dissuasion nucléaire se traduisait par une riposte graduée. Forcément, l'utilisation de termes aussi belliqueux dans ce qui doit d'abord procéder de la diplomatie, tout ça est un échec de relations diplomatiques. Il y a un problème incontestablement avec l'Algérie aujourd'hui. Mais que la France se jette avec autant d'électations et peut-être d'impréparations dans cette idée de riposte graduée, avec le risque, quoi ?
Si jamais il n'y a pas la réponse et des points de conciliation, on va jusqu'où dans la relation avec l'Algérie ? Moi, je suis pour affirmer des positions extrêmement fortes. Le respect de la souveraineté des Etats, le respect d'un certain nombre de valeurs que nous portons. C'est l'occasion à cet instant de rappeler la nécessité de la libération de Boilem sans salle, parce qu'il n'y a pas de justification au maintien en détention de cet écrivain franco-algérien.
Mais l'espèce de fuite en avant et de surenchère, dont on ne peut pas, vous allez demain recevoir Bruno Retailleau, on a bien compris, dont on ne peut pas s'empêcher de penser qu'elle est aussi un jeu de positionnement, de tambouille, de politique interne.
C'est une posture ? C'est selon vous une posture ?
Regardez, il y a du fond, je ne le conteste pas, mais il y a une forme de fuite en avant, d'instrumentalisation, et qui n'est pas à la hauteur de ce que doit être la relation d'Etat-Etat.
Oui, Jérôme Gage, lorsque vous essayez de discuter avec un pouvoir en place qui ne veut pas discuter, qui ne veut pas accepter ses ressortissants, alors qu'ils doivent être expulsés de notre pays, vous faites quoi ? Vous, je ne sais pas, vous gelez les visas, vous prenez des décisions.
Je pense que la possibilité d'avoir des mesures de contrepartie ou de rétorsion, le gel ou la suspension larvée progressive de la délivrance de visas, notamment aux dignitaires algériens, Oui, mais c'est le genre de choses qui doit se faire à bas bruit, pas dans une espèce de surenchère sur la place publique, parce que ça rend compliqué ce que doit être la démocratie. Et la part dont la diplomatie, la diplomatie est un des éléments de la démocratie, et je trouve que là, avec les coups de projecteur qui sont mis, chacun s'enferme dans des postures, les Algériens évidemment, mais d'une certaine manière aussi la France.
Donc j'aurais préféré quelque chose de plus subtil, c'est peut-être pas adapté à la situation, et je ne vois pas l'issue, parce qu'en face de nous, on va avoir des intransigences qui vont appeler d'autres formes d'intransigences, et au milieu de tout ça, il y a quand même une relation franco-algérienne qui est compliquée, qui est chaotique, qui est marquée par l'histoire, mais qui ne peut pas être balayée d'un revers de la main, comme on le fait aujourd'hui. Il y a, Jean-François Akili le rappelait dans votre échange tout à l'heure, il y a des Algériens vivant sur le territoire national, il y a des franco-algériens, et cette espèce de... comment dire...
on englobe l'ensemble de ces ressortissants qui vivent sur notre territoire pour une crise diplomatique avec le pays, je pense qu'il faut qu'on fasse attention.
Bien, Jérôme Gage, Israël a rompu la trêve, et a bombardé la bande de Gaza, vous dites, hélas ! Pourquoi, selon vous ? Alors, certains disent, c'est Benjamin Netanyahou, qui n'a toujours pas, d'ailleurs, ouvert d'enquête sur le 7 octobre, toujours pas ouvert d'enquête officielle sur le 7 octobre, qui veut sauver sa peau, et ne pas se retrouver en prison. Est-ce que vous croyez que ça va jusque-là ? Quel est le but d'Israël ? Est-ce que c'est d'appliquer le plan Trump ? Raser Gaza ?
On ne peut pas s'empêcher de voir que c'est un peu cousu de fil blanc. Vous savez qu'aujourd'hui, Benjamin Netanyahou était convoqué pour des auditions dans le cadre des trois procès en corruption sur lesquels il est poursuivi. Dans le même temps, il a engagé ce week-end, je crois, le limogé du chef du Shin Bet, les services de sécurité, les services secrets intérieurs israéliens, ce qui avait déclenché un mouvement populaire, dans l'opinion, et même parmi les militaires israéliens, d'opposition. Il est sous le chantage de son extrême droite israélienne. Est-ce qu'il sacrifie les otages ? Benkvir, qui demandait la reprise du conflit.
Et donc, oui, il y a un cynisme de Benjamin Netanyahou au mépris des attentes de la population israélienne. Moi, je pense à cet instant aux familles, j'en ai encore rencontré certaines la semaine dernière, du forum des otages, qui demandaient à ce que la deuxième étape de l'accord de cesser le feu et de libération. Il reste 59 otages israéliens, dont il ne faut jamais oublier qu'ils sont là parce qu'ils ont été enlevés à l'occasion du 7 octobre et de l'attaque terroriste du Hamas. Mais un dirigeant d'un pays, il ne peut pas regarder les décisions qu'il prend au prisme uniquement de sa propre survie politique. Et oui, ce n'est pas normal qu'il n'y ait pas eu encore d'enquête à la hauteur.
Vous savez, il y a quelques jours, j'auditionnais avec d'autres l'ambassadeur d'Israël en France à l'Assemblée nationale et je lui ai rappelé ce fait. C'est qu'après le 6 octobre 1973, quand il y a la guerre du Kippour et l'échec, en tous les cas, l'échec de la prévention de cette guerre, Golda Meir, la première ministre israélienne à l'époque, elle accepte l'installation d'une commission d'enquête de très haut niveau. Et six mois après, elle quitte le pouvoir. Et elle prend ses responsabilités en assumant, alors même que la guerre après a été gagnée, mais qu'il y a eu une menace existentielle sur Israël à ce moment-là, et elle en tire les conséquences. Elle était une femme d'État.
Je ne crois pas que Benjamin Netanyahou ait cette vision. Après, évidemment, je n'ai vécu rien de la responsabilité historique du Hamas, mais à ce moment-là, il ne peut pas y avoir une gestion à la petite semaine, il ne peut pas y avoir l'espèce de folie, je pèse mes mots, de ce que Donald Trump a mis sur la table.
Il faut un accord de cessez-le-feu, il faut la libération des otages, il faut une pression internationale pour une transition qui devrait être démocratique d'une manière ou d'une autre parmi les Palestiniens, parce que l'impossibilité à aller vers la solution à deux États que nous continuons à appeler de nos voeux, c'est aussi le fait que, d'un côté malheureusement, enfin des deux côtés, il y en a certains pour lesquels la poursuite de la guerre est la condition de la poursuite de leur exercice du pouvoir.
C'est le cas du Hamas, évidemment, qui prend en otage, mauvais jeu de mots, si j'ose dire mauvaise expression, d'abord et avant tout la population palestinienne, et elle souffre, et je pense à elle aussi, avec les bombardements qu'on repris aujourd'hui.
Alors Donald Trump a donné son accord à ces bombardements, Trump qui va parler à Poutine aujourd'hui, par téléphone, ils se parleront pour essayer de trouver une solution, enfin pour essayer de trouver une trêve, un accord de cessez-le-feu, partage de terre, d'usines de production d'énergie, a déjà dit Donald Trump. Dites-moi, Poutine a posé ses conditions, on ne peut pas supputer sur ce qui va se passer, mais il a posé ses conditions, elles sont claires, cession par l'Ukraine des cinq régions annexées par Moscou, pas d'Ukraine dans l'OTAN, départ de Zelensky et de son administration, et pas de soldats occidentaux sur le sol ukrainien pour surveiller la paix. C'est clair ?
Vous vous rendez compte ? C'est-à-dire, il répond favorablement à peu près à toutes les demandes de Vladimir Poutine. S'il accepte ça ? S'il accepte ça, c'est la validation de la loi du plus fort, c'est le mépris de ce qui aurait dû et devrait être un principe directeur.
C'est une trahison totale s'il accepte ça ?
Oui, je pense qu'on peut utiliser le terme de trahison, parce que c'est une validation des objectifs et des buts de guerre de Vladimir Poutine avec le sacrifice qui n'est pas symbolique. On avait vu l'humiliation de Vladimir Zelensky dans le bureau Oval quand il avait été reçu par Vance et Donald Trump. Et c'est surtout un signal détestable, dangereux, délétère qui est envoyé partout dans le monde qui est de dire la loi du plus fort, le droit international, on s'en fiche, on peut s'asseoir dessus. La remise en cause des frontières, c'est dans le champ des possibles dès l'instant que vous avez la force militaire avec vous et donc c'est une menace là aussi existentielle à l'échelle européenne.
Et c'est un défi gigantesque pour l'ensemble des pays européens. Là, on regarde ça d'un peu loin, mais dans l'Union Européenne, il y a des pays comme les Pays-Baltes, la Lettonie, comme la Pologne qui sont en train de creuser des tranchées aujourd'hui, qui sont en train de mettre des sacs de sable et des protections à leurs frontières. ça nous concerne au premier chef. Moi, je ne fais pas partie de ceux qui considèrent que c'est à quelques centaines de kilomètres des frontières françaises, ça ne nous concerne pas. Le défi stratégique qui nous est posé est gigantesque.
Alors bien sûr, il faut se projeter dans ce temps-là, mais là, à court terme, on ne peut pas avaliser une discussion bilatérale uniquement entre Poutine et Trump avec les Ukrainiens tenus à l'écart comme variable d'ajustement et surtout avec les Européens comme quantité négligeable. On a, c'est terrible à dire, jamais j'aurais pensé dire cette phrase. On a aujourd'hui un problème de loyauté, de fidélité au mépris de l'histoire qui nous lie avec les Etats-Unis depuis 200 ans ou 300 ans.
Bien, Jérôme Gage, en France, débat après les propos de François Bayrou, retour du débat autour des retraites. Alors, pas question de revenir à 62 ans, a dit François Bayrou sur France Inter dimanche. Est-ce que ça veut dire d'abord que le conclave s'est terminé ? Terminé cette idée de conclave ?
Je ne le souhaite pas. Il y a une cacophonie gouvernementale qui est assez insupportable. Quand François Bayrou dit ça le midi sur France Inter le dimanche, en fin de journée, son ministre de l'économie et des finances dit le contraire. Il y a quand même un sérieux problème. Moi, j'ai connu une époque quand il y avait ce genre de couac gouvernemental, il se passait quelque chose. Là, il y a une sorte de liberté de parole des uns et des autres et le premier qui donne ce signal de liberté de parole, c'est François Bayrou. la parole n'est pas tenue.
Moi, vous savez, le 14 janvier, j'étais dans l'hémicycle quand François Bayrou a prononcé son discours de politique générale, c'est-à-dire la feuille de route sur laquelle il a engagé son gouvernement. Il nous avait dit, et nous l'avions arraché dans la négociation, nous, socialistes, et je l'assume, il avait dit, on redonne la main aux partenaires sociaux sans totem ni tabou sur tous les sujets, y compris l'âge légal, et il y aura, d'une manière ou d'une autre, le dernier mot donné au Parlement.
Moi, la semaine dernière, j'ai interrogé dans l'hémicycle au moment des questions au gouvernement parce qu'on sentait déjà la pression qui s'est exercée sur la question est-ce que les dépenses militaires ne vont pas se substituer à l'évolution des dépenses sociales ? Et Catherine Vautrin, autre ministre en charge du dossier, m'avait répondu très clairement le gouvernement n'interférera pas avec le conclave. Il faut respecter les partenaires sociaux. Et là, ce qu'a fait François Bayrou, c'est un bras d'honneur aux partenaires sociaux en leur disant je vous impose d'une certaine manière l'issue que moi je privilégie.
Ce n'est pas responsable, ce n'est pas, je l'ai dit, professionnel, c'est assez, comment dire, impulsif et on n'attend pas d'un Premier ministre qui soit impulsif. Est-ce que ça veut dire
que le PS, aujourd'hui, rompt avec cet accord tacite passé, rompt cet accord tacite
passé avec le Premier ministre ? C'est à la fin de la foire qu'on compte les bouses. Et donc nous, la condition qu'on a mis sur la table, c'est le retour devant le Parlement d'un texte qui, à partir des négociations qui ont lieu entre les partenaires sociaux, propose des évolutions.
Mais si les partenaires sociaux ne discutent plus avec le gouvernement, il n'y aura plus de conclave. D'abord, la discussion, c'est... L'UP2, les petits artisans, a dit non, terminé. La force ouvrière n'est déjà plus dans le conclave. La CGT va donner son avis aujourd'hui. Peut-être quitter le conclave. La CFDT est reçue par François Bayrou. Aujourd'hui. Aujourd'hui ? Bon, alors si plus personne ne discute dans ce conclave, il y a plus de conclave. Le gouvernement, son rôle,
c'était d'être facilitateur et pas celui qui met de l'huile sur le feu. Et donc, c'est pour ça que je dis que c'est irresponsable. Donc, il est encore temps pour le gouvernement de revenir à une forme de raison qui est de dire... Vous demandez quoi à François Bayrou ? De se déjuger. De se déjuger. De dire ce qu'a dit d'ailleurs Éric Lombard. Moi, je préfère dans ce moment-là Éric Lombard à François Bayrou. Mais non, Chalin. Je préfère la fidélité, en tout cas, le respect de la parole donnée au début du processus.
Vous discutez, on regarde sur les sujets qui sont essentiels, les questions de pénibilité, les questions de carrière longue, les questions de l'âge légal et la recherche de financement alternatif de voir s'il y a des solutions qui peuvent être mises sur la table. Après, on verra si la négociation aboutit ou n'aboutit pas. Mais derrière ça, il y a un problème peut-être plus fondamental parce que ça fait lien avec les discussions sur les menaces sur le territoire européen.
Si on oppose notre modèle social à la sécurité nationale, c'est-à-dire si on dit qu'il va falloir sacrifier une partie de notre modèle social, travailler plus pour financer le légitime et nécessaire effort de défense qu'on doit engager, alors on perdra sur les deux tableaux. La cohésion nationale, ça s'appuie sur la cohésion sociale. La première ligne de défense d'un pays, c'est la cohésion du peuple. Or, que nous ont dit les Français sur le débat sur les retraites ? Ils nous ont dit qu'on y est opposés.
Et donc, si on leur dit maintenant, en plus, on va vous dire qu'on s'oppose à toute évolution parce qu'il y a l'effort de défense à financer, alors on n'aura pas le soutien populaire à cet effort de défense. Et donc, finance publique, c'est un sujet de vision sur la construction européenne. Est-ce que ça veut dire que vous pourriez
censurer le gouvernement, déposer, je ne sais pas, une motion de censure et censurer le gouvernement sur cette question ?
Le deal, pardonnez-moi l'expression, était clair. S'il n'y a pas de texte qui revient devant le Parlement pour débattre de la réforme des retraites, alors oui, François Bayrou s'expose à une censure.
Oui, vous déposerez une censure. Il s'expose à ça.
Après, moi, je suis un garçon responsable. Il y a un contexte international. Oui. Et donc, moi, j'attends encore plus de responsabilité de la part du Premier ministre. Il ne peut pas, à ce moment-là, être dans des mouvements épidermiques de réaction uniquement parce qu'il a été piqué au vif par une saillie d'Edouard Philippe qui mettait en cause sa capacité à conduire les affaires du pays. Ça, ce n'est pas à la hauteur de l'enjeu. Dans ce moment-là, il faut quand même un peu lever la tête du guidon et se sublimer. Pour l'instant, François Bayrou ne se sublime pas dans la conduite des affaires.
Est-ce que Jean-Luc Mélenchon est responsable lorsqu'il fait les déclarations qu'il a pu faire dimanche, qu'il a faite d'ailleurs, dimanche, sur France 3 ? Bien sûr qu'il est responsable. Il est responsable. Pour vous, c'est clair,
c'était calculé ? Mais c'est ça le plus désespérant et le plus inquiétant, c'est que tout ça est une stratégie délibérée. D'ailleurs, je crois que les uns et les autres l'ont théorisée en disant, rendez-vous compte, c'est un appel à une manifestation contre le racisme. Le 22 mars. Et pour faire le buzz sur cette manifestation, il faut créer de la polémique. Voilà, ça c'est le mode de fonctionnement de la France insoumise, conflictualiser, brutaliser le débat, au mépris de tout. Et donc, on peut avoir une affiche avec une esthétique, une iconographie qui renvoie à l'iconographie antisémite des années 30. Il n'y a pas de problème. Et là, ce qui est terrible, c'est que c'est assumé.
Il pourrait, d'ailleurs certains des lieutenants de Jean-Luc Mélenchon avaient commencé à rétro-pédaler, quasiment pas à s'excuser, mais à reconnaître l'erreur. Mais non, lui il dit, il faut continuer. Donc là, c'est plus... Quand on n'est pas capable de reconnaître une erreur, c'est qu'on assume le point de départ. Voilà. L'image, elle a été retirée. Ça aurait pu être... Voilà, on aurait pu dire quand même, ils sont nuls. Voilà, moi j'ai entendu Raquel Garrido qui disait, soit c'est des gens incultes, je reprends pas l'expression très fleurie qu'elle avait utilisée, qui n'ont pas la culture politique pour voir qu'il y a un problème, soit c'est délibéré.
Mais quand on ne reconnaît pas son erreur, alors c'est qu'on assume le point de départ. Et ça, c'est Jean-Luc Mélenchon quand il dit François Votelli, taisez-vous, tout ça... Jérôme Gage,
est-ce qu'aujourd'hui vous nous dites qu'il n'y aura plus aucun accord électoral de programme commun de désistement réciproque avec la France insoumise ?
Je peux le dire, le re-redire et le re-redire. Moi, ça fait plusieurs mois que je le dis. Oui, c'est vrai, vous avez été les premiers à le dire. Et je l'ai vécu dans mon élection puisque moi, j'ai refusé d'être candidat soutenu par la France insoumise et j'ai eu une candidature avec la France insoumise. Mais vous savez, la politique, on a d'abord, il y a un principe de valeur, quand il y a des ruptures sur des questions de principe.
Elle est totale la rupture ?
En tous les cas, moi, je vous dis, quand ils ont présenté une candidate contre moi parce que j'ai assumé les désaccords, mais pour le reste de la gauche, je pense que... Et d'ailleurs, cette manifestation, ça en est l'illustration. Ce que LFI touche, ça abîme la gauche. Une manif contre le racisme et contre l'extrême droite, ça devrait être un point de rassemblement à gauche. On ne devrait même pas avoir à en discuter et en débattre. Qu'est-ce qu'ils arrivent à faire ? Ils arrivent à abîmer un moment comme ça, à créer du clivage, de la tension, de la conflictualisation. Donc, c'est du doute. Ce sont des boulets autour de l'antisémitisme. Évidemment.
Et ce sont des boulets aujourd'hui à gauche. Et on le voit d'ailleurs même dans les élections. Aujourd'hui, il y a un repoussoir.
Donc, est-ce la rupture totale ?
Est-ce que vous demandez la rupture totale ? En tous les cas, moi je pense qu'on a besoin à gauche et pour le Parti Socialiste d'affirmer une ligne autonome d'une ligne de gauche républicaine, écologiste, sociale, d'universaliste. Et donc, il ne faut pas mégoter. Il faut sortir de l'ambiguïté.
Est-ce que vous avez des doutes sur la position d'Olivier Faure ? Est-ce qu'il est ambigu parfois sur ces questions ?
Moi je pense qu'on a besoin d'une ligne claire.
Vous évoquez le fait
qu'on va rentrer dans un congrès du Parti Socialiste. Et on ne peut pas avoir, on ne peut pas être dans la gaudille. On ne peut pas s'adapter aux circonstances. Est-ce qu'Olivier Faure, la direction actuelle, est dans la gaudille ? Il y a eu des décisions importantes qui ont été prises à des moments clés, mais il faut lever là aussi la tête du guidon et se dire, oui, pour faire gagner la gauche, on ne peut pas s'adjoindre ceux qui abîment la gauche dans les valeurs, dans l'efficacité électorale et dans les principes. Donc il faut dire clairement
qu'on rompt avec l'effet.
Le PS doit clairement le dire. Moi, en tous les cas, dans ce congrès du Parti Socialiste, on est dans une phase de débat et c'est un signe de vitalité. Et avec d'autres, moi je porterai cette ligne à l'intérieur du Parti Socialiste. C'est-à-dire une ligne de rupture avec LFI ? D'abord une ligne d'affirmation d'un programme socialiste autonome pour ne pas être tributaire du programme de LFI. Une ligne qui assume des valeurs. On peut être très à gauche et très républicain. On doit le dire avec force.
Et ça suppose, compte tenu de ce qu'on évoque depuis tout à l'heure, le contexte international, la menace du Rassemblement National et les dérives de LFI, ça suppose une nouvelle direction pour le Parti Socialiste. Une nouvelle direction, c'est-à-dire une direction dans les deux sens du terme. C'est-à-dire vers où on va et qui l'incarne.
Donc Jérôme Gage, contribution avec Laurence Rossignol, vous serez vous-même candidat à la tête du PS ? Ce n'est pas le moment de définir qui seront les candidats à la tête du PS. Jérôme Gage, est-ce que vous serez vous-même candidat à la tête du PS ? Ce que je vois,
c'est qu'il y a plusieurs personnalités du Parti Socialiste, dont certaines étaient dans le précédent congrès des soutiens d'Olivier Faure, qui disent qu'il faut qu'on s'y prenne autrement, qu'on le fasse ensemble. Est-ce qu'il faut qu'il parte ? Et il faut en tous les cas qu'on ait, je le dis, une nouvelle direction avec un fonctionnement plus collégial et avec une ligne extrêmement claire. Eh bien, c'est les militants qui trancheront et avec d'autres, nous proposerons des textes. Moi, je suis sur un congrès de fond, ce n'est pas de la tambouille. Non, mais ce n'est pas de la tangouille. Mais quand vous dites
qu'il faut une nouvelle direction, on comprend bien ce que vous voulez dire. Il faut qu'ils partent. Ça paraît clair pour les gens.
Moi, je l'ai écrit et je le dis, il faut une nouvelle direction à la tête du Parti Socialiste avec une équipe qui est capable de rassembler les socialistes dans cette diversité, mais autour d'une ligne claire. La ligne claire, c'est qu'on est à gauche, on est républicain, on a une stratégie d'alliance qui se libère du joug de la France insoumise et on est capable, dès les élections municipales, de poser ces questions-là parce qu'on a face à nous des militants et des dirigeants, surtout des dirigeants LFI qui nous disent qu'on va commencer à faire la peau aux socialistes dans les élections municipales. Dans le genre alliés, il y a mieux quand même.
Donc rupture avec LFI, on est clair, c'est clair, Jérôme Gage. Donc vous êtes candidat ou pas, vous ne savez pas si vous savez. Mais c'est une décision collégiale
parce que si on arrive avec le bal des égouts en disant moi je, moi je, moi je, je fais partie de ceux qui incarnent ce type d'orientation avec tant d'autres et moi je me félicite que Boris Vallaud a dit qu'il allait déposer une contribution alors qu'il venait de cette sensibilité-là. C'est bon signe, ça veut dire que ça turbule. Philippe Brun, avec lequel je travaille beaucoup, dit on a une ligne qui peut être à la fois populaire, qui peut être, et nous on y ajoute, universaliste, qui est féministe, qui est sociale.
Bon, tout ça, ça peut et ça doit s'affirmer dans le Parti Socialiste et je vois d'autres aussi qui étaient déjà des opposants d'Olivier Faure et qui disent il faut qu'on construise un Parti Socialiste qui s'affirme et qui soit capable de peser dans la préparation de l'élection présidentielle. Donc au boulot, voilà. Il faut interdire le port du voile dans les compétitions sportives a dit ce matin Gérald Darmanin. Vous êtes d'accord ou pas ? En tous les cas, vous connaissez mon attachement aux questions relatives à la laïcité et au féminisme et donc on ne peut pas évacuer ce sujet-là. Voilà. C'est-à-dire évacuer ?
J'entends, j'ai entendu la ministre des Sports qui avait laissé entendre que c'était un sujet qui était secondaire donc il faut l'aborder avec discernement. Partout où il y a des tentatives de déstabilisation de ce qui devrait être des lieux de concorde, la pratique du sport c'est un lieu où on se rassemble autour d'un projet.
dans une compétition sportive est-ce une tentative d'entrisme de l'islamisme ? Je vous pose franchement la question.
Il peut y avoir des tentatives d'entrisme de l'islamisme. Il ne faut pas avoir la naïveté de se dire que ça n'existe pas. Donc on interdit ? Il y a des fédérations sportives qui sont en demande d'avoir des règles claires. Comme il y a 20 ans les enseignants ont demandé des règles claires pour pouvoir appliquer à l'interdiction du port du voile de l'école. En compétition ? On l'a fait dans les entreprises. En compétition, moi je pense qu'à ce moment-là il faut qu'il y ait une règle de neutralité sur les terrains sportifs. Donc interdiction
de port du voile.
En tous les cas il faut qu'on donne les moyens juridiques aux fédérations sportives d'appliquer et de faire appliquer ce qui parait un principe de rassemblement autour du sport et ça concerne évidemment l'ensemble des signes religieux ostensibles. C'est un moment de concorde, de pratique en commun et on n'y vient pas chacun avec son identité qu'elle soit politique ou qu'elle soit religieuse sur un terrain de sport.
Merci Jérôme Guelph d'être venu nous voir.
Patrick Roger après les infos.
Demain, Bruno Rotaillot sera notre invité.
Jérôme Guedj