"Des troupes de l’Otan sur le sol ukrainien, c’est un chiffon rouge pour les russes" (P.De Villiers)
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
H général Pierre Debilier. Pendant ce tempslà, l'Allemagne aussi engage très fortement son effort de réarmement. 500 milliards d'euros sont sur la table.
Est-ce qu'il faut craindre ce réarmement allemand ou au contraire sans féliciter ? Alors, les chiffres des Allemands sont très surprenants. Donc, j'attends de voir la réalité.
Deuxème élément, la loi fondamentale allemande aujourd'hui interdit la guerre. Donc, ils ont un petit chemin à parcourir encore. Troisème élément, c'est une armée qui n'est pas prête à faire la guerre.
Euh, je l'ai vu en opération. Tout est très compliqué avec l'armée allemande actuelle. Donc ils ont un chemin à parcourir.
Il faut changer leur culture et changer une culture c'est 10 ans. Après moi je me réjouis de voir les pays européens réarmerés. La seule chose que je me dis, c'est que si nous les Français, nous n'avons pas une stratégie de long terme, un moment, y compris sur le plan militaire, nous ne serons plus la meilleure armée européenne, ce que nous sommes.
Quand j'étais chef d'étatmajor, j'entendais bien qu'il en soit ainsi, la France avait la plus grande armée engagée en opération. C'était donc nous qui donnions la mesure. Vous dites commander c'est prévoir et s'y tenir.
Ce qui n'est pas le cas toujours. C'est bien cela. Oui, c'est ça la difficulté.
Regardez les paroles, les paroles qu'il y a et les actes. Regardez, c'est le problème des paysans aujourd'hui. Quand il y a une différence entre ce que l'on dit et ce que l'on fait, on perd la crédibilité.
Et la la crédibilité, c'est le cœur même de notre dissuasion nucléaire. Donc c'est c'est pas rien la crédibilité. H une question de Guillaume Per.
Mon général, vous nous expliquez, vous estimez que la Russie n'est qu'une menace parmi d'autres pour la sécurité de la France et la sécurité de l'Europe en général. Pourriez-vous nous préciser quelles autres menaces vous vous identifiez ? Et bien précisément, le terrorisme islamiste radical, faut pas l'oublier.
Regardez ce qui se passe en Afrique. Il se développe du nord vers le sud, c'est prodigieux. Il a frappé en Australie et vous avez vu cet attentat incroyable. il peut refrapper chez nous parce que le fils et son père, ça peut arriver chez nous demain matin.
On a des services exceptionnels. Mais euh cette menace euh elle elle est elle est durable pendant des années et des années avant qu'on arrive à l'éradiquer. Et on en est pas prêt parce que quand on voit tout ce qui se passe sur notre territoire à mon avis ça va encore nous faire beaucoup de mal.
Et puis il y a ce monde bipolaire reconstitué avec ce désengagement américain qui est extrêmement préoccupant. Vous savez aujourd'hui nous avons tenu parce que le parapluie américain était là et les Américains financent plus de 50 % des dépenses de l'OTAN et la plupart des pays européens avaient ce parapluie. Donc comment va faire l'Europe aujourd'hui ?
Et puis ce qui me préoccupe, c'est c'est vous savez, moi je suis un homme de la terre de la campagne. Dans la nature, le fort attaque le faible, voyez. Et nous, nous sommes le faible désormais si les Américains partent vers le Pacifique.
C'est ça qui me préoccupe. Après, tous les scénarios sont possibles. La seule chose, c'est qu'il faut penser l'impensable.
Arrêter cette idéologie de la surprise stratégique. Non, il faut penser l'impensable et avoir une vraie stratégie. sur quel modèle d'armée veut-on pour 2035, quelle stratégie française et ensuite on détermine la tactique pour arriver à cette stratégie.
Mais nous n'avons pas aujourd'hui cette vision. La revue nationale stratégique française, contrairement à celle américaine et bien euh qui est paru cet été, elle est trop figée sur les deux années à venir. On le voit bien sur le quinquena.
Il faut voir beaucoup plus loin. Vous savez les armées, on est des stratèges parce qu'on est des gens du temps long. Un équipement militaire a une durée de vie de 50 ans.
Les guerres sont longues. La haine avant de disparaître sur un territoire en guerre, c'est long. Nous nous sommes des gens du temps long.
Aujourd'hui, malheureusement le la gouvernance, comme on dit aujourd'hui, la gouvernance l'écume des choses. C'est la dépêche de l'après-midi. Général de Villier pour le succès des armes de la France et votre livre aux éditions Far Chos Vu.
Est-ce que vous croyez à l'armée européenne ? Il y a un chapitre qui s'appelle le mythe de l'armée européenne. Donc vous n'y croyez pas.
Donc le titre du chapitre est est révélateur. Oui, je crois que c'est une fausse une fausse piste. Évidemment, la coopération européenne en matière de défense est indispensable sur des projets concrets à géométrie variable évidemment et on est loin du compte aujourd'hui.
Qu'est-ce qu'on attend pour avancer ? Mais la fusion de troupe au combat ça n'existe pas. C'est un truc d'intellectuel sur la moquette.
Mais moi, je suis un praticien. J'ai été en Afghanistan, j'étais au Kotsovo, j'ai commandé des coalitions multinationales. Je sais comment ça se passe quand le danger arrive, qu'il y a des morts et des blessés.
On appelle sa capitale. Et quand on est français, on rentre dans l'armée pour le drapeau, pour le le pays, pour la patrie, pour son chef, pas pour une coalition économique. Donc il faut évidemment construire cette Europe, mais la défense de l'Europe, pas l'Europe de la défense, c'est pas la même chose.
Je crois le jeune, vous dites non à l'armée européenne, mais oui, à des projets européens. Il y en a un qui est discuté en ce moment, c'est le projet d'avion européen, le scaf. Euh, je vais le résumer un peu brutalement peut-être, mais certains industriels en France disent "En gros, on allait savoir-faire que les Allemands n'ont pas et ils vont nous les piquer et par ailleurs, c'est pas des très bons partenaires puisqu'ils achètent américains.
Tout à l'heure, vous en avez parlé. Est-ce que vous pensez que ce projet-l il est il est bon, il est viable et il faut l'encourager ou est-ce que les Français ont raison d'être un peu un peu arquebouté et un peu méfiant ? Il est clair que dans une coopération, la difficulté c'est si ça coûte plus cher, que c'est plus long et que en plus au plan industriel c'est dévastateur, c'est pas une bonne coopération.
Alors, il faut répondre à ces trois questions. Moi, je ne suis plus euh dans les affaires, donc je n'ai pas l'état d'avancement du dossier, mais euh j'ai ces trois principes et si à ces trois principes on répond, à ce moment-là, il faut arrêter, il faut faire autre chose. Ensuite, euh moi je suis pour la préférence européenne évidemment, mais la préférence européenne, ça veut dire queonète pas l'avion américain.
Donc, il y a un moment, faut aussi mettre les choses au clair. Ce qui manque aujourd'hui, c'est la clarté. Vous savez, l'ennemi de la stratégie, c'est l'ambiguïté.
L'ambiguïté, ça peut pas marcher parce que nous au combat, on tire ou on tire pas. Et on amène des gens jusqu'au sacrifice suprême dans la clarté. Et c'est cette clarté qu'il faut avoir, y compris dans ces coopérations de en matière de défense et d'équipement futur.
Mais on doit pouvoir et on l'a fait par exemple pour la flotte stratégique, on a des coopérations qui fonctionnent. Euh on doit, on le voit avec Airbus, on doit pouvoir construire des modèles à géométrie variable et certainement pas avec cette Europe fédérale qui ne dit pas son nom. Mais vous dites aussi, général Pierre Debier, dans votre livre qu'il faut réarmer les forces morales et c'est sont tout un des points clés euh de la situation aujourd'hui.
Est-ce que dans un pays fracturé comme l'autre comme le nôtre, on peut encore se dire voilà qu'on fait nation et qu'on se rassembler autour d'un projet de réarmement moral. Bah, il faut, c'est l'objectif, ça me paraît évident. Que se passerait-il si nous nous retrouvions dans la situation des Ukrainiens aujourd'hui ?
C'est une question qu'il faut se poser. C'est pour ça que le service militaire annoncé par le président de la République est enfin une bonne décision après 8 ans de service national universel, espèce de colonie de vacances qui nous a coûté des centaines de millions d'euros pour un résultat quand même très faible. Non, il faut maintenant traiter ce sujet de la cohésion nationale.
Son pays, on doit l'aimer, on doit en être fier. Son drapeau, on en est fier. Sa patrie, la terre des pères, c'est pas rien.
Et on ne doit pas être considéré comme un nationaliste si on aime la nation et qu'on est prêt à mourir pour elle. Il y a un moment, ça suffit, hein. Le pacifisme nous a fait tant de mal.
Ce n'est plus acceptable dans la situation aujourd'hui. Ça doit être un objectif important en matière d'éducation dans les familles, dans les écoles. Il y a des tas de choses qui existent aujourd'hui qui qui ont progressé mais ça ne va pas assez vite et je ne sens pas un volontarisme suffisant pour apprendre à nos enfants à aimer la France.
H ça passe par la famille, par l'éducation Guillaume Per, par tout un pays en réalité. Bien sûr, c'est ce qu'on fait quand nos 25000 jeunes arrivent dans l'armée. Les des jeunes de de 18 à 20 ans qui arrivent, ils n'ont pas forcément tous les fondamentaux pour aimer la France, on leur apprend et au bout d'un mois, le drapeau passe devant eux.
Ça s'appelle la présentation au drapeau bleu, blanc rouge avec honneur et patrie. Et c'est tous ceux qui sont morts avant eux qui passent devant cette nuée de héros qui leur apprend à aimer la France. Guillaume Perot.
Bon général, j'ai l'impression, j'ai le sentiment que ce que vous venez de nous expliquer à juste titre, ça passerait pour naturel en Angleterre que les Anglais sont beaucoup plus fiers de leur pays. Même les jeunes, ils sont, si j'ose l'expression, bien dans leur basket avec leur passé et avec leur fierté nationale. En France, c'est pas le cas.
Comment expliquer cette différence entre deux pays qui sont pourtant voisins ? Oui, c'est vrai que les militaires euh chez les Anglo-saxons d'une manière générale euh sont très bien considérés, mais je voudrais apporter un signe d'espérance dont je suis certain la jeunesse de France attend ça. On sera surpris.
Ils attendent du souffle. On leur offre des normes, on leur offre les réseaux sociaux, on leur offre du matériel. Ils attendent du cœur des tripes et quand on leur parle un un un langage qui les élève, l'exercice de l'autorité c'est au guérer élevé vert et bien ils sont prêts à nous suivre.
J'en suis intiment persuadé. Et il ne faut pas se méprendre. Il y a en France aujourd'hui une demande de proximité, de patriotisme, un retour de patriotisme qu'il n'y a pas forcément chez nos dirigeants et nos élites surdiplômées.
Mais je vous le dis, il y a un retour du patriotisme. Moi je le sens, vous savez, je fais un ou de déplacement depuis 8 ans par semaine dans la France entière. Je vois bien ce qui se passe dans les cités, dans les zones rurales, dans les grandes villes, c'est la même chose.
Les gens attendent ce retour de la proximité, ce retour de la fierté nationale. Alors moi, en tant que général d'armée, je je euh j'incarne. Donc c'est c'est vrai que c'est plus facile pour moi, mais on sera surpris.
Moi, je pense que au moins 80 % de Français attendent ce discours clair. Il faut parler de la France. Et vous dites aux jeunes, "Engagez-vous." Bien sûr, je dis aux jeunes, engagez-vous, quelle que soit la nature de cet engagement et vous serez heureux.
Servez une cause, servez les autres. Il y a plus de plaisir à donner qu'à recevoir, évidemment. Je fera une dernière question.
Je vous aimez pas beaucoup parler de politique, on vous entend pas beaucoup là-dessus, mais vous avez été le premier fait politique des deux quinquenadmanuel Macron puisque votre démission a été sa première crise et et finalement, c'est la première fois qu'on l'a vu à l'œuvre voir comment il gérait la pression. Est-ce que 8 ans après vous êtes surpris parce que ces deux quinquenas enfin ce finissant pour le second devenus la manière dont ils se sont passés et cetera rapidement général. Écoutez c'est vrai que la situation de la France est inquiétante.
On est en crise politique, en crise économique, en crise sociale. On est en en crise géostratégique dans tous les domaines. Donc on cherche des raisons d'espérer.
Moi, les raisons d'espérer, je pense les avoir trouvé. C'est le génie français. Et le génie français, c'est d'abord il n de richesse que d'homme.
Et la France saura se ressaisir. C'est sûr que on va peut-être connaître des moments difficiles incontestablement parce que crise à l'extérieur, crise à l'intérieur. Un moment en France, ça se passe souvent par rupture.
Mais moi, je rencontre des hommes et des femmes incroyables qui sont prêts à se battre pour notre pays. J'en suis persuadé. Il manque peut-être l'étincelle pour que ce creuser national, cette cohésion nationale euh se se retrouve.
Marina Ferrari