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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 27 décembre 2022 25 minComplaisantActualité / polémiqueImmigration & asileSécuritéInstitutions & électionsEurope & international

Marjane Satrapi et Farid Vahid : "Ce régime iranien n'est pas réformable"

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:00OuverteRéponse directe

    Pourquoi cette ampleur ? Pourquoi c'est différent de 2009 ou 2019 ?

  • 2:19OuverteRéponse directe

    Farid Vahid, vous partagez ce constat d'un régime non réformable ?

  • 3:27FerméeRéponse directe

    Sur la deuxième question : la police des mœurs a-t-elle été abolie ?

  • 4:54OuverteRéponse directe

    Marjane Satrapi, avez-vous des proches en Iran ? Comment obtenir des infos ?

  • 6:58OuverteRéponse directe

    Farid Vaid, quels échos avez-vous de vos contacts sur place ?

  • 8:54OuverteRéponse directe

    Y a-t-il des voix dissidentes au sein du régime ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:15InvitéFait
    « Ce régime n'est pas réformable. »
  • 1:30InvitéFait
    « Il y a toujours eu cette idée que ce régime était réformable. »
  • 15:18InvitéFait
    « L'Occident depuis la Seconde Guerre mondiale a toujours été du mauvais côté pour la question iranienne. »
  • 16:15InvitéFait
    « En 2015, quand il y a eu des accords sur le nucléaire, j'étais hyper contente. »

Temps de parole

  • Invité51 %
  • Présentateur32 %
  • Invité 213 %
  • ?2 %

1,6 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Invité

C'était il y a un peu plus de 100 jours, la mort de la jeune kurde iranienne Martha Amini, trois jours après son arrestation à Téhéran par la police des mœurs pour un mauvais port du voile. Depuis, des milliers d'Iraniens manifestent quotidiennement, malgré la répression du régime qui a arrêté 14 000 personnes et en a exécuté deux en relation avec ce mouvement de protestation. Pour en parler ce matin, avec nous, Marjane Satrapi, que vous connaissez bien, chers auditeurs, autrices de BD franco-iraniennes, bonjour. Bonjour. Et Farid Vaid, directeur de l'Observatoire Afrique du Nord et Moyen-Orient de la Fondation Jean Jaurès. Bonjour à vous. Bonjour.

Les manifestations continuent, je le disais, en Iran, plus de 100 jours après la mort de Marjane Satrapi. Moi, je pense que c'est une révolution. Il a toutes les caractéristiques d'une révolution. Alors, peut-être qu'elle n'est pas quantitative, mais elle est complètement qualitative. Et c'est une vraie révolution parce que c'est une révolution féministe. C'est une révolution qui a été initiée par les femmes. Et c'est en cela qu'elle est différente de toutes les autres. Voilà. Pourquoi elle a une telle ampleur, en fait ? Pourquoi c'est différent de 2009, de 2019, où il y avait déjà eu des mouvements de protestation ? En fait, pour ça, il faut un tout petit peu regarder l'histoire.

Ça fait 116 ans que les Iraniens se battent pour la démocratie. Depuis qu'ils ont voulu instaurer, ils ont instauré, en fait, une monarchie constitutionnelle. Vous n'avez aucun pays au monde qui, sur la même durée, a fait autant de révoltes. Vous avez 1906, vous avez 1919, vous avez les années 50, la révolution iranienne, et j'en passe. Et à chaque fois, en fait, si on peut parler seulement après la révolution de 79, il y a toujours eu cette idée que ce régime était réformable. Il y a eu des moments d'ouverture. Et en fait, les gens se sont rendus compte qu'une dictature qui accepte une réforme, cesse d'être une dictature. Ce régime n'est pas réformable.

Et vous avez, face à vous, une révolution qui n'est pas traumatisée comme la nôtre, qui avons vécu une révolution et une guerre, qui a grandi grâce aux réseaux sociaux, dans le temps moderne, avec les gens de sa génération. Et ils sont séculaires. Et c'est le sécularisme qui est particulier. Parce qu'avant, la réponse se trouvait toujours dans la religion. Maintenant, ils veulent vraiment une cession entre la religion et l'État. Farid Vahid, vous partagez ce constat, vous, un régime qui n'est pas réformable, et donc une révolution. Parce que le régime, il a affiché, en tout cas, des concessions. Par exemple, il a dit, j'abonis la police des mœurs.

Mais en fait, c'est trop tard ou c'est trop peu ?

2:33
Présentateur

Donc, premièrement, je suis tout à fait d'accord. La plus grande chose qui est arrivée avec le mouvement suite à l'assassinat de Massa Amini, c'est la réponse à cette question qu'on s'est posée, iraniens, depuis quand même un certain temps. Est-ce que le régime est réformable ou non ? Ce n'est pas que les Iraniens avaient un amour pour le régime, mais c'était peut-être la solution, dans la tête de beaucoup d'Iraniens, la plus facile, de réformer de l'intérieur et d'aller vers un effondrement interne, un peu comme l'URSS ou d'autres systèmes, sans passer par une révolution, mais de changer de système de l'intérieur. Bon, force est de constater que ce n'est pas possible.

Les réformateurs en Iran sont au pouvoir. Vu tant Khotami, vu tant Rouhani, rien n'a changé. On ne va pas faire l'histoire politique de l'Iran, mais on peut donner les raisons pourquoi ils n'ont pas réussi, pourquoi ils n'ont peut-être pas voulu aussi. Forcément, ils n'ont peut-être pas voulu. Mais donc oui, la question aujourd'hui est réglée. Le régime n'est pas réformable. Et pour la nouvelle génération iranienne, c'est clair, il faut aller vers une alternative qui se situe à l'extérieur du régime. Donc, il y a un changement de régime. Sur votre deuxième question, non. En fait, c'est vrai que ça m'agace un tout petit peu.

Ça montre aussi que la République islamique connaît quand même très bien le fonctionnement des médias en Occident et nos réflexes. Donc non, la police de Murs n'a absolument pas été abolie. Le voile est toujours obligatoire. Le régime n'a pas changé du tout de nature. C'est toujours des ultra-conservateurs religieux qui sont au pouvoir en Iran. Donc non, vous savez, c'est leur ADN. C'est une République islamique. Donc, ils ne vont jamais revenir sur ces choses-là. C'est juste qu'ils jouent. Ils connaissent très bien le fonctionnement des médias. Ils jouent au chaud, au froid, un peu à gauche, un peu à droite.

Oui, il faut dire qu'ils sont forts en communication, en tout cas en communication externe, parce que les Iraniens ne sont pas dupes. Mais c'est vrai que l'annonce de l'abolition de la police de Murs, ça fait beaucoup de bruit en Occident. Mais ça ne devrait pas, si on les connaît assez bien, on aurait dû comprendre que c'est un mensonge.

4:19
Invité

D'ailleurs, le rédacteur en chef du journal le plus conservateur en Iran qui s'appelle Kayhan, il a dit, si le voile islamique disparaît, tous les hommes vont devenir homosexuels. Ce qui est quand même bizarre, parce que ce voile islamique s'était mis d'abord en place pour que les hommes ne soient pas excités sexuellement en nous voyant. Par les femmes. Par les femmes. Et je ne comprends pas la logique de pourquoi, si on l'enlève, eux, ils vont devenir homosexuels. Donc, c'est... Une communication un peu bizarre. C'est très très bizarre. Marjane Satrapi, vous avez des proches encore sur place ? Est-ce que c'est facile pour vous d'avoir des informations, de savoir ce qui se passe exactement ?

Parce que la presse, l'information n'est pas libre, on l'a bien compris. Évidemment, la presse n'est pas libre, mais vous avez cet outil merveilleux qui s'appelle Internet, qui vient par intermittence en Iran. J'ai eu la chance, en fait, de m'être mis en contact avec quelques jeunes, une dizaine, qui viennent un peu de partout en Iran, parce que je ne peux pas parler en leur nom si je ne sais pas ce qu'ils disent. Ça fait 28 ans que je vis en France, ça fait 22 ans que je ne suis pas rentrée dans mon pays.

Donc, à un moment donné, il ne faut pas être coupé de la réalité et faire comme font une partie de la diaspora iranienne qui rêvent de quelque chose qu'ils ont perdu il y a 40 ans et ils pensent que l'Iran, il est dans le même état. Ce n'est pas vrai. Et ce que je constate, c'est ça. Et c'est vraiment un changement de mentalité, puisque la démocratie, c'est une culture. C'est une culture qu'il faut acquérir. Cette culture, elle est acquis, en fait, par les jeunes en Iran, beaucoup plus en Iran, d'ailleurs, que dans la diaspora iranienne, où on voit encore qu'il y a des querelles de clochers. Ah, je n'aime pas ton drapeau, je n'aime pas les cheveux de celui-là.

Alors que là, c'est des questions qu'on doit se poser aujourd'hui. C'est une union nationale contre l'ennemi commun qui s'appelle la République islamique. C'est ça, ce qui est important. Il faut faire quelque chose, comme on avait l'habitude de faire avant en France, un front républicain. À chaque fois qu'il y avait l'extrême droite, il y avait un front républicain. Il faut qu'on fasse un front républicain. Mais même en France, le jour où ce front républicain, et d'ailleurs, il est en danger, le jour où il est en danger, où il ne fonctionne plus, on va être en problème. Parce que la démocratie, elle est très fragile.

N'oubliez pas, Trump, s'il avait été élu pour un deuxième mandat, je ne sais pas ce que ça aurait donné pour la démocratie américaine. Farid Vaid, vous aussi, vous avez des contacts sur place. Qu'est-ce qu'il vous raconte ?

7:01
Présentateur

Donc, ce qu'ils me racontent, je ne vais pas être leur porte-parole, mais pour revenir sur...

7:06
Invité

Est-ce que vous arrivez à avoir des informations précises de leur part ? Parce que c'est vrai que nous, on voit ça, effectivement, on voit passer des choses sur les réseaux sociaux. Quels sont les échos que vous avez, vous ?

7:14
Présentateur

C'est difficile d'avoir des informations. Le régime fait tout pour que l'information ne sorte pas. C'est aussi pour ça que c'est important que nous, ici, on en parle, on diffuse les images. Parce que les personnes qui nous envoient des images prennent quand même un risque considérable. Et après, les Iraniens, il faut savoir, ça ne date pas d'hier, la censure en Iran. Donc, les Iraniens, la jeunesse iranienne, comment on a grandi avec la censure ? Donc, ils ont aussi grandi avec ce savoir-faire de détourner la censure. Donc, les VPN, les réseaux sociaux. Je trouve que les Iraniens maîtrisent absolument bien les réseaux sociaux et ils l'utilisent de manière très politique et très positive.

Donc, après, sur les messages, j'avais envie de revenir sur ce que Mahajan disait, sur, en fait, cette jeunesse très séculaire en Iran. Et c'est ce décalage énorme aussi qui, aujourd'hui, cause problème entre une minorité fanatique, religieuse, une dictature religieuse qui veut instaurer son style de vie à toute une majorité, imposer ses valeurs. Aussi, une oligarchie qui a quand même ses liens économiques avec le régime et une majorité d'Iraniens, surtout la jeunesse iranienne très séculaire qui veut, aujourd'hui, il faut le dire, la séparation de la religion et de la politique, ce qui est le principe même de la République islamique.

En fait, c'est ça qui cause problème et la réforme n'est plus possible parce que ce que les Iraniens et les Iraniens revendiquent, ça va à l'encontre de l'ADN même du régime. Donc, c'est un pays séculaire, une jeunesse séculaire, je ne vais pas employer le mot occidentalisé, mais qui partage quand même en grande partie nos valeurs occidentales, un régime qui a fait le choix de l'Est, on va en revenir peut-être, géopolitiquement, il regarde vers la Russie et la Chine, et religieusement, complètement fanatique. Donc, le principal message, c'est ce décalage, et à un moment donné, à moyen ou long terme, moi, j'en suis persuadé que ça changera.

8:52
Invité

Et un régime qui se fracture, peut-être, par exemple, on entend des voix dissidentes au guide suprême, un ministre qui a dit, par exemple, que le voile obligatoire n'avait plus lieu d'être, il y a des voix discordantes, y compris au sein des dirigeants ?

9:03
Présentateur

Encore une fois, pour moi, c'est comme la police de Meurs, non, moi, je ne vois absolument pas de dissidents, ils sont tous autour du guide suprême, moi, je n'ai pas vu de responsables iraniens, même les plus réformateurs, comme Khotami ou Rouhani, on ne les va pas oser mettre en question à la République islamique, ou revendiquer un référendum, ou critiquer ouvertement le guide. Non, ils sont très subtils, ils savent jouer, en donnant un peu le sentiment qu'il y a des alternatives internes, mais ils n'osent pas mettre en question les lignes rouges du système, ça veut dire le guide, ou les gardiens de la révolution.

9:33
Invité

Sauf si, ça veut dire que sur ces, disons qu'en fait, il y a entre 10 et 15 millions d'Iraniens qui veulent de ce régime, ce qui constitue à peu près moins de 20% de la population iranienne. Ces gens, en fait, qui soutiennent ce régime, ce n'est pas encore, parce qu'il y a une partie, une grande partie, par exemple, qui sont là par opportunisme. Quand Farid, il parlait de oligarchie, il y a beaucoup de gens qui ne sont même pas religieux, qui se sont vraiment enrichis, ça s'appelle Orzodé, avec ce régime-là. C'est le nom qu'on leur donne, c'est ça ? Oui, oui, voilà. Et je ne pense pas que ce soit un organe comme ça.

Vous voyez, par exemple, la nièce du guide suprême, elle est en prison aujourd'hui. Donc, moi, je pense que, vous savez, pour que la vague de tsunamis vienne et ils prennent le dessus, ce truc qu'on a l'impression, en fait, qu'il y a une espèce de diamant fait que de carbone, en fait, ce n'est pas vrai. À l'intérieur de ça, il y a des fissures. Et je pense qu'un jour, ça va exploser. Mais pas pour le moment. Mais Marjane Satrapi, 11 personnes ont été condamnées à mort en lien avec des manifestations, dont des personnalités un petit peu connues. Deux personnes déjà tuées, d'après vous, ça peut être pire ? Il va y en avoir d'autres encore ?

Écoutez, s'il n'y avait pas les réseaux sociaux, il ne faut pas oublier la République islamique, dès son instauration, jusqu'à aujourd'hui, il a tué près de 20 000 prisonniers politiques qui ont l'âge des gens qui se font exécutés aujourd'hui. S'il n'y avait pas eu les réseaux sociaux, il n'y aurait pas eu de mort. On serait au-delà de ça. N'empêche que les gens y sortent, parce que, vous savez, vous avez un peuple moderne. Il ne faut pas oublier l'Iran, c'est le pays, par exemple, dans ce que on aime appeler le Moyen-Orient terme, que je déteste, et je sais que Farid aussi, parce que ça ne veut rien dire, par exemple, qu'il y a eu le parti communiste le plus important.

C'est le pays le plus séculaire aussi de cette région. Vous ne pouvez pas avoir représenté un peuple séculaire alors que vous-même, vous vivez dans le Moyen-Âge. Donc, un gouvernement qui ne peut pas représenter son peuple, qui n'a pas le droit de le gouverner. Après, est-ce qu'ils vont lâcher le pouvoir comme ça ? Non. Est-ce que le régime islamique va disparaître dans six mois ? Non. Mais est-ce que ça va durer dix ans non plus ? Et là, c'est un point de non-retour. Et c'est le début de la fin et ils le savent. C'est-à-dire, quand vous regardez l'agressivité, quand vous entendez l'agressivité de leurs propos, vous n'êtes pas agressifs comme ça si vous n'avez pas peur.

La peur a changé de camp et ça a commencé avec les femmes. C'est là aussi où c'est très très important parce que la révolution de 1979, je la qualifie d'une révolution misogyne. C'était à un moment où les femmes, elles avaient de plus en plus de droits et tout ça. Et à ce moment-là, il y a eu cette révolution et un mois après, ils ont fait les lois pour que les femmes se voilent et un mois après, en mars, il y a eu la révolte des femmes contre le voile mais là, il n'y avait presque pas d'hommes et toute la gauche iranienne a abandonné en fait les femmes en disant ça c'est une lutte de classe sociale, ça ne nous concerne pas en oubliant que les droits des femmes c'était les droits de l'homme.

Cette fois, nos femmes sont sorties mais les hommes sont derrière eux et les slogans c'est « Zan Zendegi Ozzadi » « Femme, vie, liberté » et cette chose-là, elle est très très différente non seulement pour l'Iran mais pour toute la région ou peut-être même le monde. Farid Vaid en se durcissant en restant très dur en tout cas le régime il n'entretient pas finalement le mouvement puisqu'à chaque fois que quelqu'un meurt ou que quelqu'un est emprisonné ça relance les manifestations ?

13:12
Présentateur

Tout à fait de toute façon comme ça a été dit c'est un point de non-retour et les Iraniens n'oublieront pas l'assassinat de Marcel Amini et de tous les autres jeunes qui ont été assassinés depuis. Vous avez raison à chaque fois qu'il y a une exécution on sait très bien que par exemple le 40ème jour de l'assassinat de cette personne il y aura des manifestations.

Pour lui rendre hommage des cérémonies pour lui rendre hommage Donc oui on rentre en fait peut-être dans un long processus mais avec des cycles de manifestations de protestations il y a forcément des hauts et des bas mais il faut savoir que les Iraniens ça fait quand même trois mois qu'ils sont dans la rue qu'ils manifestent malgré tous les risques il y a eu des morts des peines de mort des filles qui sont violées dans les prisons en Iran donc les manifestations C'est quelque chose

13:52
Invité

qu'on vous raconte ?

13:53
Présentateur

Qu'on nous raconte et c'est documenté de toute façon on le sait c'est des vérités c'est pas caché oui malheureusement les Iraniens risquent d'être agressées sexuellement dans les prisons c'est quelque chose qui arrive depuis quand même quelques décennies en Iran et c'est très triste donc oui le régime se durcit et même quand on voit qu'ils empêchent la femme et la fille d'Ali Doi un footballeur très populaire en Iran de se rendre à Dubaï je reviens sur le propos de Marjan ça montre à quel point quand même ils se sentent fragiles mais quelle puissance régionale empêche la femme et la fille d'un footballeur de quitter le territoire c'est quand même complètement absurde donc ça montre qu'ils sont très fragiles ils se sentent quand même en position de faiblesse et ils ont les vraies données ils savent très bien que la majorité absolue des Iraniens n'en veulent plus d'eux donc aujourd'hui ils se reposent sur quoi ?

Sur un tout petit pourcentage d'Iraniens fanatisés qui croient dans le régime pour des raisons idéologiques ils sont très peu nombreux et effectivement un certain pourcentage de personnes qui ont leur intérêt économique lié au régime mais ils sont en minorité absolue donc ils savent très bien qu'ils sont fragiles en ce moment

14:57
Invité

Frédéric nous appelle de Pau bonjour Frédéric

15:00
Auditeur

Oui bonjour à tous bonjour à nos invités voilà je ne veux pas défendre l'Iran mais je voulais vous demander si vous ne pensiez pas que l'Europe a pu contribuer à radicaliser le régime en ne le soutenant pas suffisamment contre les sanctions injustes que Trump leur avait imposées

15:15
Invité

Merci pour votre question Frédéric Marjane Sattrapi Écoutez je pense que l'Occident depuis la seconde guerre mondiale a toujours été du mauvais côté pour la question iranienne il l'a toujours défendu par exemple voilà le Shah d'Iran est arrivé au pouvoir avec un coup d'état quand même fomenté par les américains et les anglais qui a pu réussir parce qu'il y a en 51 en 53 en réalité et il tombe en 79 oui chose qui a pu arriver parce qu'on avait des traîtres en Iran enfin ils n'ont pas fait tout seul nous avons participé à ces choses là aussi toute l'histoire quand vous regardez l'Occident a toujours été du mauvais côté alors dans un premier temps oui moi j'étais contre ces sanctions parce que je suis convaincue qu'en fait quand vous faites des sanctions vous détruisez la classe moyenne et la classe moyenne est le garant du changement dans un pays ça c'est réel en 2015 quand il y a eu des accords sur le nucléaire j'étais hyper contente parce que enfin cette chose là allait changer le problème c'est que maintenant on n'est plus dans ce cas là parce que disons par exemple c'est ce que dit le président des Etats-Unis Joe Biden il dit l'accord est mort c'est pas possible parce que imaginons qu'on enlèverait aujourd'hui les sanctions qu'il y a ces 60 ou 70 milliards de dollars qui vont arriver par exemple en Iran croyez-vous vraiment que cet argent va aller dans la poche des Iraniens non ça va être utilisé pour d'ailleurs tuer les Iraniens après aller donner de l'argent au Hezbollah de Liban au régime d'Assad etc donc on n'est plus dans ce cas là dans un premier temps peut-être mais là signer les accords nucléaires ou enlever les sanctions ça ne fait que légitimiser ce régime qui n'est plus légitime au contraire il faut absolument durcir et ça ne suffit pas de dire voilà 25 personnes des gardiens de la révolution sont interdites d'entrer en Occident c'est tout l'organe des post-orandes des gardiens de la révolution qui doivent être interdits d'ailleurs c'est tout le régime iranien qui doit être interdit il faut absolument envoyer un signal fort et pour le moment toutes les réactions sont molles donc après personne ne demande moi je ne demande ni à la France à la Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis de venir faire la révolution à notre place ou d'intervenir l'Iran appartient aux Iraniens mais il y a des choses qu'on peut faire ce dont je viens de vous parler mais quand les présidents américains et français disent publiquement leur respect pour les manifestants quand Emmanuel Macron reçoit 4 femmes iraniennes à l'Elysée ce que vous dites ça c'est mou c'est pas suffisant c'est pas suffisant non il faut faire plus Farid Vahid je relaie aussi la question de Jean qui nous a écrit sur l'application France en Terre quelles seraient les sanctions efficaces contre le régime iranien sur cette même thématique

18:11
Présentateur

c'est une très bonne question une question assez technique on ne va pas refaire le dossier nucléaire qui était quand même très technique très compliqué ça a pris des mois de négociation aujourd'hui premièrement personne ne veut de cet accord à part peut-être les diplomates européens pourquoi parce que c'était entre guillemets peut-être la solution la plus facile pour empêcher l'Iran d'avoir l'arme nucléaire donc dans la tête d'un diplomate européen c'est compréhensible mais après il faut comprendre l'importance de ces images aujourd'hui j'ai quand même beaucoup de mal à imaginer le ministre des affaires étrangères de la France serrer la main du ministre iranien et signer un nouvel accord c'est impossible et de toute façon les iraniens aussi n'en veulent pas c'est eux qui ont fait traîner les négociations cet été ils ont fait le choix de l'Est donc on est quand même dans toute une autre logique en 2015 il y avait 22 millions d'Iraniens qui avaient voté en 2013 pour Rouhani pour signer un accord aujourd'hui on n'est plus du tout dans cette situation là donc l'accord effectivement comme l'a dit Joe Biden l'accord est mort après sur les sanctions c'est une très bonne question il ne faut pas donner le sentiment qu'on fait de la communication de sanctionner par exemple 22 membres des guerres de la révolution c'est politiquement important ça crispe les iraniens mais bon après il faut savoir que les américains ont déjà sanctionné tout l'Iran et avec l'extraterritorialité du droit américain de facto l'Europe aussi a sanctionné déjà l'Iran donc l'Iran est déjà sous sanction si vous voulez vraiment faire mal à la république islamique d'Iran il ne faut pas exemple aller dire aux chinois de ne plus acheter le pétrole iranien on rentre quand même dans une logique beaucoup plus géopolitique l'Iran est dans une alliance stratégique avec la Russie une alliance économique avec la Chine et si vous voulez vraiment affaiblir la république islamique il faut rentrer il faut accepter déjà cette logique de cette guerre d'influence entre la puissance occidentale libérale pro-démocratie et les pays autoritaires comme la Russie et la Chine vous ne pouvez pas faire mal à la république islamique sans faire mal à leur relation économique avec la Chine et la Russie

19:59
Invité

et puis il y a aussi quelque chose d'autre en fait que les Européens ils doivent comprendre c'est-à-dire qu'aujourd'hui le garant de la démocratie dans le monde c'est l'Europe les Etats-Unis est à la dérive la Russie la Chine ça n'a jamais été garant d'aucune démocratie c'est l'Europe en fait et cette chose-là même s'il n'y a pas par exemple de compassion particulière pour le peuple iranien et tout ça si on est dans ce qu'on appelle le réel politique dans le réel politique c'est dans l'intérêt commun du monde démocratique que le régime islamique n'existe pas tout d'abord l'Europe par exemple il n'aura plus de problèmes d'énergie on est quand même les deuxièmes réserves de gaz et les quatrièmes réserves de pétrole mondial le problème nucléaire il va disparaître de facto les mouvements terroristes ils vont être très très affaiblis je ne vous parle pas des salafistes et tout ça mais par exemple si vous regardez par exemple les chiites libanais c'était les gens qui étaient le plus à gauche de l'échiquier politique au Liban avec la république islamique ils sont devenus le Hezbollah pour le régime de Assad pour affaiblir Poutine enfin si vous voyez sur tous les plans en dehors du bien-être du peuple iranien même si on va jusqu'à dire bon voilà nous on s'en fout pour l'Europe c'est mieux qu'il n'y ait pas de république islamique donc même par calcul politicien c'est dans l'intérêt de tout le monde c'est dans l'intérêt du monde même Michel nous appelle de Moselle bonjour Michel oui bonjour votre question pour nos invités

21:29
Auditeur

oui bonjour je voulais savoir concernant la France si ils ne craignent pas que pour des raisons personnelles notre président va se mettre à parler avec les Mola comme il s'est mis à parler avec Poutine sans consulter les autres pays

21:44
Invité

Farid Vahid peut-être

21:45
Présentateur

sur la diplomatie française

21:48
Invité

sur le fait que la France se mette à parler avec les Mola

21:51
Présentateur

je pense qu'aujourd'hui oui la diplomatie avec la république islamique ne fonctionne pas de toute façon il faut savoir que la république islamique ne recherche pas à avoir de bonnes relations avec l'occident donc il faut le comprendre après je comprends aussi la diplomatie française la tradition française de parler à tout le monde mais bon je pense qu'en ce moment il faut mieux parler à l'opposition iranienne à la société civile iranienne

22:13
Invité

Marjane Satrapi quel rôle pour la suite du mouvement aussi pour la diaspora pour des gens comme vous pour des rôles pour des gens comme Goldschiff et Farhani aussi est-ce que vous pouvez être un leader ou une leader de cette révolution qui pour l'instant n'a pas de figure vraiment charismatique ?

Écoutez je pense que l'histoire de figure charismatique c'est un peu une vision archaïque des révolutions pratiquement tous les leaders charismatiques ils finissent par devenir des dictateurs eux-mêmes on en a fait l'expérience l'amère expérience plusieurs fois donc on ne va pas recommencer et justement c'est pour ça aussi que c'est difficile d'arrêter cette révolution parce qu'elle a mille têtes et n'a pas qu'une seule tête après l'Iran appartient aux Iraniens qui vivent en Iran nous on est parti de l'Iran cette chose-là il faut qu'on l'assume après notre coeur est avec l'Iran c'est pas à nous de dire voilà nous nous sommes les leaders et venez nous allons venir comme des colonisateurs vous apprendre à comment exercer la démocratie ils savent très bien ce que c'est que la démocratie et je pense que dans les prisons politiques en Iran vous avez une élite tellement extraordinaire pour former 10, 20, 30 gouvernements ce que nous nous pouvons faire par contre c'est de les soutenir parce que croyez-moi ou pas la chose qui se passe quand je parle avec des gens c'est pas tellement voilà quelle action tout ça c'est de se sentir regarder de dire qu'il y a des gens derrière eux ça leur donne le courage d'aller se battre et c'est en ça aussi que ce mouvement il est différent des autres c'est parce que c'est pour la première fois qu'il y a une synergie complète entre la diaspora iranienne et ce qui se passe en Iran en 2009 il n'y avait pas ça et jamais il n'y a eu ça toute la diaspora iranienne est derrière par contre dans la diaspora comme je vous disais l'exercice de démocratie des fois montre ses limites on se crêpe les chignons alors qu'en Iran ils sont beaucoup je trouve qu'ils sont beaucoup plus de la culture démocratique c'est de nous mettre tous ensemble pour l'ennemi commun contre l'ennemi commun pardon excusez-moi Marjane Satrapi autrice de BD franco-iranienne Farid Vahid directeur de l'Observatoire Afrique du Nord et Moyen-Orient de la Fondation Jean Jaurès merci à tous les deux de nous avoir répondu sur France Inter France Inter Merci à tous les deux

24:33
Locuteur

Sous-titrage ST' 501