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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20· 16 mars 2026 8 min

Municipales : "Dans les petites villes, on est vraiment sur le maire et son programme très local", selon Laurent Turpin

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

France Inter, Mathilde Munoz, édition spéciale. Il est 6h20, l'invité du 5-7 est un petit maire et ça n'a rien de péjoratif au contraire. Le maire d'un village comme il en existe tant en France, la moitié des communes ont moins de 500 habitants. Bonjour Laurent Turpin.

0:21
Laurent Turpin

Bonjour.

0:22
Présentateur

Vous venez d'être réélu sans étiquette à Saudemont, 420 habitants dans le Pas-de-Calais. Et vous racontez votre premier mandat, votre quotidien de maire rural dans une bande dessinée intitulée justement Le Petit Maire. Alors il n'y avait pas de suspense, vous étiez le seul candidat réélu avec 53% de participation. C'est moins que la moyenne nationale. Vous vous attendiez à mieux ?

0:44
Laurent Turpin

Non, pas vraiment parce qu'il y a 6 ans, il y avait deux listes. On avait fait à peu près deux tiers de participation. C'est vrai qu'avec une seule liste, c'est un petit peu moins attractif de venir voter. En plus, il faisait beau. Donc je m'attendais. En fait, je trouve que c'est déjà pas mal comme participation.

1:01
Présentateur

Alors globalement, l'abstention a été forte dans la ruralité. Est-ce que c'est lié aussi à la réforme électorale, le fait qu'on ne puisse plus rayer ou ajouter des noms ? Est-ce que ça joue ça aussi ? On vous l'a dit ça ?

1:12
Laurent Turpin

Ah bah oui, c'est sûr, parce que les gens ont besoin de s'exprimer. Ils avaient pris des habitudes par rapport au panachage des listes. Et même quand il y avait une seule liste, ils disaient pour qui ils étaient d'accord de voter. Alors que là, ils savent que leur vote est considéré comme nul. Donc derrière, on ne les écoutera pas du tout.

1:29
Présentateur

Est-ce que vous comptez en parler de cette faible participation avec vos administrés dans les prochains jours ? Enfin, forte selon vous, mais quand même relativement faible, un sur deux.

1:38
Laurent Turpin

Essayer de comprendre. Essayer de comprendre, bien sûr, comme on fait d'habitude, dialoguer. Et puis ensuite peut-être faire remonter leurs revendications, en tout cas leurs discussions.

1:49
Présentateur

Alors vous, vous avez su très vite que vous étiez réélu. Comment vous avez vécu la soirée ? Est-ce que vous avez quand même suivi l'ensemble des résultats à l'échelle nationale ?

1:57
Laurent Turpin

Oui, oui, oui, bien sûr. Moi, je m'intéresse de toute façon à la politique en général. Et c'est vrai que les municipales sont toujours un bon indicateur de ce qui se passe. Mais c'est vrai aussi qu'on n'a pas, j'allais dire, dans les grandes villes, ça devient politisé. Alors que dans la plupart des villes, et notamment les petites villes, on est vraiment sur un nominatif, sur le maire et son programme très local.

2:20
Présentateur

Oui, petit maire, mais grande responsabilité, surtout grande abnégation. Un petit maire, il est sur le terrain à quasi temps plein, disponible aussi souvent. Il doit être au courant de tout, répondre à tout. Vous êtes celui que les habitants appellent systématiquement en cas de problème ?

2:33
Laurent Turpin

En priorité. En priorité, la mairie est leur référent sur tout ce qui peut se passer dans leur vie. à la fois pour des raisons personnelles que pour des raisons administratives, parce qu'ils sont un petit peu perdus dans les méandres des dossiers aujourd'hui de plus en plus complexes. Oui, oui, c'est vrai.

2:50
Présentateur

Alors, il y a les méandres des dossiers complexes, ça vous l'expliquez bien, effectivement, dans votre livre. Mais il y a aussi des demandes ou des sollicitations qui peuvent paraître curieuses. On vous appelle parce qu'il y a une coupure de courant chez quelqu'un, parce qu'il y en a un qui veut organiser les 90 ans de sa grand-mère et réserver la salle des fêtes. Il vous appelle alors qu'on est le week-end, que c'est le soir. C'est peut-être pas une priorité, ça ?

3:10
Laurent Turpin

Non, non, mais on m'appelle, c'est vrai, pour tout et pour rien, pour retrouver une casquette dans le parc d'activité, parce qu'on a mis des caméras de vidéoprotection et qu'ils pensent que c'est fait pour ça, parce que certaines personnes interdisent de se garer sur le trottoir devant chez eux. Enfin, effectivement, c'est pas des priorités, leur problème, c'est pas des priorités, encore une fois, c'est qu'on est un référent et qu'ils ont pris l'habitude, alors parfois avec trop d'enthousiasme, mais de nous appeler pour tout et pour rien, c'est vrai.

3:37
Présentateur

Et ça vous agace ?

3:39
Laurent Turpin

Ça agace parfois lorsqu'on parle sur des choses mineures, mais après, on est là aussi pour être à la disposition. En fait, nous, notre problème, c'est un problème de disponibilité permanente. En tout cas, c'est pas un problème, parce que parfois, c'est très satisfaisant et on est très, très content de s'engager, sinon on ne le ferait pas. Mais c'est vrai que parfois, certains abusent, entre guillemets.

4:00
Présentateur

Et justement, est-ce que vous avez hésité à vous représenter ?

4:02
Laurent Turpin

Je n'ai pas hésité, j'ai réfléchi. Avec mon équipe, on n'est plus sur une idée de projet. Il se trouve que le projet avait logique à se continuer sur un deuxième mandat. Et donc, comme je disais tout à l'heure, quand on s'engage, on y va à quoi ? Mais c'est vrai que je comprends qu'un certain nombre de maires aux alentours aient préféré jeter l'éponge pour diverses raisons, qu'elles soient personnelles, surtout d'ailleurs.

4:24
Présentateur

Et est-ce que vous avez du mal à constituer une liste ? Qui plus est, une liste paritaire ?

4:28
Laurent Turpin

Alors, moi, non. Je dois vous dire la vérité. Mais je sais que c'est une difficulté. Là, vous parliez de la nouvelle loi tout à l'heure. Éventuellement, pour créer une autre liste ou une liste d'opposition dans un village, ce n'est pas évident quand on part de zéro pour retrouver à la fois 11 personnes. Enfin, nous, on est 11. Et puis, des femmes, non pas parce qu'elles n'ont pas envie, mais simplement parce que jusqu'à présent, elles n'y pensaient pas vraiment.

4:51
Présentateur

Donc, pas de difficulté pour trouver des conseillers municipaux pour aller avec vous. Mais par contre, vous dites que c'est difficile, en fait, de travailler dans une petite commune parce que vous avez un demi-cantonnier, donc un cantonnier à mi-temps, et une demi-secrétaire, donc une secrétaire de mairie à mi-temps. Et quand, ce que vous racontez dans votre bande dessinée, cette secrétaire, elle s'en va, c'est difficile d'en retrouver une.

5:11
Laurent Turpin

Surtout, oui. Moi, ce qui m'est arrivé en plus, c'est que, du coup, dans la transition, c'est moi qui ai dû faire secrétaire de mairie. Donc, j'ai vu à quel point c'était une tâche parfois ingrate et puis qu'il fallait être très, très polyvalent. Ça, c'est vrai. Mais heureusement, en fait, il faut savoir compter. Alors, c'est par rapport aux grandes villes où il y a un système administratif mis en place avec un directeur général des services. Nous, c'est l'équipe municipale, en fait, qui doit être de haut niveau. Il faut que tous les conseillers municipaux mettent la main à la patte.

5:37
Présentateur

Et tout ça, pour combien ? Vous touchez combien en tant que maire ?

5:40
Laurent Turpin

À mon indemnité, c'est de l'ordre de 900 euros par mois, je crois.

5:44
Présentateur

Et donc, vous êtes obligé de travailler à côté ?

5:46
Laurent Turpin

Ah oui, bien sûr.

5:47
Présentateur

Vous faites quoi ?

5:48
Laurent Turpin

J'ai plusieurs activités. Je suis chargé d'enseignement, en gestion. Et puis, je suis journaliste spécialisé en bande dessinée. Donc, j'organise aussi des débats, des choses comme ça. D'où, d'ailleurs, la BD L'Optimaire, c'est un univers que je connais bien et que j'adore.

6:01
Présentateur

Voilà, L'Optimaire. Donc, je n'ai pas cité le dessinateur Olivier Berlion, évidemment. Très important parce que vraiment, ces dessins racontent bien votre quotidien. Et vous nous racontez dans cette bande dessinée ce qui vous est arrivé, finalement, au tout début de votre premier mandat. Il y a le confinement qui est décidé juste après le premier tour des municipales. Et là, vous dites, aucune consigne ne nous parvient. On ne sait pas trop comment gérer ce confinement. Est-ce que c'est ça le quotidien aussi d'un petit maire ? On a l'impression de ne pas exister, de ne pas compter dans ce pays centralisé ?

6:31
Laurent Turpin

Un petit peu, un petit peu. Et puis, parfois, d'ailleurs, de subir un certain nombre de décisions sans avoir l'impression d'être consulté. Je voudrais préciser qu'Olivier Berlion est mon co-auteur. Il n'a pas fait que dessiner. On a travaillé ensemble sur tout le découpage. Et donc, pour revenir au Covid, c'est vrai que c'est arrivé brutalement. Nous, on était élus le 15 mars. On se retrouve devoir attendre le 23 mai pour être installés. Et entre les deux, l'ancienne équipe municipale n'a pas trop envie de s'occuper du village parce qu'ils ont perdu. Et puis nous, on n'a pas vraiment la légitimité. Donc, tout ça, oui, est compliqué. Et on attend.

7:02
Présentateur

Quel conseil vous pouvez donner aux petits maires qui viennent d'être élus pour la première fois ou qu'ils seront la semaine prochaine ? Qu'est-ce que vous auriez aimé, vous, connaître quand vous êtes devenu maire il y a six ans ?

7:14
Laurent Turpin

Oui, parce que moi, en fait, quand je suis devenu maire, je ne connaissais pas du tout la chose publique. J'avais des projets pour le village, mais je ne savais pas du tout comment ça fonctionnait au niveau quotidien. Justement, c'est une des raisons pour lesquelles j'ai voulu faire ce livre. Mais il faut d'abord aller voir le sous-préfet. Voilà ce qu'on m'a demandé de faire dès le début. Il faut, en fait, se présenter aux autorités locales, entre guillemets, les différents présidents, départements, régions, intercommunalités. Et puis, prendre contact avec les autres maires au niveau de l'intercommunalité.

On va essayer de construire quelque chose qui permet ensuite de développer tous les projets d'investissement qu'on veut mettre en place pour sa commune.

7:49
Présentateur

Voilà, Le Petit Mère, donc, de Saudemont, dans le Pas-de-Calais, c'est vous, Laurent Turpin. Et cette bande dessinée, Le Petit Mère, parue aux éditions des ARNBD. Vous l'avez co-réalisé avec Olivier Berlion. Merci d'avoir été en direct avec nous sur France Inter. Merci d'avoir regardé cette vidéo !

Municipales : "Dans les petites villes, on est vraiment sur le maire et son programme très local", selon Laurent Turpin — Laurent Turpin · Pourquijevote