Sacha Straub-Kahn : «Quand les gens n’ont plus confiance, on n’a plus aucune légitimité à rendre la justice»
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Avant de répondre à votre question, peut-être deux choses en préambule et je ne vais pas éluder cette question, même si elle est directe, comme vous l'avez dit. La première chose, c'est évidemment dire un mot de compassion pour la famille de cette jeune fille, puisque vraisemblablement, si c'était son corps qu'on a retrouvé, il doit être dans une souffrance absolue. Puis on pense aussi aux autres familles, puisque vraisemblablement, là aussi, comme vous l'avez dit, dans ce parcours macabre, on se rend compte qu'il y a d'autres victimes qui, fort heureusement, entre guillemets, ne sont pas allées jusqu'à mourir, mais qui ont quand même subi soit des agressions sexuelles, soit des viols.
La deuxième chose, c'est, vous avez dit en préambule avant votre sujet, que les gens se posent des questions. Et c'est pour ça que je suis là, que je ne fais pas votre seul plateau aujourd'hui, mais que je fais un certain nombre de médias, parce que quand on est magistrat, on rend la justice au nom du peuple français. Et qu'à partir du moment où les gens n'ont plus confiance dans l'institution que je représente, en vérité, on n'a plus aucune légitimité à rendre la justice. Parce que la seule légitimité qu'on a, c'est le pouvoir que vous nous déléguez au quotidien de rendre la justice en votre nom.
Et donc c'est normal que quand il y a des dysfonctionnements, ou en tout cas quand les gens s'interrogent de façon aussi brûlente et aussi choquante, qu'on vienne répondre à ces interrogations. Et donc, pour répondre à votre question directe, que je n'ai pas oubliée, je ne vais pas vous dire que la procureure de Hoche doit démissionner. Par contre, ce que je vais vous dire, c'est qu'il y a une enquête administrative qui a été diligentée, qui d'ailleurs ne concerne pas que le ministère de la Justice, concerne aussi la gendarmerie et l'éducation nationale. C'est les trois inspections qui sont saisies.
Et cette inspection se posera la question à la fois de savoir s'il y a une responsabilité systémique, c'est-à-dire est-ce qu'on a un système qui est défaillant, ce qui objectivement semble être vraisemblablement le cas, puisque quand vous avez un certain nombre de manquements, par exemple des procédures papier où on ne sait pas très bien où elles se baladent, je peux faire le parallèle aussi avec le périscolaire à Paris, où on se rend compte que vous n'êtes pas obligé de vérifier le casier judiciaire de gens que vous embauchez au travail de jeunes enfants. Tout ça, c'est du systémique, ce n'est pas une responsabilité individuelle.
Ce n'est pas pour autant que ce n'est pas grave, mais c'est un système qu'il faut revoir.
C'est une combinaison des deux. En tout cas, c'est l'impression que l'on a dans ce dossier. C'est qu'il y a un système à revoir. Et des individualités qui, à défaut de fuir les responsabilités, ont manqué. Et je parle encore de la procureure d'eau, je pense que c'est la dernière révélation en cours, mais je ne veux pas m'acharner sur cette dame précisément, puisqu'il y a des marqueurs individuels de ces dernières années, ces dix dernières années, que l'on pourrait pointer. C'est...