Christophe Galfard : "Tout le vivant qui existe sur Terre vient de la même chose"
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Questions et réponses
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- 1:30OuverteRéponse directe
De quoi est-ce qu'on parle quand on parle de la vie ?
- 2:33OuverteRéponse directe
Pourquoi les papiers de Wallace et Darwin en 1858 sont-ils un moment fondateur ?
- 3:45OuverteRéponse directe
Pour comprendre les origines de la vie, il faut creuser dans le sable et la roche. Quand parle-t-on d'origine ?
- 5:56OuverteRéponse directe
Tout le vivant pourrait-il avoir le même ancêtre commun ?
- 7:23OuverteRéponse directe
Vous donnez des chiffres : on partage 60% de notre ADN avec une banane. Qu'est-ce que ça raconte ?
- 9:10OuverteRéponse directe
Qui est Félix Derelle et qu'est-ce qu'on lui doit ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:48InvitéFait
« Nos ancêtres ne savaient pas ou ne pensaient pas en tout cas que le vivant évoluait. »
- 2:40InvitéFait
« Wallace et Darwin ont des histoires complètement extraordinaires. »
- 4:21InvitéFait
« C'est une des cinq extinctions massives. »
- 5:44InvitéChiffre
« Les plus vieilles roches qu'on trouve sur Terre ont environ 4,2, 4,3 milliards d'années. »
- 7:30PrésentateurChiffre
« On partage 60% de notre ADN avec une banane. »
- 9:22InvitéChiffre
« Il a été 28 fois sur la liste des personnes potentiellement nobilisables. »
- 11:04InvitéFait
« Il a découvert qu'il existe des virus qui attaquent les bactéries. »
- 12:52InvitéChiffre
« Dans nos propres corps, il y a plus de cellules qui ne sont pas humaines que de cellules humaines. »
- 17:05InvitéFait
« Il y a la vie qui émerge et qui apparaît avec ces lois elles-mêmes à l'intérieur d'une échelle plus grande. »
- 17:41InvitéFait
« Tous les éléments qui sont à l'intérieur de nos corps ont été fabriqués dans des étoiles il y a très longtemps. »
- 23:21InvitéFait
« Les propriétés du monde minuscule sont complètement hallucinantes. »
Temps de parole
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- Présentateur 27 %
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France Inter, Alibadou, Marion Lourd, le 6-9. Grand entretien de France Inter ce matin avec Marion Lourd. Nous avons le bonheur de recevoir l'un de nos grands scientifiques, formidables vulgarisateurs, docteurs en physique théorique et auteurs d'un best-seller, l'univers à portée de main, traduit dans plus de 20 langues. Et c'est aujourd'hui la vie à portée de main qu'il nous offre. C'est le titre de son dernier livre publié chez Albin Michel. Une aventure extraordinaire où l'on parle à la recherche de nos origines. On y apprend des tas de choses à chaque page. On sourit aussi tout au long de la lecture. Un livre qui se lit comme un roman et dont il est, dont nous sommes les héros.
Bonjour Christophe Galfard. Bonjour. Et bienvenue Christophe Galfard. Les auditeurs d'Inter vous connaissent bien depuis la rentrée. Vous animez l'émission Big Bang tous les samedis à 11h. Et ils pourront, nos auditeurs, dialoguer avec vous dans quelques minutes au 01 45 24 7000 ou sur l'application de France Inter. La vie à portée de main. Ce livre, c'est un livre important qui nous donne toutes les bases et les clés pour comprendre d'où l'on vient. Vous prenez littéralement le lecteur par la main et vous commencez, Christophe, avec une expérience de pensée. On se retrouve au milieu d'une clairière, dans une forêt. On regarde autour de soi. Il y a les arbres, les oiseaux, les papillons.
Et on se demande d'où vient toute cette vie. De quoi est-ce qu'on parle quand on parle de la vie ?
Et bien justement, c'est la grosse question. Est-ce qu'on arrive à définir le vivant ? Est-ce qu'on arrive à voir si le vivant évolue dans le temps ? Nos ancêtres ne savaient pas ou ne pensaient pas en tout cas que le vivant évoluait. Du coup, ils ne pouvaient pas vraiment avoir d'histoire. Aujourd'hui, on sait que le vivant évolue. Et donc, s'il change, il peut avoir une histoire et potentiellement un début. Et l'idée du livre, c'est de partir à la recherche de nos origines en regardant ce qui est autour de nous.
Parce que c'est une véritable enquête. Alors, il y a d'abord votre étonnement, votre émerveillement que vous nous faites partager. Mais votre livre, il s'ouvre sur une réunion née en 19e siècle, 1858 précisément, à Londres. Il y a une trentaine d'hommes de science qui parlent de nouveaux articles parus en biologie à la fin de l'année. Le président de l'association dit que, en 1858, il ne s'est rien passé de particulièrement notable. Or, ce jour-là étaient présentés les papiers de Wallace et Darwin sur les origines de la vie. Il faut que vous nous expliquiez ce que c'est, pourquoi est-ce que c'est un moment fondateur ? Qu'est-ce que ça raconte, ces papiers de Wallace et Darwin ?
Eh bien, justement, ça faisait quelques années, notamment depuis un Français qui s'appelle Lamarck, que les biologistes s'interrogeaient sur comment toutes ces espèces qui sont autour de nous sont devenues ce qu'elles sont. Et Wallace et Darwin ont des histoires complètement extraordinaires. Ce sont des aventuriers tous les deux. Darwin était riche, donc c'était facile pour lui d'une certaine manière. Wallace n'avait pas un sou, donc il est parti, il a tout perdu. Il est parti en Amérique latine pour essayer...
Ils ont parcouru le monde ! Ils ont parcouru le monde !
Darwin, juste au Galapagos ! Absolument, et ils ont regardé. Ils ont regardé la nature qui était autour d'eux, et ils ont réalisé petit à petit qu'on pouvait voir les changements qui existaient. On pouvait voir l'évolution à l'œuvre aujourd'hui. Et c'est ça qu'ils ont présenté dans ces papiers. Ce n'était pas eux-mêmes, c'est une autre personne qui les a présentés pour eux, qui ont été présentés en 1858, devant la Linnéan Society à Londres, dont le but était de comprendre l'origine de la vie. Et personne n'a remarqué qu'ils venaient d'assister à une révolution de pensée.
Une véritable révolution. Alors, pour comprendre les origines de la vie, vous emmenez le lecteur à la recherche des traces de vie dans le passé, il est question de fossiles. Mais vous nous emmenez dans un endroit, on ne sait pas exactement où on est. Il y a un tyrannosaure Rex qui nous chasse et nous poursuit. On essaye de s'en libérer, mais on n'y arrive pas. Et à ce moment-là, une lumière aveuglante nous permet de grimper dans un arbre et d'être le spectateur de l'impact de la météorite qui entraînera l'extinction des dinosaures. C'est l'une des cinq premières extinctions. Et il se met à pleuvoir du verre sur la Terre.
C'est une des cinq extinctions massives. C'est-à-dire un des cinq moments catastrophiques, disons, pour le vivant sur Terre où la vie manque de s'arrêter, d'une certaine manière. En tout cas, ça laisse la place à d'autres vivants qui sont derrière. Et oui, grâce à des découvertes qui ont été faites ces dernières années qu'on a trouvées dans les sols, on peut reconstruire les heures qui ont suivi l'impact de cette météorite dans le golfe du Mexique, il y a à peu près 66 millions d'années. Et on peut revivre un peu comme une expérience de pensée tout ce qui s'est passé, y compris...
Quand l'impact a eu lieu, il y a une quantité gigantesque de roches qui sont montées dans l'espace, carrément, qui ont été éjectées dans l'espace, qui sont mises un peu à tourner autour de la Terre et qui sont redescendues. Et en retombant, ça a créé des pluies de petits bouts de roches et de verres fondus qui ont mitraillé littéralement la surface de la Terre.
Vous parlez de roches, en fait, pour arriver à trouver l'origine de la vie, il faut creuser, il faut creuser dans le sable, il faut creuser dans la roche. Quand on parle des origines, on parle de quelle époque ? C'est 3 milliards, 4 milliards d'années ?
Justement, nos ancêtres pensaient que notre Terre pouvait avoir 6 000 ans, ensuite 10 millions d'années, ensuite 100 millions d'années. Mais c'était très vague. Donc, même pour comprendre quel est l'âge de l'origine de la vie, il fallait comprendre aussi l'âge de la Terre, l'évolution de la Terre. Et aujourd'hui, les plus vieilles roches qu'on trouve sur Terre ont environ 4,2, 4,3 milliards d'années. Et les plus anciennes formes de vie qui sont avérées, disons consensuelles, c'est à peu près 3,5 milliards d'années.
Et tout le vivant, ça vous l'expliquez dans le livre, tout le vivant pourrait avoir les plantes, les animaux, les bactéries, le même ancêtre commun. Ça, c'est assez incroyable.
En fait, ce n'est pas pourrait, on en est certain. Quand on regarde à l'intérieur du vivant aujourd'hui, parce qu'il y a un moment dans le livre où je fais plonger les lecteurs et les lectrices à l'intérieur de nous-mêmes, d'une de nos cellules, pour aller voir ce qu'il y a à l'intérieur.
Ça, c'est le deuxième moment du livre et qui est d'ailleurs absolument passionnant. On rentre à l'intérieur de nos corps, à nous. C'est une autre expérience de pensée.
Absolument. Et en voyant ce qu'il y a à l'intérieur, on peut comparer de quoi nous, nous sommes faits, de quoi les plantes sont faites, de quoi les bactéries sont faites. Les cellules. Les cellules. Et dans les cellules, on voit qu'il y a des choses qui sont identiques, qui sont similaires, qui sont à la base même du vivant tel qu'on le connaît aujourd'hui. Et ça, ça ne peut pas être un hasard. C'est nécessairement que ces bases-là, si elles sont communes à tout le vivant qui existe sur Terre, c'est qu'elles viennent de la même chose.
De Lucas.
De Lucas. Le Last Universal Common Ancestor, en anglais, ce sont les initiales. C'est le dernier ancêtre commun universel.
Mais il ressemble à quoi ?
On ne sait pas trop. On essaye de le reconstruire petit à petit. C'est une cellule qui vivait il y a plusieurs milliards d'années et peut-être 3,5, 6, 7 milliards d'années. Et on n'est absolument pas certain d'exactement à quoi elle ressemblait. Mais on sait que tous et toutes sur Terre, qu'on soit des humains ou quoi que ce soit d'autre, on a cet ancêtre en commun.
De l'ADN commun et c'est assez vertigineux. Vous donnez des chiffres. On est toujours habitués à comparer notre ADN avec celui des chimpanzés. On est très, très près de nos cousins, les primates. Mais là, en l'occurrence, on découvre qu'on partage 60% de notre ADN avec une banane, avec une mouche à fruits. Non, mais qu'est-ce que ça raconte ? Parce que qu'est-ce qui se joue justement à l'intérieur de nos cellules ? Qu'est-ce qui fait la différence finalement entre le vivant et le non-vivant ? Se dire qu'on a tant en commun avec la banane, c'est assez stupéfiant.
Alors, pour trouver ces chiffres-là, il y a différentes manières de compter. Mais ce que ça signifie au fond, c'est un petit peu ce qu'on disait à l'instant, à savoir qu'on est fait, le vivant sur Terre est toujours fait de la même manière. On est cousins, disons, plus ou moins éloignés avec absolument toutes les autres formes de vie. Mais alors, qu'est-ce qui nous distingue du non-vivant ? Eh bien, ça, c'est une des recherches qui est en cours encore aujourd'hui, car figurez-vous que définir la vie, ce qui est vivant versus ce qui n'est pas vivant, ce n'est pas si simple que ça. En fait, il existe plus de 140 définitions aujourd'hui.
Il n'y en a pas une seule qui englobe tout le vivant tel qu'on le connaît et qui exclut tout ce qui n'est pas vivant. Il y a toujours des petites choses qui sont à la limite. Et ça, ça nous donne aussi un indice comme quoi il est fort probable que la vie soit apparue petit à petit à partir du non-vivant pour devenir le vivant tel qu'on le connaît.
Qu'il y aurait donc une continuité.
Et que cette continuité, elle n'est pas si facile à déterminer et que peut-être encore aujourd'hui, il est difficile de faire la part du vivant et du non-vivant.
Et c'est fascinant parce qu'il y a plus de 2500 ans, Aristote, par exemple, essayait lui-même d'essayer d'établir la naissance du vivant et ce qui apparaît à travers les animaux. On vit mieux avec de la connaissance. C'est le grand message de votre livre, celle de nos découvertes, celle évidemment des chercheurs. Et vous faites une série de portraits, notamment d'un personnage assez extraordinaire. Il s'appelle Félix Derelle. On lui a prédit des dizaines de fois le prix Nobel. Qui était-il et qu'est-ce qu'on lui doit ?
Alors, on ne lui a pas prédit. Il a été 28 fois sur la liste des personnes potentiellement nobilisables. 28 fois, il aurait pu l'avoir. Il ne l'a jamais eue. Et lui, il fait partie de ces personnages hauts en couleur dont je décris l'existence et surtout les découvertes dans le livre. Lui, c'est un homme et il y a aussi plein de femmes qui ont...
À qui vous rendez justice.
À qui vous rendez justice. Mais cela dit, dans l'histoire de ces recherches-là, il y a plein d'hommes qui se sont fait voler leur travail par d'autres hommes. Il se trouve que les femmes se sont aussi fait voler leur travail, mais par des hommes. Donc, on ne les voit plus en tant que femmes, mais en tant que scientifiques. Il y a des vols un petit peu partout. Pour Derelle, c'est pire que ça. Il ne s'est rien fait voler du tout. Il a juste été un petit peu ignoré.
Mais qu'est-ce qui fait de lui un caractère si original et si important ?
Parce que déjà, il ne s'appelle pas Derelle, alors que dans sa biographie, il considère qu'il s'appelle comme ça. Il dit qu'il est né au Canada alors qu'il est né à Paris. Il dit qu'il a fait des études absolument extraordinaires de médecine, alors que rien du tout. On ne retrouve même pas de traces de son bac. Et il est parti en désertant l'armée assez jeune. Il est parti au Canada où le gouvernement lui a demandé de faire du whisky à partir de sirop d'érable. Ça a marché, mais il a monté une chocolaterie café faillite. Du coup, il s'est barré au Guatemala avec sa famille pour faire cette fois-ci du whisky à partir d'agave et de banane aussi. Bref, il a parcouru tout ça.
Et tout d'un coup, pendant ses recherches de fabrication de sirop, on lui a demandé à un moment de trouver un moyen de lutter contre les invasions de criquets. Allez savoir pourquoi. Et il a réussi. Il a trouvé une bactérie qui, lorsqu'elle est inoculée au criquet, permet d'éradiquer les invasions. Il a été appelé dans le monde entier pour ça. Mais en regardant ces bactéries, il a fait une deuxième découverte. Et c'est celle-là qui lui a valu de ne pas avoir 28 fois le prix Nobel. À savoir qu'il a découvert qu'il existe des virus qui attaquent les bactéries. Ça, c'était quelque chose de complètement inconnu. On ne savait même pas vraiment ce qu'étaient les virus à l'époque.
Et lui, il a trouvé un moyen de combattre des infections que les antibiotiques ne pourraient pas attaquer en inoculant un virus à des gens. Il a même bu lui-même les concoctions qu'il fabriquait pour montrer que ça marchait. C'est lui qui est le premier à avoir réussi à soigner des gens de la dysenterie pendant la Première Guerre mondiale. C'est lui qui a réussi à trouver une façon de combattre le choléra en Inde. Et c'est lui qui a monté avec un de ses étudiants en Géorgie une sorte de laboratoire pour fabriquer à grande échelle ces remèdes-là. Il s'appelle Eliava, l'étudiant géorgien avec qui il a monté ça.
Et un jour, alors que Derelle était de retour en France, Eliava a été fusillé avec sa femme parce qu'il a eu la bonne idée de prendre comme maîtresse la femme du patron du KGB de Staline.
Quelle histoire et quel parcours ! C'est comme un roman, c'est assez extraordinaire justement ce livre pour ça. Et vous parlez des bactéries, c'est intéressant ce que vous racontez, si c'est même passionnant sur les interactions qu'on peut avoir entre êtres vivants et notamment entre humains et bactéries, des bactéries qui pourraient être à l'origine aussi de nos humeurs ?
Ah oui, nous, on a le sentiment tout le temps qu'on est complètement isolé du reste du monde.
Qu'on ait une conscience, un esprit.
Qu'on ait une conscience et qu'on est purement humain. Purement humain, ça ne veut strictement rien dire. Dans nos propres corps, il y a plus de cellules qui ne sont pas humaines que de cellules humaines, des cellules bactériennes, notamment dans notre flore ou faune, comme on veut dire, intestinale. Et on sait depuis quelques temps que l'impact de cette flore intestinale est colossal et peut même avoir un rôle à jouer dans nos humeurs. Absolument.
On file au standard. Bonjour Michel. Bonjour Michel et bienvenue sur France Inter. Nous sommes avec Christophe Galfard et vous aviez une question à lui poser. Je voulais savoir si Lamarck, qui était un biologiste qui aurait étudié l'évolution de la vie, a eu un rôle juste avant Darwin. Ou Darwin, ce serait également un peu servi de ce qu'a fait Lamarck. Merci Michel pour votre question. Parmi les grands noms qu'on croise dans votre livre, il y a évidemment Darwin, mais il y a Lamarck.
Qui était avant Darwin, effectivement. Et qui a eu ce génie lui aussi de comprendre que la vie ne pouvait pas être apparue telle qu'elle est là et qu'elle avait évolué et qu'il y a des différences entre une génération et une autre tout en ayant une continuité. Et alors Darwin s'est complètement inspiré du travail de Lamarck, absolument. Mais il faut se rappeler que la science se fait souvent, même toujours, grâce aux travaux de nos prédécesseurs. Alors on peut dire que c'est un vol ou c'est pas quoi. En l'occurrence, pas du tout. Darwin était extrêmement impressionné et fier, peut-être même, des idées de Lamarck.
Mais le problème avec Lamarck à l'époque, c'est la façon dont il voyait l'évolution. On sait aujourd'hui que ça ne marche pas exactement de la façon dont Lamarck le prédisait. A savoir que Lamarck disait que c'était la façon dont on vivait notre quotidien, qui se transmettait aux enfants. Cela étant, il y a depuis quelques années, depuis quelques dizaines d'années, une nouvelle voie qu'on appelle l'épigénétique qui a complètement remis les idées de Lamarck à l'ordre du jour, même si c'est une modernisation.
Alors on vous entend raconter avec passion et c'est passionnant. On vous entend aussi sur France Inter tous les week-ends. Et ce qui est intéressant, c'est que c'est quand même un gros livre. Il fait plus de 500 pages, il fait presque un kilo de connaissances scientifiques. Ça pourrait faire peur. Mais en fait, vous arrivez à nous attraper parce que vous tutoyez le lecteur comme vous l'aviez fait dans l'univers à portée de main. Parce que vous nous encouragez, même dans les moments difficiles, en disant oui, j'ai confiance en vous. Même quand il y a des formules et des schémas un petit peu compliqués.
C'est important, salle, d'aller chercher le lecteur, d'aller le tirer pour lui faire passer cette connaissance.
Le contenu de ce livre et même de l'univers à portée de main, en réalité, c'est un héritage qu'on a tous aujourd'hui du travail de nos ancêtres. Et cet héritage-là, il appartient à l'humanité tout entière. Il n'y a pas de copyright dessus. Ça fait partie du domaine des choses qu'on héritait de nos prédécesseurs. Et je trouve ça absolument fondamental de faire tout ce qui est possible pour transmettre ce savoir à absolument tout le monde.
Et d'ailleurs, plus nombreux auditeurs nous écrivent sur l'application pour vous remercier, Christophe Galfard, à la fois pour vos émissions, pour Big Bang, mais pour la clarté de vos explications. Elle a pu, Franny, vous croiser à Nice pour une conférence. Elle a hâte de lire votre nouveau livre. Éric s'interroge sur l'origine du vivant. Est-ce que ce n'est pas la question la plus complexe ? Et comment est venu l'esprit chez l'homme ? Alors là, on passe encore à un stade supérieur. C'est la question que pose Jean, la compréhension, l'intelligence.
Évidemment, je ne vais pas pouvoir répondre à cette question de manière directe. Cela étant, moi je viens de la physique théorique au départ, c'est-à-dire de la recherche des lois fondamentales de la nature. Alors qu'est-ce que signifie fondamentale ? Est-ce que ça voudrait dire qu'il y a des lois qui sont plus profondes que toutes les autres ? Et si on connaît ces lois-là, du coup on connaît le monde entier, l'univers tout entier, on connaîtra les résultats du loto demain. Enfin, pas du tout. On sait depuis quelques années qu'il existe ce qu'on appelle des lois émergentes. C'est-à-dire qu'il peut très bien y avoir une loi qui va vous décrire le très petit ou le très grand.
Mais si on change d'échelle, par exemple si on part du très petit et qu'on grossit, tout d'un coup on va voir apparaître des lois qu'on n'aurait pas pu prédire en dessous. Et des phénomènes émergents, je pense qu'on en connaît au moins deux. Il y a la vie qui émerge et qui apparaît avec ces lois elles-mêmes à l'intérieur d'une échelle plus grande. Et probablement à l'intérieur de cette vie émerge aussi ce qu'est en train de dire monsieur, l'intelligence, éventuellement la pensée, et qui est une forme d'interaction de molécules qui vont avoir lieu à l'intérieur de nos cerveaux qu'on n'aurait certainement pas pu prédire en partant du minuscule. Ça émerge, ça apparaît.
Mais quel rapport entre l'univers et la vie ?
Tous les éléments qui sont à l'intérieur de nos corps ont été fabriqués dans des étoiles il y a très longtemps. Des étoiles qui ont ensuite explosé et qui ont éjecté dans l'univers des petites graines un petit peu partout. On voit dans l'univers ces graines partout. Comment est-ce que ces graines sont devenues de la vie ? On a besoin de l'astrophysique. On a besoin de la façon dont les étoiles et les planètes naissent. On a besoin de savoir comment l'eau peut devenir liquide. On a besoin de savoir comment les interactions entre toutes ces molécules peuvent se faire pour justement voir émerger, apparaître le vivant quelque part.
Pourtant, on est fait avec des graines d'étoiles. Et en même temps, vous racontez dans le livre une expérience de science-fiction assez effrayante. Qu'est-ce qui se passerait si j'étais en pyjama, que mon vaisseau allait exploser et que je devais passer à un autre vaisseau ?
Oui, parce que si on imagine que la vie est cantonnée à une planète, c'est une chose. Mais on pourrait très bien se dire qu'elle pourrait passer d'une planète à une autre. Peut-être même sans vaisseau. À savoir, là, quand on a un impact sur Terre et des cailloux qui sont éjectés dans l'espace, est-ce qu'une forme de vie pourrait survivre sur un caillou pour arriver jusqu'à Mars, jusqu'à la Lune, jusqu'à loin ? Nous, on ne se tiendrait pas longtemps. Mais du coup, je fais faire une expérience de pensée où je propose un choix aux lecteurs et aux lectrices entre sauter en pyjama ou...
Et la réponse est 15 secondes !
En fait, ce qui est le plus difficile, c'est de garder notre oxygène. Parce qu'il faut vider nos poumons dans l'espace si on n'a pas de scaphandre et tout ça. Sinon, on explose. Ça se dilate et on explose, donc pas cool. Et du coup, il faut vider nos poumons. Mais dans l'espace, l'oxygène peut s'évaporer par notre peau. Elle peut partir par la peau. Ce qui fait qu'on se retrouve sans oxygène en 15-20 secondes, même si on est entraîné. On n'a pas beaucoup de temps là-haut. Ce n'est pas le froid, ce n'est pas le chaud ou quoi que ce soit, ou les radiations solaires qui nous auraient en premier. C'est le manque d'oxygène.
On comprend pourquoi les auteurs d'Interstellar se sont largement inspirés de vous. Si nous trouvions des preuves de vie extraterrestres à l'intérieur du système solaire, la première question cruciale à se poser serait « Est-ce la même vie que sur Terre ? » C'est une citation, c'est vous qui l'écrivez. « Est-elle construite à partir des mêmes éléments, des mêmes molécules, des mêmes principes d'interaction entre les acides nucléiques et les protéines que vous avez vues dans la cellule de votre propre main ? »
C'est zertigineux comme question ? En fait, ça a complètement un rapport avec ce qu'on vient de dire. Imaginons qu'on trouve de la vie sur Mars, demain. Moi, j'y crois. Peut-être pas forcément de la vie vivante, mais en tout cas des traces. Si cette vie-là... Mais vous croyez à la probabilité d'une vie extraterrestre ? Personnellement, j'en suis certain.
C'est pas le cas de tous les astrophysiciens, quand même.
Non, je sais bien, mais voilà. Moi, j'y crois. J'aime bien citer Carl Sagan, qui est un astronome des années 80, qui est absolument génial, qui disait que si on est seul dans l'univers, quel gâchis de place. C'est pas fou ! J'aime bien cette idée.
C'est de là que vient votre conviction.
Oui, absolument. Et le fait que les éléments qui sont en nous, on les retrouve absolument partout dans l'univers. On les voit, on arrive à les détecter. Pas exactement sous forme de vivance, on ne sait pas faire encore, mais on arrive à voir des traces. Et si jamais sur Mars, par exemple, on retrouve quelque chose, si on le compare à ce qu'on a sur Terre et qu'on voit que c'est la même chose, on peut se dire, ah, c'est un morceau de vie qui s'est baladé d'une planète à l'autre. Ça ne veut pas forcément dire qu'on n'est pas tout seul. En revanche, si la vie est différente, ah ah ! Là, ça veut probablement dire qu'il y en a partout.
Et en plus, que les formes de vie extraterrestres peuvent être complètement différentes.
Parce que vous écrivez, rien ne dit qu'une vie extraterrestre soit faite comme nous. Et il y a Gabriel qui vous salue et qui vous pose cette question. Que pensez-vous des hypothèses de l'arrivée de la vie sur Terre par des astéroïdes ou des météorites où elle aurait été en dormance ? Je cite Gabriel. Est-ce que c'est encore sérieusement envisagé ? Ou est-ce qu'on considère que la vie s'est bel et bien plutôt formée sur cette bonne vieille Terre ?
Alors, il est tout à fait possible qu'au même moment où la vie est apparue sur Terre, elle soit apparue sur Mars. Est-ce qu'il y a eu des liens entre les deux ? Ce n'est pas exclu. Cela étant, on sait que les astéroïdes, les comètes, etc. ont apporté sur Terre des éléments de base de fabrication du vivant. Ça, on le sait parce qu'on le voit encore dans les astéroïdes qui arrivent sur Terre et sur lesquels on est allé se poser et sur lesquels on est allé analyser des échantillons. Donc, on sait que c'est là-haut. Maintenant, la question de savoir si c'est apparu pile sur Terre ou disons sur Mars ou peut-être sur Vénus à une époque, je pense que c'est drôle et c'est génial comme question.
Mais pour l'instant, l'endroit où on a le plus de chances de comprendre quelque chose, c'est sur Terre parce qu'on est dessus et on peut faire des analyses. Mais moi, je dis que ce n'est pas exclu. Cela dit, la vie telle qu'on la connaît aujourd'hui ne peut pas avoir été amenée sous forme de graines. parce que Lucas, etc., elle n'aurait pas été aussi développée qu'elle l'est aujourd'hui sur Terre.
Juste un mot parce que vous êtes physicien et vous avez vu que c'est encore un Français qui a reçu le prix Nobel de physique cette année. Ça fait sept depuis le début du 21e siècle qui reviennent à des Français. Vous saluez l'excellence française en la matière ?
Ah bah oui.
Et vous êtes candidat ?
Ah non, pas du tout. C'est exceptionnel et puis ça donne envie et c'est génial. Surtout comme un prix Nobel comme cette année, c'est un prix Nobel qui est très très joli parce que, pour plein de raisons, vous voulez que je te dise ce que c'est ?
Oui.
En gros, ce qu'a fait Michel Dévoray avec ses amis, enfin ses collègues John Clark et John Martini, c'est qu'ils ont, dans notre univers, il y a des lois qui s'appliquent un petit peu partout. C'est ce qu'on disait tout à l'heure. Et il y en a en particulier pour le minuscule, le tout petit. Les lois qu'on a découvertes, c'est ce qu'on appelle la physique quantique. Les propriétés du monde minuscule sont complètement hallucinantes. Elles ne correspondent absolument pas à ce que notre intuition dit de la réalité.
Mais c'est cantonné dans le minuscule, où c'est carrément des pouvoirs magiques qu'on pourrait dire ça, qu'ont les particules de pouvoir sauter un mur, de pouvoir traverser des barrières. Ce qu'ont fait les trois prix Nobel de cette année, y compris Michel Dévoray, c'est qu'ils ont transformé ce truc minuscule en quelque chose de macroscopique, quelque chose qu'on peut voir à l'œil nu et qu'on peut utiliser potentiellement pour fabriquer des ordinateurs quantiques.
Et en tout cas, on peut imaginer que par le pouvoir de la pensée, on peut soudain lire la nature et en apercevoir les mystères cachés. C'est ce que vous faites merveilleusement bien. Christophe Galfard, dans Les arbres, les animaux, les fleurs, dans les roches, les comètes, les étoiles. Ce livre, il est passionnant et il est facile à lire, je le dis, pour ceux qui pourraient être intéressés par la vie à portée de main. C'est une coédition Alba-Michel-France Inter et on vous retrouve évidemment demain avec Big Bang, Elamie Eladie Royer. Absolument. A demain Christophe Galfard et merci d'avoir été l'invité du Grand Entretien. Sous-titrage Société Radio-Canada