Emma Rafowicz - Le Barbier du matin du 06/06/24
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Emma Raffovitch, bonjour et bienvenue. Dimanche, les Français vont voter. Vous êtes huitième sur la liste de Raphaël Glucksmann, sauf si les sondages ont mis complètement à côté de la plaque. Dimanche soir, vous serez députée européenne.
Pour ça, il faut attendre le vote.
Certes, on ne va pas vous porter malin, mais quand même, ça vous travaille un peu, vous êtes jeune. Qu'est-ce que ça vous fait de vous dire que vous allez vous retrouver dans un hémicycle européen ?
Moi, je suis très fière d'être candidate, d'avoir parcouru la France pendant cette campagne avec Raphaël Glucksmann, avec toute notre liste pour ses élections européennes. C'est vrai que je suis présidente des Jeunes Socialistes, alors pour nous, c'était un objectif d'avoir des candidats jeunes sur cette liste. On en a 15, de moins de 30 ans, il n'y a pas que moi. Et effectivement, à 28 ans, découvrir peut-être un hémicycle parlementaire, c'est une grande et belle aventure qui commence. J'espère pouvoir la mener et travailler dès le 10 juin.
Vous savez déjà ce que vous allez faire, quelle commission vous allez choisir, quel domaine vous allez investir ?
Ça va se décider en groupe, mais c'est vrai que moi, j'ai des sujets qui m'intéressent depuis toujours. La lutte contre la précarité des jeunes, l'importance de la recherche, l'égalité entre les femmes et les hommes, accueillir aussi dignement en Europe. Bref, beaucoup de projets, mais que ce soit moi ou d'autres députés européens socialistes, on fera le travail, j'en suis sûre.
Alors cette campagne n'a pas été qu'une partie de plaisir. Vous avez été victime, vous, d'un montage, on va en parler, mais la plus récente exaction, ce sont des croix gammées qu'on a retrouvées un peu partout en France sur des affiches de Raphaël Glucksmann. Qu'est-ce que ça vous dit de l'ambiance de ce pays ?
Que l'ambiance, elle est violente, qu'on est dans un moment où la haine des juifs, du juif, existe beaucoup trop facilement dans le débat public, que certains l'ont encouragé. Moi, ça me fait évidemment beaucoup de peine pour notre démocratie et pour le débat public, mais ça suppose que nous, responsables politiques, nous soyons d'une grande fermeté contre l'antisémitisme. On l'a été pendant toute cette campagne avec Raphaël Glucksmann et avec le Parti Socialiste, on le restera après.
Vous-même, vous avez été victime d'un montage de son, vous a prêté des propos appelant au massacre général en Palestine, faisant de vous, au-delà de l'horreur possible, comment vous avez réagi à cela ? Vous vous êtes dit, ça va passer, c'est rien ou ça a été tout de suite d'une grande violence ?
Ça a été d'une grande violence, évidemment, surtout que je l'ai découvert par des biais sans doute inattendus. C'est des maires de villes qui m'ont envoyé cette vidéo parce qu'elle circulait dans leur ville, en me disant, c'est dingue, certains m'interpellent, en me disant que ce n'est vraiment pas normal qu'une candidate de la liste socialiste dise des choses aussi horribles sur des êtres humains. Et j'ai découvert cette vidéo et je vous avoue que je suis tombée de haut et c'est pour ça que j'ai décidé ensuite de rectifier, évidemment, mais surtout de rétablir la vérité et de porter plainte.
Alors, votre vérité, c'est que vous êtes en opposition à la politique menée par Benjamin Netanyahou. Vous n'avez cessé de le répéter. Votre oncle, on connaît bien ici, est porte-parole de Tsaal. Ça vous a collé pendant toute la campagne ? On voyait en vous d'abord une candidate juive avant d'être une candidate socialiste ?
Certains ont essayé de faire de moi, en effet, une juive, une nièce, une fille. Moi, ça m'a beaucoup, évidemment, heurtée. Mais moi, j'ai envie de dire à toutes celles et à tous ceux qui, aujourd'hui, ont peur parce qu'ils ne savent pas comment se situer dans le débat actuellement, que moi, en tout cas, demain, je serai une eurodéputée debout et je ne me laisserai pas essentialiser et je ne laisserai pas non plus les juifs de France se faire essentialiser.
On a vu un antisémitisme d'extrême droite revenir, comme c'est Croix-Gammé, apposé sur les affiches de Raphaël Luxman. On a vu aussi un antisionisme, un antisémitisme d'extrême gauche qui s'est caché derrière le soutien aux palestiniens pour mieux dire sa haine d'Israël et des juifs. Est-ce que ça, vous l'avez ressenti aussi ?
Oui, évidemment, mais je dois vous dire que ce n'est pas nouveau. Évidemment que depuis le 7 octobre, notamment, les choses sont bien plus intenses, bien plus difficiles. Mais ce sont des choses, malheureusement, dont on discute depuis longtemps et je crois même en avoir parlé sur ce plateau déjà. Ce que je pense, c'est qu'évidemment, aujourd'hui, on est dans un moment d'explosion des attaques antisémites, un moment aussi où parfois, derrière, on va dire, la situation au Proche-Orient, veulent se cacher des antisémites. Moi, je pense qu'il faut être très clair. Non à l'importation du conflit en France, non à la haine antisémite, raciste, sexiste également.
Et ça ne nous empêche pas d'avoir des débats sereins sur ce qui se passe au Proche-Orient. Mais vouloir lier les juifs en France à une identité d'Israélien, c'est antisémite.
Est-ce que vous en voulez, aux députés de LFI, aux candidats de la liste LFI, d'avoir peut-être nourri cette ambiance ?
Oui, bien sûr, bien sûr que je leur en veux. Je pense qu'aujourd'hui, on a une conflictualisation, une brutalisation du débat public qui est étouffante, étouffante. Les croix gammées qu'on retrouve sur les affiches de Raphaël Glucksmann, les vidéos qui ont été faites de moi, le cyberharcèlement que je vis depuis plusieurs mois, malheureusement, il existe aussi parce que certains se sont autorisés à le faire, se sentent autorisés à le faire. Et quand Jean-Luc Mélenchon parle d'antisémitisme résiduel, quand aussi il souhaite invoquer la mémoire de la Shoah pour faire des comparaisons douteuses, moi, je lui dis que c'est irresponsable et malheureusement, c'est même grave.
Est-ce que vous voyez dans la jeunesse des banlieues, est-ce que vous voyez dans toute une population qui est sensible à ce qui se passe à Gaza, est-ce que vous voyez un électorat qui pourrait voter LFI dimanche pour montrer son attachement à cette radicalité ?
Moi, je suis très sensible à ce qu'il se passe à Rafa et à Gaza et à ce qu'il se passe au Proche-Orient. Évidemment, quand les attentats terroristes du 7 octobre sont arrivés, on a tous été saisis par l'horreur, on a tous dénoncé ces attentats terroristes et on a aussi souhaité très rapidement appeler évidemment la libération des otages, mais aussi appeler à la fin, à un cessez-le-feu de ce qu'il se passe aujourd'hui à Gaza et à Rafa. Les images qui nous parviennent, elles saisissent, je pense, d'émotion tout le monde. Et ça, c'est quelque chose qu'on doit dire.
Et donc demander la libération des otages, un cessez-le-feu immédiat et permanent, mais aussi la suspension de l'accord d'association qui existe aujourd'hui entre l'Union européenne et Israël, la reconnaissance de l'État de Palestine, ça me semble être des choses qu'on peut faire ensemble dans un débat serein. Par contre, moi je ne céderai pas à la politique du happening, moi c'est pas comme ça que j'en fais. Et je pense qu'en tant que socialiste, en tant que responsable politique, ce qu'il faut dire c'est que l'Union européenne, mais aussi la France, elle peut agir réellement et non pas ni céder à la naïveté que certains pourraient avoir au pouvoir, ni céder aux offrances.
Que répondez-vous au gouvernement qui dit reconnaître l'État palestinien aujourd'hui ? Ça n'est pas possible parce que d'abord, ça donnerait l'impression entre guillemets de récompenser le Hamas pour le 7 octobre, et puis deuxièmement, il n'y a pas d'interlocuteur fiable avec lequel bâtir ce dialogue d'État-État ?
Je pense que c'est vrai, ce n'est jamais simple. Il y a aujourd'hui des interlocuteurs à retrouver, une autorité palestinienne sans doute à relégitimer, mais je pense que c'est une erreur profonde que de penser que ce serait récompenser le Hamas que de reconnaître l'État de Palestine. Si demain, nous arrivons enfin à avancer vers un chemin de la paix pour une solution à deux États, je pense que c'est le projet complètement inverse du Hamas. C'est aussi le projet complètement inverse politique d'une extrême droite israélienne, mais qui est en roue libre dans un discours de haine depuis maintenant plusieurs mois.
J'ai encore entendu hier ou avant-hier, je ne sais plus, Ben Gvir qui parlait dans des termes affreux des Palestiniens. Tout cela doit cesser. Et donc cela suppose que la France, que l'Union Européenne, doit se tenir debout et agir avec fermeté, renouer avec une diplomatie qu'on a pu avoir par le passé. Je pense que Pedro Sanchez en Espagne a montré la voie. Il faudrait que la France peut-être, pour une fois, montre un peu de courage.
Au Parlement européen, ça sera une des actions des élus de la liste de Glucksmann que de bouger cette diplomatie européenne ?
Évidemment, nous, ce que nous voulons, c'est que l'Europe devienne enfin puissante, qu'elle arrête de se coucher face aux impérialismes, qu'ils soient chinois, d'un point de vue industriel, qu'ils soient russes. Quand on attaque nos démocraties, on se souvient encore des mains rouges apposées sur le mur des justes à côté du mémorial de la Shoah. Une diplomatie européenne qui ose porter un projet politique. Un projet politique d'égalité, un projet politique de paix. Évidemment, cela suppose du volontarisme politique, mais je pense que nous serons capables de l'imposer demain.
Parlons de l'après à gauche. Que va devenir cette gauche qui s'appelait la NUPES il y a quelques mois ? Est-ce qu'on peut imaginer Rima Hassan et Marafovich alliés dans une alliance pour les législatives s'il y a une dissolution ?
Moi, ce que je crois, c'est que nous allons avoir dans le futur une obligation en tant que gauche, une responsabilité historique qui se révélera sans doute plus qu'avant le 9 juin au soir, quand nous verrons effectivement le score des gauches, mais surtout celui du Rassemblement national. Nous allons avoir une responsabilité, faire en sorte que l'extrême droite ne gagne pas et n'arrive pas au pouvoir dans notre pays. Cette responsabilité-là, elle impose l'union de la gauche, elle impose de travailler ensemble. Mais cette union de la gauche, il faut la faire pour gagner, mais aussi pour le faire sur des bases claires.
Moi, je vous le dis avec beaucoup de clarté, j'ai des amis dans toute la gauche, mais je pense que ça ne pourra plus se faire avec Jean-Luc Mélenchon.
On a l'impression que vous espérez que les filles se coupent en deux, avec d'un côté ceux qui ne seront pas sur la ligne Mélenchon qui pourront continuer à travailler à l'union de la gauche, et de l'autre côté ceux qui resteraient avec Mélenchon. Mais ça, on ne le voit pas venir.
Écoutez, moi, je pense que les choses se construisent, qu'il faut des initiatives communes et que la responsabilité demain de Raphaël Glucksmann, du Parti Socialiste, avec Olivier Faure, et évidemment, je jouerai mon rôle dans cette aventure, ce sera, je crois, de créer les conditions pour que ce que, pour beaucoup, est une aventure impossible, devienne possible. Parce que demain, ce que nous imaginions comme impossible, en l'occurrence la victoire de l'extrême droite, est une possibilité. Donc la gauche a une responsabilité, et moi, en tant que jeune militante, demain jeune élu de 28 ans, je pense que c'est de ma responsabilité de retrouver l'espoir à gauche.
Et d'avoir des interlocuteurs et les filles avec lesquels on puisse travailler. Vous pensez, par exemple, qu'un Corbière, un Ruffin, ce sont des gens avec qui vous pouvez continuer à discuter ?
Ce sont des gens avec qui nous discutons déjà, et puis même pas seulement eux. Je pense qu'il y a beaucoup de militants, et puis surtout beaucoup d'électeurs. Moi, je vous avoue que les échanges entre appareils, entre responsables uniquement, m'intéressent assez peu. Je pense que c'est au peuple de gauche qu'il faut parler. Un peuple qui est, je crois, profondément, aujourd'hui, en quête d'espoir, en quête d'espace politique fédérateur. Et si demain, nous arrivons à montrer que nous pouvons à la fois gagner, mais aussi faire l'union, alors je pense qu'il suivra.
Ce soir, Emmanuel Macron parlera à la télévision du débarquement, bien sûr, il y a 80 ans, de la situation géopolitique en Europe. C'est abusif ou c'est normal ? C'est son métier ?
Il y a une part, évidemment, de naturelle à ce que le président de la République s'exprime. Mais à seulement quelques jours de l'élection de dimanche, ça tombe bien pour lui. Ça tombe évidemment bien. Je pense que c'est une très bonne chose que l'Arcom ait décidé et appelé les chaînes à la plus grande vigilance. Vous vous en souvenez comme moi, quand le discours de la Sorbonne a été décompté du temps de parole de Valérie Ayé, nous nous en sommes félicités, parce que c'était bien normal. Moi, ce que je regrette juste, je vous l'avoue, c'est de voir Valérie Ayé se faire voler sa campagne de la sorte par le Premier ministre et par le Président de la République. Voler ou sauver ?
Nous verrons dimanche, mais pour l'instant, j'ai l'impression que tout rame en Macronie. Et j'ai bien compris qu'il fallait sauver le soldat Ayé. Mais cela me semble pour l'instant assez compromis, parce que les Français se souviennent, voyez-vous. Ils se souviennent de la réforme des retraites, ils se souviennent de la loi immigration, ils se souviennent des 49.3. Et je pense que ce n'est pas une intervention télévisée du Président de la République qui pourra sauver ce bilan.
La présence de Volodymyr Zelensky au cœur de ces cérémonies, au cœur de ces trois jours, ce qui n'est pas exactement le fruit de l'histoire, parce que les Ukrainiens n'étaient pas là à l'époque, ça vous porte quel message ?
Aujourd'hui, nous devons être là avec l'Ukraine. Nous devons soutenir Volodymyr Zelensky à aller beaucoup plus loin, d'ailleurs je dois le dire, dans le soutien à l'Ukraine.
Des instructeurs sur le terrain, vous, ça ne vous choque pas ?
Nous n'y sommes pas opposés par principe avec les socialistes, nous sommes opposés à l'envoi de troupes au sol, mais pas d'instructeurs sur le terrain. Ce que nous pensons surtout, c'est que nous devons accompagner l'Ukraine dans l'achat de munitions pour leur apporter davantage de ressources. Et aujourd'hui, l'Union européenne, elle n'est pas à la hauteur. Alors nous, ce que nous proposons, c'est de réellement faire l'Europe de la défense, d'assumer que la Russie nous attaque déjà, qu'elle nous mène une guerre hybride, et donc faire gagner l'Ukraine, c'est aussi faire gagner l'Europe et les Français.
Emma Raffovitch, probable future députée européenne, on va essayer de ne pas vous porter malheur. Merci et bonne journée.
Merci à vous. Merci beaucoup Christophe, on vous retrouve demain matin. Votre invité à 7h45 sera le philosophe et écrivain Michel Onfray.
Emma Rafowicz