Jean-Michel Le Boulanger et Patrick Deville : "La littérature nous aide à grandir, à nous apaiser parfois"
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Le sous-titre du festival, c'est Réenchanter le monde. Il y a un vrai besoin aujourd'hui de réenchanter le monde ?
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Est-ce que la littérature a ce pouvoir de réenchanter le monde ?
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Réenchanter le monde, c'est pas être hors de l'actualité ?
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Avec vous, Philippe Deville, vous êtes le lauréat du prix Joseph Kessel pour votre livre Fénois. C'est un livre sur la Polynésie.
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Le besoin de s'installer là-bas, ça fait partie de ce qu'est un écrivain voyageur ?
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Peut-on écrire sur un lieu que l'on n'a pas vu selon vous ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Il ne faut pas nier les nuages noirs, évidemment, ils sont là, ils sont au-dessus de nos têtes. »
- 1:07InvitéFait
« Il ne faut pas nier que l'Europe saigne en Ukraine. »
- 1:11InvitéFait
« Il ne faut pas nier que la terre brûle. »
- 2:01InvitéFait
« Je ne sais pas si elle a le pouvoir de réenchanter le monde, mais elle a le pouvoir de réenchanter le nôtre intérieurement. »
- 2:08InvitéFait
« La littérature nous aide, elle nous aide à grandir, elle nous aide à nous apaiser parfois. »
- 4:09InvitéFait
« C'est un livre reprenant à peu près un siècle et demi, un peu plus, de l'histoire de Tahiti et de la Polynésie. »
- 4:17InvitéFait
« Je commence avec l'arrivée de Bougainville, c'est le 18e siècle. »
- 4:56InvitéFait
« Je n'écris que sur des lieux où je suis et je me promène comme ça autour de la planète pour écrire ces livres sans fiction. »
- 5:16InvitéFait
« En ce qui me concerne, j'effectue des carottages. »
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« Dans tous ces livres, je reprends un siècle et demi à peu près de l'histoire dans des lieux différents de la planète. »
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Il est 6h20, parlons littérature, aventure et voyage avec le festival Étonnant Voyageurs de Saint-Malo qui retrouve son public à partir de demain après deux ans de crise sanitaire. Pendant trois jours, ce public va pouvoir aller à la rencontre 250 écrivains, mais aussi photographes, dessinateurs, musiciens, cinéastes. Ce sera aussi la première édition sans son fondateur, l'écrivain Michel Lebris, qui est mort l'an dernier. Avec nous, pour en parler de cette 32e édition, Jean-Michel Le Boulanger, le président du festival, et Philippe Deville qui vient de recevoir le prix Joseph Kessel du festival Étonnant Voyageurs pour son livre Fénois. Bonjour à tous les deux.
Bonjour.
Alors cette année, Jean-Michel Le Boulanger, je m'adresse à vous en premier, le thème ou plutôt le sous-titre du festival, c'est Réenchanter le monde. Il y a un vrai besoin aujourd'hui de Réenchanter le monde ?
Je crois, nous croyons. Il ne faut pas nier les nuages noirs, évidemment, ils sont là, ils sont au-dessus de nos têtes. Il ne faut pas nier que l'Europe saigne en Ukraine. Il ne faut pas nier que la terre brûle. Ça, ce sont les réalités. Mais il y a aussi partout dans le monde, et à travers les imaginaires des écrivains, des cinéastes qui viennent à Saint-Malo, il y a aussi des lucioles. Il y a aussi des forces de l'esprit, pour reprendre l'expression, qui veulent réenchanter le monde.
Il y a aussi une jeunesse qui est là, et qui, sans nier les ombres, veulent passer à travers, en quelque sorte, et construire l'espoir à travers la force de l'imagination, de l'imaginaire, des rêves, des projets.
Jean-Michel Le Boulanger, poète ce matin. Dites-moi, Jean-Michel Le Boulanger, on parle littérature avec Étonnant Voyageur. Est-ce que la littérature, justement, a ce pouvoir de réenchanter le monde ?
Je ne sais pas si elle a le pouvoir de réenchanter le monde, mais elle a le pouvoir de réenchanter le nôtre intérieurement. La littérature nous aide, elle nous aide à grandir, elle nous aide à nous apaiser parfois. Et quand les grandes étapes de nos vies sont marquées par des musiques, par des créations, par des poésies, par des grandes œuvres, tout ça nous porte. Alors, est-ce que ça change le monde ? Je ne sais pas, mais ça nous change. Et c'est essentiel.
Et vous aviez envie, on le dit, réenchanter le monde, c'est pas être hors de l'actualité. On le voit avec votre programmation, avec Andrei Kourkov, écrivain ukrainien, qui sera présent, alors qu'aujourd'hui, on est au centième jour de la guerre russe en Ukraine. Andrei Kourkov, c'est un auteur qui a joué de l'humour aussi dans son œuvre.
Oui, et regardez son dernier livre, Les abeilles grises. Les bombes sont au fond, là-bas, derrière, un peu au lointain. Elles sont toujours là, les bombes. Mais il y a aussi le rêve d'un homme avec ses abeilles. Il y a aussi ces rencontres à hauteur d'humanité, au quotidien de sa vie. Voilà, c'est-à-dire qu'on ne nie rien de ces nuages qui sont là, évidemment, très fortement présents. Mais il y a aussi autre chose. Il reste la beauté de la rencontre, la beauté du monde, la beauté d'un soleil qui se lève, comme ce matin à Saint-Malo.
Alors, le festival Étonnant Voyageur, c'est aussi une façon de découvrir le monde par les mots, on l'a dit. Ainsi, avec vous, Philippe Deville, vous êtes le lauréat du prix Joseph Kessel, prix du festival cette année pour votre livre Fénois. C'est un livre sur la Polynésie. C'est aussi un livre d'histoire au sens historique. On va sur les strass de Stevenson, Melville, Lottie, Gauguin. C'est un livre que vous avez construit là-bas, en immersion, Philippe Deville.
Patrick Deville, si vous voulez bien.
Patrick, pardon, excusez-moi.
Oui, bien sûr, je l'ai écrit comme tous ces livres, je les écris sur place. C'est un livre reprenant à peu près un siècle et demi, un peu plus, de l'histoire de Tahiti et de la Polynésie. Un peu plus parce que je commence avec l'arrivée de Bougainville, c'est le 18e siècle. Et puis tous ces hommes, ces femmes qui se sont retrouvés dans cet endroit si curieux du globe.
Et le besoin de s'installer là-bas, ça fait partie de ce qu'est un écrivain voyageur, Patrick Deville ?
Alors, je ne sais pas. J'aime beaucoup ce festival de Michel Lebris pour la première fois sans lui. Malheureusement, j'y vais de temps à autre, enfin tous les deux ou trois ans lorsque je publie un livre. Alors oui, pourquoi pas, je suis un écrivain voyageur. En tout cas, je n'écris que sur des lieux où je suis et je me promène comme ça autour de la planète pour écrire ces livres sans fiction.
Et peut-on écrire justement sur un lieu que l'on n'a pas vu selon vous, Patrick Deville ?
Oui, c'est certainement possible, mais ça n'est pas ce que je fais. Heureusement, tout le monde ne fait pas la même chose. En ce qui me concerne, j'effectue des carottages. Enfin, là, à Tahiti, j'y suis allé évidemment en Polynésie plusieurs fois et cette dernière fois, je me suis enfermé dans une cabane avec toute une bibliothèque polynésienne de tous ceux qui m'avaient précédé, dont vous avez énuméré quelques noms, enfin de Jack London, de Stevenson, d'Alain Gerbeau et puis de Gauguin, évidemment, la correspondance de Gauguin qui s'en va finir sa vie, enfin après dix ans à Tahiti, qui s'en va mourir aux marquises.
Patrick Deville, étonnant, Voyageur vous a permis de découvrir de nouveaux lieux. Vous, vous avez fait le tour du monde, il y a vos livres. Est-ce qu'il y a encore, selon vous, quand on est un écrivain voyageur comme vous, des lieux à découvrir ? Est-ce que vous en découvrez encore ?
Ah oui, absolument, je viens de passer tout l'hiver en Inde, dans des endroits que je n'avais pas vus encore pour écrire le prochain, oui, bien sûr.
Et c'est toujours, comment vous les choisissez ?
Ah, c'est très subjectif, non, mais j'écris des vies, ce sont aussi les vies qui m'attirent, enfin c'est un, comment c'est la rencontre de l'histoire et de la géographie, puisque dans tous ces livres, je reprends un siècle et demi à peu près de l'histoire dans des lieux différents de la planète. Mais c'est très subjectif, ce sont des endroits où j'ai le goût d'aller.
Jean-Michel Le Boulanger, je reviens vers vous, c'est quoi l'esprit, au final, d'étonnants voyageurs, quand on succède à Michel Lebris, par exemple ?
De l'humilité, parce que Michel Lebris avait une œuvre et une force que je n'ai pas, mais une volonté aussi de tisser des liens, parce que, pour retenir d'un mot l'esprit étonnant voyageur, au-delà de l'esprit de Michel Lebris, l'esprit étonnant voyageur, c'est la relation, c'est la rencontre, c'est ce que vient d'expliquer Patrick Deville, c'est la rencontre avec l'autre, et nous allons continuer dans cette direction-là. Nous avons besoin de lieux, de rencontres, de relations, nous avons besoin de tisser des propos communs pour grandir les uns et les autres.
Et aussi d'intéresser, ça c'est important aussi pour vous, d'intéresser la jeunesse à cette littérature-là ?
Oui, hier j'étais là, déjà, évidemment, à Étonnant Voyageur, nous accueillions les collèges, par exemple. Il y avait des centaines de gamins qui étaient là. Je peux vous dire que toute l'équipe qui travaille depuis des semaines, des mois, autour d'Étonnant Voyageur, était vraiment heureuse de voir les sourires des gamins, les rencontres des enfants, des jeunes, avec les écrivains qui étaient présents, dont ils avaient étudié les œuvres toute l'année, voir les enfants dans le Salon du Livre, voir toutes ces imaginaires qui s'ouvraient là.
Eh bien, vraiment, c'est beau, on a trouvé ça très émouvant, et c'est aussi pour ça qu'on continue à organiser des festivals de ce type, pour ces générations qui nous suivent.
Merci beaucoup Jean-Michel Le Boulanger, toutes mes excuses à Patrick Deville d'avoir été en ligne avec nous ce matin. Et bon festival à tous les deux, Étonnant Voyageur, c'est à Saint-Malo, ça commence donc demain, c'est jusqu'à lundi, et c'est en partenariat avec France Inter. France Inter