Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewRMC· 21 décembre 2023

L'interview politique intégrale de Sébastien Chenu sur RMC

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Il est 8h32 sur RMC et BFM TV. Bonjour Sébastien Chenu. Bonjour madame.

Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes le vice-président de l'Assemblée nationale, le député Rassemblement national du Nord. Vous avez écouté, j'imagine, le président hier soir ?

Absolument. Il estime au fond qu'il est une arme contre vous. Est-ce que vous ne vous étiez pas réjoui un peu trop vite ?

S'il est une arme comme l'était Gérald Darmanin qui était présenté comme l'arme anti-RN au gouvernement, quand on regarde les résultats, que ce soit les résultats de la politique migratoire, de la politique sécuritaire, les résultats de ce qui se passe à l'Assemblée nationale avec le vote de ce texte, on peut dire que c'est une arme un peu émoussée, que c'est un combattant qui tape un peu à côté. C'est le moins qu'on puisse dire parce que nous, nous considérons que ce texte, et avec le soutien d'une grande majorité des Français, il va dans le sens de ce que nous défendons depuis toujours. Il dit même qu'il est un rempart contre vous.

Le projet le plus à l'opposé de ce que vous faites, et pourtant vous l'avez voté. Oui, mais parce qu'Emmanuel Macron, il a un peu la gueule de bois. Il dit ça, et en même temps, puisque c'est son grand truc, il nous dit, on va essayer de détricoter ce texte, il y a des dispositifs qui ne vont pas.

Olivier Véran s'excusait hier auprès de tous les étrangers de la planète, a-t-il dit, de tous les étrangers du monde, oui, oui, vous pourrez continuer à venir. Bon, ils sont très mal à l'aise, et d'ailleurs, si Emmanuel Macron a fait cette émission hier de toute urgence, c'est qu'il devait se justifier et qu'il n'était pas très à l'aise. Mais oui, c'est un peu… Mais il assume, enfin, pour le coup, vous ne pouvez pas dire hier soir qu'il ne l'assume pas, ou alors vous avez l'impression qu'il assume sans assumer.

Il ne sait pas trop où il en est, puisqu'il nous dit dans le même temps, j'assume, mais je vais déconstruire le texte. Elisabeth Borne, d'ailleurs, trahit déjà ses premiers engagements. Sur l'AME, il devait y avoir un texte et un vote probablement différencié sur l'aide médicale d'État dans les mois à venir.

Pour réformer cette aide médicale d'État, elle fait déjà machine arrière, comme quoi il ne faut jamais avoir confiance en la parole macroniste. Mais ce texte, il est intéressant parce que ce n'est pas le texte du siècle, pour être très honnête. Nous, on ne considère pas que ce soit la réponse absolue à toutes les difficultés migratoires.

Emmanuel Macron dit que c'est un bouclier, c'est un bouclier de Playmobil. Il, sincèrement, ce sont des mesures administratives qui vont dans le bon sens, mais il a une charge symbolique. Ce sont les LR qui ont écrit à la CMP ce texte avec la Macronie.

Et en fait, nous nous expliquons que c'est un peu la stratégie de Zorro. Vous savez, Zorro, personne ne le voit, personne ne le voit, mais on voit son nombre. Personne ne le voit, mais on voit son nombre.

Eh bien, derrière ça, personne ne voit le RN écrire ce texte, mais nous influons considérablement sur la philosophie de ce texte. Il y a un certain nombre de dispositions qui figurent dans le programme de Marine Le Pen, c'est très clair. Elles ont été listées, que ce soit le droit du sol, le regroupement familial, la déchance de nationalité, la restriction, effectivement, du bénéfice des allocations ou des appels pour des étrangers qui sont dans une situation de travail ou pas.

Tout ça, c'était déjà dans le programme de Marine Le Pen. Ça entre dans la loi et donc nous considérons que nous influons effectivement ceux qui écrivent ce texte. Vous êtes donc tout à fait d'accord avec les propos de François Hollande quand il dit qu'ils n'ont pas forcément pris vos voix, enfin même si elles se sont évidemment associées à cette loi, mais il dit qu'il a pris vos idées.

Il a pris une partie parce qu'il ne va évidemment pas assez loin. Il y a des dispositifs qui ne vont pas assez loin. Sur le délit de séjour irrégulier, on aurait pu aller plus loin.

On a sur les cautions. Vous avez vu les cautions pour étudiants. Elisabeth Borne...

Il dit d'ailleurs, Emmanuel Macron, que sur les cautions pour les étudiants, il trouve que c'est une très mauvaise idée. Elisabeth Borne a tué le dispositif immédiatement puisqu'elle dit que la caution, ce sera 10 ou 20 euros. On va dire que c'est totalement ridicule.

Quand dans certains pays, je pense à l'Allemagne, je crois que c'est 11 000 euros de cautions pour les étudiants. Ce n'est pas des cautions, il faut être tout à fait honnête. En Allemagne, ce n'est pas une caution.

Vous mettez de l'argent qui montre que vous avez de quoi tenir pendant la durée de vos études. Mais on est philosophiquement dans le même esprit. C'est-à-dire qu'on est sur quelque part...

Non, mais ce n'est pas de l'argent que vous mettez sur un compte et que vous récupérez à la sortie. On aurait pu d'ailleurs aller sur ça. Mais on voit bien qu'Elisabeth Borne immédiatement tue le dispositif caution en disant que ce sera 10 ou 20 euros.

Est-ce que ça veut dire que vous considérez que, en quelque sorte, les LR se sont fait avoir là-dessus ? Ce n'est pas qu'ils se sont fait avoir. C'est qu'ils ont...

Les LR et vous, d'ailleurs. Ils ont...

Et on verra bien ce que dit le Conseil constitutionnel. Ils ont voulu durcir la loi. Nous le souhaitons aussi.

Nous avons fait entrer ce concept de préférence ou de priorité nationale dans la loi qui existe déjà sur certains points. Parce que, par exemple, la priorité nationale, vous l'avez déjà en termes de citoyenneté dans la loi. Vous pouvez voter selon que vous soyez français ou citoyen européen à certaines élections et pas d'autres.

Vous l'avez déjà dans l'emploi, la fonction publique. Vous avez accès selon que vous soyez français ou pas. Mais c'est sur les droits sociaux.

Nous avons fait entrer, en tenant quelque part la plume avec laquelle écrivaient les Républicains, nous avons fait entrer ce concept de priorité nationale. Et c'est probablement ce qui gêne le plus aujourd'hui la gauche et la Macronie qui ont accepté toutes ces concessions. Quand vous dites ça, vous donnez déjà des arguments pour tenter de contrer les éventuelles attaques du Conseil constitutionnel.

C'est-à-dire que quand vous dites « mais ça existe déjà », c'est une réponse à ceux qui disent que le Conseil constitutionnel va détricoter cette loi ? On verra ce que fait le Conseil constitutionnel. Mais si le Conseil constitutionnel s'attaquait à cette loi, la détricotait durablement, ça voudrait dire qu'effectivement, c'est bien la Constitution qu'il faut faire changer pour y intégrer, pour y constitutionnaliser le droit des étrangers.

Et c'est donc bien vers un référendum qu'il faut aller donner la parole aux Français, dont je rappelle 71% aujourd'hui nous disent qu'ils sont d'accord avec cette loi. Et il est soutenu par les Français. LR, comme vous, avez dans votre programme le fait de faire un référendum constitutionnel.

Oui, nous l'avons depuis plus longtemps, mais que LR veuille nous copier, reprenne nos arguments, ne nous gêne pas. C'est probablement parce que les Français, j'ai vu de regarder les sondages, sont d'accord avec tout ça. Les Français veulent s'exprimer, les Français veulent de la fermeté, les Français en ont ras-le-bol de la pression migratoire.

Et les Français aussi, de plus en plus nombreux, sont favorables à des dispositifs de priorité nationale. Donc, au bout d'un moment, le décalage avec la classe politique est obligé de se réduire. Si la classe politique continue à regarder ailleurs, à ne pas vouloir voir ce que veulent les Français sur ça, plus de fermeté, moins d'immigration.

En fait, vous dites exactement l'inverse pour les mêmes faits qu'Emmanuel Macron, qui dit que c'est précisément parce qu'on va faire cette loi que les gens vont se détourner de vous. Vous vous dites, en fait, là, on est déjà là et donc ils viendront encore plus vers nous. La petite différence, c'est qu'on a vu Emmanuel Macron à l'œuvre.

On l'a vu gérer la politique migratoire de la France jusqu'à présent. On a vu le nombre d'arrivées, 500 000 arrivées d'étrangers par an sur notre territoire. On a vu l'incapacité de Gérald Darmanin, qui a regardé passer les trains pendant cette commission mixte paritaire, qui n'a pas du tout été impliquée et qui nous avait dit, mais ici même, sur votre plateau, il y a deux ans, je ferai 100% de reconduite à la frontière en ce qui concerne les OQTF, je fermerai tous les points de deal.

On les a vus à l'œuvre. Donc, effectivement, aujourd'hui, nous dire, c'est grâce à tout ça qu'on va contrer le Rassemblement national. Non seulement, c'est un peu de la petite politique politicienne, parce que ce qui compte, c'est les résultats au bénéfice des Français.

Chacun a ça pour le coup, cet argument. Vous vous renvoyez tous la balle de la petite politique politicienne. L'expression d'Emmanuel Macron, hier, c'était manœuvre de garçon de bain.

Oui, c'est toujours méprisant, c'est toujours méprisant, ça sous-entend quoi ? Il y a un côté méprisant sur les gens qui sont dans des professions de service. On dirait qu'avec lui, rien n'est noble.

Garçon de bain, serveur, tout ça, il regarde ça avec mépris. Je trouve que c'est très gênant, mais surtout, non, non, c'est sur ces résultats qu'il faut être jugé. Et nous, pourquoi on s'est déterminé et pourquoi on a voté pour ce texte ?

Pour la régularisation des 10 000 travailleurs sans papier ? Non, j'y viens. Alors, peut-être parce qu'effectivement, tout ça, ce dispositif, qui est en fait la circulaire valse, a été considérablement resserré.

Il n'y aura pas de possibilité d'appel. C'est les préfets qui vont décider de façon exceptionnelle. C'est aussi écrit dans le texte.

Donc, on a considéré que la balance penchait du bon côté. Exceptionnelle ? Je n'ai pas vu ce mot dans le texte.

Oui, oui, de façon, au cas par cas. Au cas par cas, mais ça ne veut pas dire exceptionnelle. C'est par exception.

Ça veut dire qu'ils regardant, ils vont faire de la dentelle, ils vont choisir. De la dentelle, c'est exactement. Plutôt que de manière exceptionnelle, qui voudrait dire que c'est réduit ?

On n'est plus dans l'ouverture d'une vanne insupportable. 10 000 travailleurs de plus vont être régularisés chaque année. Est-ce que vous avez vu cette partie-là aussi de la loi que vous avez votée ? 10 000, ça c'est un chiffre qui est annoncé, mais on verra ce que font les préfets.

Est-ce que ça voudra dire qu'il y en aura 10 000 à la fin ? Pas forcément, puisque ce sera au cas par cas. Il y en aura peut-être plus, ça va ?

Il y en aura surtout peut-être moins, à mon avis. Vu la pression que mettent les Français, les politiques aujourd'hui sur ces données-là, il y en aura probablement beaucoup moins. Mais simplement, on a considéré à un moment que la balance penchait du bon côté.

Vous savez, quand vous allez de Paris à Lille et que vous êtes à Amiens, vous êtes dans la bonne direction. On s'est dit, on ne va pas jusqu'au bout, c'est très loin du résultat. C'est un acte 1, l'acte 2.

Nous, on sera capable de le porter et on ne le fera pas la nuit, dans des arrières-cuisines. Il y a des points pour lesquels, et en particulier vis-à-vis de vous, Gérald de Darmanin a dit que vous aviez voté une loi qui, pour partie, était de gauche. Le fait que les mineurs, par exemple, ne pourront plus être retenus dans les centres de rétention, ça vous convient ?

Non, mais si vous voulez me dire que la loi est parfaite, j'ai commencé notre conversation en vous disant qu'on n'y était pas, ce n'était pas la grande loi qu'on attendait. Il y a beaucoup de choses à améliorer, notamment la détention de mineurs dans des centres de rétention. Nous, nous la proposons, ça n'a pas été...

Vous auriez pu vous abstenir, vous avez choisi de la voter. Oui, mais nous avons considéré que les dispositifs qui étaient proposés...

C'était de la manœuvre, finalement ? Non, que les dispositifs qui étaient proposés, celui notamment de la priorité nationale, celui du droit de séjour irrégulier, que les dispositifs proposés ne nous permettaient pas de nous abstenir, il fallait les voter. Mais je n'oublie pas que M.

Darmanin, deux jours avant, disait « Mais si les députés Rassemblement National ne votent pas cette loi, alors ils devront prendre leurs responsabilités lorsqu'il y aura un attentat. » Donc si on ne la vote pas, ce n'est pas bien, si on la vote, ce n'est pas bien. Bon, donc nous on se détermine en fonction de ce qu'on croit être l'intérêt général et supérieur du pays, pas des internoiements de Gérald Darmanin, qui visiblement ne sait plus très bien ce qu'il faut faire en la matière.

Sébastien Chenu, vous évoquiez tout à l'heure la question du Conseil constitutionnel et vous donniez en quelque sorte des arguments déjà pour dire que cette loi, elle pouvait être constitutionnelle, qu'il y avait déjà des ruptures d'égalité dans les faits et que donc ça n'en rajoutait pas. Pour autant, on le sait, il y a un certain nombre de points, Elisabeth Borne elle-même a dit qu'il était vraisemblablement inconstitutionnel dans la loi. Les quotas d'abord, les quotas qui ont donc été ajoutés par la droite, le plafonnement du nombre de titres de séjour, ça pourrait être considéré comme une rupture d'égalité entre les deux mondes.

Qu'est-ce que vous répondez à ça ? Oui, moi je ne le crois pas forcément, mais là encore, le Conseil constitutionnel jugera. Et ceci nous permettra de dire, si le Conseil constitutionnel nous dit que ce n'est pas conforme à la Constitution, alors il faut faire évoluer notre droit et notre Constitution et la réformer et se tourner vers les Français.

Et c'est ainsi que reviendra un jour sur la table, et plus vite si c'est Marine Le Pen, la nécessaire interrogation des Français via un référendum sur cette question. Pour le regroupement familial, les sages du Conseil constitutionnel avaient déjà consacré un droit constitutionnel qui est celui de pouvoir mener une vie familiale normale. Le durcissement des conditions pour l'accueil du conjoint, est-ce que ça passe ?

Je pense que ça peut passer, parce que ce sont des conditions d'accueil. Je rappelle que celui qui a ouvert le regroupement familial le plus ces dernières années, c'est Emmanuel Macron. Ce n'est plus notamment simplement aux ascendants et aux descendants, c'est aussi aux frères et sœurs.

Donc maintenant, c'est là aussi où cette macronie est totalement illisible. Ils ouvrent le regroupement familial. Là, leur majorité vote un texte qui redurcit le regroupement familial, raison pour laquelle nous le votons.

Donc on va voir ce que le Conseil constitutionnel dit. Moi, ce que je crois, c'est que la réponse, elle doit revenir aux Français si le Conseil constitutionnel abîme et détricote ce texte. Mais ça veut dire que vous considérez qu'en tout cas, il faudra se ranger derrière l'avis du Conseil constitutionnel, qui ne sera qu'une preuve supplémentaire qu'il faut changer la Constitution.

De toute façon, c'est l'étape ultime. Le Conseil constitutionnel va nous donner son avis. Et nous, nous considérons que...

Et c'est pour ça que je dis aux Français, si nous, on arrive aux affaires, les choses seront beaucoup plus simples. Dans ce domaine-là, notre méthode sera plus simple. La manière dont Elisabeth Borne et Emmanuel Macron ont immédiatement, et de manière très remarquée, dit qu'ils appelaient eux-mêmes le Conseil constitutionnel, qu'ils saisissaient eux-mêmes le Conseil constitutionnel, est-ce que ça, c'est la marque d'un très grand respect de l'état de droit ?

Ou est-ce que vous considérez que c'est encore le « et » en même temps ? Non, mais ils ne savent pas où ils en sont. Ils veulent, en demandant au Conseil constitutionnel, détricoter la loi qu'ils ont demandé de voter à leur propre majorité.

Mais enfin, est-ce que ces gens savent où ils habitent encore ? Ils font voter la loi, cette loi, ce projet de loi. Ce n'est pas nous qui l'avons initié.

C'est bien le gouvernement, c'est bien Gérald Darmanin, la CMP, ils l'ont bien mené, ils ont bien négocié avec les Républicains. C'est bien Mme Borne qui, d'ailleurs, a zappé le ministre de l'Intérieur pour aller négocier au téléphone, cacher dans la cuisine avec les LR. Donc, ils ont bien fait ça, ils ont voulu.

Elle a voulu ce texte, Mme Borne. Elle l'a voulu, elle nous dit « j'ai le sentiment du devoir accompli ». Et maintenant, ils disent « on attend, on espère que le Conseil constitutionnel chamboule tout ça ».

Mais enfin, ils ne savent pas où ils vont. Nous, nous disons aux Français, notre feuille de route en matière de politique migratoire, elle est assez simple, elle est connue. Les dispositions que propose Marine Le Pen, elles sont connues.

Nous n'aurons pas besoin d'aller nous cacher, d'aller trouver des subterfuges pour faire voter une loi. Nous demanderons, nous donnerons la parole aux Français. Et la loi, les lois que nous proposons, elles sont connues, nous les assumerons.

Et nos parlementaires les assumeront sans aucune difficulté. On n'aura pas de ministre qui menaceront de démissionner et qui ne démissionnent pas à la fin. On a presque l'impression, Sébastien Chenu, que, par exemple, sur le Conseil constitutionnel, ça vous arrangerait, au fond, que le Conseil constitutionnel retoque cette loi ?

Parce que, du coup, vous pourriez dire « bon, ça ne suffit pas ». Parce qu'au fond, si cette loi entre en application, est-ce que vous servez encore à grand-chose ? Non, mais c'est le service minimum, cette loi.

Je vous ai dit, c'est le service minimum. On est vraiment dans la base du minimum de ce qu'on peut faire en matière migratoire. Donc, on sera aux responsabilités, si les Français le souhaitent, et s'ils nous font confiance.

Eh bien, on aura, effectivement, une politique qui sera bien plus exigeante en la matière. On ira beaucoup plus loin, notamment sur les capacités de prestations sociales. Moi, j'ai des gens dans ma circonscription, je pense à Claudine Adenin hier, qui m'a dit « Moi, j'ai une retraite minable, je ne peux pas toucher les APL. » Et des gens qui arrivent sur notre territoire vont quand même pouvoir les toucher s'ils ont travaillé quelques mois.

Bon, ben, effectivement, il y a des situations de dysfonctionnement et de déséquilibre. Pour vous, il n'y aurait même pas, dans ces cas-là, de délai de carence ? Il y aurait une impossibilité de toucher les APL ?

Non, Marine Le Pen a expliqué qu'au bout de cinq ans, en ayant travaillé à temps plein, il y aura la possibilité de toucher un certain nombre d'aides. Ce qui n'est pas, effectivement, dans la loi aujourd'hui. Raison pour laquelle cette loi, c'est finalement, je le disais, l'acte 1.

C'est la base de ce qu'il faut faire pour aller beaucoup plus loin, évidemment. Et quand on voit qu'ils ont du mal à accoucher de ça, on imagine qu'ils n'iront pas beaucoup plus loin. C'est Bastien Chenu, j'ai cru entendre tout à l'heure, lorsque je disais, je reprenais les mots de François Hollande, qui disait qu'il n'avait pas pris vos voix, mais qu'il avait pris vos idées.

Vous avez quand même dit, mais heureusement, ils ont quand même eu besoin de nos voix. Eux disent qu'ils n'ont pas eu besoin de vos voix, que c'est passé sans les voix du RN. J'ai l'impression que vous ne comptez pas pareil.

Non, mais il suffit de faire de la mathématique, il suffit de regarder les résultats. Le RN, si on avait voté contre, et à un moment, on s'est posé la question de voter contre ce texte, il ne passait pas. Donc nous avons choisi de voter pour.

Il est passé avec une marge. Donc vous, quand on enlève les voix du RN, il en manque 6 ou 7. Donc les 6 ou 7, ils les ont trouvés au RN.

Mais j'allais dire, est-ce que c'est très grave ? Pour eux, visiblement, ça semble être insupportable. Ils avaient même annoncé que si, d'après leur calcul, vos voix étaient nécessaires à l'adoption de cette loi, alors ils allaient la remettre en jeu.

Ils avaient même annoncé, 7 ministres avaient annoncé qu'ils allaient démissionner, on va tout casser. Non, ils ne cassent rien du tout, Madame Rima Abdelmalak, Monsieur Lescure, Monsieur Beaune, grand résistant contre le RN, mais qui se fait élire dans une circonscription où le RN fait 4%. Tous ces gens-là vont rester à leur poste, parce que rester à leur poste durée est plus important qu'avoir des convictions, qu'avoir du panache, ou que simplement mener le combat de l'exigence.

Vous respectez donc la position d'Aurélien Rousseau ? Il est plus cohérent. Il est plus cohérent.

Moi, je pense qu'on peut être opposé à ce texte. On a le droit de ne pas être d'accord. On a le droit de ne pas être en accord avec ces dispositions-là.

Aurélien Rousseau n'était pas d'accord. Il en tire les conséquences. C'est probablement, depuis longtemps, un des rares ministres qui est en cohérence avec ses idées.

Madame Abdelmalak, elle va s'accrocher, comme bien même le président de la République hier, lui a mis un scud en désavouant totalement sur le dossier Depardieu, par exemple. Justement, j'allais y venir. Est-ce qu'il faut retirer la Légion d'honneur à Depardieu ?

Est-ce que vous considérez, comme la ministre de la Culture, qu'il fait honte à la France ? Ou alors, au contraire, comme Emmanuel Macron, qu'il est la fierté de la France ? Non, ni honte, ni fierté.

Gérard Depardieu est un grand acteur. Il a des propos que je trouve très malaisants, pour reprendre une terminologie un peu originale. Mais la Légion d'honneur ne s'attribue pas et ne s'enlève pas sur des propos ou des critères moraux.

Voilà, je trouve que ce n'est pas le sujet. Gérard Depardieu est un immense comédien qui peut avoir des égarements, qui peut-être devra rendre des comptes à la justice. À ce moment-là, on verra.

Mais jusqu'à présent, il n'est coupable de rien, si ce n'est de propos grossiers. Mais il y a eu beaucoup de gens qui ont eu la Légion d'honneur, qui ont eu des propos plus que grossiers, plus que gênants. Vous dites qu'il a eu des propos grossiers.

Il y a même des ministres qui ont eu la Légion d'honneur et qui ont fait bien pire. Vous pensez à qui ? Il y a eu des ministres dans l'histoire de notre pays qui ont déshonoré leur mandat.

Notamment, je pense, il y a très longtemps, Maurice Papon avait eu la Légion d'honneur. Comment on avait pu remettre la Légion d'honneur à Maurice Papon ? Vous voyez, il y a des gens qui ont fait des choses épouvantables et qui ont eu la Légion d'honneur.

Aujourd'hui, ce côté où on s'acharne sur Gérard Depardieu, sincèrement...

Donc vous dénoncez comme Emmanuel Macron ou ça, Salome ? Oui, moi je n'aime pas ça. Je déteste ça.

Si Gérard Depardieu a quelque chose à se reprocher, il ira s'expliquer devant la justice. S'il est sanctionné, il faudra peut-être retirer un certain nombre de...

Mais il y a des plaintes qui ont été déposées, il est mis en examen pour viol. Absolument, c'est pour ça que je vous dis, il va aller s'expliquer devant la justice. Mais la présomption d'innocence...

Il a eu des propos que j'ose à peine dire au micro tellement qu'ils sont infâmes. Mais la présomption d'innocence, elle est valable pour Depardieu, comme elle était valable pour Darmanin, comme elle était valable pour Damien Abad. Enfin, je veux dire, un moment, c'est un pilier de notre droit.

C'est un principe auquel moi je suis attaché, quand bien même il bénéficie d'ailleurs à nos adversaires politiques. Mais je suis très frappée malgré tout que vous, Sébastien Chenu, vous dites que vous ne lui retireriez pas la Légion d'honneur, sauf s'il était condamné. Mais en tout cas pas maintenant, vous n'aimez pas la chasse à l'homme.

Mais vous avez quand même pris le temps de dire qu'il avait des propos infamants et grossiers. Ça ne vous a pas surpris qu'Emmanuel Macron n'ait pas un mot pour cela ou qu'il soit vraiment beaucoup dans l'éloge et pas du tout sur les propos ? Il l'a même remis en cause, les propos de l'enquête.

Je ne remets pas les propos en cause, je les trouve insupportables, ces propos, parce que nous, on a choisi, quand on a Emmanuel Macron, de vraiment faire de la défense du droit des femmes une de nos priorités. Il dit que c'est la priorité au quinquennat. Oui, enfin, il le disait au premier quinquennat, il le dit au second, et les résultats sont minables.

Je vous rappelle que la seule proposition de loi qui a été votée à l'unanimité sur les violences conjugales, elle était à l'initiative du Rassemblement National, portée par le député Emmanuel Taché de La Pagerie, votée à l'unanimité de l'Assemblée Nationale. Ça aussi, c'est encore un des résultats du Rassemblement National. Sébastien Chenu, Emmanuel Macron a promis une loi sur la fin de vie, avec un volet sur la question des soins palliatifs, mais il a dit également qu'il y aurait un projet de loi, mais qui viserait les cas incurables, dégénératifs, avec une résistance au traitement.

Est-ce que vous soutenez cette loi ? J'ai plutôt envie de soutenir cette loi, je vous le dis, mais elle m'interroge. Elle interroge mon intellect, elle interroge ma sensibilité, elle interroge mes convictions, et je ne suis pas sûr que la loi résolve tout.

Moi, je pense qu'il faut aller beaucoup plus loin sur les soins palliatifs. Il y a trop d'hôpitaux dans lesquels il n'y a pas de soins palliatifs dans notre pays. On a une députée, Sandrine Dogore, députée des Pyrénées-Orientales, qui travaille ce sujet avec beaucoup de sensibilité, beaucoup de talent.

Je ne sais pas si c'est la loi qui résout tout, je serai très attentif au débat. Sébastien Chenu, vice-président de l'Assemblée nationale, député RN du Nord. Merci d'avoir répondu à mes questions ce matin sur RMC et BFM TV, il est 8h52.