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interviewC à vous (sur YouTube)· 18 mars 2026 10 min

Affaire libyenne : N. Sarkozy s’exprime à son procès en appel

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Il y en a un un peu plus ancien. On a essayé de répondre aux différentes théories du complot avec le dernier pour permettre aux gens de se faire leur propre opinion. - A.-E.Lemoine: Pas de déclaration fleuve, juste quelques mots pleins de lassitude, ceux de N.Sarkozy qui, au 3e jour de son procès en appel dans l'affaire des soupçons de financement libyen de sa campagne, était invité à s'exprimer dans le cadre des déclarations liminaires.

Traits tirés, voix éteinte, l'ancien président condamné à 5 ans de prison ferme en 1re instance a tenu à réaffirmer son innocence. "Cette vérité, je la ressens au plus profond de moi-même." Bonsoir, L.Valdiguié.

Vous suivez ce procès en appel pour "Marianne". Vous avez été frappé par la sobriété inhabituelle de N.Sarkozy? - L.Valdiguié: Oui.

Il avait annoncé qu'il allait parler 20 minutes. En réalité, il a déjà parlé beaucoup plus longtemps. En 1re instance, sa 1re déclaration avait fait trembler les murs de la salle d'audience. - A.-E.Lemoine: Il était mordant, indigné, théâtral. - L.Valdiguié: Il plaide, replaide, la nullité et l'injustice.

A chaque intervention, c'est d'habitude très long. Contre toute attente, le président l'a appelé en lui demandant les raisons de son appel. Il a fait court.

Il a dit qu'il était innocent, qu'il le ressentait au plus profond de lui-même. Il n'a pas parlé d'une voix éteinte. C'était plutôt une voix assez forte.

Il est revenu pour sa déclaration préliminaire. On a senti qu'il s'était ravisé, qu'il avait remisé son texte à l'inverse de Brice Hortefeux. Lui, il avait un texte qu'il avait lu mais qu'il connaissait par coeur.

Ca a duré un bon quart d'heure. - A.-E.Lemoine: Avec des anaphores, en disant qu'il prouverait tout... - L.Valdiguié: Il s'est ravisé. "Je suis innocent.

Je n'ai rien d'autre à dire." C'était bien plus efficace que 30 minutes de démonstrations. Il a aussi le sens de l'audience. - P.Cohen: Il est redevenu davantage prévenu qu'avocat. - L.Valdiguié: Il a décidé...

Les procès, ce sont toujours une espèce de face-à-face avec...

C'est la première fois qu'il est jugé par un homme. - A.-E.Lemoine: Olivier Géron. - L.Valdiguié: Les 5 premiers procès, les présidentes étaient toujours des femmes.

Là, il est jugé par un homme. Au début de cette audience, il y a une espèce de face-à-face. Il y a la police de l'audience, la police des débats. - A.-E.Lemoine: Un président du tribunal qui connaissait le dossier sur le bout des doigts. - L.Valdiguié: Il l'a fait pendant 7 heures.

C'est long. On est très mal assis. C'est une vieille salle, la vieille salle historique du vieux palais de justice de Paris.

C'est là qu'il y a eu des procès historiques. On est très mal assis. Pendant 7 heures, il a fait son rapport de l'audience.

C'est un dossier à tiroirs, les poupées russes. Il y a la villa de Mougins, la Libye, les tableaux de Guéant...

Il a montré qu'il connaissait bien le dossier mais surtout dans les coins. Il a montré qu'il reconnaissait bien des choses. Il a rajouté ses grains de sel dès qu'il pouvait.

C'est la première indication. - P.Cohen: Ce n'est pas l'arrêt de renvoi?

C'est un texte du président. - L.Valdiguié: C'est une rumination. - A.-E.Lemoine: Ca s'appelle comme ça? - L.Valdiguié: Non!

Ca s'appelle un rapport. Il a montré qu'il s'était ingéré du dossier du 1er jugement et qu'il en a fait son miel, sa synthèse. Il en donne aux avocats sa vision.

Les avocats étaient plus ou moins contents. Il était à charge, à décharge. Surtout, il ne doit pas montrer son opinion. - A.-E.Lemoine: Le président du tribunal a lancé un avertissement en lançant une pensée de François Guizot sur les différences entre les chambres politiques et l'enceinte des tribunaux, lieu d'impassibilité et de la règle où rien ne doit entrer que la loi et dont la porte est interdite toutes les passions." - L.Valdiguié: "La passion n'a pas sa place ici.

La loi, rien que la loi." Il avait dit que c'était Et l'a dit que c'est un procès qui parlait de politique mais qu'il ne faisait pas de politique. Dans ces enceintes, chacun entend ce qu'il a envie d'entendre, surtout au début.

S'il y a des relaxes... "Je suis libre et indépendant, si je dois relaxer, je relaxerai." "Si je dois condamner, voire alourdir, je le ferai." Les compteurs sont remis à zéro.

On le voit physiquement...

Je ne l'avais pas revu physiquement, N.Sarkozy. En dehors des matchs de foot et de l'enceinte du PSG...

Il est marqué. Il a été condamné à 5 ans. Il doit remonter la pente des 5 ans.

Mais la prison est devenue une réalité, puisqu'il a passé 20 jours à la Santé. La décision, c'est le 30 novembre. Ils ont tenté de faire dérailler l'audience pour que la cour d'appel se déclare incompétente et saisir la cour de justice.

Ca n'a pas marché. Le procès va aller jusqu'au bout le 3 juin, sans C.Guéant, qui est malade.

Le 30 septembre, il sera fixé sur la relaxe ou la prison. - A.-E.Lemoine: Sur le fond du dossier, la position de N.Sarkozy reste la même même s'il fait profil bas par rapport au procès en 1re instance? - L.Valdiguié: C'est la surprise et la magie des audiences.

On ne sait jamais comment ça peut évoluer. Il sera entendu le 7 avril. Il a perdu la guerre du récit.

Le récit, jusqu'à présent, c'était cette histoire libyenne, ces financements...

Et il y a les familles. Ce matin encore, elles étaient là. - A.-E.Lemoine: Les proches des victimes de l'attentat du DC-10 qui sont parties civiles dans ce procès, invitées à s'exprimer à la barre, les fameux propos liminaires.

Il y a la fille d'une hôtesse de l'air décédée dans l'attentat. - Je ne parlerai pas d'excuses. On n'en a jamais vraiment attendu de sa part, mais un peu de vérité, de reconnaissance et de décence.

Il a sous-entendu qu'on le jugeait responsable de l'attentat alors que non, à aucun moment nous lui avons reproché d'être responsable de l'attentat qui a tué nos proches. La raison pour laquelle nous étions au tribunal était qu'il a entretenu des liens avec le terroriste responsable de notre attentat. On ne négocie pas avec les terroristes. - A.-E.Lemoine: La présence des représentants des victimes change beaucoup de choses? - L.Valdiguié: Elles étaient 4 ou 5.

Elles ne s'y attendaient pas. Le président leur a demandé pourquoi elles avaient fait appel. Elles s'attendaient à ce que ce soient leurs avocats qui s'expliquent.

Elles ont été surprises. La dernière qui a parlé a perdu sa soeur. Elle était hôtesse de l'air.

En une phrase, mieux que personne, elle a résumé l'affaire. "On a été choqués que le gouvernement français fricote avec l'assassin de ma soeur." Sous-entendu, Abdallah Senoussi, avec lequel il y a eu des rencontres secrètes, le beau-frère de Kadhafi, condamné à perpétuité par un tribunal français pour l'attentat du DC-10.

Ca met sacrément d'émotion. Quand ils ont été interrogés, N.Sarkozy, B.Hortefeux...

Pas un n'est revenu sur les familles. - E.Tran Nguyen: Une polémique a secoué le procès.

Elle concerne l'historien J.Garrigues. Il a préféré se désister. - J'ai reçu des avis, des conseils d'amis ou quelques coups de fil plus ou moins intempestifs, notamment de journalistes qui exprimaient une forme de désapprobation vis-à-vis de cette participation.

Comme je tiens à mon indépendance et à ma totale objectivité en tant que commentateur de la vie politique, j'ai préféré me désister. La motivation de mon retrait était l'idée de ne pas être associé d'une manière ou d'une autre avec un personnage politique quel qu'il soit, N.Sarkozy en l'occurrence. - E.Tran Nguyen: Vous comprenez cette réaction? - L.Valdiguié: Il est cohérent.

Il avait accepté d'être cité comme témoin. Je l'avais interrogé pour le dernier article dans "Marianne". Je lui ai demandé s'il était cité comme témoin.

Il m'avait répondu que oui. Il comptait s'expliquer sur l'UMP. Est-ce que N.Sarkozy avait besoin de fonds pour la campagne de 2007?

Il considérait que non. Il a aussi convenu que sur tout le volet occulte, il n'avait pas beaucoup d'informations et que sa déposition serait courte. Est-ce que la défense a considéré, après avoir lu sa déposition, que ce n'était pas utile de le citer?